quarta-feira, 30 de setembro de 2009

HISTÓRIA DA TRADIÇÃO SAKYA

LA VENUE DU GRAND SAKYAPA, MAITRE DE LA DOCTRINE ET ISSU DE LA LIGNEE AUX 3 EXCELLENTS NOMS

Faire l'éloge de la lignée royale des rois "élus de tous" ainsi que de la divine famille des Khon Sakyapa apporte un mérite illimité, comme l'ont dit les sages.

Un jour, dans la région de Ngarité, terre élevée et pure, ou bien près du roi de Shétsha du Nord, trois frères dieux lumineux descendirent pour attirer du mérite aux êtres. Les cinq descen¬dants de la lignée de Yuring le deuxième frère, jusqu'à Yapongtchié sont appelés "la lignée divine de claire lumière". Yapongtchié ayant vaincu le démon Tchiareng sans verser son sang, épousa la femme de ce démon nommée Yandrou Silima, et un fils leur naquit, nommé Khonbartchié (celui qui est né au milieu de la bataille entre dieux et démons). Le fils de ce dernier, Khon Palpotché, devint le ministre du roi Thrisong.

C'est à cette époque que les sept premiers moines tibétains furent ordonnés. L'un d'eux était le disci-ple de Pémakara (Guru Rinpoché), c'était le fils de Khon Palpotché, appelé Khon Luong Soung. A partir du frère de ce dernier jusqu'à Shérap Tsulthrim et Khon Kentcho djialpo (frères), il y eut une lignée de dix membres de cette famille.

Tous les prédécesseurs de Khon Ro Shérap Tsulthrim étaient adeptes des anciens Tantras et obtin¬rent la réalisation par la pratique du Yidam Yang Phur. Khon Kentcho Djialpo étudia la nouvelle diffusion des Tantras et fonda le monastère de Sakya. Selon une prophétie du Bouddha, dans le Tantra de Djampéyang, il était dit qu'un monastère ''Sakya" dont les deux premiè¬res lettres étaient citées, embellirait la doctrine au Tibet. Une autre prophétie de Guru Rinpoché concernait l'endroit où serait construit ce monastère et les dis¬ciples qui y viendraient. Aux quatre directions, avant de construire le monastère, on bâtit quatre Stoupas en vue de purifier l'endroit et de le rendre propice. On dit aussi que, lorsque le maître Atisha se rendant de l'Inde au Tibet passa par ce lieu (encore désert), il se prosterna de nombreuses fois et fit des offrandes. C'est alors qu'il vit, sur le flanc de la montagne, un HRI, sept DHI et un HUNG. Il déclara que cet endroit verrait venir une incarnation de Tchenrézi, sept de Djampéyang et une de Tchanadorjé. Atisha, poursui¬vant ses prosternations et offrandes, prédit que le lieu serait source de bonheur pour tous.

C'est donc là que Kentcho Djialpo, en 1073, à l'âge de 40 ans, l'année du Boeuf d'Eau du premier cycle, fonda le monastère de Sakya. C'est à partir de ce moment que l'on parle des Sakyapas.

C'est ainsi que la pure renommée de cette lignée aux trois excellents noms (lignée divine, famille des Khon et Sakyapa) se répandit partout.

Son fils, Satchen Kunga Nyingpo se révéla être une incarnation de Tchenrézi, comme l'avait vu Nam Khaoupa et d'autres. Il naquit de cette lignée excel¬lente, l'année du Singe d'Eau mâle du deuxième cycle.

Dès sa naissance, il montra un grand amour pour tous les êtres. Encore jeune, il apparut à un disciple Khampa sous sa forme à mille bras et mille yeux, avec toutes les marques de Tchenrézi, et sa réputation d'être aussi l'incarnation de Birwapa se répandit par¬tout.1

Il possédait les dix forces et pouvait porter la responsabilité de la doctrine, il était le Bodhisattva suprême, maître des trois sphères, le guide de ceux qui aspirent à la libération, le maître de ceux qui sont entrés sur la voie, possédant la résolution ferme de la libération des êtres, capable de trancher tous les doutes, possédant la connaissance de tous les objets de savoir sans exception.

Il reçut l'immense océan de tous les enseignements de sa propre école et des autres. Grâce à sa pratique et à ses réponses, il éclaircissait toutes les incertitudes; habile à différencier le Dharma de ce qui ne l'était pas, il devint excellent à conduire les disciples sur la voie pure.

REVELATION DES INNOMBRABLES ENSEIGNEMENTS DES SUTRAS ET TANTRAS À SATCHEN KUNGA NYINGPO ET SA DESCENDANCE

La clé du bonheur et du malheur, dans cette vie et toutes les vies dans les différents mondes dépend de la présence ou non du noble Dharma. Le Dharma pur est celui qui est en accord avec les enseignements du Bouddha.

Sakyapandita a dit : "Dans les trois univers, nul n'est plus savant que le Bouddha Parfaitement Accompli. C'est ainsi qu'il faut s'en tenir fidèlement aux Sutras et Tantras, qui sont les paroles du Bouddha. Si l'on
ajoute faussement quelque chose aux Sutras et Tantras, on devient l'objet de la critique des êtres suprêmes.
Ainsi parle le maître Tchampa (Maitreya) dans le rGyud lama".

Le maître Bouddha Parfaitement Accompli, a enseigné à Varanasi, au Pic des Vautours, à Nyenyé et en d'autres endroits 84000 enseignements, remèdes à 84000 sortes de mauvaises dispositions en accord avec les tempéraments et inclinations particulières des disciples ordina¬ires. Du mdzod : "En antidote aux mauvaises dispositions, le Bouddha a énoncé les divers enseignements."

Le Bouddha enseigna :
- 21 000 enseignements de la Corbeille de la Discipline énonçant principalement l'entraînement dans la disci¬pline éthique en remède aux dispositions d'avidité chez les êtres.

- 21 000 enseignements de la Corbeille des Sutras énon¬çant principalement l'entraînement dans le Samadhi en remède aux dispositions de haine-agressivité chez les êtres.

- 21 000 enseignements de la Corbeille de l'Abidharma énonçant principalement l'entraînement dans la sagesse en remède aux dispositions d'ignorance chez les êtres.

- 21 000 enseignements de la Corbeille Profonde en remède à l'ensemble de ces trois poisons.

Tous ces enseignements peuvent se résumer dans le Petit Véhicule pour ceux qui aspirent à une voie étroite, et dans le Grand Véhicule pour ceux qui as¬pirent à une voie large. Quelles sont les caractéristiques respectives de ces deux Véhicules ?
Dans le Petit Véhicule, l'esprit aspire à la paix et au bonheur personnel, et, s'appuyant sur la voie des trois entraînements réalise l'éveil.
Dans le Grand Véhicule, l'esprit aspire à l'état de Bouddha pour le bien de tous les êtres et, s'appu-yant sur la voie des six Paramitas, réalise l'éveil parfait.

Le Grand Véhicule est éminemment supérieur au Petit Véhicule pour cinq raisons qui sont : la pra-tique, l'action en accord avec l'intention, la sagesse transcendantale, l'effort, l'habileté dans la méthode et par les deux fruits qui sont ceux de la réalisation par¬faite et de la grande action divine. Dans le Grand Véhicule lui même, il y a pour ceux qui aspirent à la cause le Véhicule des Paramitas qui prend la cause pour voie, et pour les disciples supérieurs qui aspirent à la fois à la cause et au fruit, le Véhicule des Mantras qui prend le fruit pour voie.

Ce profond et secret Véhicule du Dorjé, comme il est dit dans le 'Jam dpal sGyu 'phru1 dra ba est énoncé par la pensée commune de tous les Bouddhas des trois temps en vue des disciples non ordinaires. C'est ainsi que les grands Tantras enseignés avec les cinq certitudes, dans cette époque de querelles, le furent par notre maître à tous, dans l'apparence Hérouka du Corps de Félicité en harmonie avec la forme des disciples, bien qu'il demeurât cependant immuablement dans le Corps du Dharma. Il enseigna ces Tantras à Oudjien dharma Kendza, Shri dhanakata, au sommet du Mont Mérou et dans bien d'autres lieux, au milieu d'une assemblée de praticiens tantriques supérieurs qui répétaient après le Bouddha.

C'est ainsi que la différence entre les Sutras et les Tantras tient à l'absence ou à la présence de la visualisation de divinités pour notre propre bien et à l'accomplissement des rituels d'initiation et de consécration et autres pour le bien d'autrui. De façon générale, bien que dans les Sutras et Tantras, la vision à réaliser, le fruit à obtenir et l'intention qui est l'esprit d'éveil soient semblables, le véhicule des Tantras se distingue par : son habileté à réaliser la vision profonde, l'abondance des moyens pour la réaliser, la facilité de la réalisation de l'éveil et sa destination qui est les disciples à l'intelligence aiguisée.

Il y a de nombreuses diffusions différentes des Tantras en fonction des différents Panditas et sages; quant à la lignée des Sakyapas, elle suit la tradition du Tantra Explication de Kyé Dorjé ''rDo rJe Gur" qui divise les Tantras en quatre groupes : Les Tcha djiu (bya rGyud), tché djiu (spyod rgyud) nal djor djiu (rNal 'byor rGyud) et nal djor lanamépé djiu (rNal'byor bla na med pa'i rGyud)

En résumé, tous les enseignements des petit et grand véhicules des Arahats, de Tchampa, Djampéyang, Tchanadorjé et des autres furent consignés par les écrivains, enseignés par les Panditas, pratiqués et réalisés par les grands sages. Le grand Sakyapa (Satchen Kunga Nyingpo) devint le maître de toutes les doctrines des Sutras et Tantras, répandues au Tibet, et précédemment diffusées par de nombreux Panditas et sages authentiques de l'Inde. Il eut particulièrement la révélation de tous les enseignements du Suprême Nagarjuna et du Puissant Birwapa. A l'âge de 12 ans, il suivait l'enseigne¬ment de Bari Lotsawa, son Lama, et, au bout de six mois de pratique assidue et concentrée, le jeune élève rencontra Djampéyang et obtint ses prophéties. En vision, il obtint l'enseignement de la libération des quatre désirs, concentré dans un Shloka transmis par Djampéyang :

"Si vous aspirez à cette vie ardemment, vous n'êtes pas une personne religieuse ; si vous aspirez ardemment à la roue de l'existence, vous n'avez pas le dégoût qui mène à sa sortie, si vous aspirez ardemment à votre seul intérêt, vous n'avez pas l'esprit d'éveil. Si l'attachement à l'égo s'ensuit, vous n'avez pas la vision profonde."

Satchen Kunga Nyingpo comprit alors en un instant tous les enseignements de la voie des Paramitas.

Ses principaux maîtres furent:
Trongti Tarma Nyinpo
Tchong Rinchentra
Mé Lhangtsor
Bari Lotsawa Rinchentra et le Lama Nam Khaoupa disciple de Nyén Lotsawa
Mal Lotsawa Lodreu tra
Pouhring Lotchong
Dodjé Denpa
deux Panditas du Népal, Khon Djitchowa et son propre père, Kentcho Djialpo.

Les enseignements qu'il reçut de ces Lamas concernaient :
la métaphysique
- la science des caractéristiques ou logique
- Ouma ou philosophie profonde (Madhyamika)
- Les 5 enseignements de Maitreya
- les 3 enseignements de Sèmdrel (la nature de l'esprit)
- la médecine
- le Kandjiur
- le Tendjiur
- les initiations des 4 groupes de Tantras
- les enseignements sur leurs commentaires
- les enseignements profonds concernant la réalisation des pouvoirs inférieurs (liés au Samsara) et supérieurs (Bouddhéité).

Il étudia aussi ce qui concernait les Protecteurs du Dharma Ngenpo Kur et Ngenpo Tramzé, à la façon d'un "vase qui n'est pas percé" (caractéristique imagée du bon disciple qui retient l'ensei¬gnement). Grâce au pouvoir de Djampéyang en lui, il lui suffisait d'entendre une ou deux fois un enseignement pour en réaliser le sens profond sans erreur. Il reçut également Sangwa ndupa et Khorlo Dentcho dont la lignée initiatique remontait à Nagarjuna.

De quelle façon eut il la révélation des enseigne¬ments du puissant yogui Birwapa ?

Ce grand Lama, de même que l'immense océan n'a jamais trop d'eau, sans se contenter des seuls enseignements essentiels du sens des Sutras et des Tantras, reçut de son père et de Khon Djitchowa les enseignements profonds de Ndromi Lotsawa Shakya Yéché, enseignements essentiels. Avec confiance et beaucoup de foi, il reçut aussi les enseignements qui suffisent à mener les êtres à l'état de Bouddha, le Lamdré ou "voie incluant son fruit''.

Notre maître à tous avait de nouveau enseigné le sens résumé du Tantra fondamental de Kyé Dorjé 'Bumpa dans le brtag pa gnyis pa, ''les deux examens'' où il est dit qu'il faut :

pratiquer l'accumulation des vertus avec le rejet des erreurs, ainsi que le don tout d'abord

- puis, la philosophie du milieu (Ouma)

puis, tous les degrés des mantras

et enfin, Kyé Dorjé.

C'est ainsi que celui, qui, de sa propre force a diffusé la tradition de ces Tantras racines et explicatifs qui sont les sommets de tous les Tantras et Sutras, est le puissant yogui Birwapa, Siddha demeurant dans la sixième terre et protégé par Dorjé Daméma.

Il est dit dans la louange aux quatre-vingt quatre Siddhas : ''Prosternation devant le Lama Birwapa qui a divisé les eaux du grand fleuve et qui, pour prix de la bière, a arrêté la course du soleil".

Birwapa naquit 1020 ans après le Nirvana du Bouddha, dans une caste royale. Il rejeta avec mépris comme on rejette des ordures, la perspective de gouverner le royaume. Il obtint les vœux de novice de l'abbé Teulwé Lha et du maître Djialwa Trapa dans le temple de Somapuri à l'est de l'Inde. Il fit ériger de nombreux supports de foi dans les monastères et obtint les vœux de moine de l'abbé du monastère de Nalanda, Dharmamitra.

Sous sa direction, il paracheva les activités de l'étude et de la réflexion; instruit dans l'immense océan de toutes les doctrines, il devint vite l'ornement de Nalanda et grand abbé de ce monastère. Le jour, il accomplissait la triple activité monastique de l'argumentation, l'enseignement, et la composition; la nuit il pratiquait la méditation des Yidams (Khorlo Dentcho par exemple).

Mais, au bout de soixante-dix ans de pratique assidue, comme il ne voyait aucun résultat mais, qu'au contraire, des événements désagréables s'étaient produits, il se dit qu'il n'avait aucune relation karmique avec le bouddhisme tantrique et ses Yidams. Dans cet état d'esprit, le vingt-deuxième jour du dernier mois Saga du printemps, il jeta son chapelet dans une fosse d'aisance et demeura l'esprit en paix. Le soir de ce même jour, il eut l'apparition de Dorjé Daméma en rêve. Elle lui parla ainsi :

"Noble fils, n'agis pas ainsi, reprends ton chapelet, nettoie le, remets toi à la pratique; je suis la divinité avec laquelle tu as une relation karmique, je t'accorderai mes vagues de dons."

Le soir suivant, Dorjé Daméma lui apparut encore, dans son propre mandala, avec quatorze déesses autour d'elle et il obtint alors réellement les consécrations et aussitôt la première terre avec la naissance de la connaissance transcendante.

C'est ainsi qu'ayant reçu les 4 consécrations, le fleuve de l'initiation ne fut pas interrompu.

Comme, lors de la consécration, il avait obte¬nu la connaissance transcendante, la lignée des vagues dons ne s'interrompit pas.

Grâce à l'enseignement de Dorjé Daméma, Birwapa comprit que ce qu'il avait pris pour de mauvais présages auparavant (vision de montagnes s'effondrant, etc.), ne se souvenant pas des ensei¬gnements de son Lama, étaient en réalité des signes de sa prochaine réalisation. Tous les obsta¬cles disparurent d'eux mêmes et en son esprit, naquit la compréhension juste des trois, canaux, souffles et esprit d'éveil.

Par cette compréhension, l'enseignement essentiel fut vérifié.

Comme une foi inébranlable envers Dorjé Daméma, aspect du corps de Dharma de connaissance transcendante des Bouddhas Parfaitement Accomplis, naquit en son esprit, il fut comblé de ferveur et respect et ainsi, il devint en possession des quatre lignées orales.
Dans cet état de vision intérieure, il progressa chaque jour d'une terre.

Le soir du vingt-neuf, il atteignit ainsi le degré d'un Bodhisattva de la sixième terre. Les moines qui l'observèrent eurent alors l'impression que des choses étranges se passaient. On le critiqua. Birwapa déclara lui même : "je suis mauvais" et, s'engageant dans l'action libérée des règles de conduite ordi-naire, il quitta le monastère de Nalanda en chantant: "Hélas, noble Sangha!"

Arrivé près du Gange, sur la route de Bénarès, il s'adressa au fleuve en lui commandant de se sépa¬rer en deux, puisqu'étant mauvais, il ne convenait pas qu'il le touchât; le fleuve obéit. Les moines qui le suivaient, ayant compris qu'il avait obtenu la réalisation, lui demandèrent son pardon. Il resta assez longtemps dans une forêt près de Bénarès, très détaché de tous soucis matériels (nourriture, vête-ments, etc.) dans le Samadhi.

Alors, le roi de Bénarès, Govinda Tsendra, de¬manda à ses sujets de prendre des renseignements sur ce yogui. Il ne put s'en faire une opinion, et, par prudence, ordonna de le jeter à l'eau, puis de le donner au bourreau et enfin de l'enterrer sous un monceau de ferrailles. Mais, avant même le retour des messagers auprès du roi, Birwapa était là, bien vivant. Alors, le roi et sa suite se rendirent à 'évidence et pleins de foi, lui demandèrent son pardon. Le roi avec ses sujets prit la voie du bouddhisme tantrique.

Birwapa, poursuivant sa route vers Bhimisara arriva au bord du Gange. Il y rencontra un passeur qui refusa de le faire traverser s'il n'était pas payé; Birwapa lui dit : ''je te donne ce fleuve en paiement", et, avec le signe de conjuration, il sépara pour la deuxième fois l'eau en deux parties; puis claquant des doigts, il lui fit reprendre son cours. Le passeur voulut devenir son disciple. On le connaîtra plus tard sous le nom de Drombi Héruka.

Birwapa et son disciple se rendirent à Dakinipata où il but beaucoup de bière dans une taverne dont la tenancière était Kamarupa Saddhida; Lorsqu'elle dema¬nda :
''Quand vas tu payer?", Birwapa fit un trait au sol entre l'ombre et la lumire, et dit :
''Quand la lumière aura dépassé ce trait, je paierai". On attendit; Birwapa avait bu toute la bière de la taverne, mais la lumière ne bougeait pas. Le soleil avait arrêté sa course. Les gens du pays s'affolèrent, titubant de sommeil. Tous comprirent que c'était une manifestation du pouvoir du puissant yogui, et le roi, payant le prix de la bière, pria Birwapa de bien vouloir relâcher la course du soleil. aussitôt, celui-ci se coucha.

C'est ainsi que sa réputation d'avoir par deux fois divisé le Gange en deux et arrêté la course du soleil se répandit dans toutes les directions.

Birwapa fendit un lingam de Shiva à Bhéméhasar au sud. Il accomplit de nombreuses actions merveil¬leuses grâce auxquelles il établit bien des êtres dans la voie. Parmi ses disciples, il y avait Napopa de l'est à la longue chevelure.


Birwapa, Drombi Héruka et Napopa, par leurs pouvoirs, accomplirent le bien des êtres. Birwapa donna à Drombi Héruka des vagues de dons qui l'éta¬blirent dans le même degré de compréhension que lui. Birwapa l'envoya à l'est, au pays de Rada auprès du roi Déha pour le convertir, et, avec Napopa, il se rendit à Diwikoti, près de la statue de Tchenrézi Khasapani qui lui parla ainsi :
"Noble être, tu as accompli largement le bien d'autrui par tes pouvoirs; tu dois aussi l'accomplir grâce à la compassion, car les êtres sont tous différents."

Aussi Birwapa fonda-t-il à Sowanathar au sud, temple et communauté de moines . Il protégea la vie de millions d'animaux en empêchant les sacrifices sanglants. Il transmit à Napopa l'essence du Lamdré (Dorjé Tshig¬kong) et celui ci obtint le même degré de compréhension que lui. Puis, des messagers vinrent l'inviter au pays d'Oudjien; là, il composa le grand traité de base "Treumé" sur la vision pro¬fonde. Ensuite, suivant les paroles de Tchenrézi, il s'absorba dans une statue de pierre à son image à Sowanathar, après avoir annoncé cet acte. La main droite de la statue faisait le Moudra de conjuration et cette main transformait le fer en or.

En résumé, personne comme lui n'a accompli le bien de la doctrine par ses pouvoirs miraculeux in-destructibles. Personne autant que le victorieux Tcheu Tra (Chos Grags) ne l'a tenu par son habileté dans l'ar¬gumentation. Personne autant que le roi du Dharma Nya ngen mé ne l'a tenu par sa puissance et sa réussite. Du 'Jam dpal rtsa rgyud :

''Par la lettre DHI, la venue d'êtres puissants... est prophétisée".

Bien que beaucoup comprennent cette prophétie comme l'annonce de la venue du glorieux Tcheu Tra, ceux qui suivent Ndromi Lotsawa disent qu'il s'agit du puissant yogui Birwapa.

Le disciple de Birwapa, Napopa de l'est, qui possédait l'enseignement du pouvoir d'émanation en des milliers de formes, a transmis ce pouvoir au yogui Damarupa du centre de l'Inde. Ce dernier eut le pouvoir d'apparaître dans tous les vingt-quatre pays et les trente-deux lieux au même moment en faisant résonner le Damaru.

Damarupa transmit son enseignement au roi de l'Inde centrale, Sengué Nampar Tsenpa qui obtint un rang élevé de compréhension. Comme on le voyait sou¬vent entouré d'enfants et que son comportement était souvent incompréhensible comme celui d'un enfant, on l'appelait Awadhuti.
Awadhuti a transmis son enseignement à Gayadhara d'une caste de scribes. Ce dernier obtint la liber-té parfaite sur la phase de création mentale. Il eut de nombreuses visions de corps d'émanation des divi¬nités et obtint le pouvoir de ''placer le Dorjé et la cloche dans le ciel'', ainsi. que celui de trans¬férer le principe de conscience d'un corps à un autre.

Gayadhara vint au Tibet à Mongkhar mugu chez Ndromi Shakya Yéshé. Depuis Birwapa jusqu'à Ndromi Shakya Yéshé, l'enseignement fut transmis avec les quatre lignées orales et avec le Lama prophétisant à quels disciples il faudrait le transmettre.

Ndromi Lotsawa Shakya Yéshé

A Trompadjiong, le roi tibétain Lhatsé Lhatsun envoya en Inde trois traducteurs jeunes, pleins de sagesse et de courage : Ndromi Lotsawa, Ling Lotsawa et Ta Lotsawa. Il leur fallait étudier la racine de la doctrine constituée par l'enseignement de la libération personnelle (Hinayana) ainsi que l'essence de la doctrine (les Paramitas) et le cœur de cette essence (le Véhicule tantrique).

Parmi ces traducteurs, Ndromi Lotsawa reçut les enseignements du Népalais Chiwazanpo ainsi que du grand Pandita Shintapa, gardien de la porte de l'est du collège de Nalanda (haut grade). Il étudia aussi auprès des autres Panditas de Nalanda, gardiens des cinq autres portes et il acquit la maîtrise sur tous les objets de savoir. A Diwikoti au sud, il obtint réellement l'enseignement de Tchenrézi Khasapani. Puis le grand sage Pawo Dorjé (lui même disciple du disciple de Drombi Héruka) lui donna les enseigne¬ments du Lamdré et l'explication de deux cent quaran¬te Tantras ainsi que les initiations, et explications libératrices. Il étudia ainsi pendant douze ans en tout en Inde et devint riche de tous les enseigne¬ments profonds et vastes.

Ndromi Lotsawa vint lui même, en accord avec la prophétie faite par le Siddha Awadhuti au seigneur
Gayadhara, enseigner le Lamdré complet pendant trois ans, au disciple choisi qui n'eut plus à se préoccuper de trouver ailleurs d'autres enseignements. Il fut un grand Pandita savant dans tous les objets de science. Il eut aussi comme disciples Ngeu Lotsawa et Marpa.

Grâce à ses vertus de possession. des enseigne¬ments et de réelle compréhension intérieure, il ob¬tint la maîtrise et la liberté sur le processus de visualisation, le pouvoir d'émanation, le pouvoir de s'asseoir dans le ciel dans la posture des jambes croisées et le pouvoir de transfert du corps à un autre. Par ces pouvoirs, bien qu'il pût obtenir le Mahamudra dans une seule vie, par la faute de certains de ses disci-ples, il n'obtint la réalisation du corps de connaissance transcendante que dans le Bardo.

Bien qu'il tienne l'enseignement essentiel en grande vénération (et donc hésitât à le donner), comme cependant son activité divine était très vaste, il eut d'innombrables disciples et ainsi, bien que dix huit traditions concernant le Lamdré aient surgi, son disciple principal est Sékhartchoungwa, qui le servit pendant dix-sept ans, lui faisant entièrement don de ses corps, parole, esprit, et qui reçut les enseignements à la manière d'un vase ''non percé''.

Comme les vagues de dons de Sékhartchoungwa étaient grandes ainsi que son enseignement profond, il eut deux cent disciples capables de "saisir le bout de la voie'', qui obtinrent la compréhension intérieu¬re. Dix sept disciples purent obtenir entièrement tous les commentaires des Tantras; parmi les huit qui reçurent les différentes versions plus ou moins ré¬sumées du Lamdré, Changten Tcheunbar, qui resta dix-huit ans à servir son Lama, paracheva les qualités de méditation, et de compréhension intérieure, bien qu'il ne le montrât jamais.

Après la disparition du Lama Sékhar, le grand Satchen Kunga Nyingpo, ayant entendu dire que Chang¬ten Tcheunbar en possédait tous les enseignements essentiels, pria ce dernier avec persévérance de les lui donner. Il reçut alors de lui, pendant quatre étés et quatre hivers, le Lamdré complet, puis, l'an¬née du Lièvre d'eau femelle, alors que Satchen avait trente deux ans, Changten Tcheunbar lui fit la recom¬mandation. suivante :

''Dans le véhicule tantrique, le plus important est la méditation. Je n'ai cependant pas médité aussi longtemps que cela, mais ce que je vais accomplir maintenant est pour te donner confiance."

Et il montra de nombreux miracles. Il lui dit ensuite:

''Si principalement tu pratiques, tu obtiendras la réalisation du Mahamudra dans ce corps. Si principalement tu enseignes, tu auras tel et tel disci¬ple. Mais pendant dix huit ans, ne divulgue pas même le nom de cet enseignement. Ensuite, quoique tu fasses, tu en seras le maître."

Plus tard, Satchen Kunga Nyingpo étudia chaque jour en entier le Dorjé Tshig Kong et le Lamdré complet à nouveau chaque mois. Pendant cette étude une maladie due à une mauvaise nourriture le reprit. Il en vint à oublier l'enseignement et comme ce pré¬cieux enseignement était transmis oralement seulement, il ne pouvait poser de questions à quiconque; pen¬sant que même en Inde cet enseignement serait diffi¬cile à trouver, il pria son Lama de façon concentrée. Ce dernier lui apparut. Il continua sa prière avec vigueur, et cette fois ce fut le puissant yogui Bir¬wapa, au corps marron foncé, resplendissant comme cent mille soleils, entouré de quatre disciples, qui lui appa¬rut de façon réelle et non comme en rêve ou présage, alors que Satchen avait quarante-sept ans, l'année du Tigre de terre mâle.

Et pendant un mois, Birwapa lui transmit les en¬seignements du Lamdré avec explications et les ensei-gnements de soixante-douze Tantras accompagnés des commentaires et initiations, ceci au moyen de six méthodes d'ensei¬gnements,, Il reçut ainsi les quatre enseignements profonds.

Après que les dix-huit ans ordonnés par son Lama furent écoulés, Satchen Kunga Nyingpo transmit cet enseignement aux disciples pourvus des qualités nécessaires et pour onze disciples détenteurs des explications des trai¬tés, il composa onze commentaires différents de Dorjé Tshig Kong.

Ses trois meilleurs disciples prophétisés se rendirent dans le paradis de Dorjé Naldjorma sans rejeter leur corps. Il eut aussi sept disciples parmi lesquels le principal est le vénéré Trapa Djialtsen, qui obtin-rent "la patience" sans devoir renaître.

Sept autres disciples obtinrent un degré de compréh¬ension intérieure très développé et d'innombrables autres disciples dont quatre connus pour leur érudition et leur sagesse, qui sont :
- Jenou Pal de Galo
- Balten de Nétsé
- Dorseng de Shen
- Kentcho Khar de Té.

Satchen Kunga Nyingpo, être de vertu incompa¬rable, était libre de la moindre souillure de rup¬ture des trois vœux qu'il possédait. Son esprit d'éveil était très épanoui; demeurant constamment dans le Samadhi des deux phases, il était au delà de la dualité, comblant ses Lamas par sa foi et sa pratique.

Comme il avait réalisé en lui tous les bons présages intérieurs, il rencontrait les Yidams et avait les dons de clairvoyance et beaucoup de pouvoirs. Par exemple, il pouvait paraître en plu¬sieurs endroits à la fois sous six formes différentes pour y enseigner le Dharma ou donner des consécrations, etc..

Il était sans différence avec les grands sages bouddhistes de l'Inde. Finalement, à 67 ans, l'année du Tigre de terre mâle, quatre corps de lui même partirent pour quatre paradis pour y accomplir le bien des êtres. Il est dit y demeurer encore.

Son fils (à la fois de chair et de religion) le grand Pandita savant dans les cinq domaines, Sonam Tsémo naquit l'année du Chien d'eau du deuxième cycle.

Sa naissance fut annoncée par des Dakkinis, écri¬vant son nom sur la porte du temple de Boddhgaya:
"Ko-uo Shambhi, Pandita Déwamati", comme celle d'un grand Pandita. En Inde, on le tint pour l'incarna¬tion de Mithoupdawa.

Il obtint de Satchen Kunga Nyingpo, toutes les initiations, explications et enseignements essentiels.

Pendant onze ans, il étudia à Songpunéoutho, auprès du Lama Tchapatcheuseng, l'enseignement des Paramitas, du Madhyamika), de la logique, de la discipline et l'enseignement de l'Abhidharma.

A l'âge de 18 ans, sa réputation de savant s'éte¬ndait au delà du Gange. Il accomplissait la triple activité de l'enseignement, de l'argumentation et de la composition pour le bien de la doctrine.

S'il avait un doute, il recevait directement une réponse de Tchenrézi et des autres divinités qu'il questionnait et il pouvait en un éclair se rendre dans les paradis de Oudiyana, Potala, etc..

Il obtint les plus grandes vertus, comme l'obte¬ntion de la deuxième terre...

Finalement, à 41 ans, l'année du Tigre d'eau mâle alors qu'il donnait un enseignement à quatre-vingt de ses dis¬ciples avancés, une odeur agréable et des sons de cymba¬le emplirent l'air et son corps se transforma en arc en ciel et disparut dans une grande lumière.

Son frère cadet, Trapa Djialtsen, naquit l'année du Lièvre de feu du troisième cycle.

Il eut un grand nombre de maîtres parmi lesquels principalement : Satchen Kunga Nyingpo et Sonam Tsémo.

Constamment accompagné des vagues de dons de Djampéyang, il se révéla plein de science et possédant une vue profonde et étendue dans les enseignements des trois Corbeilles et de tous les Tantras. Son rang fut élevé comme érudit, saint et sage accompli.

Capable d'éclaircir aussitôt tout doute quant au sens profond, il était établi en méditation jour et nuit. Il avait tous les signes de réalisation ex¬térieurs, intérieurs et secrets.

Alors qu'un savant astrologue, Khatché Pentchen, annonçait une éclipse du soleil, Trapa Djialtsen fit savoir qu'il allait empêcher cette éclipse.
Pour ce faire, il arrêta le passage de l'énergie dans les deux canaux Roma et Tchiongma et fit passer les deux circuits rouge et blanc dans le canal médian. Par cette pratique yoguique, il empêcha l'éclipse.

L'astrologue s'écria que c'était une bien grande fatigue simplement pour le faire passer pour un men-teur. Il vint lui rendre visite. A sa venue, Trapa Djialtsen se leva en un éclair et plaça son Dorjé et sa cloche dans le ciel. En voyant ces signes qui dépassaient l'entendement, l'astrologue Khatché Pandita Shakya Shri nomma Trapa Djialtsen : ''Maha Bedzadhara'' (grand maître tantrique), demanda son enseignement et acquit la certitude qu'il était l'ornement unique de tous les ''détenteurs du Dorjé".
A l'âge de 56 ans, alors qu'il se trouvait dans le monastère de Niémo tsangkha, il eut la visite réelle de Satchen Kunga Nyingpo qui éclaircit pour lui le sens du Lamdré. Alors qu'il avait le pouvoir de se rendre dans différents paradis, sans s'intéresser aux différences de supériorité et d'infériorité entre les lieux et pays, il refusa plusieurs fois les invitations de nombreuses Dakkinis (à y rester); pendant longtemps il prodigua les vagues de dons de sa présence et eut huit disciples dont le nom se ter¬minait par Trapa, trois disciples grands traducteurs, quatre excellents disciples ayant l'enseignement du Gur ainsi que d'innombrables autres dont Mon Betza Radja.

Il énonça la prophétie que, lorsqu'il se serait incarné en tant que souverain Chakravartin dans une région de l'univers nommée "couleur de l'or" (Serndotchen),il réaliserait la plupart des terres et des voies et qu'il lui faudrait encore trois incarnations pour devenir Bouddha Parfaitement Accompli.

Le neveu de Trapa Djialtsen, fils de Khen Paltchen Uépo, fut le grand Sakya Pandita, émanation de Djampé¬yang. Comme le Bouddha avant de s'incarner, il fit cinq choix et entra dans la matrice sous la forme d'un roi des Nagas, à la tête ornée de précieux bijoux et sa mère connut un Samadhi inconnu auparavant.

Lors de sa naissance, une grande lumière emplit le ciel et il se mit à parler en sanskrit. En tant que signe visible de sa précédente accumulation incomparable du mérite, son corps était orné de toutes les marques physiques des Bouddhas, telles que la proéminence crânienne et le che¬veu blanc comme la conque, enroulé au centre du front, qui rendaient la vue de son corps une vue dont on ne se rassasiait jamais.

Il naquit l'année du Tigre d'eau mâle, du troisième cy¬cle. Pendant vingt-cinq naissances humaines successives en tant que Pandita, il avait été constamment accompagné par Djampéyang. En vérité absolue, il avait été prophétisé par Dolma à l'astrologue Khatché Pentchen qu'il était l'incarnation de Djampéyang. De même, le savant Tsongnapa et Chadjé bidzi reconnurent par de très nombreux signes qu'il était réellement cette incarnation. En vérité relative, pour guider les êtres, il écoutait les ensei¬gnements. Mais, quel qu'il soit, le sens de tous les objets de savoir était compris de son esprit une ou deux fois après en avoir pris connaissance, et il en acquit la certitude intérieure. Comme il voyait son Lama, comme étant réellement Djampéyang, il obtint la réalisation des bons présages extérieurs et intérieurs. Il reçut les enseignements d'innombrables maîtres de l'Inde, du Népal, du Cachemire, et du Tibet, et il devint comme un trésor de sagesse, d'étude, de réflexion, de Samadhi, et fut le maître de toutes les différentes doctrines.

A partir de l'instant où il reçut les vœux de moine du Pandita Khatché Chakya Shri Bhandra, et
jusqu'à la fin de sa vie, jamais il ne fut en contra¬diction avec la plus petite des règles, et, comme le Vénéré Nyéwar Khor, il gardait une discipline éthique éminente, qui comblait les Bouddhas.

Il était loué par tous les êtres mondains et hors de ce monde et il devint un saint digne d'offrandes. Il possédait toutes les bonnes vertus de savant, moine, généreux, ainsi qu'un grand esprit d'éveil et toutes les qualités de compréhension inté¬rieure. Grâce à cela, il fit le bien de beaucoup d'êtres. Sa réputation s'étendit partout.

Ayant parachevé l'étude de tous les objets de science extérieurs et intérieurs, comme il accomplis¬sait les œuvres du Dharma par l'enseignement, l'argu¬mentation, et la composition, sa réputation attira le fameux maître de l'Inde, Trodjé Gawo, et cinq autres maîtres hérétiques qui vinrent le confronter. Mais Sakya Pandita, par sa pratique de la science des caractéristiques, qui comprenait les trois éléments nécessaires, réduisit au silence l'un après l'autre, les six maîtres. Trodjé Gawo, vaincu, coupa sa chevelure en signe de soumission et fit la promesse de suivre la voie bouddhiste.

Sakya Pandita fut le premier au Tibet à vaincre des savants de l'Inde par l'argumentation et sa réputation se répandit comme l'air de l'est à l'ouest de l'Inde.

De l'âge de 9 ans jusqu'à sa mort à 70 ans, tous les jours il tourna la roue du Dharma. Il obtint :

trois disciples qui saisirent la lignée de la réalisation intérieure : Tso, Trup, Pha

deux disciples qui saisirent la lignée complète de l'enseignement essentiel : Lho et Mar

trois disciples qui saisirent la lignée des explications : Shar, Noup et Koung

vingt disciples de tous âges qui saisirent la lignée des vœux

quatre disciples qui connaissaient le sanskrit et le tibétain : Lo, Shang, Rong, Tcha

quatre disciples yoguis pratiquant secrètement (sans faire savoir) dont Djiatsa Loung

et enfin quatre à la fois savants et saints comme Tsang Napa.

Il eut pour disciple Djialwa Yong Guenpa et d'autres qui saisirent la lignée de la pratique (réalisation) avec aussi plusieurs milliers de savants qui furent détenteurs des trois Corbeilles.

Son activité de composition qui ne devait rien à la bienveillance d'autrui, était grande : de très nombreux traités enrichissant la connaissance sur les dix objets de savoir, dont les deux traités du Domsoum Rabyé (distinction entre les trois vœux) et du Tséma Rigpai Ter (visant à établir la vérité par la science de la logique), ainsi que de nombreuses explications aux traités du Tendjiur et traductions du sanskrit. Particulièrement, il fut le premier à initier la connaissance traditionnelle des trois objets de savoir. Il a lui même dit que ces enseignements avant lui, n'existaient pas au Pays des Neiges. La connaissance du nom et du sens des dix sciences ne tient qu'à lui.

Comme le grand maître de l'Inde Tcheudjé Trapa Sherdjoung Bépa Loten, sa réputation fut immense. Les qualités de son corps, de sa parole et de son esprit, comme des étendards (visibles par tous) se répandirent partout. Les puissants de ce monde eurent envie de rencontrer la "lune de son visage" et envoyèrent des messagers pour l'inviter. Grâce à ses prières antérieures et en vue du bien des disciples du Tibet, il put accomplir l'action suivante:

Le roi mongol qu'on nomme Koden, possédan¬t tout ce qu'il désirait et étant immensément riche, voulai¬t trouver un Lama pour le guider vers la libération et l'omniscience; il demanda avec insistance qu'on invite le maître du Dharma, Sakya Pandita, que nul ne dépassait en sagesse au Tibet. En accord avec la prophé¬tie de son Lama, Sakya Pandita, s'étant rendu en Chine, en devint l'ornement suprême.

Par ses actions inégalables du corps, de la parole, et de l'esprit, il répandit la doctrine dans de nombreux pays barbares. Il délivra le roi Koden de sa maladie et ce dernier eut grande foi en lui.

Mais, un jour qu'il donnait un enseignement et insistait sur le fait que "la tortue n'a pas de poils'' (comme il est dit dans le Soutra de Serwé Tampa), le roi et ses ministres décidèrent de le tester. A cet effet, un illusionniste chinois, sur la demande du roi, créa auprès d'un lac un temple magique où Sakya Pandita fut invité à se rendre avec le roi. Sakya Pandita jeta les fleurs de la consécration, l'esprit en profond Samadhi, et le magicien ne fut plus capa¬ble de détruire le mirage. Ceci emplit de foi le roi et sa suite. Le temple fut appelé ''temple magiquement émané du nord'' et, de nos jours, il est encore visible près de la montagne de Djampéyang en Chine.

Alors que ses disciples tibétains le priaient de revenir, Sakya Pandita composa en réponse le traité Thoupai Gongsal (''éclairer la pensée du Puissant) et1e leur envoya.

Il fit ainsi prospérer la doctrine du Bouddha dans toutes les directions et tous les temps et, à l'âge de 70 ans, l'année du Porc de fer femelle, à l'emplacement du temple magiquement émané, il se rendit sur la terre de Vajrayana (rang de Dorjé Chang) et réalisa toutes les terres et les voies, et, au paradis de Ngenga, il devint le Bouddha ''Trimamépa'', comme l'avaient pro¬phétisé ses déités et ses Lamas.

Après sa disparition, alors qu'un savant deman¬dait de ses nouvelles à Tcheudjial Phagpa, celui ci répondit :

''Plusieurs années se sont écoulées depuis que le maître du Dharma est devenu Bouddha''.

Le maître des êtres, Tcheudjial Phagpa (1235 1280) n aquit l'année du Mouton de bois femelle du quatrième cycle comme fils de Sangtsa, frère de Sakya Pandita.

C'était un grand Bodhisattva d'un plan très élevé. Il s'incarna selon son désir volontairement.

A l'âge de 8 ans, il donna un grand enseignement à environ mille grands Lamas qui pouvaient utiliser le parasol (signe de leur haut rang) et à des dizaines de milliers de moines sur le Tchiérabsoji (vies antérieures du Bouddha) et le Tantra de Guépadorjé, grâce à sa seule compréhension et de façon à ce que ceux qui l'écoutaient eussent l'esprit empli de foi. A partir de là, tous le qualifièrent d'être suprême (phagpa).

Il eut de très nombreux maîtres, principalement Sakya Pandita et il devint savant dans tous les enseignements connus au Tibet, des véhicules extérieur et intérieur, Tudjikhorlo, etc.. Il était un puits de science précieuse.

Le roi mongol, Setchen (de Chine) l'invita dans son pays. Il y accomplit de grandes œuvres en faveur de la doctrine et des êtres. Chaque année, il ordonna plusieurs di¬zaines de milliers de moines. En Chine, alors qu'il donnait un enseignement à soixante-dix mille moines, il. leur distribua de l'or et d'autres richesses matérielles.

Par sa science de l'argumentation, il fut victorieux des vues hérétiques des dix-sept maîtres Sinching (doctrines chinoises) qui critiquaient la doctrine du Bouddha et il les convertit au bouddhisme.

Pour répondre à la prière insistante adressée par le roi Kopé, il composa les lettres de l'alphabet mongol. En particulier, un jour, il prit une arme coupante, se coupa la tête et les membres et l'on vit ces cinq morceaux se transformer dans les cinq familles de Bouddhas émettant des rayons de lumière innombrables.

Devant la perfection de sa discipline éthique et les œuvres de son corps, de sa parole et de son esprit, le roi et sa suite eurent une foi immense et on l'établit comme premier destinataire des offrandes religieuses royales. Il devint le maître religieux et temporel des trois régions du Tibet ainsi qu'il avait été prophétisé par le Bouddha dans le Tantra "Djampal Tsadjiu".

Il fut le premier Lama tibétain à devenir roi et gouverna au Tibet avec impartialité envers les différentes écoles. Il eut trois disciples, Khong, Nieng, Chong, qui gardèrent la lignée de son enseignement, deux autres, Gadèn et Kunté, qui saisirent la lignée de révélation des Tantras. Deux autres, Chang et Kun, furent les détenteurs de la lignée des instructions essentielles. Quatre disciples réalisèrent parfaitement ses ordres et paroles.

Il eut aussi deux rois puissants pour disciples, et six grands disciples dont celui de l'est, Tunkhorwa.

Tous les Lamas, maîtres, savants et saints du Tibet de cette époque, dont Narthang Djiépa, le respectaient et le priaient de donner le nectar de son enseignement. Il gouverna la doctrine du Bouddha par sa triple activité (enseignement, argumentation et composition.) qui dépassait l'entendement de la plupart.
En particulier, dans la région du Tsang à Tchumérémor, alors qu'il donnait un enseignement à une assemblée de soixante-dix mille religieux et quelques milliers de détenteurs des Corbeilles ainsi que cent mille autres êtres, il distribua de l'or à chacun après l'avoir disposé devant lui. comme un tas de céréales, etc., et il leur donna les vœux de Boddhisattva en faisant en sorte que chacun en comp¬renne le sens.

Il était prédit, dans une prophétie du Bouddha qu'il viendrait et éclairerait la doctrine comme un soleil.

Le frère de Tcheudjial Phagpa, Ndroguen tchana, gouverna le Tibet religieusement et temporellement. Il avait le pouvoir de résurrection. des morts et le prouva à plusieurs reprises. Il pouvait placer ses vêtements religieux sur les rayons du soleil comme sur une table, et, alors qu'il ti¬rait une flèche dans le roc, elle s'enfonça et en fit sortir de l'eau. Ses vertus étaient très grandes. il était révéré comme une incarnation de Tchanadorjé.

Son fils Dharmapala gouverna le Tibet religieu¬sement et temporellement et mourut jeune. Après sa mort, son corps brûlé laissa des restes d'os qui se transformèrent en reliques et furent un support de la foi au Tibet et en Chine.

Il n'eut pas de descendance, mais l'un des fils de Sontsa (frère de Sakya Pandita), Yéché djoungné, eut quinze petits fils (de son fils) comme l'avait prophé¬tisé Dolma alors qu'il se trouvait en Chine.

L'aîné de ces quinze petits fils Tichri Kunleu, ainsi que ses frères se partagèrent en quatre maisons de Lamas "Ladrang" à Sakya (actuellement, il y en a deux). C'est du Ladrang Rintchen gongpa que naquit le saint Lama Sonam Djialtsen. Ce maître paracheva la triple activité de l'étude, la réflexion et la médi¬tation, et au Tibet, il ne se trouvait pas un seul sage qui ne fut son disciple. Il y eut dans sa descendance de très nombreux savants et sages dont Djagar Shérab Djialtsen et Datchen Lodreu Djialtsen.
De la maison "Lhakong", il y eut une descendance comprenant de nombreux sages et savants.

De nos jours, la descendance actuelle est celle de la maison de "Tuntché". Là, il y eut de nombreux
sages et savants, dont le grand Kunga Rintchen qui restaura les supports extérieurs et intérieurs de Sakya, établit les règles du monastère, initia et fit progresser les différentes façons d'enseigner les Tantras et fit évoluer la pratique essentielle. Il accomplit des œuvres utiles à la doctrine de Sakya.

Ensuite, depuis le maître Djamguen Améchab jusqu'à présent, il y eut deux maisons à Sakya, actuellement Dolma Phodrang et Phuntso Phodrang dont les descendants sont respectivement Dathri Rinpoché, l'actuel Sakya Tridzin et ses fils ainsi que Datchen Rinpoché avec ses fils et petit-fils.

Ils présentent les qualités d'érudition et les signes de la réalisation et tous ont les protecteurs du Dharma comme serviteurs ainsi que la possibilité de transformer les phénomènes sensibles comme ils le désirent.

Il est dit, dans les prophéties de Guru Rinpoché et de Palden Atisha, qu'ils avaient vu Satchen Kunga Nyingpo entouré dans les quatre directions des émanations de Djampéyang, ce qui signifiait que tous les descen¬dants authentiques de cette lignée étaient des êtres saints.

LA SUCCESSION DES GRANDS ETRES DETENTEURS DE LA DOCTRINE

Leur manière de la faire progresser

Les cinq vénérés Lamas Sakyapa, ayant établi cette nouvelle tradition d'enseignement, eurent des disciples innombrables qui en poursuivirent la lignée avec le Saint Lama qui possédait la révélation de toutes les explications et pratiques.

Les membres héritiers de la lignée divine spécifiquement Sakya, de père en fils, et leurs disciples possédant la connaissance, la discipline éthique, et la sagesse, furent aussi nombreux que les atomes du Gange et répandirent tous la doctrine au Pays des Neiges jusqu'à nos jours, selon la prophétie du Bouddha où il était dit que le Dharma serait fort développé au Pays du Nord (ou Tibet).

D'autre part, les nombreux yoguis disciples des cinq Lamas Sakyapa ont enseigné largement dans les régions avoisinantes de l'est et de l'ouest (du Tibet). Au Tibet même, les descendants des anciennes lignées Nyingmapa de So, Seur et Noub, ainsi que de nombreux découvreurs de textes cachés, dont Guru Tcheuwong, et de nombreux grands Lamas de l'école Kadampa, les Lamas Tchayulwa, Tokonwa, Tchimnamkhatra, Tchomdèn Ripé Raldri, etc., ont tous reçu le nectar de l'ensei¬gnement des cinq grands Lamas Sakyapa.

Les Lamas Tchapa Tcheudjé Sengué et Niondrèn Tcheudjé Sengué ont reçu particulièrement les ensei¬gnements de libération, de sens profond, de la part des Lamas Satchen Kunga Nyingpo père et fils.

Le maître des êtres à l'origine de tous les Kadgiu pa, Phamo Trupa, est resté 12 ans à servir Satchen Kunga Nyingpo comme son disciple et a reçu lui les enseignements profonds. Il a composé le commentaire ''Dzémar'' au traité du Lamdré.

Le premier Karmapa, Tussoum Tchienpa, a reçu l'enseignement du Lamdré des deux disciples de Satchen Kunga Nyingpo (Palgalo et Asèng).

Les Lamas des Shangpa Kadgiu, Motchopa et Nyentèn Bépé Naldjor, ont tous deux servi longtemps Aseng et Trapa Djialtsen de leur corps, de leur parole et de leur esprit.

Le Lama Poutèn Rinpoché (qui fonda la branche Poulou) a reçu tous les enseignements de pratique des mantras et de la science des caractéristiques (Tsénié) de la part des Lamas Sakyapa, Tichri Kunleu et Sonam Djialtsen.

Le Lama Tcheukeu Weuser (de l'école Tchonangpa, une branche Kadampa), était disciple détenteur de l'enseignement de Sakya Pandita.

Le Lama Shèrab Djialtsèn de Tolpo a mis toute son ardeur à étudier la science des caractéristiques à Sakya.

De Chongten Dorjé Djialtsen (disciple de Tcheudjial Phagpa) jusqu'à Ponlo, Chalou Lotchen et Podong Tcholé Namdjial, tous sont aussi des maîtres Sakyapa. Au sujet de l'école de Podong Tcholé Namdjial, il faut se reporter à la biographie où il se présente lui même en tant que Sakyapa.

Les Lamas Nyingmapas, Djialsé Thomé Zangpo et Kuntchèn Lontchèn Pa ainsi que le Lama Kadgiupa Phamotroupa, ont reçu les enseignements du Lamdré et d'autres, du saint Lama Sonam Djialtsen.

Le sixième Karmapa, Thonwa Tèndèn, a reçu tous les enseignements sur les grands traités de base, du Lama Rontèn tchenpo (disciple de Ngortchen Kunga Zangpo).

Djé Rinpoché (Tsongkapa) et son disciple Djialtsab étaient disciples du grand Sakyapa Rèndawa. Parmi les disciples de ce dernier, sept avaient le degré de Ramdjampa (titre Sakyapa d'érudit). Djé Rinpoché et Djialtsab étaient deux parmi ces sept. Parmi les dix disciples de Rèndawa possédant le titre de ''Katchu mawa (autre titre moins élevé d'érudit), l'un était Khé Droup Djé (deuxième disciple de Tsongkapa). Djé Rinpoché avait reçu les enseignements profonds de Niawen Tamtché Tchenpa, du Saint Lama et de Sazon Mati Pentchen (tous Sakyapas).

Il est dit que la tradition de la science des caractéristiques de Tsongkapa vient des Sakyapas et que sa science des Mantras provient de la tradition Poulou. Ceci ressort de sa biographie. La plupart de tous les savants et sages du Tibet ont été, de façon directe ou indirecte les disciples de lamas Sakyapas. Ces faits sont bien connus de tous les savants impartiaux.

En ce qui concerne les explications données aux cinq catégories des grands traités, les savants Sakyapas et Guélukpas disent que la catégorie des Paramitas est attribuée à Yatèn (Lama Sakyapa), la partie concernant la philosophie du Madhyamika est attribuée à Rèndawa, la science des caractéristiques à Niawen, la discipline à Tcha, et l'Abhidharma à Tronté et Tchim Nam Kha Tra.

La plupart de ces grands maîtres détiennent la lignée du Dharma Sakyapa. C'est grâce à leur bienveillance que la triple activité d'enseignement, d'argumentation, et de composition a pu largement prospérer jusqu'à nos jours dans les collèges de toutes écoles.

Particulièrement, ceux que l'on appelle ''les six ornements du Tibet'' (par analogie avec les six ornemen¬ts de l'Inde) furent des Lamas Sakyapas : deux savants dans les Sutras, Yaten et Ronten, deux savants dans les Mantras, les deux Kunga, deux savants dans les Soutras et Mantras, Koram Sonam Sengué et Pandita Shakya Tchoden.

Tous ces savants ainsi que d'autres, innombrables comme les étoiles dans le ciel, avec leurs disciples en nombre incalculable, étendirent dans toutes directions, le domaine de la connaissance au Pays des Neiges.

En ce qui concerne l'explication et l'étude des différents traités des trois Corbeilles, pour les Sakyapas, elle est divisée en six grandes catégories, qui sont les Paramitas, la logique (science des caractéristiques), la discipline, l'Abhidharma, le Madhyamika, et les trois vœux.

En ce qui concerne la discipline, on trouve l'explication et l'étude des deux traités du Soutra de la libération personnelle (Prati Moksha Soutra) et du Vinaya Soutra.

En ce qui concerne la logique (traités) : Pramana Samuccaya de Dinnaga, Pramana Vartikar de Dharmakirti, Pramana Viniscaya de Dharmakirti, Pramana Yuktinidhi de Sakya Pandita.

En ce qui concerne l'Abhidharma : Trésor de l'Abhidharma (Abhidharma Kosha de Vasubandhu), Complète Compilation de l'Abhidharma (Abhidharma Samuccaya d'Asanga).

En ce qui concerne les Paramitas: les cinq enseignements de Maitreya à savoir l'Abhisamaya Lankara Soutra, le Soutra Lankara, le Madhyanta Vibhanga, le Dharmata Vibhanga et l'Anouttara Tantra ainsi que le Tchièndjou ou Bodhicaryavatara ("s'engager dans l'action de Bodhisattva'') de Shantideva.

En ce qui concerne le Madhyamika : le Mulamadhyamaka Karika de Nagarjuna (''traité racine sur la voie du milieu''), l'Oumadjoupa ou Madhyamaka Vatara ("s'engager dans la voie du milieu") de Candrakirti, et l'Ouma Jidjiapa ou Catuhsataka d'Aryadéva (''les 400 de la voie du milieu'').

En ce qui concerne les trois vœux: le Damssoum Rabyé (Trisam Vara Prabheda) de Sakya Pandita, traitant des vœux de l'Arahat, du Bodhisattva et de l'adepte du Vajrayana.

Ces dix-huit traités appelés ''les dix-huit fameux'', sont étu¬diés dans les collèges d'enseignement. A l'issue de cette étude, on peut acquérir le grade de Kajipa (4ème parole), de Katchoupa (10ème parole) ou de Ramdjampa (connaissant tous les traités).

Jusqu'à nos jours, on pouvait obtenir l'expli¬cation et l'étude de ces océans de connaissance (tous les traités) dans tous les grands collèges du Té, du Tsang et du U ainsi que de l'est, sans sortir de la branche Sakyapa.

De la même façon, dans les écoles de Ngor, Dzong et Tsar, on mit tous ses efforts à tenir haute la bannière de la pratique et plusieurs centaines de ri¬tuels et mandalas différents étaient pratiqués avec leurs enseignements, et initiations des quatre groupes de Tantras.

Et ainsi, beaucoup obtinrent les pouvoirs supé¬rieurs (rang de Bouddha) et un corps d'arc en ciel avec disparition du corps de chair, parmi eux, Sonam Tsémo, le sage Thangtong Djialpo et d'autres sages innombrables comme des oiseaux migratoires, et qui manifestèrent tous les signes de la réalisation. Ces grands êtres, gardiens de la doctrine, plaçant toutes leurs pensées dans le Dharma du Bouddha, fondèrent un nombre incalculable de monastères semblables à des joyaux ornant 1'océan, où les moines étaient détenteurs des trois Corbeilles.

Parmi les sièges monastiques principaux détenteurs des Tantras, celui de Ngor Ewam Tcheuden fut fondé par Ngortchen Dorjé Tchang Kunga Zangpo, l'un des deux Kunga "savants dans les Tantras", dans l'année de l'Oiseau de terre du septième cycle (1429). La venue de ce grand Kunga fut prophétisée par le Bouddha dans les Soutras de Phagpa Guèwe Tsawa Yonsou Dzopa et Péma Karpo.

Ngortchen Kunga Zangpo naquit l'année du Chien d'eau du sixième cycle. Par ses qualités incomparables de discipline éthique, de Samadhi et de sagesse (écou¬ter, réfléchir et méditer),ainsi que par sa largeur l'esprit, il a développé comme un deuxième Bouddha, les trois activités d'enseignement, d'argumentation et de composition. Il donna l'enseignement du Lamdré quatre-vingt fois, et les initiations du Dordjé Threngwa soixante fois. On ne peut compter les explications, initiations et enseignements essentiels qu'il dispensa; comme sa discipline éthique était parfaite, on lui demanda plus de dix mille fois les vœux de moines. Il est appelé le Dorjé Tchang de notre époque de querelles.

Il eut, parmi ses disciples, un nombre incalcu¬lable d'êtres réunissant les qualités de savants et de sages ayant obtenu les pouvoirs. Ses monastères, plusieurs milliers, essaimaient dans les régions du Té, du Mè et du U.

La première de ses dépendances (filiales de Ngor) fut Mu Tamoling où résidait le Lama Mutchen Kentcho Djialtsen. A partir de Mutchen qui fut abbé de Ngor Ewam 'I'cheuden jusqu'aux abbés des quatre maisons de Lamas de nos jours, une lignée de soixante-neuf Lamas se sont succédés sur le trône de Ngor Ewam Tcheuden (les quatre maisons se partageaient la tenue du trône tous les trois ans). Tous les ans, le Lamdré était donné sans interruption par le Lama détenteur du trône et Ngor comprenait en per¬manence environ cinq cents moines, sans compter ceux très nombreux qui venaient au Lamdré, de toutes les régions (surtout du Kham).

Un deuxième monastère fut Tsédong, fondé par Djamyang Namkha Tashi, l'année de l'Oiseau de terre femelle du huitième cycle (1489). Ce monastère fut pris en charge par la maison de Tuntché. De grands êtres, comme Thritchen Sonam Lhundrup y vinrent.

Plus tard, le grand abbé de Ngor, Dorjé Tchang Ngawang Lodreu Jenphen Nyingpo (Tampa Rinpoché), y vint donner l'enseignement du Lamdré Loché. Tsédong devint alors un collège d'étude et de pratique.

Le monastère de Phenyul Nalenda (Tsarpa) fut fondé l'année du Lièvre de bois du septième cycle (1435) par Kuntchen Ronten, l'un des "six ornements du Tibet''.

Ce grand Lama naquit l'année du Mouton de feu femelle du sixième cycle, dans la lignée royale de Taguisita au pays de Djialmo Rong, à l'est. Il est reconnu non seulement comme l'incarnation authentique de Maitreya par des prophéties et des enseignements, mais encore comme la réincarnation de nombreux Panditas de l'Inde et du Tibet, dont Kamalashila (Indien) dont il disait se souvenir.

Il possédait la connaissance de un million huit cent mille volumes et ses principaux maîtres furent Mipham Tcheudjé lama, d'autres savants tibétains et le Pandita indien Natié Rintchen ainsi que d'autres Panditas de l'Inde. De ces différents maîtres, il reçut les enseignements des traités des paroles du Bouddha et de leurs commen¬taires.

De 22 à 84 ans, il dispensa son enseignement avec un discernement qui plaisait aux savants et eut parmi ses disciples :

quatre ''piliers de la doctrine'', huit disciples dits ''ornements de la doctrine'', trois disciples capables d'égaler leur maître, dix-sept disciples qui vinrent vers la fin de sa vie, quatre disciples de très grande réputation et environ six mille disciples gardiens des trois Corbeilles.

Dans sa pratique de l'argumentation, il gardait toujours présent à l'esprit le sens du discours.

Dans la science des débats, il puisait dans le trésor des enseignements et de la réflexion profonde. Parmi les nombreux savants, il se montra particulièrement habile dans la science des débats, sans jamais commettre la moindre erreur. Il ne s'en remettait jamais à d'autres que lui même et était semblable à un trésor de vues larges.

Dans de nombreux collèges d'enseignement comme celui de Sangpeu Néou Tho, il montra son habileté dans la triple activité d'enseignement, d'argumentation et de composition, et toute l'assemblée des savants et des sages du Pays des Neiges l'honorèrent du nom de Ronten Mawé Sengué (la Parole du Lion).

Il composa de nombreux traités de méditation sur la pratique de la plupart des grands traités et d'extraordinaires commentaires à quarante grands ouvrages ainsi que différentes louanges, de nombreuses explications d'enseignements divers, des commentaires aux Tantras et un résumé de la signification de soixante traités. Il fut l'auteur de plus de trois cents ouvrages. Par les guirlandes de sa composition, il embellit la doctrine du Bouddha.

Comme signe visible de la vérité du Dharma, il avait le pouvoir de ressusciter les morts, le pouvoir d'émanation et celui de voler comme un oiseau.

. On peut voir, dans sa biographie, qu'il posséda¬it tous les signes des réalisés de la sixième terre.

A 84 ans, il partit, comme il l'avait annoncé, au paradis de Gaden. Son corps fut momifié.

Son disciple, Kuntchen Tashi Namdjial, donnait chaque jour trente-deux fois des enseignements à des groupes diffé¬rents. Il ne lui était pas nécessaire de préparer les explications la nuit. Il se mesurait dans les débats avec de très nombreux savants et en ressortait victo¬rieux. Il possédait à la fois les qualités d'un savant et celles d'un sage.

A partir du grand Rongten jusqu'au septième abbé de Tsar (pendant 20 années) il y eut environ deux mille à trois mille moines à Nalenda et quarante-cinq maisons de moines. Après cette première période, de nombreux obstacles ayant surgi, le nombre des moines était tombé à mille.

Au plus mauvais moment, Lodreu Djialtsen invita Tchienrab Tcheudjé Rinpoché qui était un sage éminent et qui possédait la lignée proche de l'initiation de Tu Tji Khorlo obtenue de Dorjé Naldjorma. Celui-ci prit la succession de Tsar comme huitième abbé. A partir de lui jusqu'à nos jours, le nombre de moines n'a jamais été inférieur à quatre cents et ce fut un lieu de collège d'en¬seignement et de pratique des Soutras et des Tantras.

Depuis lors, jusqu'à Rintchen Tchientsé Ongpo, il y eut une lignée de dix-huit détenteurs du trône de Nalenda, tous de la famille divine de Tché.

La lignée complète d'enseignement comprend vingt-six Lamas. Le frère de Tchienrab Tchampa, neuvième de la lignée des dix-huit détenteurs du trône, fut la quatrième incarnation de la lignée des Zim Ouo (autre maison de Lamas de Nalenda) qui se poursuivit jusqu'à Dorjé Chang Tchampa Kunga Tendzin.

A Nalenda, il y avait à la fois un collège d'argu¬mentation et un collège de Tantras, et nombreux furent ceux qui montrèrent les signes de la réalisation par leur connaissance sur les Tantras. Jusqu'à nos jours, ce fut le lieu d'enseignement de la lignées des Soutras et des Tantras. Il y avait sept cents moines, une grande salle d'as¬semblée, deux collèges de moines, cinq maisons et trois maisons de Lamas.

Les monastères filiales de Nalenda étaient nom¬breux du Tsang à Tsawarong, jusque dans l'Amdo à Djiarong (près de la Chine).

En ce qui concerne le monastère de Ndréyul Tchiétsal (Tsang), il fut fondé en 1449, l'année du Serpent de terre du huitième cycle, par le disciple du grand Rongten, Tchamtchen Ramdjampa Sandjié Phel.

Ce monastère devint un grand collège de la science des caractéristiques et de l'enseignement des trois fondations.

Le disciple de Tchamtchen, Djamyang Kunga Tcheuzong, gouverna ce monastère. L'assemblée des nombreux disciples de Tchamtchen emplit toutes les directions.

Parmi eux, se trouvait le très grand savant dans les Sutras et Tantras, Kuntchen Korampa.

Il restaura et fit prospérer le monastère de Tana Thoubten Namdjial Ling, ceci en 1478, l'année de la Souris de terre du huitième cycle.

Ce grand seigneur du Dharma naquit l'année de l'Oiseau de terre du septième cycle. Il eut comme maître le grand Rongten et son disciple ainsi que Ngortchen Kunga Zangpo. Il atteignit les sommets de la connaissance. Il diffusa les écrits des vénérés fondateurs Sakyapa (les cinq Lamas) et fonda le collège d'ensei¬gnement du grand temple de Sakya. Jusqu'au grand abbé ''Bouddha'', un très grand nombre d'autres collè¬ges d'enseignement furent fondés.

Le disciple de Korampa, Mu Thoudjié Palzong, fonda le monastère de Djé Thoubten Yontchen, dirigé par les abbés et Lamas Palzang et Pentchen Ngatcheu.

Le disciple de Tchamtchen Ramdjampa, Pandita Bomtra Sompa, fonda le monastère de Nyenyé Tchagué Chong.

Le disciple de Djamyang Kunga Tcheuzong, Jongdjia Ngeudroup Palbar, fonda le monastère de Tcheu Khor Lhunpo.

Pentchen Lhaong Lodreu fonda le monastère de Jéri Tchietsal Oma. Ce monastère fut un grand collège de la science des caractéristiques. Il eut tout d'abord six filiales dont chacune essaima à son tour.

Tenyé Palwé fonda Sélong. Le disciple de Rongten, Pentchen Shakya Tchoden, dirigea Sélong qui devint un grand collège de la science des caractéristiques, appelé Thoubten Serndotchen. Dans le pays de Penyul, il res¬taura le monastère du maître Longré Thongpa, grand maître Kadampa.

Le monastère de Zongden Tcheudé au Tsang, fut fondé par Kunpong Tcheutra et il y eut là une nombreu¬se lignée d'abbés ''Gardiens des trois Corbeilles'' et, tous les ans, ce monastère et les douze filiales qui en dépen¬daient se réunissaient pour la pratique et l'enseigne¬ment des Sutras et Tantras en conservant les coutumes antérieures.

Quant aux monastères du Lama Mutchen Khorlo Dampa dans le pays de Mu, ils s'appelaient Samling, Tamoling, etc..

Le monastère de Chékardjialtsé Tcheudé du pays de Niongté dans le Tsang fut fondé par Rabten Kunzang Pha. Il eut seize collèges de moines différents et jusqu'à nos jours, il connut un grand développement.

Dans la même région, il y eut les monastères des Lamas Rendawa, de Sazang Mati Pentchen, de Tatsang Lotsawa Mawa Shérab Rinchen.

Le monastère de Konkar Dorjé Den, dans la province du U, fut fondé l'année du Singe de bois du huitième cycle (1464), par le savant en mantras, Dzonpa Kunga Namdjial. Ce maître naquit l'année du Chien d'eau du septième cycle. Il possédait de façon inégalable les vertus de savant et de saint. Il y établit la tradition de la récitation des différents rituels de mandalas en accord avec les différents Tantras et la tradition des danses religieuses.

Il était protégé par les Protecteurs du Dharma et avait de grands pouvoirs. Jusqu'à nos jours, la tradition des techniques de libération y fut ininterrompue.

Quant au monastère de Paldjé Samyé, il fut d'abord fondé par les trois, abbé, maître et roi respectivement Boddhisatto, Gourou Rinpoché et Thrisong Détsen. Il se développa et, lors de la deuxième diffusion du Dharma, il fut restauré par les Lamas Sakyapas, Sakya Pandita, le Saint Lama, et Ngatchang Tchenpo. L'abbé de Samyé était choisi et envoyé par Sakya.

Le monastère de Tchichon Rawa Mé fut dirigé par Ta Kunga Paljor. Les deux filiales de ce monastère, Dopu Tcheukor et Shédrong Guen, furent fondées par le disciple du grand Rongten, Shédrong Pentchen Lodreu Tcheudjié Djialpo.

Le Lama Kuntchen Tashi Namdjial fonda Tapo Tradzong, et Nyémo Tchamguen fut fondé par Tchenrab Tcheudjé.

Namdjial Serkhang fut fondé par Kazi Katchu Shakya Lodreu.

Dans le monastère de Trathang où demeurait Trapa Ngenshé, le maître Khéong Tendzin Phuntso développa le "Fleuve du Dharma" de Sakya, Ngor et Tsar.

Katché Pentchen fonda le monastère de Tratsé Tsondeu. D'autres monastères comme Takhoupi, Thrangou Chiwa, Yarndro Ching Mong Rido, etc., furent fondés dans les provinces du U et du Tsang, plus nombreux qu'on ne saurait dire, semblables à des guirlandes de soleils, de lunes et d'étoiles, joyaux de la doctrine du Bouddha.

Le monastère de Ndar Trangmo Tché, dans le Tsang, fut la résidence du grand Tsartchen. A partir de lui jusqu'au grand abbé Ngawang Losal Phuntso, ce monastère fut dirigé par de grands êtres, maîtres de l'océan des Soutras et des Tantras.

Le monastère de Yarlung Tashi Tcheudé fut fondé par le disciple du grand Tsartchen, Khentchen Yolwa Jennou Lodreu et fut dirigé par d'inégalables incarnations. Il devint un grand collège de pratique et d'enseignement.

La tradition de Tsarpa comprend, entre autres, les treize enseignements d'or, les enseignements profonds de la lignée orale, et les différents enseignements des divers Protecteurs du Dharma.

Les enseignements furent transmis du Saint Lama à Ngortchen et à ses disciples principaux, ainsi qu'à la lignée divine des Khon (de Sakya) sans interruption jusqu'à Dorjé Tchang Lodreu Djialtsen qui les donna à Doring Kunpongpa Tchenpo qui les reçut comme un "vase non percé".

Doring Kunpongpa Tchenpo a tenu la bannière de victoire de la pratique en une seule réclusion à Khaou Tradzong et il a obtenu ainsi un rang élevé de compréhension intérieure.

Parmi ses nombreux disciples, le principal "bâton de vie" à tenir la lignée orale fut le grand Tsartchen Tcheudjé Djialpo Lossal Djiamtso. Ce dernier est né l'année du Tigre de bois du huitième cycle et il possédait toutes les vertus d'un savant et d'un saint. Il reçut les vœux de moine de Guendune Djiamtso.

Ayant étudié la science de la logique à Tashi Lhunpo, par sa parfaite connaissance semblable à celle de Shantidéva, il enleva toute force d'esprit aux savants de ce monastère. Obtenant les fruits de ses prières, il reçut les prophéties de Dorjé Naldjorma, lui enjoignant de se rendre à Khaou Tradzong y recevoir les enseignements du Lamdré Loshé du Lama Doring Kunpong Tchenpo. Ces enseignements lui furent transmis au moyen des quatre caractéristiques essentielles de transmission authentique. Il reçut aussi d'innombrables enseignements profonds, et par sa pratique, il obtint les signes de la réalisation. Plus particulièrement, comme Dorjé Naldjorma le protégeait, à Thropou, Sinpori et à Nalanda, il obtint un haut rang de réalisation et monta sur le trône de Pouten Rinpoché à Shalou. Il étudia auprès de soixante-trois Lamas, sans distinction d'écoles, et reçut tous les enseignements profonds de pratique qui existaient au Tibet.

Le grand Tsartchen devint le deuxième Dorjé Tchang de ''notre époque en déclin''.

Parmi ses innombrables disciples de toutes écoles, les deux principaux furent Tchientsé Ontchoup et Kuntchen Ludroup Djiamtso qui détinrent la lignée de Tsarpa.

De nombreux disciples obtinrent un haut rang de réalisation d'union du vide et de la félicité. Ses disciples tinrent de manière ininterrompue le cours des enseignements et c'est ainsi que la tradi¬tion de Tsar fut établie.

Le fils spirituel du disciple Tchabda Ongtchoup Rabten, lui même disciple de Tsartchen et de son disciple, s'appelait Guenpo Sonam Tchoden. Les deux principaux disciples de ce dernier furent Tchabda Chalouwa et le grand cinquième Dalaï Lama.

Ce fut à ce moment que les événements se dégra¬dèrent au Pays des Neiges (à cause des rivalités). Après une période de troubles, le grand cinquième Dalaï Lama fut établi dans ses fonctions et put diriger pendant une époque de paix revenue. Il reçut alors de Guenpo Sonam Tchoden, les enseignements du Lamdré Loshé très détaillés ainsi que les enseignements qui y sont rattachés. Ceci devint sa pratique principale. Il composa lui même un commentaire du Lamdré Loshé et compila les biographies des quatre Lamas Tsarpas et les fit imprimer.

Afin de répandre les enseignements profonds du Lamdré Loshé, le cinquième Dalaï Lama invita Shalou Khentchen à venir donner ces enseignements et il fournit à la fois les vivres et les offrandes pour tous les moines et Lamas. Il fit diffuser cet enseignement particulièrement dans le sud.

Parmi les principaux disciples ayant reçu l'ensei¬gnement du Lamdré, à cette occasion, se trouvaient Tchodjié Tchenrab Tchampa (Abbé de Nalanda) et Satchen Kunlo (deux des quatre principaux Lamas), etc..

C'est grâce à l'activité religieuse de ces quatre Lamas que la lignée orale du Lamdré Loshé demeure jusqu'à nos jours et c'est grâce au grand cinquième Dalaï Lama que les enseignements Sakya et Ngorpa sont répan¬dus dans toutes les écoles du Tibet.

Quant au monastère de Dergé, Lhundroup Teng, dans la région du Ndoté (Kham), ''Demeure de tous les Rois du Dharma'', il fut fondé par le grand sage Thangtong Djialpo et par le roi religieux Tashi Tchéyèn. Ce grand monastère comprenait un collè¬ge de pratique et un collège d'enseignement très réputés ainsi qu'une importante bibliothèque et imprimerie où furent publiés le Kandjour, le Tendjour, les écrits des Lamas, etc..

A Dergé, vivaient en permanence une moyenne de mille sept cents moines. Ce monastère fut le berceau spirituel de nombreux savants dont le grand Pandita Chutchen Tsulthrim Rintchèn. A Dergé, se faisait aussi la pra¬tique des trois traditions de Sakya, Ngor, et Tsar en ce qui concerne la façon de réciter les textes (mélodies etc..)

Le "deuxième Bouddha de notre temps de déclin'', Djamyang Tchientsé Ongpo, réunit les différentes Saddha¬nas en une seule collection et fit progresser les doc¬trines de toutes les écoles, mais particulièrement celles de Sakya, Ngor et Tsar.

Le disciple de ce maître, Sangda Loter Ongpo (un maître de récitation de Ngor) reçut des deux Lamas, Mipham Sengué Rabdjié de Tana et Ngawang Lédroup (maître de cérémonie de Ngor Ewam Tcheuden), tous les enseignements de la logique, du Madhyamika, des Paramitas, de la discipline, de l'Abhidharma et des trois vœux, ainsi que la tradition des cinq premiers Lamas fondateurs de Sakya.

Sangda Loter Ongpo composa, compila et réunit des commentaires aux cinq groupes de traités et fit beaucoup pour les diffuser. Entre autre, il réunit les enseignements secrets, tous les textes de pra¬tique des grandes initiations, explications, ensei¬gnements essentiels et commentaires des Tantras, tout en maintenant la tradition dans une collection de trente-deux volumes, intitulée Djiu Dé Kuntou. Ce fut lui aussi qui réunit le Lamdré Loshé en dix-sept volumes et contribua à leur diffusion dans le Té et le Mé (ouest et est du Tibet).

Particulièrement, le disciple de Loter Ongpo (et de son disciple) le grand Dorjé Tchang Ngawang Lodreu Jenphen Nyingpo, être saint, ''Maître de la Roue du Dharma'', transmit largement le Lamdré dans le Tsang et eut jusqu'à nos jours une grande assem¬blée de disciples.

Dans le monastère de Dzongsar Tashi Lha Tsèr (région de Dergé), l'incarnation de Tchientsé, Tcheudji Lodreu, a fondé un collège d'enseignement où l'on pouvait étudier les enseignements de toutes les écoles et principalement des dix-huit grands Traités Sakya¬pas. Il y fonda aussi un collège de pratique de tra¬dition principalement Tsarpa.

C'est ainsi que, dans cette région de Dergé, il y eut vingt-cinq monastères Ngorpa.

Le monastère de Thromdoguen, dans la région de Throm (Kham) fut fondé par Djialwa Tchangtchoup. Il contenait plus de mille moines.

Dans la région de Ga, le monastère de Tchiégou Tendroup ling (à Djié Koundo) le "deuxième Ewam'', fut fondé par Salo Djampal Dorjé. Ses collèges de pratique et d'enseignement furent réputés pour leurs règles sévères. Il comprenait environ mille cinq cents moines.

Celui qui fut le disciple de Djamguen Tchientsé, de Kontreul et de Djamyang Rintchen Dorjé, grand abbé de Thartsé parvint à "l'autre rive de l'océan des traités" et, dans sa pratique, l'esprit parfaitement concentré, il rencontra véritablement le seigneur du Dharma, Sakya Pandita, qui le conseillait chaque fois qu'il avait un doute au sujet du sens d'un enseignement.

Cet heureux disciple qui paracheva l'étude et la pratique du Lamdré, fut Djamguen Ngawang Lépa. Il pos¬sédait, dans cette incarnation, le rang de l'union de la vacuité et de la félicité.

Djamguen Ngawang Lépa avec son propre disciple, Mahapandita Adjam Rinpoché, ainsi que le disciple de ce dernier, tournèrent la Roue du Dharma dans leur monastère de Gatharlam Guenpa, "deuxième paradis des Bouddhas''.

Dans la région de Gava, il y avait vingt-et-un monastères Ngorpas dont également Thoupten Guen, et Thrindir Kalzang Guen.

D'autre part, dans le Kham et l'Amdo, se trouvaient aussi de nombreux autres monastères, Dzatchoukha, Tréhor, Nontchèn, Markham, Trayab, Lithang, Tarndo, Yenrou, Minya, Niarong, Tsarong et Djiarong, etc..

Dans la région de l'Amdo Ngapa, se trouvait le monastère de Dhipheu Tcheudjé, fondé par Tcheudra Zangpo et où fonctionnait un grand collège de Sutras et deTantras, comprenant plus de mille moines. Autour de ce centre, existaient cent huit monastères filiales.

Pour résumer, dans tout l'ouest du Tibet, du Laddhak à l'Inde et au Népal, de Ngari jusqu'à l'est et jusqu'à la Chine, fonctionnaient plusieurs milliers de monastères Sakyapas.

EMINENTES CARACTERISTIQUES DE CETTE TRADITION

En quoi la tradition Sakyapa se distingue-t-elle par ses qualités ?

Le Bouddha a dit :
"Nobles moines et savants, ce n'est pas par respect pour moi que vous devez pratiquer ma doctrine semblable à l'or pur, mais parce que vous l'avez par¬faitement examinée."

De la même façon, les vénérés fondateurs n'ont pas traité le Dharma des Sutras et Tantras en simple marchandise à vendre à la multitude.

Tout d'abord, leur lignée remonte au Bouddha et à Dorjé Tchang. Cette tradition de tous les Sutras et Tantras fut diffusée par les grands Panditas, de leur propre force, et par les grands maîtres de réa-lisation, et elle fut méditée et mise en pratique. Grâce au travail de traduction, d'explication, et d'ensei¬gnement, cette tradition est bien semblable à l'or purifié. Ses Lamas et Panditas ne se contentèrent pas de connaître un seul groupe de Soutras et Tantras, mais ils mirent tous leurs efforts à réaliser l'ensemble de toutes les traditions. Les nombreux disciples et tous ceux qui examinèrent ces enseignements avec habileté, connurent que l'on ne peut en mesurer les limites.

Cette tradition devint un grand trésor de Dharma de la doctrine parfaitement accomplie.

Son origine est authentique. La pratique de la triple activité (vision, méditation, et action) y est particulièrement éminente.

Les grands êtres et les innombrables savants et sages, gardiens de cette lignée des précieux fondateurs, furent comme l'arbre de vie de la parfaite doctrine du Bouddha, qu'ils embellirent de leur triple activité (enseignement, argumentation, et composition). Leur pra¬tique était intense. Ils respectaient dans tous les détails, les enseignements des trois Corbeilles et la pratique dans les trois entraînements. Avec la composition de traités et leurs compléments comme le Damssoum Rabyé de Sakya Pandita, ils firent la distinction parfaite entre les trois sortes de vœux, entre les dharmas justes et les faux dharmas.

Dans le traité Thoupé Gongsal, (Pensée du Puissant), on explique en détail la pensée de base de tous les Sutras et Tantras, ainsi que la nécessité des diffé¬rentes règles. En expliquant d'abord les distinctions entre les différents groupes d'enseignements, on peut les réunir tous ainsi dans une seule pratique et saisir qu'aucune des doctrines n'est contradictoire.

Capables de concentrer le sens de tous les grands traités dans une seule pratique (celle du Lamdré) et détenant les enseignements essentiels des Sutras et des Tan¬tras de façon authentique par la transmission d'une lignée ininterrompue, les Sakyapas furent dignes de la foi, et de la confiance des centaines de milliers de savants im¬partiaux qui voulurent bien examiner leur doctrine.

C'est donc ainsi que se distingue cette tradition.

La précieuse lignée orale du Lamdré, munie des quatre caractéristiques se distingue particulièrement par le traité du Tantra et de l'enseignement essentiel, et parce qu'il n'est nul besoin de chercher ailleurs dans d'autres Tantras, un sens qui n'existerait pas dans le Lamdré.

Si l'on se familiarise avec l'enseignement du Lamdré, on s'aperçoit de la profondeur du Tantra et de la lignée. Si on le pratique, on s'aperçoit que, même parmi les autres enseignements profonds, il est difficile d'en trouver dont la voie vers l'éveil soit aussi complète.

C'est ainsi que, si l'on sait pratiquer dans l'indifférenciation de la base, de la voie et du fruit, tous les sens profonds des Sutras et Tantras deviennent en un instant compréhensibles. On devient capable de transformer les fautes en vertus et les obstacles en pouvoirs.

Par la vertu de l'obtention des bons présages intérieurs, on obtient la certitude d'une connais¬sance dans tous les enseignements du Lamdré.

L'essentiel semblable à sa vie même, de la pratique du possesseur des trois vœux, dépend du respect des vœux essentiels et des engagements pris. En examinant le fait de prendre les quatre consécrations aux quatre périodes de méditation de la voie munie des quatre lignées orales dont la continuité du fleuve de l'initiation, etc., on s'aperçoit de son éminence.

Les savants et les sages de toutes écoles ont coutume de dire, au sujet de la tradition Sakya, que, grâce à la récitation journalière et continue de l'abrégé de la voie (Saddhana résumée de Guépadorjé) les Sakyapas se protègent contre les quatorze fautes racines et, s'en trouvant libérés, peuvent alors réaliser la bouddhéité en seize existences au plus.

Donc, cette tradition se distingue par ses grands bienfaits, et son risque moindre (absence du risque d'être souillé par les quatorze fautes racines).

C'est ainsi que les grands sages du passé, quels que soient les signes de réalisation qui survenaient en eux, les tenaient secrets.

Tout ce qui a été dit ci dessus, peut être tenu pour véridique. Quant au sens du mot Sakya, le vénéré Trapa Djialtsen a dit :

''Terre Blanche, semblable à la face d'un lion, vénérée Sakya semblable au corps d'un lion, là sont réalisés tous les désirs des six sortes d'êtres et là réside le vénéré seigneur Dorjé Tchang".

C'est ainsi que le nom du lieu servit aussi à désigner les adeptes.

Vie de Ngortchen Kunga Zangpo

Vie de Ngortchen Kunga Zangpo
Préface
Au Tibet, Ngortchen Dorjé-tchang Kunga-zangpo fut un tenant de l'enseignement impartial du Victorieux en général, et de la lignée des cinq Gonmas de l'école Sakyapa en particulier.
Bien que, depuis un nombre incalculable de Kalpas, il ait véritablement obtenu le parfait éveil, il choisit de s'incarner en ce bon Kalpa qui verra apparaître mille Bouddhas parfaits et où progresseront les cinq dégénérescences. Sa venue avait pour objectif de se rendre utile à la doctrine du Puissant en établissant de nombreuses créatures dans le mûrissement et la libération.
Ce grand être, dont la venue a été prophétisé par le Victorieux dans les Soutras du Phapai-tsawa-yonsou-zinpai-do et du Doté-péma-karpo, naquit dans l'année mâle du Chien d'eau (1382).
Sans égal dans la discipline éthique, le Samadhi, dans la sagesse de l'écoute, de la réflexion et de la méditation, dans la puissance et le courage, il fut semblable à un second Bouddha par sa triple activité d'explication, d'argumentation et de composition littéraire en ce qui concerne la doctrine du Victorieux.
Dans l'année de l'Oiseau de terre (1429), il fonda le siège monastique de Ngor-ewam-tcheuden.
Il conféra dès lors, un nombre illimité d'initiations, instructions et enseignements essentiels, dont le Lamdré qui fut prodigué à plus de quatre vingt reprises et le Dortreng à plus de soixante fois.
Il donna les vœux de "moine complètement ordonné" à plus de dix mille religieux, et les vœux de laïques et de novices à un nombre incalculable de personnes. En bref, l'on peut se demander si, au Tibet, il y eut un ami de la vertu ayant exercé le rôle d'abbé auprès d'un aussi grand nombre de moines que ce seigneur.
Ses élèves ayant obtenu science et Siddhis furent eux aussi très nombreux. Des provinces du Laddak, de l'Inde, du Népal et du Ngari jusqu'à Gothon en chine, ils fondèrent plusieurs milliers de monastères appartenant aux trois branches Sakya, Ngor et Tsar de l'école Sakyapa.
Ils respectèrent les liens sacrés et les engagements aussi soigneusement que leur propre vie, ce qui est considéré comme pratique essentielle pour ceux qui ont reçu les trois sortes de vœux selon la pensée du Puissant.
Une fois l'esprit imprégné de l'enseignement du Lamdré grâce à sa transmission orale au moyen des quatre règles, ils furent capable de méditer simultanément tous les points profonds de la voie des Soutras et des Tantras.
Un tel enseignement rassemblant entièrement les éléments de la voie est difficile à trouver, même parmi les plus profonds. Il leur permit de comprendre que tous les enseignements s'y trouvaient inclus et libres de contradiction.
Grâce à la puissance des "Liens-supports" internes, en développant la certitude intérieure envers tous les Dharmas, ils purent résumer en un seul point les éléments essentiels de la voie révélés dans tous les traités.
Ils préservèrent cette instruction libre d'erreur, pénétrant tous les Soutras et Tantras, et envers laquelle des milliers de savants qui l'examinèrent d'un esprit impartial, ont pu développer une confiance indéracinable.
C'est pourquoi, étant certain que la traduction du tibétain en français de cette biographie de Ngortchen Dorjé-tchang Kunga-zangpo serait d'un grand bénéfice pour les êtres et l'enseignement du Bouddha, je demandai à mon disciple français Marc Rozette d'en assurer la réalisation.
Cette biographie s'intitule "L'océan réunissant les fleuves des excellents discours". Elle fut initialement composée par le disciple de ce grand maître, Sempa-tchenpo-keuntcho-djaltsen.
De plus, je promis à mon disciple toute l'aide dont il aurait besoin dans sa tâche, et comme ma disciple allemande Dr. Cornélia Weishaar-Günter effectuait la même traduction en anglais, je leur demandais de comparer leurs travaux afin d'en améliorer la qualité finale. C'est ce qu'ils accomplirent, à force de persévérance et de foi.
Les Lamas qui furent les maîtres de tous les Tibétains, sans distinction de couleur ou de caste, ont pratiqué l'écoute, la réflexion, la méditation pour leur propre bien, et ont développé l'enseignement, l'argumentation et la composition littéraire pour le bien spirituel d'autrui. Quant à la connaissance, l'amour et le pouvoir, ils les cultivèrent pour ces deux objectifs réunis.
J'invite donc les occidentaux qui suivent le même guide et partagent la même foi, à extraire la quintessence de leurs vies exemplaires.
Ceci a été écrit au centre français de Ngor-ewam-phendé-ling, le 25 octobre de l'année 1989 selon le calendrier occidental par Ngor-ewam Phendé-shapdron Jamyang-kunzang Tcheu-ji-djamtso.
INTRODUCTION
Nous sommes heureux de présenter pour la première fois en Occident la biographie complète d'un grand maître de l'école Sakyapa du Bouddhisme tibétain en la personne du Lama Ngortchen Dorjé-tchang Kunga-zangpo.
Bien que le nom de ce saint soit pratiquement inconnu aux occidentaux n'ayant jamais eu de contact avec cette lignée, le choix de cette traduction s'imposait à la fois par la dimension du personnage dans sa propre école et par les retombées spirituelles de son enseignement sur l’ensemble du territoire tibétain et même au-delà de ses frontières, comme nous allons le voir plus loin.
L'école Sakyapa étant une lignée du Bouddhisme tibétain peu connue en Occident, il sera utile au lecteur d'en avoir tout d'abord un bref aperçu historique établi d'après cette tradition; cela lui permettra de lire avec plus de profit la traduction qui suivra; nous insisterons en particulier sur la vie des cinq Gonma, les cinq premiers Lamas Sakyapa à avoir grandement contribué à l'essor de cette école, dont les noms seront fréquemment cités tout au long de la biographie de Ngortchen-kunga-zangpo.
Le nom de l'école "Sakyapa" est tiré du nom de son centre monastique principal "Sakya", situé dans la province du Tsang et fondé en 1073 par Khontcho-djalpo de la lignée des Kheun.
Cette lignée d'origine divine selon la tradition, et dont les membres étaient jusque là adeptes des Tantras dits anciens issus de la première pénétration du Bouddhisme au 8ème siècle, se tourna vers les nouveaux Tantras apportés de l'Inde au 11ème siècle.
Khontcho-djalpo étudia lui-même avec les nombreux savants de l'époque, tels que Dromi-lotsawa, Gueu-koukpa, Oudjen-pandita, Mal-lotsawa etc.
Son fils Satchen-kunga-nyingpo (1092-1153), se révéla être une émanation de Tchenrézi (Skt. Avalokitesvara). Ayant reçu jusqu'à l'âge de onze ans de nombreux enseignements de son père, ce fut ensuite Bari-lotsawa qui veilla sur son éducation.
Il accomplit à l'âge de douze ans une retraite sur le Bodhisattva Jampéyang (Skt. Manjousri) ont il eut la vision au bout de six mois de méditation, et qui lui transmit le fameux enseignement du Shenpa-ji-drèl "La libération d'avec les quatre attachements".
Cet enseignement comprenait les quatre vers suivants :
- Qui aspire ardemment à cette vie, n'est pas une personne religieuse.
- Qui aspire ardemment à la ronde de l'existence, ne possède pas le dégoùt menant à son rejet.
- Qui aspire ardemment à son propre bien, n'a pas l'esprit d'éveil.
- Qui manifeste de la saisie envers un ego, n'est pas en possession de la vision profonde.
Satchen-kunga-nyingpo comprit alors que le sens de tous les Soutras se trouvaient résumés dans ces quatre vers et en retira une grande sagesse. Plus tard, de nombreux savants de cette lignée en firent des commentaires, et cet enseignement devint l'un des plus populaires de l'école Sakyapa.
Satchen poursuivit ses études auprès des maîtres les plus savants de l'époque tels que Dranti-darma-nyingpo, Tchon-rintchen-dra, Mé-lhan-tsor, Khon-ji-chowa, Namkha-oupa, Mal-lotsawa, son propre père, et de nombreux Pandits Indiens et Népalais.
Les enseignements reçus couvraient tous les aspects de la voie bouddhique aussi bien Soutras et Tantras, métaphysique, logique, philosophie profonde, médecine etc...
Il reçut plus particulièrement de très nombreux enseignements tantriques dont environ deux cent
Tantras de son Lama, Bari-lotsawa, de nombreux commentaires sur des Yidams tels que Khorlo-
demtchog (Skt. Chakrasamvara), Sandu (Skt. Gouhya-samâja), Kyé-dorjé (Skt. Hévajra), et aussi tout ce qui touchait aux Protecteurs.
Après que le Lama Changteun-tcheubar lui ait transmi l'enseignement du Lamdré, "La Voie avec son Fruit", dont la lignée remontait au puissant yogi Indien Viroupa, Satchen-kunga-nyingpo tomba malade et en arriva à oublier le précieux enseignement.
Il pria alors le Lama intensément, et il se souvint de chacun des mots de l'enseignement. Plus tard, le Lama Changteun-tcheubar lui apparut en rêve, et il se remémora alors tout le Dharma enseigné.
Puis ce fut le grand yogi Viroupa qui, apparaissant à son tour, lui transmit les enseignements du Lamdré avec soixante-douze Tantras accompagnés d'entretiens et commentaires, et cela durant un mois entier.
Satchen-kunga-nyingpo était un être de grande vertu, libre de toute souillure et manifestait de nombreux signes de réalisation. Finalement, c'est à l'âge de soixante-sept ans que quatre corps émanés de lui-même partirent dans quatre paradis.
IL est dit que ses trois meilleurs disciples prophétisés obtinrent la réalisation sans rejeter leur corps. Sept autres disciples dont Trapa-djaltsen obtinrent l'endurance sans devoir renaître. Quinze autres dont Tsémo, obtinrent les pouvoirs du feu intérieur.
Satchen-kunga-nyingpo eut quatre fils. Le premier, Kunga-bar mourut jeune en Inde.
La naissance du deuxième, Lopeun-tsénam-tsémo(1142-1182), fut annoncée par des Dâkinîs qui écrivirent son nom sur la porte du temple du temple de Boddhgaya en Inde. Aussitôt né, assis dans la posture de méditation, il prononça par deux fois ces mots :
"Je suis allé par-delà les comportements enfantins."
A l'âge de trois ans, il rencontrait en vision Kyé-dorjé (Skt. Hévajra), Drolma (Skt. Târâ) et Miyowa (Skt. Achala). Il énonça par coeur les enseignements des "Trois Lignes", le Tantra racine de Khorlo-demtchog (Skt. Chakrasamvara) et de nombreux enseignements profonds. Il était capable de se remémorer ses onze incarnations successives où il avait été érudit comme celle du Pandit Mithoup-dawa par exemple.
Puis, pendant onze ans, il alla étudier auprès du Lama Tchapa-tcheu-ji-sengué la philosophie, la logique, la discipline et l'Abidharma.
Ses qualités étaient immenses et il recevait directement des divinités, les réponses à ses questions. Il pouvait se rendre en un éclair dans les différents paradis.
Âgé de quarante et un ans, alors qu'il dispensait un enseignement à quatre-vingt de ses disciples, une odeur agréable et le son de cymbales emplirent l'air; son corps se transforma alors en arc-en-ciel et il disparut dans une grande lumière.
Le troisième fils, Djétsen-trapa-djaltsen (1147-1216), naquit dans l'année du Lièvre du troisième cycle parmi de nombreux signes auspicieux.
Il eut de nombreux maîtres dont Sénam-tsémo, qui lui transmirent de nombreux enseignements couvrant la voie des Soutras et celle des Tantras.
D'une très grande vertu, il ne touchait jamais à la viande et à la bière en dehors des cercles d'offrandes. Constamment accompagnée des vagues de dons de Jampéyang (Skt. Manjousri), il se révéla plein de science et capable d'éclaircir tous les doutes quant au sens profond des enseignements.
Établi en méditation jour et nuit, il avait tous les signes de réalisation extérieurs, intérieurs et secrets.
Un jour qu'un savant astrologue, Khatché-pantchen annonçait l'éclipse du soleil, Trapa-djaltsen, arrêtant le passage de l'énergie dans les deux canaux secondaires, fit passer les deux circuits rouge et blanc dans le canal central, et l'éclipse n'eut pas lieu.
L'astrologue s'écriant que c'était une bien grande fatigue pour le faire passer pour un menteur, vint lui rendre visite; alors Trapa-djaltsen se leva en un éclair et plaça son Vajra et sa cloche dans le ciel.
Voyant ces signes qui dépassaient l'entendement, l'astrologue le nomma Bédza-dara "Grand maître tantrique", et lui demanda son enseignement.
A l'âge de cinquante-six ans ans, alors qu'il se trouvait dans le monastère de Nyémo-tsankha, Satchen-lama, émergeant de la claire lumière, apparut pour lui donner des éclaircissements sur le sens profond du Lamdré.
Alors qu'il avait le pouvoir de se rendre dans les paradis des Bouddhas, il refusa plusieurs fois les
invitations que lui faisaient les Dâkinîs.
Par la triple activité de l'explication, l'argumentation et la composition littéraire, Trapa-djaltsen fit largement progresser les enseignements du Puissant au pays des neiges.
C'est dans sa soixante-dixième année, qu'après avoir accompli le bien des êtres, il se rendit au
paradis de Soukhavati.
Le quatrième fils de Satchen-lama, Paltchen-weupo, naquit dans l'année mâle du Cheval de fer(1150). Recevant de très nombreux enseignements de son père et de ses frères, il fit largement le bien des êtres.
Il passa dans le Nirvana à l'âge de cinquante-neuf ans.
Paltchen-weupo eut deux fils dont le premier fut Sakya-pandita. Comme le Bouddha avant de s'incarner, il fit cinq choix et entra dans la matrice de sa mère, Trapouma-nyitri-tcham, sous la forme d'un roi des Nagas. Sa mère vécut alors un Samadhi inconnu auparavant.
Lors de sa naissance dans l'année mâle du Tigre d'eau (1182), de nombreux signes étonnants apparurent et il se mit aussitôt à parler en sanskrit. Son corps était orné de toutes les marques physiques des Bouddhas dont la proéminence crânienne, et le cheveu blanc au centre du front.
Pendant vingt-cinq renaissances successives, il avait constamment été accompagné par Jampéyang (Skt. Manjousri), et était lui-même une émanation de cette divinité.
En vérité relative, pour guider les êtres, il écoutait les enseignements, mais, quels qu'ils soient, tout le sens des objets de connaissance était déjà connu de lui.
Il reçut d'innombrables enseignements de différents maîtres de l'Inde, du Népal, du Cachemire et du Tibet, et devint le maître de toutes les doctrines.
Quand il eut dix-neuf ans, le maître Yinyen apparut au sein de la claire lumière pour lui enseigner durant un mois tout l'Abidharma qu'il mémorisa aussitôt.
A partir de l'instant où il reçut les vœux de moine du Pandita Shakya-sri-bhadra et jusqu'à la fin de sa vie, il ne fut jamais en contradiction avec la plus petite des règles; il combla ainsi tous les Bouddhas.
Il possédait à la fois les vertus de savant et de moine, était généreux, avait un grand esprit d’éveil et toutes les qualités de compréhension intérieure.
Grâce à cela, il fit le bien de beaucoup d'êtres et sa renommée s'étendit partout. Cette dernière attira le fameux maître de l'Inde Trodjé-gawo et cinq autres maîtres non-bouddhistes qui vinrent se mesurer à lui.
Sakya-pandita, grâce à sa science, les réduisit au silence et fut ainsi le premier au Tibet à vaincre des savants de l'Inde par l'argumentation.
Son activité dans la composition littéraire fut très importante et il écrivit de nombreux traités pour le bien des disciples futurs, touchant les domaines de la logique, la métaphysique, la philosophie profonde, la poésie, la musique, la danse etc. Il est aussi l'auteur de nombreuses explications à l'origine des traités du Tendjour.
Sa réputation était telle que, dépassant les frontières du Tibet, elle parvint jusqu'à l'empereur de Chine qui, souhaitant le rencontrer, l'invita. Sakya-pandita accepta et put répandre la doctrine du Bouddha dans de nombreux pays "barbares".
Un jour où il donnait un enseignement, le roi et ses ministres décidèrent de le tester et un illusionniste créa un temple magique où Sakya-pandita fut invité à se rendre. L'esprit en profond Samadhi, Sakya-pandita jeta les fleurs de consécration et le temple devint réel. Celui-ci fut alors nommé temple de Changtcho-trulpa, "Temple émané du Nord".
Le roi et son entourage eurent grande foi en lui, et Sakya-pandita, juqu'à l'âge de soixante-dix ans, fit prospérer l'enseignement de Bouddha en Chine.
L'année femelle du Porc de fer (1251), à l'endroit du temple émané du Nord, il montra le passage dans l'au-delà de la souffrance et réalisa toutes les terres et voies. Au paradis de Ngeunga, il devint le Bouddha Drima-mépa comme l'avaient prophétisé les Dieux et les Lamas.
Le maître des êtres, Phapa-rinpotché, fils du frère de Sakya-pandita, naquit dans l'année femelle du Mouton de bois (1235).
Très jeune, il se souvenait déjà de ses nombreuses incarnations précédentes. A l'âge de trois ans, il récitait la Sâdhana Tsokyé. A huit ans, il connaissait par cœur le Kyérap.
A neuf ans, alors que le maître de la doctrine, Sakya-pandita, donnait un grand cycle d'enseignements, il énonça le Tantra de Kyé-dorjé (Skt. Hévajra) devant une immense assemblée. Tous, emplis d'admiration, le nommèrent alors Phapa, "Etre éminent".
A l'âge de dix ans, il partir vers le Nord pour saluer Sakya-pandita qui le fit entrer en religion auprès du Jowo à Lhassa.
Il eut de nombreux maîtres dont Sakya-pandita et il devint vite savant dans tous les véhicules et voies.
Le roi mongol de Chine, Sétchen, l'invita dans son pays où il accomplit de grandes oeuvres à la fois pour le bien des êtres et de la doctrine. C'est à ce moment qu'il reçut le titre de Ti-shri du roi qui lui donna, en prix d'initiation, les trois parties du Tibet.
En particulier, un jour, il prit une arme tranchante et se coupa la tête et les membres. L'on vit alors ces cinq morceaux se transformer en les Bouddhas des cinq familles, émettant d'innombrables rayons de lumière.
Il fut encore le premier Lama tibétain à devenir roi du Tibet et à gouverner ce pays avec impartialité envers toutes les écoles.
C'est à l'âge de quarante-six ans, qu'après s'être assis dans la posture du Vajra, il partit dans le Nirvana(1280), au milieu de pluies de fleurs et de musiques célestes.
Durant tout ce temps, le monastère de Sakya n'avait cessé de se développer tandis que de nombreux monastères filiaux voyaient le jour.
De grands savants et réalisés se succédèrent ensuite à la tête de l'école dont le développement semble pourtant avoir connu une certain ralentissement vers la fin du quatorzième siècle.
Le siècle suivant fut marqué par la venue de Ngortchen-kunga-zangpo, dont le rayonnement spirituel contribua dans une large mesure à raviver cet essor.
Ce nouvel élan se traduisit par la fondation de nouveaux centre religieux avec en tête celui de Ngor-ewam-tcheuden, et ce, dans tout le pays et dans des régions avoisinantes comme celle du Mustang.
Sur le plan spirituel, son importance est telle que plusieurs lignées d'enseignements dont celle du Lamdré qui étaient jusqu'alors détenues par les chefs de Sakya, passèrent par l'intermédiaire de ce maître à ses successeurs sur le trône du monastère de Ngor-ewam-tcheuden.
C'est ainsi qu'une nouvelle branche de l'école Sakyapa, l'école Ngorpa, voyait le jour et n'allait cesser d'étendre son influence jusqu'à notre époque contemporaine, notamment dans les régions éloignées de l'Est du Tibet tel que le Kham.
IL n'y eut pourtant aucune scission doctrinale entre Ngorpa et Sakyapa qui, bien qu'ayant une administration séparée, continuèrent à partager et à s'échanger les mêmes enseignements fondamentaux, l'ensemble de l'école étant toujours placé sous l'autorité suprême du tenant du trône de Sakya.
Il est intéressant de noter qu'après le terrible holocauste de 1959, les monastères Sakyapa fondés en exil en Inde ou dans les pays avoisinants appartiennent actuellement dans leur très grande majorité à cette même branche Ngorpa.
Comme son titre l'indique, la biographie que nous proposons plus loin est tirée du second volume de l'enseignement essentiel du Lamdré, "La Voie avec son Fruit", cycle doctrinal basé sur le Tantra de Kyédor (Skt. Hévajra) et qui est propre à l'école Sakyapa.
Il nous a semblé plus approprié de reléguer en appendice la longue liste des enseignements reçus par Kunga-zangpo dans la première partie de sa biographie, ceci afin d’éviter aux non-tibétanisants une lecture trop fastidieuse.
Nous avons d’autre part présenté en annexe la traduction de la biographie de l’un des principaux disciples de Kunga-zangpo en la personne de Mupa-tchenpo keuntcho-djaltsen, qui est aussi l’auteur de notre biographie principale.
Comme il s'agit ici d'une œuvre purement tibétaine, nous avons préféré laisser sous leur forme originale les noms des Bouddhas, Bodhisattvas, Yidams, cycles d'enseignements etc., tandis que la phonétique sanskrite des principales déités apparaît cependant entre parenthèses.
Nous signalons enfin aux lecteurs qu'un glossaire regroupant les principaux termes techniques utilisés dans cette traduction se trouve à la fin de cet ouvrage.
Comme le souligne la préface, cette biographie est le résultat d'un travail concerté entre deux personnes effectuant la même traduction, l'une en langue française, et l'autre en langue anglaise.
La comparaison des deux versions a donc permis d'en dégager toutes les différences et de soumettre celles-ci à S.E. Phendé Rinpotché, l'un des chefs actuels de la branche Ngorpa de l'école Sakyapa, par le biais de plusieurs centaines de questions.
Les traducteurs ont rencontré nombre de difficultés principalement causées par des mots ou des expressions tibétaines de l'époque, actuellement tombés en désuétude, ou par le flou et l'incertitude de certains passages, propre à la construction grammaticale du Tibétain.
Cette traduction ne saurait donc être considérée comme un travail définitif, mais plutôt comme un essai, toujours sujet à des améliorations futures.
Le style de cette biographie tranche nettement avec le merveilleux contenu dans les récits des grands saints tibétains tels que Milarépa, ou des Siddhas de l'Inde. Bien que ce récit appartienne au passé et à une culture menacée de disparition, sa sobriété ainsi que les menus détails peignant la vie quotidienne de ce saint ajoutent à la valeur de ce témoignage spirituel.
Nous remercions vivement toutes les personnes qui ont participé à ce la réalisation de cet ouvrage, et plus particulièrement S.E. Phendé Rinpotché dont la présence, témoignage vivant de son enseignement à travers la lignée Ngorpa, nous a inspiré tout au long de ce travail.

Marc Rozette, traducteur pour la version française.

LA BIOGRAPHIE
Biographie de Dorjé-tchang Kunga-zangpo, intitulée "L'océan réunissant les fleuves des excellents discours", extraite du second volume des biographies de la lignée des Lamas du Lamdré, la grande et unique Voie foulée par tous les Tathâgatas.


Hommage et présentation

OM-SO-TI-SINDHAM !
Voici la biographie du victorieux Dorjé-tchang Kunga-zangpo intitulée "L'océan réunissant les fleuves des excellents discours, source du joyau révélant l'ensemble de ses qualités".
Me prosternant devant le Lama et la suprême divinité, je prends refuge et leur demande : Puissiez-vous par votre grand amour m'accorder vos vagues de dons.
Prosternation devant le maître Kunga-zangpo au corps de Dharma non-duel, profond, lumineux et tout embrassant, au corps de félicité muni des sept membres de la grande joie, et au corps d'émanation dont les activités divines dépassent l'imagination.
Bien que le récit de votre vie ne soit pas du domaine des êtres ordinaires, je vous prie de bien vouloir m'accorder la permission de la mettre par écrit et d'éliminer les obstacles qui pourraient surgir dans tout ce que je vais essayer de relater, ceci en vue de planter le germe de la foi dans l'esprit de ceux dont la destinée karmique est semblable à la mienne, en accord avec les recueils des paroles des grands êtres que sont les Lamas.
Ayant ainsi énoncé les louanges et la promesse de mener ce récit jusqu'à son terme, ces mémoires consacrées à celui dont la bannière de la renommée recouvrit les trois mondes, le victorieux Dorjé-tchang Kunga-zangpo, seront divisées en deux parties :
La partie de base et la partie annexe.
Dans la première nous verrons :
LIVRE I- Les prophéties du Victorieux concernant sa venue.
LIVRE II- Ses actions dans l'enseignement durant ses vies passées.
LIVRE III- Ses actions dans la doctrine du Bouddha durant cette vie-ci.
LIVRE PREMIER
Les prophéties du Victorieux concernant sa venue.
Bien qu'ayant véritablement atteint l'état de perfection depuis un nombre incalculable de Kalpas, notre saint guide à tous donna les prophéties suivantes au moment où se développaient les cinq périodes de dégénérescence dans ce bon Kalpa aux mille Bouddhas. Ces prophéties suivantes furent dispensées en vue du bien de la doctrine et afin de faire mûrir de nombreux êtres et de les libérer.
Du Soutra "Phapai-guéwai-tsawa-yonsou-zinpa-chantchoup-téneu", il est dit :
" A une certaine époque s'incarnera l'émanation du maître du monde(1); à ce moment là, apparaîtra le moine Kunga-zangpo, plus particulièrement éminent en moralité, riche de savoir et plus excellent que tout autre dans ce domaine. Grand pratiquant de la méthode et de la sagesse, son esprit n'oubliera point ces enseignements, et il sera constamment en compagnie d'êtres saints.
Quelques soient les nombreuses qualités de ce héros dont on entendra parler dans ce récit, on sera amené à les parachever d'une manière certaine. Toute femme entendant le nom de ce Dâka imperturbable, ne renaîtra plus en tant que femme. Ainsi, cet être semblable à un élixir médicinal, accomplira-t-il les actions des Bouddhas par son seul nom. A ce moment là, quiconque entendra le nom de ce héros répandu dans les dix directions, grâce à la puissance de celui-ci, ne touchera plus à une femme(2). Que dire de celui qui le verra ou l'honorera !
A un tel moine en qui s'incarnera le Victorieux, du nom de Kunga-zangpo, dont la venue aura été proclamée par le Bouddha lui-même et qui demeure dans l'éveil, à un tel moine, quoi que ce soit, demandez le lui(3). Quand le nom de ce héros invincible Kunga-zangpo sera devenu très fameux, ses moines, dans le futur, apparaîtront par milliers. D'autres religieux violents et coléreux lui chercheront querelles; que ceux dont les vues sont erronées et qui prétendent que sa doctrine n'a pas été énoncée par le Victorieux regardent Kunga !
Lors de cette période de dégénérescence, nous nous retrouverons au paradis du Parfait(4). Bien que Kunga-zangpo ait obtenu le suprême éveil, à ce moment là les êtres posséderont des vues fausses et ne s'en réjouiront pas. Dans ces temps lointains, quand surgira cette grande frayeur, certains songeront à offrir leur vie. Faisant progresser la Suprême doctrine, ils en deviendront des tenants : Kunga-zangtchon, Rintchen-chongné, Kentcho-chongné, Tépeun-zang, Yeunten-baipa, Pawo-zangtop, quels qu'ils soient regardez-les !
Tous ceux qui verront Kunga ou entendront son nom atteindront indubitablement l'éveil, et ne retomberont plus jamais dans l'erreur. Rassemblés grâce à ses activités, ils tendront tous vers l'excellence. "
Il est dit de même dans le Soutra du Péma-karpo :
" Quant à moi, après que j'aurai dirigé mon esprit vers les moines et la Sangha, Kunga-zangpo sera le tenant de ma doctrine(5). Ayant rendu hommage à six cent millions de Sougathas, dans les temps futurs, il parviendra à l'état de Bouddha. Son nom sera Djamtso-lozin et il deviendra aussi connu sous celui de Ngeunpar-shétop. Charmant à la vue, champ parfaitement pur, bannière constamment érigée, il sera la bannière du Victorieux.
Il fera spirituellement mûrir plus de Bodhisattvas que ne compte le Gange de grains de sable. Ce Victorieux accomplira de nombreux miracles, et sa renommée se répandra dans les dix directions.
Œuvrant immensément pour le bien des êtres, il demeurera dans les univers par amour et en vue d'être utile à autrui(6).
Après son Parinirvana, la protection de sa sainte doctrine durera indéfiniment, et les copies de celle-ci, plus longtemps encore.
Grâce à lui, autant de créatures que le Gange ne compte de grains de sable obtiendront l'éveil. "
Si l'on examine la signification des prophéties tirées de ces deux Soutras, l'on s'aperçoit que dans le premier, Kunga-zangpo est annoncé comme étant une manifestation du protecteur de l'univers, l'éminent Tchenrézi (Skt. Avalokitesvara), et qu'il dispensera la même doctrine que les grands Bodhisattvas tels que Zangtchon.
Dans le second Soutra, comme ces mots tirés des prophéties concernant les grands Auditeurs
apparaissent dans celle destinée à l'Arya Ananda, Kunga-zangpo s'apparente à ce dernier.
LIVRE II
Ses actions dans ses vies passées en faveur de l'enseignement.
Le Bodhisattva Jéneu-djaltcho a déclaré : "Il fut connu sous le nom de Drima-mépal au temps du Victorieux, de Dulwai-wangpo quand il demeura à Gaden, de Sanwai-djamtso au pays des Éminents(7) et de Kunga-zangpo au Tibet."
L'omniscient Sandjai-djaltsen du haut Do-kham, mieux connu sous le nom de Djonpo a lui-même déclaré : "Sans interruption, durant treize incarnations il naquit en tant que savant Pandit; je m'incline devant celui qui, après avoir établi de nombreux êtres sur la voie de la libération, a illuminé l'enseignement du pays des Éminents."
Il explique ainsi que ce grand être accomplit immensément le bien des êtres à l'Est et à l'Ouest de l'Inde.
Le grand abbé Léchon a lui-même indiqué que Kunga-zangpo se souvenait de quatorze incarnations en tant que Pandit et réalisé.
Kunga-zangpo déclara aussi à plusieurs reprises que lui-même, Kunga-zangpo et Gougué-pandita se seraient incarnés ensemble en Inde.
Je n'ai pas vu pour ma part les écrits de chacune des biographies de ces Panditas et réalisés.
Au Tibet, il serait apparu en tant que roi Tchilgom-tsultrim, disciple de Jétsen-trapa, et aurait pratiqué l'ensemble des enseignements tantriques.
Il est expliqué dans le "Lamdré-ki-kadja-tampai-ziknan", qu'en signe de cette vérité une pelote de lumière blanche apparue dans les mains de Jétsen serait tombée dans celles de ce seigneur.
Afin d'en connaître les raisons en détail, l'on pourra se référer directement au manuscrit précédemment cité composé par le savant et réalisé Palden-deuntroup(8).
Ainsi de suite s'incarna t-il à maintes reprises en tant que fils spirituel détenant le profond trésor des enseignements oraux des trois glorieux père et fils Sakyapa.
Le grand Gougué en parle ainsi : "Sakyapa Kunga-nyingpo, maître de la glorieuse compassion, Sénam-tsé dont le regard embrasse la cognition infinie, Trapa-zin maître du véhicule tantrique, ce fils choyé est le produit de votre connaissance et de votre amour(9)."
LIVRE III
Ses actions en faveur de l'enseignement du Bouddha dans cette vie-ci.
Bien que le récit de sa vie se retrouve dans de nombreux textes écrits par ses disciples, nous utiliserons la biographie composée par le grand Bodhisattva Mutchen-keuntcho-djaltsen comme référence.
Pour éclairer certains passages, nous avons eu notamment recours aux autres manuscrits.
Voici donc maintenant le texte du régent Mupa.

Biographie du vénérable Kunga-zangpo.
"Je me prosterne avec respect aux pieds du vénérable Lama qui possède la grande compassion.
Vous dont le bambou de l'esprit d'éveil naquit sur le socle de la moralité dispensatrice de toute vertu, détenteur du tonnerre de l'écoute et de la réflexion dans l'espace des directives spirituelles, dense ondée des trois pratiques et des trois étapes, comblant l'ensemble des paons possédant la bonne fortune, je m'incline aux lotus des pieds du Lama qui a parachevé l'excellente récolte des deux objectifs.
Réunissant la sagesse et l'amour de tous les Victorieux, unique ami des innombrables créatures, brandissant la lampe de l'enseignement des Sougathas, extirpant complètement l'obscurantisme, réalisant spontanément l'immense joie pour le bien d'autrui avec une compassion libre d'objet, il est celui devant qui je m'incline et qui embellit le sommet de la tête des êtres, précieux joyau des excellentes qualités des Bouddhas.
Parvenu au fait de l'étude dans tous les domaines de cognition, dont la triple association de l'explication, de l'argumentation et de la composition a comblé les savants, transportant longuement le lourd fardeau de l'enseignement sur ses épaules, cet excellent est victorieux dans toutes les directions et je m'incline aux lotus de ses pieds.
Qui donc oserait narrer sa biographie complète ? Tout comme une goutte d'eau issue du grand océan, je ne citerai ici qu'une infime fraction de ses actions universellement connues.
Il est certain que cette biographie réjouira celui dont les yeux de sagesse embrassent véritablement et sans obstruction tous les domaines de la cognition, je veux parler de notre saint guide à tous, maître du précieux Enseignement, trésor de tous les commentaires et écritures, le fameux et vénérable omniscient, le puissant Kunga-zangpo.
Celui-ci cependant, au regard des êtres de notre temps, adopta une attitude conventionnelle, et c'est ce que nous allons succinctement relater tout au long de cette biographie comprenant deux divisions : La période précédant son entrée en religion, et celle qui suivit cet événement.
Bien que le grand Gougué-pandita ait divisé la sienne en trois parties et que Tcheupal-zangpo relate plus d'événements antérieurs dans son manuscrit, la trame reste la même.
DIVISION I
Biographie couvrant la période précédant son entrée en religion.
Tout d'abord, quant à la famille et la lignée de ce seigneur, elle est excellente et a généré des personnages appartenant à la lignée ancestrale de Tchoro aussi connue sous le nom de Tchodrou, tels que tchoro-lou-djaltsen, oncle maternel du grand roi.
Les ancêtres paternels de cette lignée, venant de Drintsam, arrivèrent dans la région de Sakya. Nomades au début dans des endroits comme Gara, ils se fixèrent progressivement pour devenir ensuite les serviteurs du Datchen du palais de Jito(10).
Plus particulièrement, le père de ce seigneur, grand disciple de la communauté Sakya, du nom de Troupa-yeunten de la famille de Pen selon la tradition extérieure, reçut tous ses voeux laïques du glorieux et saint Lama de ce monastère.
Par contre, son père serait le Datchen Kunga-rintchen en personne selon la tradition intérieure.
Le grand réalisé Sépa-kunlo affirme : "Extérieurement fils du grand disciple Troupa, son père caché serait le Datchen Kunga-rintchen en personne; je prie le glorieux Sakyapa qui appartient à cette lignée."
Selon la tradition secrète, il est rapporté dans le Serweu-tampa que son corps ne serait pas constitué d'os et de sang. Mis à part le fait que l'on parle de ses parents à sa naissance, il apparaît donc ici comme une incarnation, de la même façon que le fils de l'incomparable Sétsang(11) pénétra dans la matrice de sa mère alors en confession, sous la forme d'un éléphant blanc.
Lorsque ce seigneur entra dans la matrice de sa mère, il se produisit de nombreux signes merveilleux(12)...
Un moine du nom de Guélong-tsultré, qui avait réalisé Dorjé-namdjom (Skt. Vajravidârana), eut le rêve suivant : "Du globe des mausolées, supports extérieurs du corps des vénérés Lamas passés, jaillissaient des rayons de lumière de toutes les couleurs; plus spécialement, celui du vénérable Trapa-djaltsen irradiait une multitude de rayons blancs qui pénétraient dans le corps d'une femme endormie dont la maison se trouvait à proximité de Sakya."
Ce yogi révéla cette prophétie en temps opportun, après que sa mère soit enceinte.
Celle-ci, manifestation de Drolma blanche (Skt. Sitatârâ), du nom de Sénam-Paldren, était la fille de Mapeun-sengué de la maison de Lama Rintchen-gang.
C'était une disciple laïque du vénérable et saint Lama Sénam-djaltsen. Le savant Kunlo en parle ainsi : "Excellente incarnation de Drolma blanche (Skt. Sitatârâ), la mère de tous les Bouddhas, Sénam-paldren est née au pied de Sakya."
En ce qui concerne l'endroit où naquit ce seigneur, il s'agit de la glorieuse Sakya dont la renommée recouvre les trois sphères d'existence, véritable Bodhgaya du Tibet.
Pour ce qui est de la date à laquelle il entra dans la matrice, son père, qui était de l'année mâle du Singe de feu (1356) avait vingt-sept ans, et sa mère, de l'année mâle du Chien de terre (1358) avait vingt-cinq ans.
Toutes sortes de signes accompagnèrent cet événement. Ainsi, après que le moine Guélong-tsultré résidant à l'opposé de Dranka-chitron eut le rêve décrit plus haut, il prophétisa la venue de Kunga-zangpo en ces termes : "Vous allez donner naissance à un être saint qui s'est incarné dans votre matrice : Faites attention à ne pas le perdre sous le coup d'un obstacle quelconque !"
Ce moine était un être pur, et l'on dit même qu'à son trépas, des signes admirables se produisirent en très grand nombre.
Songeant à suivre cette prophétie à la lettre, du temps où leurs ancêtres étaient nomades, des liens profonds s'étaient créés entre guides spirituels, maîtres et donateurs du monastère de Sen; ses parents invitèrent ainsi le Lama Yeunten-pal alors responsable de ce monastère, qui avait réalisé le Bhagavan Dorjé-jikché (Skt. Vajrabhairava).
La mère de l'enfant reçut à maintes reprises les initiations de ce Yidam et celles de Tsépamé (Skt. Amitayus).
Puis, quand dans l'année mâle du Chien d'eau (1382) elle mit au monde ce seigneur sans aucune douleur tout comme dans les biographies de Bodhisattvas, ils invitèrent ce même Lama.
Après avoir reçu du Siddha Yeunten-pal qui avait contemplé le visage de Dorjé-jikché (Skt. Vajrabhairava), l'initiation de ce Yidam, l'enfant fut appellé Jikché-zangpo.
Dans un souci de protection, une statue de cette divinité fabriquée en Chine fut constamment placée près de lui, et elle se trouve encore de nos jours dans une chambre d'Ewam(13).
Sa mère déclara elle-même que comme un être excellent était apparu, tous devaient prêter attention à ne souiller ni sa nourriture, ni ses vêtements, et elle répétait fréquemment ces directives.
Rendant hommage au Triple-Joyau avec la plus grande sincérité, il était élevé avec zèle dans les fêtes et traditions religieuses, telles que celles consistant à offrir boissons et nourritures(14) etc.
Sandjai-djaltsen entendit de la bouche d'un domestique qu'il était surnommé "le fils de la maison de Lama Jito du grand Tawen(15)."
Jusqu'à l'âge de trois ans, l'enfant reçut de nombreuses fois de ce même Lama les initiations de Dorjé-jikché (Skt. Vajrabhairava) et Tsépamé (Skt. Amitayus).
Ce seigneur, depuis sa plus tendre enfance, était au-delà des comportements puérils de son âge. Dès trois ou quatre ans, il manifestait déjà une attirance pour le calme, la discipline, la solitude et la sainte doctrine.
"Dans tous ses jeux, il se plaisait à enseigner ou à écouter la doctrine, à accomplir des rites d'ablution, et ne participait à aucun des jeux enfantins ordinaires", indique la mère du maître Lérin, sa vieille nourrice.
Quand il eut cinq ans, son père déclara un jour :
"Voyons s'il est capable de transporter la grosse theière en argent pour devenir plus tard serviteur !"
Et l'ayant chargé d'une pierre d'un poids égal à celui de la theière en argent, il le fit aller et venir sur une échelle.
Comme l'enfant n'appréciait guère les activités de ce monde telles que celle consistant à servir le thé, il jeta la pierre, puis fit montre d'insatisfaction.
Le Datchen Kunga-rintchen expliqua : "Comme il n'a pas la carrure physique pour exercer ce travail et qu'il vénère la doctrine, mieux vaut lui faire pratiquer celle-ci et confier cette activité à son frère cadet Sénam-pal." L'enfant en fut aussitôt ravi et développa une grande foi envers le Datchen.
Quand il atteignit l'âge de six ans et que le Datchen demeurait à Sakya, certains problèmes surgirent dans le centre monastique(16).
Le Datchen fit mander le seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen et lui dit : "Cet enfant doit devenir un excellent Guéshé; aussi, je vous demande d'être son tuteur attitré." Ayant préparé instructions et présents, il les remit à Yéshé-djaltsen.
Ce dernier conféra à l'enfant les initiations de Tu-ki-khorlo (Skt. Kalachakra), Gour et Yoga-dor-yin.
Puis le maître Nyingmapa Sandjai-djaltsen qui résidait à Chiétran, lui enseigna la lecture et l'écriture, méthode par laquelle tous les enfants commencent leurs études, études qu'il mena à leurs termes.
A l'âge de sept ans, il apprit auprès de ce même maître le traité du Tanyi, puis étudia entièrement le Zouptri de Shartchen, tandis que Tato-lopeun-palden-zangpo l'aidait en lui fournissant en complément des explications résumées sur leur signification.
A l'âge de huit ans, songeant qu'il pourrait commencer les examens menant au titre de Guéshé, il se rendit vers le milieu de la journée en compagnie du maître Sandjai-djaltsen auprès du seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen qui demeurait alors à Sakya.
Comme il avait parachevé l'étude du Zouptri et que le moment de commencer ses examens était donc arrivé, Sitou-sénam-pal déclara : "Je vais aider matériellement le jeune fils du disciple Troupa en ce qui concerne les grandes dépenses nécessaires aux festivités organisées à l'occasion de ses examens."
Et il lui fit parvenir une énorme quantité de papier transporté à dos de mulet. L'histoire fut ensuite rapportée à Tawen Kunga-rintchen qui répondit : "Cela est bien; après qu'il aura reçu les voeux de novice avec le nom de Kunga-zangpo, je ferai moi-même une lettre dans ce sens."
Il envoya alors la missive suivante à tous ceux qui appartenaient à la maison de Lama de Jito : "Faisant étudier Kunga-zangpo auprès du grand maître Sharpa, je veux qu'on lui donne toute facilité pour mener à bien cette tâche".
Plus tard, durant cette année là, lors d'un rassemblement religieux, il entra en religion à l'âge de neuf ans(17) et récita de mémoire le Tanyi à Tcheu-tritang après que son maître et de nombreux savants l'en eussent prié.
Il est dit qu'il répéta cette récitation du Tantra tous les ans, de nombreuses années durant.
Après qu'aient été organisées un grand thé collectif(18) et autres réjouissances liées à ses examens qui dépassaient en qualité tous les autres, il plongea l'assistance dans l'émerveillement en enseignant la doctrine à la fois durant la session religieuse et pendant les festivités.
DIVISION II
Ses actions après son entrée en religion.
Cette division se scinde elle-même en trois parties :
1- Comment les voeux lui furent transmis.
2- S'appuyant sur ceux-ci, ses actions dans l'écoute et la réflexion.
3- Ses activités divines pour le bien d'autrui.

Première partie
Comment les voeux lui furent transmis


Voyons tout d'abord la façon dont il reçut les voeux de libération personnelle.
A l'âge de neuf ans, le seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen faisant office d'abbé, Sazang-phapa-jéneu-lodreu de maître des actes, Kashi-zinpa-palden-sengué étant chargé de donner l'heure à partir d'un cadran solaire, Lama Kunga-rintchen et le puissant savant Yateun-sandjai-pal formant la Sangha, les voeux de laïque et ceux de novice lui furent conferés.
A partir de cet instant, il surveilla ces voeux comme la prunelle de ses yeux et ne fut recouvert d'aucune faute, même la plus infime.
Aussi, que ce soit à l'aide de causes extérieures ou de par sa propre personne, il n'avait nul besoin de s'appuyer sur une antidote nécessitant un gros effort.
Il est dit qu'autrefois, certains moines ayant reçu l'ordination complète par les mots "Venez-ici(19)" etc., avaient acqui une anciennété de cent années dans la pratique de la voie dès que ces voeux leur eussent été conferés dans leur totalité.
De la même façon, dès qu'il fut en possession des voeux de novice, de par sa propre nature, il ne fut plus revêtu d'aucune faute.
Le maître Kunga-lépa déclara : "Ce vénérable Lama, depuis sa plus tendre enfance était différent de tous les autres. Quand nos moines accompagnaient le maître durant ses déplacements où il visitait de nombreux endroits pour y enseigner la doctrine, notamment le soir sur le chemin conduisant aux logements avec le gosier sec et le ventre vide pour les plus âgés d'entre nous, une unique pensée s'emparait de notre esprit : Nous restaurer. Mais lui, le plus jeune du groupe, sans même dîner, aussitôt après avoir déchargé les gros volumes transportés sur son dos, il passait son temps à les parcourir..."
Puis en présence de Yéshé-djaltsen faisant fonction d'abbé, Khentchen Lodreu-pal de maître de l'action, le seigneur de la doctrine Phapa-jéneu-lodreu ayant la charge de donner l'heure d'après un cadran solaire, ainsi que sept moines formant la Sangha, Kunga-zangpo reçut les voeux parfaitement purs de l'ordination complète de moine.
Il demeura alors entièrement libre de toutes les souillures occasionnées par leurs ruptures.
Quant aux voeux de Bodhisattva, une fois son ordination achevée, il obtint au total à cinq reprises son rituel selon la tradition du Madhyamika auprès du seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen.
Après qu'il eut reçu ces voeux suivant les deux traditions du Madhyamika et du Yogachara auprès du seigneur de la doctrine Bouddhapa, il retint par coeur leurs directives respectives, le Laptu-dompa-nyishoupa ainsi que d'autres traités.
Observant scrupuleusement ses voeux comme s'ils appartenaient à sa propre tradition, il demeura ainsi parfaitement pur.
En ce qui concerne les voeux de Bodhisattva, il possédait leur racine qui est l'amour et une grande compassion. Cet être ressentait d'ailleurs naturellement dans son coeur ces deux sentiments envers toutes les créatures.
La seule vue de quelqu'un mangeant de la viande, et plus spécialement de la part de religieux, le plongeait dans un profond dégoùt. Il cessait alors d'absorber toute nourriture durant plusieurs jours(20).
Bien que des personnes jeunes ou d'âge mûr aient pu commettre des actes erronés terriblement effrayants, il ne nourrissait intérieurement envers eux aucune colère, mais les considérait au contraire avec beaucoup d'amour. Kunga-zangpo apparaissait ainsi à l'égal de Tchenrézi (Skt. Avalokitesvara).
Quant à son abstinence à manger de la viande, il déclarait lui-même :
"Même enfant, je ne me souviens pas d'avoir absorbé des entrailles ou de la viande crue."
Ayant grandi, la seule vue de viande et de sang après l'âge de sept ans le faisait jeûner plusieurs jours.
"Cela n'étant pas une nourriture adéquate pour des religieux, le Bouddha l'a lui-même défendu", songeait-il; et c'est ainsi que ce grand être cessa définitivement de manger de la viande après ses treize ans. Plus tard, la seule odeur de viande allait même jusqu'à incommoder sa personne.
Pour ce qui est des voeux de "Détenteur-de-connaissance", il entendit et pénétra le sens de tout ce que le Tibet comptait d'initiations qui font mûrir, d'après l'apparition de chacune des traditions des savants et réalisés, selon l'explication de chacun des Tantras du Vajrayana fournie par ses Lamas.
L'on pourra en consulter les détails dans l'océan des Senyi.
Pour n'en survoler que l'essentiel, il obtint du seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen les initiations rattachées aux quatre classes de Tantras, puis les voeux parfaitement purs du Vajrayana intitulés "Détenteur-de-connaissance".
Aussitôt après son ordination, il fut une nouvelle fois initié au Mandala de Gour-ridu. Pour l'occasion, ses parents qui étaient très riches firent élever un Mandala en matériaux précieux.
Puis les initiations se succédèrent :
Dans la catégorie des Anouttara-yoga-tantras, il reçut :
- Sandu (Skt. Gouhyasamâja),
- Mikyeupa (Skt. Akshobya),
- Yéshé-shaplou,
- Shinjéché-marpo (Skt. Raktayamântaka) aux cinq deités et celle aux treize déités,
- Pal-Kyédorjé (Skt. Sri Hévajra) selon la tradition Men-nga,
- Daméma (Skt. Nairatma),
- Gour-ridu,
- Demtchog (Skt. Samvara) selon les trois traditions de Lo, Na et Dril,
- Drilbou aux cinq déités,
- Drolma (Skt. Târâ) aux dix-sept déités,
- Tu-ki-khorlo (Skt. Kalachakra),
- Yoga-dor-yin,
- Jampa-sangden,
- Kunri.
Dans la catégorie des Kriya et Charya-tantras, il obtint :
- Tsépamé (Skt. Amitayus) aux neuf déités,
- Les cinq Zontra,
- Jampal-arapatsana aux cinq déités.
Puis auprès de chacun de ses Lamas, il obtint un nombre inimaginable d'initiations reliées aux quatre classes de Tantras.
N'étant revêtu d'aucune souillure dans ses voeux tantriques, les vagues de dons pénétraient et demeuraient dans son continuum-mental. Il avait une foi totale dans le fait que le Lama donnant les initiations était indifférencié du Bouddha Dorjé-tchang (Skt.- Vajradhara), et que nul n'aurait pu dérobé...

Seconde partie

Le récit de ses actions dans l'écoute et la réflexion prenant appui sur les trois voeux de base gardés parfaitement purs.

Depuis l'âge de neuf ans, époque à laquelle il était entré en religion jusqu'à sa vingt-troisième année, il demeura principalement auprès du seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen.
Sans oublier le Tanyi qu'il avait précédemment étudié, il commença à onze ans par parachever les pratiques de Gour, Dorjé-jikché (Skt. Kalachakra) et Yoga-dor-yin.
Puis il apprit le traité-racine des huit voeux de Laïc, le Karika, le traité-racine des "Trois-cents" avec son commentaire.
A l'âge de treize ans, auprès de Sazang-phapa, il reçut :
- Le commentaire du kalapa-Sastra composé par Mati sur la rhétorique,
- Le Tsendra-boutika,
- Le commentaire du kalapa, intitulé le Dour-sindharma-dasa,
- Le Nyen-nga-tenti-jon-mélong sur la poésie,
- L'Abhidana des noms intitulé Tchimè-zeu,
- Le Jiten-soumtou-gawa et le Lou-kuntou-gawa sur le chant et la danse,
- Le Rintchen-tcheukeul-jon-né composé par Shentipa,
- Le Méto-tchunpo extrait du receuil des paroles de Sakya-pandita sur l'art de la composition.
A l'âge de dix-sept ans, auprès de Sharpa, il reçut l'enseignement intitulé "Treumè". Gougué-gentchen déclare à ce sujet que comme ce grand être méditait depuis le début de l'après-midi, dès le lendemain matin, tous les signes de la Voie apparurent.
Tcheu-pal-zangpo précise lui aussi que ces signes se manifestèrent après la moitié de la journée, et qu'en l'espace d'un mois, il paracheva tous les signes de la Voie(21).
Puis, dans sa vingtième année, il obtint l'ordination complète de moine comme cela est indiqué plus haut.
Citons maintenant certains points que l'on ne retrouve pas dans les Sen-yi.
Kunga-zangpo entendit à cinq reprises le Poutika des Paramitas auprès du roi de la doctrine Géshé-djaltsen, relate Tcheu-palpa. Le Pandit précise qu'il le reçut au total cinq fois et demi, et le seigneur Mupa quatre fois. Il est dit qu'il l'obtint aussi à partir du manuscrit de Bouddha-sri... [ voir la liste des enseignements après les notes]
Un jour, Kunga-zangpo demanda au seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen l'enseignement de certains des éléments de "la Voie avec son Fruit"(22) semblables à une purification des obstacles. Celui-ci s'adressa alors en ces termes aux quelques Guéshé qui étaient présents : "Aujourd'hui je vais enseigner un point doctrinal du Lamdré, aussi vous pouvez rentrer chez vous pour un moment."
Tous sortirent à l'exception de Kunga-zangpo à qui le maître n'avait pas dit de partir.
Le même jour, après avoir entendu des éléments de "La Voie avec son Fruit", Kunga-zangpo déclara qu'une foi non-ordinaire en son Lama était née conjointement à une immense satisfaction de son esprit.
Comme après avoir reçu les pratiques et les explications de Demtchog (Skt. Samvara) suivant les trois traditions de Lo, Na et Dril, il les étudia de manière parfaite, une excellente connaissance dans leur pratique et leur compréhension se fit jour dans son mental.
Ceci réjouit au plus haut point le saint Lama Palden-tsultrim qui déclara lui-même : "Il est remarquable qu'un Guéshé aussi bon apparaisse; nous en ferons un être semblable au seigneur de la doctrine Draboupa(23) !"
Kunga-zangpo avait donc une grande dévotion envers le lama Palden-tsultrim comme le témoigne ces vers extraits du colophon des offrandes du Lamdré : "Excellent et glorieux Lama-racine en possession de la discipline, de l'écoute, de la réflexion et de la méditation, je me prosterne devant vous, être plein de bienveillance qui enseignez avec amour la Voie libre d'erreur."
Depuis l'âge de neuf ans jusqu'à celui de vingt-cinq, il reçut principalement tous ces enseignements du seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen, mais aussi du seigneur de la doctrine Paldenpa et d'autres encore.
Après avoir tranché tous les doutes qu'il pouvait avoir sur leur explication et ce, même pour les plus infimes, il devint alors très savant.
Dans sa vingt-cinquième année, après que la maître de la doctrine Yéshé-djaltsen soit parti dans la béatitude, il entreprit de réaliser les méthodes destinées à rendre hommage au Lama.
Il voulut entendre le Lamdré qu'il n'avait point encore reçu jusque là.
"Le maître de la doctrine Lotsawa Tchaptcho, fils spirituel du glorieux Lama Tampa, est un vertueux guide incomparable", entendit-il rapporter. Aussi résolut-il d'aller étudier auprès de lui.
Il se rendit à Santcheu-korgang et arriva juste au moment où le maître expliquant aux disciples le Dulwa-méto-trédju, prononçait ces mots : "Libéré des chaines de la vie familiale..."
"Cela est de très bon augure" dit le Lama tout en ajoutant la prophétie suivante : "Puisque il est apparu sur ces excellentes paroles, il deviendra un très bon tenant du Vinaya, bénéfique à l'enseignement !"
Bien que Kunga-zangpo ne réussit pas à obtenir tous les enseignements désirés, il reçut :
- Le Lama-Nga-tchoupa,
- Le Tanyi-tikatchen composé par le seigneur de la doctrine, le Lama Tampa,
- Le sens principal du Sandu (Skt. Gouhyasamâja),
- L'explication des quatorze fautes racines,
- La transmission du Nanwa-soum (Les trois Visions),
- Le Gourou-yoga,
- Le Kadam-lamrim-ji-tri,
- Le Lochon-dun-denma,
- Le Ouma-tsashé-drelpa,
- Le Ripa-Droutchou,
- Le Djula-nyi-ji-tika qui lui fut expliqués à partir des oeuvres composées par ce maître en personne.
Il obtint encore :
- Le kunlétu-ji-shépa,
- Le Soso-tharpai-do,
- Le Tsultrim-yandapar-denpai-do etc.
Développant une grande connaissance dans la compréhension des principaux textes canoniques, sa Maîtrise du Vinaya lui procura une grande satisfaction spirituelle tandis qu'une profonde foi et dévotion envers son Lama naissait en lui.
A la même époque, il rêva une nuit qu'une voix dont il n'aurait pu déterminer l'origine avec certitude, lui disait : "Lama Kunga-zangpo, monte ici si tu veux recevoir le Lamdré !"
Parvenu au sommet d'une colline, se trouvait une enceinte aux murs branlants dont le portail faisait face au Nord; il pénétra dans une cour pleine de cailloux et gravit les marches d'un escalier qui donnait accès à un batiment dont la porte regardait l'Est.
Un Guéshé au teint marron tenant un encensoir l'attendait là, et le conduisit jusqu'à une cellule de retraite dont la porte était orientée au Sud.
Il rencontra alors un lama âgé qui portait une sorte de cape de méditation..."
Il retourna ensuite à Sakya avec le désir de recevoir le Lamdré, mais le seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen qui avait reçu le cycle au complet de son détenteur le seigneur de la doctrine Palden-tsultrim, s'en était allé dans la béatitude.
Comme le maître du Minya, Rintchen-dorjé, était parti dans la province du Do-kham, Kunga-zangpo se demanda auprès de qui il pourrait bien étudier.
Il avait auparavant entendu le seigneur de la doctrine Paldenpa prononcer les paroles suivantes : "Si l'on recherche les enseignements essentiels de "La Voie avec son Fruit", il existe un maître du nom de Bouddha-sri qui est encore plus savant que le grand maître Yéshé-djaltsen !"
Peu de temps avant que le Lama Palden-tsultrim s'en aille lui aussi dans le Nirvana, il avait entendu ce maître s'adresser à un Guéshé qui n'avait pas reçu le Lamdré dans sa totalité en ces termes : "Demande les développements de "La Voie avec son Fruit" au grand maître Yéshé-djaltsen ainsi qu'au Lama Bouddha-sri !"
Une autre fois, alors qu'il était en train de converser avec un Guéshé qui avait étudié auprès de ce maître, celui-ci lui dit : "Le seigneur de la doctrine Bouddhapa est un instructeur incomparable !"
Kunga-zangpo songea alors à recevoir le Lamdré du seigneur de la doctrine Bouddhapa. Dans l'année du Rat (1408), il se rendit donc au monastère de Shigueun situé à Chang-ki-tchouka.
Là, la vision qu'il avait eu en rêve à Tcheu-khor-kang se représenta à lui, mais cette fois-ci sous une forme bien réelle : La colline, l'enceinte, les bâtiments et l'échelle dont il gravit les échelons... Le maître Nyima l'attendait en haut de l'échelle tout comme dans son rêve; il l'accompagna en tenant de l'encens jusqu'à une cellule où, au milieu de la pièce, se tenait le seigneur de la doctrine Bouddha-sri qui portait une vieille cape de méditation, le visage tourné vers le Sud.
En se remémorant sa vision antérieure, Kunga-zangpo fut submergé par une immense vague de foi et de vénération. Bien que sur le point de s'évanouir, il demeura conscient grâce à un énorme effort de vigilance.
Il prit ensuite place sur un tapis situé à l'Est, et un long entretien s'ensuivit...
Kunga-zangpo passa l'année du Rat et celle du Boeuf (1409) au monastère de Shigueun, soit au total deux années durant lesquelles il reçut les enseignements du Lamdré dans leur totalité.
Dans l'année du Tigre (1410), comme le seigneur de la doctrine Bouddhapa s'en alla à Sakya, Mutchen déclare que Kunga-zangpo séjourna neuf mois à la fois à Sakya et à Sazang.
Pentchen-dradjal et Tcheu-palwa prétendent qu'il demeura onze mois dans ces deux endroits.
Dans l'intervalle, Kunga-zangpo avait donc obtenu tous les enseignements essentiels que possedait le seigneur de la doctrine Bouddha-sri, tels que ceux du Lamdré entre autres.
Il reçut les initiations, l'enseignement traitant de tous les bons et mauvais signes surgissant dans la pratique, ainsi que les instructions sur la purification des obstacles(24) jusqu'aux points doctrinaux les plus infimes.
Il pratiqua cet enseignement durant neuf mois sur son coussin de méditation, et les signes de la Voie se manifestèrent dans leur totalité.
Le seigneur de la doctrine déclara à ce moment : "Dans un enseignement donné aussi rapidement que celui-là, le fait que son esprit en soit aussi profondément imprégné est le signe de pêchés extrêmement infimes!"
Pratiquant ainsi, il foula la Voie, et la transmission aux quatre lignées orales fut-elle assurée.
De la même façon, il reçut tout ce qui concernait la Voie avec ses enseignements annexes. Suivirent en outre, l'enseignement des six membres du Vajra-yoga de la Voie profonde, les cycles d'instruction tels que ceux axés sur la purification des obstacles, d'autres tels que les six doctrines de Nigou, l'initiation de Sandu-mikyeu-dorjé (Skt. Gouhyasamâja-aksobyavajra) d'après la lignée de Gueu, l'initiation du Mandala du corps de Gouyasamâja, l'enseignement des cinq étapes de Gouhyasamâja intitulé "Zorim-samo-sandu-rimnga-martri" avec les précédentes initiations, ainsi que celui dénommé "mengna-natri".
Effrayé par la quantité incroyable d'enseignements qui lui furent transmis, nous ne les avons pas consignés ici, mais le lecteur pourra en trouver la liste dans les Senyi.
Il obtint ensuite :
- Le rituel de l'esprit d'éveil dans la tradition du Madhyamika,
- Celui de la tradition du Yogachara,
- Le Nyouné du grand Compatissant,
- Le Loung d'une partie du recueil des paroles de Sempa-tchenpo,
- L'initiation de Shémar (Skt.Raktayamântaka) aux treize déités,
- L'initiation du mandala du corps de Drolma (Skt. Târâ),
- L'initiation du Demtchog (Skt. Samvara) de Drilboupa,
- Les vagues de dons de Phamo (Skt. Varahi) aux deux visages,
- les vagues de dons de Deun-troupma et d'Outchéma,
- La bénédiction ordinaire de Gourgueun aux huit déités,
- La bénédiction de Don-jipa,
- La Sâdhana de Tsépamé (Skt. Amitayus) etc.
Comme il reçut tous ces enseignements "à la manière d'un vase non-percé", le seigneur de la doctrine Bouddhapa lui confia : "A la pensée que je vous ai transmis entièrement les enseignements essentiels que m'a donnés le maître Palden-tsultrim, je suis heureux!"
Il réalisa d'ailleurs pleinement ses aspirations. Alors q'il était en train de lui transmettre un loung de pratique, son Lama déclara :
"Si vous placez tous vos efforts dans le pratique de la méditation, vous obtiendrez la Limite-de-réalisation dans ce corps-ci; si, par contre vous enseignez la doctrine et accomplissez le bien d'autrui, vous ferez resplendir tel un soleil l'enseignement du Bouddha en général, et celui des Sakyapas en particulier tant au point de vue de l'explication que de la pratique. Actuellement, l'expansion de la doctrine est au plus bas, et sa transmission est d'une importance capitale."
Et aussi :
"Dans le futur, les disciples de la "Voie avec son Fruit" ainsi que les tenants de la lignée seront très nombreux", prophétisa-t-il.
Peu aprè cela, onze mois passèrent. Comme il expérimentait le "Jordrou" durant six mois, il eut toutes les visions décrites dans ce commentaire tantrique comme : "Jusqu'à voir surgir dans son propre mental les qualités de la Voie telle que l'apparition d'un Bindou noir et sans souillure émettant des rayons de lumière..."
Ou encore :
"A son centre, le corps du Bouddha était le Samboghakaya libre de la vision ordinaire du monde phénoménal..."
A cette époque, toutes les deités de nombreux Mandalas ainsi que les formes du Nirmanakaya des Bouddhas dont les yeux renversés regardaient le ciel, se révélèrent extérieurement à lui dans l'espace.
Il se demanda ce que pouvaient bien signifier ces yeux renversés, puis déclara que c'était probablement là le reflet de son propre regard.
Il vit aussi intérieurement et à de multiples reprises les déités des Mandalas se trouvant à l'intérieur du canal médian "Arbre-de-vie".
Comme son esprit les suivait les unes après les autres dans un mouvement ascendant, une grande félicité naquit en lui.
Au même moment, surgirent les obstacles qui lui avaient été expliqués; se remémorant la tradition appelée Guésel-wangdjal décrite d'après son commentaire, il est dit que toutes ces entraves disparurent.
En dehors de cela, il voyait les corps des Tathâgatas, des Stoupas, les divinités des Mandalas en nombre incalculable, pour ne citer qu'une partie de ces apparitions miraculeuses.
Il eut aussi les visions des innombrables formes vides de Namkun-tchoden.
Celles-ci sont en accord avec cette citation du Tantra Pal-damtsik-tchenpo :
"Avec le Samadhi semblable à l'illusion, le Yogi conservera de façon durable les Mandalas immenses, les formes corporelles, les sons de même que les odeurs..."
Puis, auprès de l'omniscient Yateun, il pénétra durant quatre à cinq années l'explication de la Prajnaparamita qu'il reçut par deux fois et demi, avec le Yak-tika, le Dju-lama, le Jougpa-randrel, le Tséma-namdrel, le Rigter et de nombreux autres enseignements.
Le grand Lama Kunga-djaltsen lui transmit ensuite les enseignements suivants :
- Le Kyédor (Skt. Hévajra) suivant la tradition de Dombi,
- L'initiation des dix-sept Drolmas (Skt. Târâ),
- Le Loung de plus de trente volumes composant les traités explicatifs du Kaboum-tukhor-dreltchen écrits par le seigneur de la doctrine, le glorieux Lama Tampa.
Parmi les nombreux Guéshé Sakyapas qui le reçurent, la grande majorité d'entre eux ne l'obtinrent pas dans sa totalité.
Kunga-zangpo, depuis son plus jeune âge, avait lui obtenu ces enseignements de façon complète avec une motivation et un zèle que personne d'autre n'aurait pu égaler.
Alors qu'il était encore jeune, il se rendit en présence d'un grand nombre de Guéshés très savants qui demeuraient à Sakya. Ceux-ci lui posèrent des questions à la fois sur la " Limite-de-réalisation " et sur la pratique, puis examinèrent le contenu des différents ouvrages s'y rapportant.
L'un des Guéshé appartenant à la maison de Sourkhang, le moine Guélong-pal qui résidait à Sa-karlo répondit : "Si l'on désire connaître à fond la doctrine Sakyapa, il faut absolument lire les recueils d'enseignements composés par les Lamas passés et pénétrer leur signification."
Cette réflexion fit germer dans l'esprit du jeune Kunga-zangpo une profonde certitude quand à la véracité de ces paroles, et il songea : "Cela est très vrai; je dois suivre ce conseil."
Tandis qu'il se trouvait en compagnie du seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen, il demanda à celui-ci : "Si les recueils des enseignements énoncés par nos Lamas passés connaissaient l'essor, l'enseignement des Sakyapas en subirait-il un heureux contrecoup ?"
Le Lama répondit : "Comme ceci doit à tout prix être réalisé, vous devez examiner avec soin tous les ouvrages des Lamas passés quels qu'ils soient !"
Auparavant, Kunga-zangpo avait étudié le Tanyi en s'appuyant sur le Tika de Lo-pédor-sé. Par la suite, il examina attentivement les recueils d'enseignements des Lamas passés tel que le Daden-la-djourwa et d'autres encore.
Puis, les classant selon le type d'instruction, il composa lui-même d'excellents écrits tels que le colophon du Daden. Comme il les enseigna à de nombreux Guéshés Sakyapas, tous en retirèrent une profonde sagesse.
Plus particulièrement à cette époque, bien qu'il fut le plus jeune des élèves du seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen, il avait atteint le plus haut niveau de connaissance dans la compréhension des mots...
Kunga-zangpo déclara lui-même qu'après avoir manifesté un grand zèle dans l'investigation des recueils d'enseignements composés par les Lamas passés, il en avait montré certains au seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen.
Les possédant parfaitement, il avait pénétré l'ultime pensée de ces grands sages d'antan. Leur "Limite-de-réalisation" ainsi que la nomenclature de leurs enseignements étaient gravés dans sa mémoire jusque dans les moindres détails.
Un jour, le corps du jeune Kunga-zangpo fut légèrement heurté par un bout de la jupe monastique du moine Tcheuden-sengué(25). Le choc lui causa une douleur insoutenable et provoqua en lui un dérangement de ses éléments fondamentaux.
Auprès du seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen qui demeurait dans le monastère, il reçut l'initiation des dix-sept Drolmas (Skt. Târâs) et fut débarrassé de son affection.
Il paracheva alors écoute et réflexion des innombrables volumes d'écritures avec les commentaires sur leur signification.
Grâce à l'armure de sa motivation toute entière tournée vers l'immense accomplissement du bien des êtres et de celui de la doctrine, le courage qui naquit en lui était si puissant que les difficultés n'existaient pas pour cet être exceptionnel, dans sa soif d'étude et de réflexion.
Ce furent au total plus de six cent quatre-vingt ouvrages tels que le Sapen-ji-tsen-trapa se trouvant dans la maison de Lama de Shar qu'il examina avec attention.
Quand il songea à étudier les ouvrages du Goroum, il se rendit auprès du Datchen-kunrin.
Là, il vit un sac rempli de livres parmi lesquels il en remarqua un broché. Il fut particulièrement réjoui de constater que cet exemplaire était en fait le catalogue de tous les ouvrages du Goroum.
Kunga-zangpo fit part de son désir au Datchen de consulter attentivement tous les manuscrits de cette bibliothèque.
Comme il n'avait pas encore fait sa requête à l'intendant du Goroum, il lui demanda de bien vouloir intercéder auprès de celui-ci afin de pouvoir consulter les ouvrages sur place, ou de les emprunter pour les étudier à l'extérieur.
Le Datchen répondit favorablement à son souhait, puis fit mander l'intendant et lui donna ses instructions.
A propos du Goroum, Gougué-pandita explique que cette appellation fut utilisée par le seigneur de la doctrine Sapen pour désigner la bibliothèque.
Ce furent ainsi trois mille textes que Kunga-zangpo put parcourir dans le Goroum tout au long de trois années.
Après en avoir étudié certains à l'extérieur, il termina son étude et en retira une immense connaissance dans les généralités et les détails de ces recueils.
Puis, Kunga-zangpo combla le maître Phapa-jéneu-lodreu en lui offrant une cape de méditation ayant appartenu à un empereur mongol, ainsi que des brocards très précieux et de grande qualité.
Ce dernier lui transmit :
- L'initiation du Dorjé-trenwa dans sa totalité,
- Le Loung des trois cycles du Trenwa,
- L'initiation du Triyasamoudza,
- Le Loung du rituel de son Mandala,
- Les initiations de Sandu-jamdor,
- Shinjéché (Skt. Yamantaka),
- Trana suivant la tradition de Ra,
- Jikché (Skt. Vajrabhairava) aux treize déités,
- Jikché (Skt. Vajrabhairava) aux quarante-neuf déités,
- Shémar (Skt. Raktayamântaka) aux cinq déités,
- Shémar (Skt. Raktayamântaka) aux treize déités,
- Trana suivant la tradition de Shang,
- Tchana-dorjé (Skt. Vajrapani),
- Khorlo-tchenpo.
Suivirent encore :
- Les initiations des quatre grands Mandalas de Kyédor (Skt. Hévajra) suivant la tradition de Napopa,
- Kyédor (Skt. Hévajra) aux dix-sept déités décrites dans le Sampouta,
- Gour-ridu selon la tradition de Ngo,
- Demtchog-trulpon,
- Demtchog-dorjé-khandro,
- Khandro-djamtso,
- Demtchog-domchon
- Sandjai-nyamdjor-ridu,
- Nyamdjor-dorjé-sempa,
- Dorjé-denji-yakpa,
- Youmka,
- Le rituel développé du Mandala de Denji,
- Mahamaya,
- Sandjai-theupa aux vingt-cinq déités,
- Sandjai-theupa aux neuf déités,
- Miyo-lamé aux neuf déités,
- Miyo-lamé aux treize déités,
- Drolma (Skt. Târâ) aux dix-sept déités,
- Tcho-ki-drolma,
- Gour-Gueun aux dix-sept déités,
- Dukhor-Tcheu-yin-sonwang,
- Les douze Mandalas des Charya-tantras,
- Namnang-ngeunchang,
- Mitroupa aux neuf déités.
Il obtint aussi les écrits tibétains avec les traités développés tels que les pratiques de Mandalas en relation avec toutes ces initiations.
Les initiations-jénan et les Sâdhanas qu'il reçut sont innombrables; ne citons que :
- La pratique d'Oudjen,
- L'ensemble de la transmission orale de Demtchog (Skt. Samvara),
- Le Dju-boum et le Doté dans leur totalité,
- De très nombreux Soutras tels que le Sandjai-pelpo-tché,
- Le Lapa-kunlé-tu,
- Le Tchéjou,
- Le Doté-djen,
- Le Dju-lama,
- Le Ngeunpa-kunlé-tu à partir du Sa-zangwai-tika,
- Le Changtchoup-jonlam,
- Le Kaboum de Mati-penchen etc.
Il entendit en outre tout le cycle doctrinal des Shaloupas rélié aux quatre classes de Tantras, et notamment toute l'oeuvre de Pouteun Rinpoché, avec même ses écrits les plus infimes.
Il devint ainsi un vase non-percé rempli de toutes les qualités...
A cette époque, la maladie qui l'avait précédemment affecté se manifesta à nouveau. Bien qu'il eut obtenu de l'éminent seigneur de la doctrine de nombreuses initiations telles que celles du Dorjé-trenwa, elles restèrent sans effet.
Par contre, c'est en recevant l'initiation de Sandu-jamdor selon la tradition Sakyapa qu'il en fut guéri, tandis qu'un Samadhi particulier naissait en lui.
Puis, dans l'année du Tigre(1410), alors qu'il avait vingt-huit ans, après que le Kajipa Sénam-deuntroup et le seigneur Phapa se soient concertés, ce dernier déclara à Kunga-zangpo :
"Comme je ne sais si je vais pouvoir demeurer longtemps ici-bas, redoublez de zèle dans votre quête de la doctrine, et après avoir pris la direction du monastère de Sazang, agissez sans discontinuer pour le bien d'autrui grâce à vos enseignements...", et il lui prodigua maints conseils.
Il lui offrit ensuite un volume du Triyasamouza, des liens sacrés constitués d'une paire de Vajra et cloche, ainsi que d'une conque, et il le nomma régent. S'étant ainsi déchargé du fardeau de l'enseignement, son esprit fut comblé.
Kunga-zangpo, après avoir accepté cette lourde responsabilité du corps, de la parole et de l'esprit, prit soin des temples en y faisant placer des lampes à beurre, des offrandes et toutes sortes d'objets religieux destinés à parachever l'esprit du courant de vertu de ses prédécesseurs.
Il reçut encore de très nombreuses initiations auprès de Lama Tashi-rintchen, tenant de la lignée religieuse des Shaloupa, telles que :
- Sandu-tchenrézi aux dix-neuf déités avec ses Sâdhanas développées ou courtes composées par Atisha,
- Tchana-dorjé-khorlo-tchenpo,
- Demtchog-chanpai-yeunten avec son rituel de Mandala composé par Lawapa,
- Demtchog (Skt. Samvara) aux treize déités et sa Sâdhana composée par Maitripa,
- Tapai-dorjé-tcheu-soum, etc.
Il obtint encore :
- Le commentaire de Demtchog-domchon composé par Ratnarakshita,
- Le commentaire de Denji composé par Bhawapa,
- La Sâdhana de Naldjor-namkha,
- La Sâdhana de Yéshé-khandro,
- Le Tchiltcho-nyingpo-dosa-ji-kadrel composés par Aryadeva,
- Le Sandjai-theupai-kadrel-yéshé-den,
- Sa Sâdhana aux vingt-cinq déités,
- Les Tchiltcho et Tortcho composés par Saraha,
- Le commentaire du traité de Mijikpa,
- Mahamayai-troup-tchil composés par Koukouripa,
- Le Zorim-tékona-nyi-salwa,
- Les initiations de Tukhor,
- Dor-yin-drelpa-lou,
- Khamsoum-namdjal,
- Tsémo-rikdu,
- Paltcho-rikdu,
- Paltcho-dorsem,
- Le Mandala de base de Kunri,
- Tchador-tchijom,
- Mitroukpa,
- Jampa-yeunten-kunchon.
Il reçut encore :
- Le Tantra résumé de Tukhor,
- L'explication de son grand commentaire d'après la transmission de Pouteun,
- L'explication du Domchon,
- L'explication du Wang-dorten etc.
Certains disent que bien qu'il ait obtenu le Drawai-sari, il n'en aurait pas reçu le loung de manière détaillée. Exception faite du Drawai-tika-tchen, il obtint le Loung de la trentaine de volumes composant le recueil des paroles de Pouteun dans sa totalité. Ce Lama ayant été invité à Shakzang, il paracheva l'écoute de ses enseignements et le combla en le servant avec beaucoup de vénération.
Autrement, il eut des liens avec douze ou treize Lamas desquels il obtint des enseignements religieux ou échangea des question-réponses.
Le maître Lérin indique dans sa louange : "Je prie ce maître de la connaissance et de l'amour qui a comblé la quinzaine de Lamas sur lesquels il s'est appuyé, et montrait une apparence ordinaire à ses disciples en leur dispensant toutes sortes d'enseignements non-duels..."
Djonpo déclare quant à lui que Kunga-zangpo aurait eu quelque treize Lamas differents qui furent : Lama Paldenpa, Sharpa, Yakpa, Lotsawa Tchap-tcho-pal, le Siddha Bouddhapa, Sazang-phapa, le grand abbé Tashi-rintchen, Djé-rinpotché-shatsong-khapa-lozang-trapa, le grand abbé Lodreu-palwa, Latchen-kun-djalwa, Tawen-Kunga-rintchen de qui il reçut le Tsémai-thuntso, Lama Yeunten-pal qui lui confera l'initiation de Dorjé-jikché (Skt. Vajra-bhairava), Sazang-kajipa-Lama-anenda qui lui donna une initiation de Tsépamé (Skt. Amitayus).
Il est dit aussi que ce seigneur passait pour être une incarnation de Sapen.
Ce qui vient d'être présenté, du fait de son caractère très résumé, ne donne qu'une idée grossière de la liste des enseignements obtenus par Kunga-zangpo. L'on pourra en connaître les détails dans le Senyi-djamtso bien que celui-ci soit lui même incomplet.
Ce furent donc là les enseignements sur lesquels il réfléchit après les avoir attentivement examinés, et dont il paracheva la pratique.
Il s'intéressa en outre à de nombreux enseignements tels que des commentaires de receuils, et bien qu'il n'en eût pas reçu l'explication directement transmise d'un Lama, il les étudia avec soin et put trancher tous ses doutes.
Il voulut aussi pénétrer mot à mot et éclaircir la cause des nombreuses contrefaçons contenues dans les volumes du Kandjour et Tendjour.
Après avoir lu la plupart des recueils d'enseignements écrits par les êtres saints du Tibet, il garda présent à l'esprit leur pensée dans leur totalité, sans en oublier ne serait-ce qu'une parcelle.
A une époque où il était en train de lire pour la troisième fois tous les manuscrits sans exception contenus dans chacune des bibliothèques du Dranmotché, du Sourkhang et du Gon-Ladrang, le pratiquant tantrique Kunga-dawa qui avait réalisé les protecteurs lui offrit la moitié d'un commentaire du Tanyi, le Lo-pédor-sé en déclarant : "Poutra m'a dit que si je vous en faisais cadeau, vous trouveriez de toute façon l'autre moitié, c'est pourquoi je vous le donne."
Effectivement, Kunga-zangpo découvrit l'autre moitié à l'intérieur de la bibliothèque de la maison de Lama du Dranmotché dans l'année qui suivit...
En résumé, il étudia entièrement tout ce qui se rapportait à l'origine de l'enseignement des Soutras et Tantras en Inde et au Tibet, leurs développements, comment ils prospérèrent, par qui ils furent transmis, leurs explications selon la tradition considérée, leurs tenants etc.
Tout ce qui existait comme traditions et commentaires, avec la pensée spécifique à chacun d'eux, sans même en mélanger les plus infimes, il les gardait clairement présent dans le Mandala de son esprit, tout comme des formes reflétées dans un pur miroir.
Quand il était plongé en méditation et qu'un vase était placé sous ses yeux, il parvenait à voir distinctement les plus fines particules constituant la structure moléculaire du récipient et celles de l'eau contenue à l'intérieur.
Il savait exactement qu'à l'intérieur de telle statue se trouvait tel support, et était capable de dire que telle autre avait été consacrée par Jétsen(26) en personne. Il révéla même qu'à l'intérieur d'un Stoupa en argent que lui avait donné un précédent Lama de la région de U, étaient placées des reliques de Gayadhara(27).
Il lisait aussi facilement la nuit qu'en plein jour. Il prophétisa aussi la venue de l'armée du Minya dans un grand monastère, la destruction d'un nombre important de logements monastiques par celle-ci, et l'apparition d'eau(28).
Alors que tous les astrologues et devins annonçaient à Rinpoung la mort prochaine d'un dignitaire, Kunga-zangpo prophétisa lui qu'il ne mourrait pas.
Le nombre de prophéties qu'il annonça à des dirigeants ainsi qu'à des moines sur des évènements futurs ou sur leur avenir est incalculable...
Lorsque le seigneur Mupa lui demanda une prophétie concernant la création du monastère de Linkha-déwatchen, il répondit que deux monastères verraient le jour.
Quand il confera l'initiation de Sampouta à l'omniscient Korampa, celui-ci en soufflant par trois fois dans la conque réunit les bons présages(29).
Kunga-zangpo révéla alors que Mutchen, Jamyang-shérap-djamtso ainsi que Djaltsap- kunga-wangtchouk deviendraient les trois régents suivants du centre monastique.
Il prédit aussi que parmi les chef-abbés futurs, six seraient des incarnations du puissant Yogi(30), et cinq autres des incarnations des cinq Gonmas.
Il est impossible de narrer dans le détail chacune de ses prophéties...

Troisième partie

Ses activités pour le bien des êtres.


Cette partie se subdivise elle-même en trois chapitres :
- Sa prise en charge des êtres au moyen des trois voeux.
- La façon dont il contrecarra les conceptions erronées des mauvais arrogants.
- L'édification par ses soins des supports du corps, de la parole et de l'esprit des Bouddhas.
Chapitre 1
Sa prise en charge des êtres au moyen des trois voeux.


Cette première partie comprend elle-même quatre points :
- Sa prise en charge des êtres en accomplissant largement leur bien au moyen des trois voeux.
- Comment il fit mûrir de nombreux disciples grâce aux profondes initiations et aux enseignements tantriques.
- Comment les disciples obtinrent science et réalisation en s'appuyant sur ceux-ci.
- La venue des donnateurs bénéfiques à l'enseignement.
Tout d'abord, Kunga-zangpo en commençant à l'âge de quinze ans par servir de guide à des moines Khampa(31) en ce qui concerne la pratique, se préoccupa uniquement du bien des êtres et de la doctrine.
S'il dispensait son enseignement de différentes manières afin de s'adapter aux capacités mentales de ses disciples, il attachait une grande importance à les établir dans une moralité parfaite avant de leur faire pratiquer la voie.
Initialement à Sakya, quand il donnait les voeux de moine pleinement ordonné, il ne les conférait qu'à un nombre réduit de personnes qu'il savait capable de les garder.
Comme il ne les octroyait pas à n'importe qui, sa manière de faire était très stricte.
Quand il séjourna à Tchoudu, un moine qui avait reçu ses voeux du seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen, avait rompu ceux-ci.
Il demanda à Kunga-zangpo de bien vouloir les lui conférer mais celui-ci refusa, et ce, durant une longue période.
Kunga-zangpo rêva alors une nuit que dans la maison de Lama de Shar semblable au paradis Woming, se tenaient côte à côte les seigneurs de la doctrine Yéshé-djaltsen et Bouddhapa.
Le seigneur de la doctrine Bouddha-sri déclara ceci :
"Si le Lama Kunga-zangpo donne l'ordination de moine à tous ceux qui le lui demandent, ces derniers rencontreront la doctrine du Bouddha dans le futur; c'est là un bon présage pour l'obtention de moines. Sa manière de faire est vraiment très rigoureuse."
Le seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen répéta lui-même exactement la même chose. Puis les Lamas le regardèrent comme pour lui signifier qu'il devait maintenant suivre leurs instructions. Et là dessus, il s'éveilla.
A partir de ce moment, il oublia tous les motifs qui l'avaient conduit à donner les vœux de moine avec une extrême parcimonie, et ordonna tous ceux qui le désiraient.
Il devint ainsi un abbé ayant donné l'ordination complète à plus de dix mille moines. Lama Sandhai-djaltsen, le maître Lérin, Dorjé-djaltsen et le Siddha Namkha-palzang consignèrent par écrit chacune de ses ordinations.
Quand elles furent plus tard ajoutées les unes aux autres, l'on s'aperçut qu'elles dépassaient largement le nombre d'ordinations effectuées en Chine par un disciple du maître Phapa. En outre, le nombre de laïcs et novices à avoir reçu les vœux correspondants par ses soins est incalculable.
En résumé, aucun autre guide spirituel au Tibet ne le dépasse dans le nombre d'ordinations qu'il conféra.
Innombrables furent aussi les disciples à avoir reçu les vœux de Bodhisattva conférés selon leur choix suivant la tradition du Madhyamika, celle du Yogachara ou toutes les deux ensemble.
Pour la première de ces traditions, comme des êtres même pleins de pêchés pouvaient la recevoir, il donna son rituel de l'esprit d'éveil à de nombreuses reprises.
En ce qui concerne la seconde, il l'expliquait à partir des deux traditions du Chansa et du Dompa-nyishoupa, et ne la donna qu’en certaines occasions.
Plus spécialement, chaque fois qu'il donnait l'enseignement du Lamdré, il dispensait d'une manière pure, développée et claire la cérémonie de l'esprit d'éveil en tant que préliminaire dans la Voie des Mantras, en utilisant selon les cas le rituel sans Mandala transmis depuis le vénérable Gayadhara, ou le rituel avec Mandala pour les pratiquants de Demtchog (Skt. Samvara).
Le nombre de fois où il donna les vœux de Bodhisattva dépasse l'imagination.
Ainsi, quels que soient les vœux et la tradition concernée, sans rechercher la facilité ni se soucier des difficultés, il les donnait dans la plus grande pureté même pour le plus petit détail d'un rituel, n'étant jamais souillé par la faute d'une confusion ou d'une erreur.
Telle était l'excellence de sa transmission des vœux. Comme après avoir donné ceux-ci, l'on était assuré que les règles les accompagnant avaient pénétré le continuum-mental des disciples, sa façon de procéder était plus éminente que celle d'autrui.
Pour les vœux mantriques des "Détenteur-de-connaissance" également, en accord avec les paroles du Tantra-racine : "L'on doit tout d'abord commencer par donner les vœux de Posadha etc.", il donnait l'enseignement de la Voie avec son Fruit à tous ceux qui avaient besoin d'une instruction progressive comme cela est indiqué plus loin.
Le nombre de fois où il conféra les vœux tantriques à ses disciples au moyen de plus des seize initiations du Dorjé-trengwa et du Triyasamouza est incalculable.
Dans l'année du Dragon (1412), le seigneur de la doctrine Phapa, tandis qu'il était en train de conférer à Shakzang-boum les initiations du Dorjé-trengwa, partit pour la béatitude.
Durant sa longue maladie, Kunga-zangpo s'occupa de lui jusqu'à son trépas en faisant fonction d'aide-soignant, d'infirmier et en accomplissant des rituels...
Il le servit même après sa disparition en préparant son enveloppe charnelle à la crémation(32).
Il fit aussi de larges offrandes à l'immense assemblée du grand centre monastique de Sakya. Puis, il invita les Lamas et Guéshé résidant à Sakya dans la maison de Lama Nyito pour des prières qui durèrent plusieurs jours.
Le soir, tandis que le maître Tcheusen et de nombreux autres offraient la prière des sept membres, Kunga-zangpo distribuait tour à tour les possessions matérielles du Lama tels que ses objets de culte etc. sans en garder pour sa propre personne.
A Sazang, il accomplit encore des prières et fit don d'offrandes qui n'étaient en aucune façon inférieures à celles effectuées au précédent centre monastique, tout en exécutant les trois dédicaces dans leur totalité.
Il donna en outre de nombreux objets de culte tels que théière en argent etc. afin de répondre au souhait de son père qui les lui avait confiés en lui enjoignant de les remettre à des Lamas.
Après avoir fait fabriqué de nombreux vêtements et coussins à la taille d'effigies en terre cuite du Lama, un Guendhola à cinq pointes en or et en cuivre d'excellente qualité en tant que support intérieur des Bouddhas des trois temps, ainsi qu'un Boumther pour y placer les reliques de cendre et d'os, il mit tous ces objets dans un mausolée en argent représentant le Stoupa du grand Éveil.
Il consacra aussi avec soin des dais de Lama, des soieries et mille statues du Bouddha avec
les objets d'offrandes.
Ceux-ci se trouvent encore de nos jours à Shakzang.
A cette époque, il dirigea le centre monastique durant trois années, sans que celui-ci soit perturbé par le vent des pratiques contraires effectuées par des êtres mauvais.
Ayant en main le titre de Kajipa, après avoir rejeté toute pensée nuisible envers autrui, l'envie d'acquérir ce que l'on ne possède pas, le désir de renommée et d'honorabilité etc., il enseigna la sainte doctrine des trois véhicules tel que l'enseignement de "La Voie avec son Fruit" dans la chambre de Lama à Koumboum.
Afin de rendre hommage à son Lama, il s'appliqua avec zèle à l'exécution des dédicaces.
Tandis qu'il donnait sans interruption l'enseignement de la doctrine, il demanda au seigneur Bouddhapa une prophétie concernant un éventuel voyage dans la province de U(33).
Le Lama lui répondit : "Pars pendant trois années, et nous nous reverrons ensuite."
Effectivement, à l'âge de trente-deux ans, Kunga-zangpo se rendit dans la province de U et notamment à Lhasa où il offrit au Jowo de l'or pour y appliquer sur son visage(34), ainsi que des lampes à beurre.
Il effectua ensuite en ce saint lieu de nombreuses prosternations, circumbulations et prières.
Il visita successivement Sanpou, Déwatchen, Gawadong, Séra, Tcheuding, et Maldro, y donnant les explications des Tantras du glorieux Sampouta et Dorjé-chonwa, de nombreuses initiations telles que celles du Dorjé-trengwa, des vagues de dons telles que celles du Droupthap-Djamtso, des phases de résorption telles que celle de Mahamaya, des création-résorptions telles que celle de "La Voie avec son Fruit", des loungs comme celui du Djuboum etc.
Répondant aussi à des demandes spécifiques, il combla au moyen des Gourou-yogas et autres enseignements de nombreux religieux de Sang, Dé et Tsour.
Kunga-zangpo se rendit ensuite à Riwo-guenden auprès de Tsong-khapa-lozang-trapa qui lui transmit :
- Le Loung des deux Lam-rim,
- Le Tika des trois Tantras explicatifs de Sandu (Skt. Gouhyasamâja), du Nguenson-chondju et du Samden-tchima.
A ce moment précis, le Néten Djalwé et d'autres lui demandèrent des initiations dont celle de Tukhor (Skt. Kalachakra). Il ne les donna point mais enseigna des Gourou-yogas et d'autres doctrines.
Là-dessus, un être de couleur blanche couché sur le côté droit lui apparut en rêve et lui dit :
"Ne donne pas d'enseignements ici, ne demeure pas longtemps non plus en cet endroit et je ne te ferai aucun mal !"
En résumé, après être resté quatre années pleines à Kyécheu, il retourna dans le Tsang(35).
Sur le chemin du retour, le Lama Sandjai-djaltsen eut le rêve suivant : Pas très loin du pays de Ngourmi, dans un songe aux signes excellents, après avoir quitté cette contrée et juste avant d'arriver à Karpou, une foule compacte émergeant du brouillard matinal se tenait sur des roches; quelqu'un lança :
" Votre Lama est une incarnation de Sakya-pandita, cela ne fait aucun doute ! "
Si l'on examine avec soin ses actions à partir de cette époque, l'on comprend qu'elles sont vraiment irréprochables.
Il se rendit ensuite au centre monastique(36) où il offrit à l'ensemble des moines, un thé collectif, des cadeaux, de l'or pour appliquer sur le visage des statuettes placées dans la maison de Shar, des vêtements, la prise en charge des rituels de Mandala à l'occasion des dates anniversaires du Bouddha et des Lamas défunts, d'autres offrandes de thé etc.
Puis, après avoir rencontré Bouddhapa avec des fleurs jaunes, Kunga-zangpo donna à Koumboum toutes les instructions, initiations, Loung, rituels d'esprit d'éveil qui lui furent demandés tel que le Loung du recueil des paroles des père et fils Sakyapa etc.
Il alla ensuite à Tinkhep et à Chanpou où il donna les loungs et initiations du Khandro-djamtso et du Dorjé-khandro.
Le Lama Kunlépa, bien qu'ayant déjà reçu "La Voie avec son Fruit" auparavant, n'était pas allé plus loin et désirait méditer dessus après l'avoir étudiée; aussi lui demanda-t-il cet enseignement profond afin d'y fixer son esprit, enseignement qui dura depuis le labour des champs jusqu'à la nouvelle année.
Auparavant, Kunga-zangpo s'était appliqué avec zèle à recopier ses manuels d'étude, ainsi qu'à annoter ou à consigner entièrement les explications qui lui avaient été fournies.
L’on n’avait jamais vu un seul enseignement de "La Voie avec son Fruit" durer aussi longtemps, et où les initiations, les vagues de dons, les loungs et explications étaient aussi développés.
Bien que le maître Sazang-phapa lui ait demandé au moment de son trépas de continuer le Dorjé-trengwa avec le Triyasamouza, il le reprit à partir des préparatifs.
Il le répéta ensuite régulièrement tous les ans. Des Lamas tels que Sandjai-djaltsen consignèrent par écrit le nombre de fois ou il le transmit.
Il donna un nombre incalculable de fois les initiations des douze Mandalas enseignés d'après le Chondju.
En ce qui concerne les enseignements annexes reliés aux quatre classes de Tantras, le nombre de fois où il transmit les soixante-dix-huit formes d'enseignements annexes au courant ininterrompu depuis leur passage de l'Inde vers le Tibet, dont les quatre traditions de Kyé-dorjé (Skt. Hévajra) font parties, dépasse l'imagination.
Ainsi, comment pourrait-on trouver quelqu'un ayant conféré les vœux tantriques un plus grand nombre de fois que ce seigneur ?
Parmi les quatre différentes transmissions initiatiques des quatre classes de Tantra, les variantes pour chacune de ces catégories tantriques sont innombrables. De plus, pour chacun des Mandalas conférés au moyen des consécrations de la lignée traditionnelle, il existe un grand nombre de rituels d'initiations. Kunga-zangpo donnait lui ces initiations quelque soit la tradition de la lignée concernée, la classe de Tantra et le Mandala.
Ce qui devait être expliqué dans la tradition concernée, les rituels à commenter, il le faisait sans omettre un seul mot, en prenant grand soin de ne pas y mélanger ce qui était inutile ou ne devait pas être traité.
Ainsi, pour chacune des initiations reçues, comme l'on en obtenait à chaque fois les définitions caractéristiques, elles prenaient une grande signification.
Par la seule classification de la pratique, il avait œuvré pour la purification de l'enseignement, et avait mis en évidence l'excellente pensée des Lamas passés.
Quelques soient les initiations telles que celles du Dorjé-trengwa ou des différents enseignements annexes qui lui étaient demandées, il les donnait immédiatement sans aucune espèce de difficulté.
Après avoir établi chacun des disciples dans une moralité pure au moyen des trois vœux en accord avec leur propre continuum-mental, il mettait en mouvement et de manière continue la roue de la doctrine des étapes de la pratique, constituée principalement des recueils d'enseignements des glorieux Lamas Sakyapa précédents.
A partir de l'âge de quarante-huit ans, il demeura principalement au centre monastique.
En certaines circonstances, il se déplaçait à Sazang et visitait tous les autres endroits où sa présence se justifiait pour y enseigner la doctrine.
A Tchoudu, Tinkhep, Riwo-gang, Tropou, Tarpa-ling, etc., il donna une succession d'enseignements tel que celui de "La Voie avec son Fruit", de nombreux Loung comme celui du Dju-boum, des commentaires de Tantras tels que ceux de Demtchog (Skt. Samvara), Kyédor (Skt. Hévajra) et Sandu (Skt. Gouhyasamâja), les pratiques et explications de nombreux rituels de Mandalas, les pratiques de Mandalas en poudre de couleur ou autres, des initiations, des vagues de dons et de nombreuses bénédictions.
Il donnait des directives sur la forme et les dimensions des monastères, des temples et autres supports du corps, de la parole et de l'esprit des Bouddhas devant être construit, accomplissait les cérémonies de consécration et autres actions en quantité dépassant l'imagination.
Durant les sessions d'été et d'hiver, il donnait des explications sur les classes de Tantra par exemple, sur la pratique des Mandalas et toutes sortes d'enseignements.
Durant celles d'automne, comme il transmettait des doctrines telles que celle du Dorjé-trengwa et des initiations de toutes catégories sans jamais demander d'offrandes matérielles en retour, de très nombreux adeptes de la vertu accouraient de partout sans distinction d'école en disant : "Nous venons recevoir les initiations que le Lama Sazang confère gracieusement."
A une certaine époque, Kunga-zangpo entra en retraite et cessa toute activité mondaine durant sept années, pendant lesquelles eau et nourriture lui étaient passées par une toute petite porte(37).
Ne laissant pénétrer que les disciples à la recherche de l'unique signification de la doctrine, il refusait sa porte aux autres; il précisa qu'il accomplissait ainsi l'union de l'enseignement et de la pratique.
Comme le montre cet exemple, quelle que soit la doctrine expliquée, il ne songeait qu'à l'enseignement et se donnait corps et âme en enseignant gratuitement la doctrine.
Dans les temps anciens, à Shakzang-koumboum, il fallait faire offrande de nombreux biens matériels pour obtenir un enseignement.
Ce seigneur expliqua qu'à cette époque passée où la doctrine était en pleine expansion, les disciples à la recherche d'instructions spirituelles étaient capables d'endurer de nombreuses difficultés et de faire d'abondantes offrandes matérielles(38).
Aussi, en vue d'établir des Liens-supports particuliers sur l'esprit de ces derniers, les Lamas d'autrefois leur demandaient-ils de grosses offrandes.
Par contre, disait-il, de nos jours la doctrine avait décliné; comme l'on était près de voir s'interrompre la transmission de certaines doctrines, si un disciple-récipient apparaissait, le temps était venu de favoriser la continuité de l'enseignement en lui accordant largement instructions profondes et initiations...
Autrement, il donna aussi les loungs du Dju-boum et du Sakya-kaboum.
Une fois, Kunga-zangpo avait commencé l'enseignement du Tantra de Demtchog (Skt. Samvara) à Shakzang-koumboum. De nombreux jours s'étaient déjà écoulés depuis le début de l'instruction, quand un Guéshé du monastère de Dar, Khen-tchen-shaka-wépa arriva accompagné d'un disciple et demanda à assister à l'explication du Tantra.
Comme il n'était pas convenable de recevoir seulement une partie du Tantra, la permission leur fut refusée. Bien qu'on les conseilla vivement dans ce sens, ils n'écoutèrent point et assistèrent donc à l'enseignement du Tantra.
Avant même que l'explication soit terminée, ils déclarèrent subitement qu'ils devaient s'en aller. Dès la rupture de la continuité du Tantra, les éléments vitaux de Kunga-zangpo en furent troublés et il tomba malade(39).
Une nuit, quatre femmes de couleur pourpre lui apparurent en rêve, et lui dirent : "Après avoir tué la statue de Demtchog (Skt. Samvara) située dans la maison de Lama de Shar, tu l'as vendu !" et déclarant cela, elles lui firent montre d'un grand déplaisir.
"Je n'ai pas tué le Demtchog (Skt. Samvara) de la maison de Lama de Shar; la statue dorée de ce Yidam et son entourage y sont encore maintenant" répondit-il à cela.
Puis, après avoir apporté la statue en or de Demtchog (Skt. Samvara) tronqué de son socle de Lotus, les quatre femmes lui lancèrent :
- C'est toi qui es à l'origine de sa disparition !
Il en subissait alors les conséquences maléfiques."
Le lendemain, à son réveil, Kunga-zangpo songea à réparer l'offense de la coupure du Tantra.
Il accomplit alors le rituel développé d'offrandes de Ridenma expliqué selon le commentaire du Demtchog (Skt. Samvara) de Lawapa, et le corps de ce seigneur étant complètement purifié, retrouva la santé.
Bien qu'à première vue, cette anecdote puisse ressembler à un obstacle, l'on devra ensuite la considérer comme un signe manifeste de la protection du Yidam sur la personne de ce grand être.
Voyons maintenant la façon dont il donnait l'enseignement de "La Voie avec son Fruit".
Quand il fut invité à Sakya, il se demanda si, après avoir donné le Loung de "La Voie avec son Fruit", il était autorisé à en donner l'explication, le nombre d'années durant lesquelles il était placé sous le sceau du secret s'étant écoulé(40).
Une nuit, il eut en rêve la vision suivante : A l'intérieur d'un Bindou rond aux rayons lumineux des cinq couleurs, se trouvait en son centre le grand Sakyapa entouré par les vénérables frères Sénam-tsémo et Trapa-djaltsen, le seigneur de la doctrine Sakya-pandita et son neveu Phapa, en bref, les cinq grands Lamas, les divinités Demtchog (Skt. Samvara), Kyédor (Skt. Hévajra), les attributs des maîtres des cinq familles et quatre Stoupas.
Parmi eux, se dressait un petit Stoupa du grand éveil dont la plus grande partie disparaissait vers la gauche dans un arc-en-ciel.
En bas, il vit les deux protecteurs Mahakala et Palden-lhamo; le vénérable Trapa-djaltsen tenait dans ses mains un volume de la Voie avec son Fruit, ainsi qu'une pelote de fil de soie blanche qu'il tendit à Kunga-zangpo.
Comme il se saisissait d'une de ses extrémités elle se dévida, et tout comme un lien mutuel, recouvrit avec magnificence toutes les directions...
Le grand Gougué-pandita précise que cela se passait à Riwo-gang, mais comme cet événement se déroula au moment de l'enseignement de la Voie avec son Fruit, la première version paraît être la bonne.
Cette version tirée du Kadja-thimtsul provient de la bouche même de ce seigneur. Les sept vers commençant par : "Au centre d'un pur Bindou, le puissant Sakyapa...", ont été transmis oralement jusqu'au seigneur Lhatcho.
Ce dernier, de peur que cette histoire tombe dans l'oubli, en exécuta une peinture, coucha par écrit le passage de la transmission orale citée plus haut, et clarifia sa signification par les mots :
"Quand le guide suprême fut invité à Sakya..."
Pour en avoir de plus amples détails, l'on consultera l'ouvrage de Palden-deuntroup.
Comprenant ainsi qu'il pouvait enseigner la Voie avec son Fruit, il en donna l'explication à partir de ce moment.
Si l'on comptabilise sa transmission, Kunga-zangpo le donna quatre-vingt-trois fois au total, et hormis les huit occasions où il l'enseigna secrètement à Shakzang-boum, il le transmettait ouvertement, parfois même à deux reprises dans la même année...
Pour les disciples à qui la Voie immédiate convenait, les ayant tout d'abord fait mûrir, il leur donnait d'innombrables enseignements sur la phase de résorption tels que d'autres cycles de la Voie avec leurs nécessaires :
- Jordrou,
- Rimji,
- Tsa-ouma,
- Les cinq étapes de Demtchog (Skt. Samvara),
- Treumé,
- Jikché (Skt. Vajrabhairava) suivant la tradition de Ra, etc.
Bien que le terme "Adepte de la Voie immédiate" soit ici employé, il désigne ceux qui, bien que n'étant pas astreints à la Voie ordinaire comme préliminaire, devaient au préalable recevoir l'initiation faisant mûrir, puis s'engageaient dans la mise en pratique des étapes des phases de création et de résorption; il ne correspond donc pas du tout au sens du mot "subitisme" que voudraient lui donner certaines personnes.
Une fois où il était en train d'enseigner la "Voie avec son Fruit" à Riwogang, ce seigneur déclara en personne qu'il eut en rêve la vision suivante :
"Dans une magnifique maison faisant face à l'Est, se trouvaient le seigneur Satchen en compagnie de ses deux fils, dont les corps éclatants irradiaient des rayons de lumière; seul, celui du seigneur de la doctrine Sapen était légèrement plus foncé."
Ceci était le signe que Kunga-zangpo ferait largement prospérer les recueils des trois père et fils après en avoir obtenu la totale compréhension.
Durant la session d'hiver de l'année mâle du Cheval de feu(1426), lorsque ce seigneur donna les enseignements de "La Voie profonde" et du Tanyi, de nombreux moines qui se trouvaient auprès de lui eurent des rêves qui annonçaient un obstacle d'assez grande importance.
Certains moines qui avaient eu accessoirement recours à des divinations déclarèrent que comme l'obstacle était grand, il fallait s'engager dans la pratique de dons purs et faire une retraite pour le surmonter.
Quelques moines âgés demandèrent confirmation à kunga-zangpo. Celui-ci répondit :
"Quoique ce procédé de divination ne soit pas infaillible, mieux vaut s'engager dans la pratique de dons purs et l'établissement d'une retraite."
De nombreux objets divers furent distribués à l'assemblée des moines Sakyapas dans la maison
de Shar(41).
Puis, le seigneur de la doctrine déclara qu'après être resté dans une retraite stricte à Shakzang-koumboum, il pratiqua comme Yidam le Tsétroup de Demtchog (Skt. Samvara) le matin, et le cercle de protection d'Ouknisha l'après-midi.
Quelques jours plus tard, un matin, il se souvint que certains Lamas passés de la lignée du Lamdré avaient pris Namdjal comme Yidam. Il entendit alors très distinctement résonner le son de la Dharani de Namdjal (Skt. Oushnîsavijayâ) dans l'espace, sans pouvoir distinguer d'où il pouvait provenir.
Songeant que c'était là un signe l'encourageant à pratiquer cette déité, il la propitia à partir de ce moment.
Un autre signe l'encourageant cette fois à la pratique de Gourgueun se révéla à lui.
Il accomplit donc le cercle de protection du gardien de la doctrine, et récita chaque jour un Sloka de la louange à Namdjal (Skt. Oushnîsavijayâ) avec celles de Gourgueun, Tchamdral et Donjipa. Poutra lui ayant demandé de réciter sa propre louange, il la pratiqua aussi.
Ayant ainsi parachevé la récitation des louanges entre l'époque de l'anniversaire des grands miracles et le quinzième jour du onzième mois tibétain, il se vit en rêve à Sazang tenir dans ses mains le Soutra du sage et du fou qui comptait un total de trente-neuf pages.
"C'est aussi maintenant ce qui vous reste à vivre" lui dit-on.
La louange à Namdjal (Skt. Oushnî-savijayâ) se trouvait être aussi composée de trente-neuf Slokas. Il se retrouva ensuite avec un faisceau de bambous à la main, mais déclare qu'il ne reçut aucune explication quant aux conséquences bonnes ou mauvaises que cela pouvait avoir sur sa longévité.
Deux jours plus tard, le soir de la venue d'un visiteur, Kunga-zangpo convoqua le Lama Ngaripa-keuntcho-wéser et le seigneur Mupa- keuntcho-djaltsen et leur dit :
" Bien qu'en dehors des écrits composés par nos soins où nous répondons aux attaques doctrinales dont nous avons été l'objet, nous n'ayons nui à personne en aucune façon, certains cherchent à nous faire du mal en s'appuyant sur Mahakala-Tchadroupa; ce maléfice devait nous atteindre l'année passée, mais comme nous étions tous engagés dans une pratique excellente, il n'a pu nous toucher.
Pendant quelques jours, nous avons eu des rêves confus qui semblent avoir été la manifestation du plaisir ou du déplaisir des divinités.
Si nous reculons d'un demi-mois notre retraite, nous subirons alors les conséquences du maléfice. Néanmoins, même si cela se produisait, nous ne devons pas nous inquiéter outre mesure.
Actuellement au Tibet, l'écoute et l'explication des Corbeilles s'étant développées, l'enseignement des Paramitas est excellent. Il en va de même pour les Tantras de l'Anouttara dans chacun des monastères des différentes écoles comme celle des Sakyapas.
Ceux du Yoga ont quelque peu décliné à une certaine période, mais ensuite, le grand omniscient Pouteun Rinpotché travailla avec zèle à leur renouveau dont le courant est actuellement intact.
Les Kriya et Charya n'ont pas, quant à eux, connu un grand essor; mais si on les ravigote, je pense que l'enseignement au Tibet touchera à la perfection.
Le seigneur de la doctrine des grands Riwoguédenpa a réuni stabilité et pureté à la pratique des Mantras secrets. Il a la capacité de rétablir l'excellence de la pratique des Kriya et Charya et c'est un puissant personnage; peut-être pourra t-il, s'il y porte tous ses efforts, concourir à leur renouveau ! " pensais-je.
Aussi, dans ce seul but, je me rendis auprès du fondateur des Riwo-guédenpa et lui demandai son aide.
Tsong-khapa me répondit :
"Vous assurez d'une manière admirable le fardeau de la doctrine, mais si nous voulons développer les Kriya et Charya Tantras, nous devons tout d'abord persévérer dans l'étude; l'essor des Anouttara-yoga Tantras étant plus important encore nécessite le même effort scolastique; aussi devons-nous étudier ces derniers."
Il ne répondit donc pas à ce que j'attendais de lui. Me retrouvant seul, je redoublais d'efforts pendant sept années à étudier les Tantras et commentaires des Kriya et Charya, ainsi que tous les écrits composés sur ce sujet par les vertueux guides spirituels tibétains.
J'ai ensuite commencé à répertorier ces deux classes de Tantras, mais comme actuellement je n'ai pu le faire de la façon souhaitée, cette tâche revient à des amis spirituels et à des moines tels que vous.
Efforcez-vous donc de rétablir l'enseignement des Kriya et Charya; comme ces paroles ne peuvent être ignorées, gardez les en haut lieu dans votre esprit !"
Ainsi s'impliqua t-il beaucoup plus que tout autre dans le fardeau de l'enseignement, mû notamment par une volonté farouche et une grande puissance d'action.
"A présent, l'obstacle est-il complètement purifié ?" lui demanda-t-on alors.
"Il le sera vraiment durant le sixième mois. Si à ce moment là, l'on s'applique un tant soi peu à la vertu, l'obstacle aura totalement disparu." expliqua Kunga-zangpo.
Quand il se rendit chez les Riwo-guédenpa, Tsong-khapa lui transmit des enseignements comme celui du Larim. Bien que Guéshé Djalwé et d'autres lui demandèrent des initiations telles que celle de Tukhor (Skt. Kalachakra), il ne les donna point suite à un rêve dans lequel un être de couleur blanche lui certifia qu'il ne lui arriverait rien de fâcheux s'il abrégeait son séjour en cet endroit...
Il leur transmit à la place différentes sortes de connections doctrinales telles que celles des Gourou-yogas, rapporte-t-on dans certaines de ses biographies. C'est ce que j'ai longuement expliqué plus haut.

Comment il établit les êtres dans le mûrissement et la libération au moyen des initiations, Loungs et enseignements.
Comment sont apparus les bienfaiteurs utiles à la doctrine ainsi que les disciples.
Tels sont les points qui seront relatés ci-dessous.

Chapitre 2
Comment Kunga-zangpo contrecarra les conceptions erronées des mauvais arrogants.



Cette partie sera traitée selon la présentation successive de ses trois activités :
Explication doctrinale, argumentation philosophique et composition littéraire.
Y sera de même inclue : L'étendue de son œuvre dans le domaine de l'édification des supports du corps, de la parole et de l'esprit des Bouddhas.
Comme nous venons de le voir, ce grand être œuvra immensément pour le bien d'autrui autour du grand centre monastique de Sakya.
Toutefois, en dépit de ses incomparables actions, il songea que dans ce grand monastère, l'insouciance et l'influence de la boisson nuisaient grandement aux études monastiques, de même que les repas organisés entre amis.
Notamment, comme les plus jeunes d'entre eux se laissaient facilement influencer par leurs aînés, il était certain que si l'on pouvait enseigner dans un lieu solitaire où les filles de comptoirs en seraient absentes, il en résulterait un grand bienfait à la fois pour l'enseignement et pour les moines...
Se remémorant sur ce que le seigneur de la doctrine lui avait dit dans le passé : "Nous en ferons un être semblable au Guéshé Drapoupa !", il avait beaucoup d'attirance pour des endroits déserts tels que la caverne de Namsa ou l’ermitage de Samling.
Il adressa des prières à Gour-ji-guenpo après lui avoir offert des Tormas, mais aucun de ces lieux ne se révéla propice à une installation définitive.
L'ermitage d'Ewam-tcheuden envers lequel il n'avait pourtant aucune attirance particulière, lui fut pourtant clairement révélé au sein de la claire lumière en dépit du fait qu'il en ignorait l'emplacement exact.
Une nuit, une voix lui dit en rêve :
"Ton monastère te sera révélé par Deuntroup !"
Il advint plus tard que Kunga-zangpo bavarda avec un Guéshé de Nyaré du nom de Deuntroup; celui-ci, après s'être arrêté à Tchoumi, découvrit l'emplacement d'Ewam-tcheuden en allant à la recherche de combustible.
Rentré à Sakya, il se trouva en présence de ce seigneur et lui raconta son histoire.
Comprenant qu'il s'agissait de l'endroit dont lui avait parlé son Yidam, il envoya en reconnaissance Tashi-djaltsen et Nyima-jaltsen.
Ces derniers virent les versants Nord et Sud de la partie inférieure de la région de Waron, et rapportèrent ces faits à Kunga-zangpo; mais ceux-ci ne correspondaient pas à la description que lui en avaient faite les divinités(42).
Aussi, durant l'hiver de l'année du Singe(1428), il renvoya le grand abbé Shakya-zangpo en compagnie de quelques disciples à la recherche de ce lieu.
Tous virent alors les versants Nord et Sud conduisant au sommet du col, et ils entassèrent beaucoup d'orge entre l'actuel bâtiment principal de Denma et l'étang, pour en faire le siège des Protecteurs.
De retour auprès du seigneur, ils lui rapportèrent ce qu'ils avaient vu. Celui-ci leur dit : "Cette fois, je crois qu'il s'agit de l'endroit en question."
En effet, tout correspondait à ce qui lui avait été décrit. Bien que ce fut l'hiver, ils y avaient vu une fleur fraîchement épanouie, ce que le maître déclara être de très bon augure.
Ensuite, pendant l'été de l'année femelle de l'Oiseau de terre(1429), Kunga-zangpo se rendit à l'emplacement d'Ewam-tcheuden et fonda la maison de Lama juste à l'endroit où la fleur était éclose.
L'examen géographique de ce lieu solitaire était particulièrement favorable : Les huit signes auspicieux et les huit pétales de Lotus y étaient présents; la porte du ciel et le milieu du ciel n'étant pas proéminent, la forme d'une roue y était complète(43); l'on y trouvait de nombreuses sources à Siddhis, un grand nombre de montagnes et de roches y évoquaient la forme des divinités des richesses et des Protecteurs; le site lui-même avait véritablement l'apparence d'une source des Dharmas et les matériaux à Siddhi y étaient innombrables.
Ce lieu était sans distinction avec celui d'Otiyana et répondait à sa description; comme la terre elle-même avait la forme d'une conque auspicieuse, l'on dit qu'elle reposait sur une conque à la grande renommée.
Voici le compte-rendu rédigé par Garinwa qui suit la méthode d'examen du Saboum-karna, du Tapo-shammo-sham, du Sadju-tchétchoun ainsi que du traité Garin-djalpo. "La porte du ciel etc. n'étant pas proéminents, l'endroit sera considéré comme excellent. Le socle de la terre par son aspect tortueux, et cette région cachée évoquant la forme d'un arbre, la surface de ce pays s'apparente ainsi à l'arbre paradisiaque(44). L'immensité des prairies, des rochers et des montagnes indique l'essor de chacune des lignées humaines. De nombreuses falaises situées au nord de la partie supérieure de la vallée et débouchant sur le col, par leur ressemblance avec la tige du Lotus et en particulier à la fleur Oupal, montrent que l'écoute et l'enseignement progresseront. Les mots "écoute" et "Enseignement" sont utilisés ici pour désigner un monastère.
D'autres signes caractéristiques tels qu'une haute montagne protectrice située au Nord regardant vers le Sud, y étaient présents en grand nombre..."
C'était un haut lieu de la réalisation spontanée de par sa propre nature, prophétisé par Tsouktor-Namdjal (Skt. Oushnîsavijayâ), Gour-ji-gueunpo et autres Yidam et Dakinis.
Quand maître et disciples arrivèrent à cet endroit pour en reconnaître les différents points d'aménagements futurs, Guéshé Deuntroup fut invité à souffler dans une conque.
Comme il s'exécutait, le son obtenu fut si excellent que tous en restèrent saisis d'admiration; aussi le nom de cet endroit précis devint-il connu sous celui de Lazin, "L'étang de la stupéfaction".
Même le nom de ce seigneur y était gravé dans la roche...
Regardant de part et d'autre de l'endroit où se dresse actuellement le grand temple, Kunga-zangpo pointa du doigt le futur emplacement du bâtiment principal(45) et déclara : "Près d'ici, il doit y avoir une source, mais on ne l'aperçoit pas; malgré son absence, ce lieu correspond bien à la description."
Lorsqu'il offrit des Tormas aux Protecteurs ainsi qu'aux déités du sol, il est dit que cinq oiseaux noirs vinrent les emporter.
Ils se rendirent ensuite là où l'abbé avait élevé un monticule de blé et y trouvèrent trois magnifiques épis de blé.
Le site répondant à tout point de vue aux conditions souhaitées, le douzième jour du douzième mois Hor, les bâtisseurs quittèrent Sakya et arrivèrent à Ngor le dix-huit de ce même mois.
Le septième jour du troisième mois étant astrologiquement favorable, après qu'eurent été posées les fondations du Zimkhang à six piliers(46), la construction de l'édifice commença.
Le deuxième jour du cinquième mois, la foudre frappa le monastère. C'est alors qu'une personne douée d'une vision extra-sensorielle(47) raconta qu'elle avait eu le rêve suivant : "Un grand Atsara noir protégeait l'installation, tandis que la nouvelle annonçant l'écroulement du bâtiment se répandait partout."
Kunga-zangpo, qui demeurait à Thinkhep déclara que ce signe lui était aussi apparu.
Si l'on songe aux divers signes qui se manifestèrent avant et après cet événement, il apparaît comme évident que ce monastère était placé sous le contrôle des Protecteurs de l'enseignement Sakyapa.
Quand ce seigneur de la doctrine, après être allé au Mustang, s'arrêta sur le chemin du retour à Sakya pour y donner des enseignements tels que celui de "La Voie avec son Fruit", il eut le rêve suivant: "Depuis la maison de Lama Yangueun du monastère de Sakya jusqu'à Sangkha-dontsouk(48), s’étendait un grande forêt de couleur rose : elle était vraiment immense..."
Comme il se demandait ce que cela pouvait bien être, une voix lui répondit : "Ce sont les roseaux qui vous serviront à écrire les volumes du Tendjour."
C'était là le signe précurseur d'un grand bénéfice pour l'enseignement et le mérite de notre époque.
Dans un autre rêve, Jétsen Rinpotché(49) lui transmit la prophétie suivante : Kunga-zangpo vit inscrit au dos d'un vieux dessin sur coton de Mahakala, neuf lignes qui indiquaient ce qu'il adviendrait chez les Sakyapas dans le futur. Il les lut une fois, mais oublia leur contenu dès son réveil.
Ce fut à ce moment précis que des Népalais et des peintres arrivèrent subitement au monastère, mais cette anecdote sera largement détaillée plus loin.
Durant la session d'été, il donna l'enseignement de "La Voie avec son Fruit" à une assemblée d'environ trois cent moines. C'est à partir de cette époque que commença sa transmission régulière du Lamdré.
Voyant l'assiduité des pratiquants sur le Lamtu et son Yidam, le seigneur de la doctrine en fut lui-même réjoui.
Dans ce lieu solitaire qui remplissait toutes les conditions souhaitées comme nous l'avons vu précédemment, même le nom du monastère était surgi de la vacuité : Un matin suivant un rituel de confession, Kunga-zangpo raconta que dans la nuit, il s'était vu en rêve expliquer comment la masse de la doctrine était issue des deux lettres E et WAM. " Nous devons donc donner le nom d'Ewam-tcheunden à notre monastère" déclara t-il. Et plein de joie, il célébra les cérémonies d'inauguration(50).
Il instaura la session d'été au cours de laquelle il donna les règles du Vinaya, le Chansa, le Laptu, "La Voie avec son Fruit" etc.
Bien que le Datchen Tchoumipa lui ait accordé la jouissance du sol sur lequel s'élevait le monastère, le maître se rendit à Tchoumi et demanda un document officiel.
Kunga-zangpo lui fit alors offrande de bols en cristal etc. pour le prix du terrain.
Dans l'enceinte du monastère, l'on ne trouvait ni viande ni bière, et les femmes y étaient interdites.
Tous les membres de la communauté étaient astreints au respect de ces règles; les querelles et dissensions que l'on pouvait trouver en d'autres lieux y étaient inconnues, et cela, grâce à la discipline excellente que Kunga-zangpo y avait instauré.
A cette époque, un jour en regardant vers le second bâtiment principal de Ronpo, l'on aperçut au loin les deux silhouettes dansantes de Gourgueun et Palden-lhamo au-dessus des champs; elles semblaient venir vers l’édifice.
"Il faut absolument un temple aux Protecteurs !" déclara ce seigneur. Auparavant, quand le centre de retraite lui était apparu en vision, ce dernier y était aussi présent.
Plus tard, quand il songea à élever une salle de réunion, il vit en rêve sur les murs de l'édifice qu'il pensait construire les trois père et fils, tout comme précédemment; le corps du seigneur de la doctrine Sapen, à l'éclat insoutenable, irradiait des rayons de lumière à l'instar de ces derniers.
Kunga-zangpo expliqua que ce songe était très prometteur, annonçant le développement de la doctrine du Bouddha en général, et celui des Sakyapas en particulier.
La description des peintures murales du grand temple sera donnée plus loin.
A partir du moment où il donna l'enseignement de "La Voie avec son Fruit" durant la session d'été, il mit principalement en mouvement la roue de la doctrine des quatre classes de Tantras du véhicule de Dorjé.
Comme les amis de la vertu venaient de partout dans ce lieu solitaire à la recherche du véhicule des Tantras sous des circonstances temporelles incertaines, ce seigneur donnait de façon ininterrompue initiations, vagues de dons, Tantras, instructions essentielles selon leur désir et non en fonction du temps ou de l'ordre.
Il existe une histoire qui raconte que, grâce à la puissance de certaines connections appartenant aux liens sacrés des Mantras secrets consistant à verser de l'eau sur la tête de Zambala ou autres, les monastères tantriques jouissaient d'une plus grande richesse matérielle que les collèges philosophiques.
Se succédèrent pour les quatre classes de Tantras et dans le langage propre à chacune d'entre elles(51), les explications relatives à chacune des Limites-de-réalisation établies d'après les différents commentaires des Pandits et réalisés Indiens; les pratiques relatives à ces dernières; les étapes de l'expérimentation des instructions profondes suivant chaque tradition.
Si on les explique sans les mélanger entre elles, il apparaît que les façons de commenter chacune des classes de Tantras sont très diverses.
Quand à cette manière unique de les expliquer constamment en accord avec les quatre classes de Tantras du Vajrayana, bien qu'elle aille dans le même sens que la pensée des Lamas passés qui enseignaient selon les ouvrages et les classifications tantriques d'antan, elle passe pour être une caractéristique de ce grand maître.
Furent donc expliqués :
- Le Tantra-racine du Tapa-nyipa,
- Les Tantras explicatifs du Dorjé-gour et du Sampouta,
- Les trois grands Tantras de Kyé-dorjé (Skt. Hévajra),
- Ses trois Tantras courts,
- Le commentaire du Tantra de Pal-tu-ki-khorlo (Skt. Sri-Kâlachakra),
- Le Tantra-racine de Khorlo-demtchog (Skt. Chakrasamvara),
- Ceux de Naldjorma-kuntu-tchépa,
- Abidhana,
- Dorjé-khandro,
- Domchon,
- Mahamaya,
- Le Tantra-racine de Sandu (Skt. Gouhyasa- mâja) avec ses quatre Tantra explicatifs,
- Le Tantra Toden de Trana et de Dorjé-jikché (Skt. Vajrabhairava),
- Le grand commentaire en quatre volumes du Tényi-dupa intitulé Tényi-nantchen, écrit par Kunga-nyingpo que lui demanda principalement Dreunnam-Tséwa à Lowo-drakar.
Viennent ensuite :
- Le Jampal-tsenjeu,
- Le Ngenson-chondju,
- Le Pawo-tchiktroup,
- Le Rapné-ji-dju,
- Un nombre incalculable de Tantras tels que les quatre principaux Tantras des Kriyas, leurs commentaires et les explications de nombreux traités.
Kunga-zangpo transmit aussi à de fréquentes reprises d'innombrables cycles tantriques avec leurs préliminaires portant sur les phases de résorption :
- Saplam-dorjé-naldjor-jorwa-yenla-drou avec tout son nécessaire,
- Les deux traditions de Sandu (Skt. Gouhya-samâja),
- Rimji,
- Rimnga,
- Tsa-ouma,
- Demtchog-karpo (Skt. Sitasamvara),
- Les phases de résorption de Demtchog (Skt. Samvara) telle que la transmission orale de Demtchog dénommée "Demtchog-nyendju",
- La phase de résorption des cinq déités de Shinjé-chémar (Skt. Raktayamântaka) intitulée "Sinjé-chémar-lha-gnawai-zorim-shinteu-treumè",
- Jikché (Skt. Vajrabhairava) selon la tradition de Ra.
Quant aux phases de création, il en donna de nombreux traités :
- Sandu (Skt. Gouhyasamâja),
- Chémar (Skt. Raktayamântaka),
- Jikché (Skt. Vajrabhairava),
- Kyédor (Skt. Hévajra),
- Demtchog (Skt. Samvara) des traditions de Lo et Na,
- Mahamaya.
Sans oublier l'explication des Sâdhanas reliées à chaque classe de Tantras telles que :
- Dorjé-chonwa,
- Sangden etc.
Il conféra en outre de très nombreuses bénédictions spécifiques ainsi que des cycles de bénédictions telles que celles du Troup-thap-djatsa, du Djamtso etc., de nombreux Loung du Djuboum et du Doté, des explications d'ouvrages tantriques, une incroyable quantité de Loung de grandes collections telles que celle des cinq Gonma Sakyapa...
En bref, il mit en mouvement jour et nuit de façon ininterrompue la roue de la doctrine avec initiations, vagues de dons, instructions de Tantras, bénédictions, Sâdhanas, Loung etc.
A la plupart des êtres tels que roi etc., il enseignait des ouvrages mettant en valeur les fruits karmiques : Le Soutra du sage et du fou, le Lédjapa, le Laptu ainsi que des Sastras : Le Djaltsé-lamzang, le Lochon...
Kunga-zangpo leur inculquait la foi dans l'enseignement et le Karma.
Ainsi, s'appuyant sur ses saintes explications incessantes, le nombre de ses disciples et donateurs fut innombrable. Pour n'en citer que les principaux, nous trouvons :
- Le Datchen de Sakya, Tchoumipa-trapa-lodreu,
- Jithopa-lodreu-wangtchouk,
- Jithopa-kunga-lodreu,
- Tchoumipa-kunga-wangtchouk,
- Datchen-thoutop-wangtchouk,
- Sénam-djaltsen etc. avec la lignée ancestrale des glorieux Sakyapas, émanations de Jampeyang (Skt. Manjousri),
- Les Sharpas tels que Shartchen-yéshé-wang-tchouk...
Il y eut aussi les amis de la vertu qui, savants dans la signification des Soutras et Tantras, érigèrent la bannière de la pratique à son faîte grâce à leur expérimentation et sa stabilité dans le courant de l'enseignement, après avoir pénétré sans erreur possible les étapes de la pratique et de l'expérimentation; ce furent :
- Sempa-tchenpo-jéneu-djaltchopa,
- Le régent même de ce seigneur Tampa-djalwa-mupa-tchenpo-keuntcho-djaltsen-pal-zangpo,
- Tchenrap-wangtchouk,
- Mar-khampa-trapa-zangpo,
- Tcheujé-jéneu-sengué,
- Le savant Ratnasribhadra,
- Ronteun-shérap-pal,
- Le grand abbé Jampéyang-shérap-djamtso,
- Chantchoup-sempa-khatchar-khenpo-sénam-djaltsen.
Quant à Ronteun-shécha-kunri, il rencontra Kunga-zangpo à Shakzang-koumboum. En dehors de cette occasion, ils ne s'échangèrent pas d'enseignement mais ne firent plus qu'un en esprit.
Ronteun-thamtché-kyenpa-shakya-djaltsen(52) précisa lui-même à ce sujet : "Assourdi par le vacarme des explications orales résonnant dans mon propre monastère de Nalenda, je me rendis au nouveau monastère de Ngor en quête d'enseignements tantriques; le Lama Sazangpa-kunga-zangpo Dorjé-tchang y était réellement présent. Tandis que je recevais auprès du roi de la doctrine du Mahayana la doctrine de "La Voie avec son Fruit", le sens du discours que fit le Lama Kunga-zangpo lors du thé à Shakzang-koumboum fut éminemment profond..."
Il composa d'ailleurs sa louange intitulée Rap-karma.
Djé-droltcho rapporte que, plus tard, Ronteun, lui envoya une lettre à Ewam pour lui annoncer sa venue dans le but de recevoir des enseignements sur Demtchog; mais en raison de son âge avancé, et de soucis relatifs au monastère de Nalenda, il fut dans l'impossibilité de se déplacer.
A peu près au moment de la renaissance de Drentcho-keuntcho-pelwa, Kunga-zangpo conféra les initiations de Tsépamé (Skt. Amitayus), Shémar (Skt. Raktayamântaka) et autres déités au supérieur de Nalenda Dapo-peunpo-pentchen-tashi-namdjal, au savant Guéwa-djaltsen, au Tchennga-kunga-dorjé, à Gonrou-shérap-zangpo, et au neveu de ce seigneur le maître Djaltsap-tampa-kunga-wangtchouk, incarnation du puissant Yogi.
Il prophétisa alors que Drentcho-keuntcho-phelwa deviendrait régent du monastère.
Le seigneur de la doctrine Lowo-khentchen déclare d'ailleurs dans sa louange : "Je m'incline devant Drentcho-keuntcho-phelwa qui veille sur le monastère de celui dont la venue a été prophétisée par le Victorieux; principal disciple annoncé comme étant le régent de l'enseignement de ce second Bouddha, vous protégez constamment le règne de sa doctrine."
Continuant la liste de ses disciples, nous trouvons :
- S.E. Pentchen-champa-tcheu-deuntroup fondateur du collège de Bodon-chagueu-son,
- Gougué-pendita-trapa-djaltsen,
- Dron-nam-tséwa du monastère de Jidé-tcheudé,
- Tchenrap-wangtchouk-namkha-wéser,
- Gougué-tcheu-pal-zangpo,
- Lhari-gougué-lha-tsunpa,
- Lama Paldenpa fils de Lowopa,
- Délé-djaltsenpa,
- Lama palden-djalpopa,
- Samtsé-tcheudjé,
- Rateun-yeunten-palzang,
- Kowo-rapjampa-sénam-sengué,
- Marteun-djaltsen-wéser,
- Zangtchen-tcholé-namdjal,
- Tcheuloung-khatchoupa-kuntchen-gadonpa-tcheudjal-palzang,
- Khétroup-palden-dorjé de Shakzang,
- Nyémo-roupa-kajipa,
- Le fondateur de Sang-dawa-tcheutra-serdo-tchen,
- Le supérieur de Sangpou Pendita-shérap-paldenpa,
- Shalou-tchenrap-djé,
- Jonang,
- Ngamring,
- Rinpoung,
- Djakar-tsé,
- Chamtchen-rapjampa-sandjai-pel,
- Le supérieur de ce monastère, Jamyangpa,
- Les maîtres des rites de grands centres monastiques tels que celui de Séra etc.
L'on trouve aussi le Guéshé de Nyaré Troupthop-wangtchouk qui décrivit à Kunga-zangpo le site du monastère de Ngor; plus tard, devenu son disciple, il médita longuement dans une cellule obscure de Nyaré.
Puis, après être allé à Lhoron, sa compréhension intuitive ayant continué à progresser, il obtint la réalisation.
Ce Guéshé devint le Lama des trois divisions de Ritso-tcheuding. Comme les moines ne s'étaient pas mis d'accord sur le monastère dans lequel il séjournerait, il accepta de résider dans les trois en même temps; après s'être envolé, il s'installa donc dans les trois monastères.
Quand il changea de paradis, il s'incarna sous trois formes différentes, et montra dans les trois monastères l'entrée dans le Nirvana. Il fut connu sous le nom du grand Siddha Mar-riwa-shou.
Dans la liste des disciples de ce seigneur, nous trouvons encore :
- Trapa-rintchen,
- Pal-ji-tsen,
- Gounaprabha, le neveu de ce seigneur et maître du saint régent,
- Samghamati,
- Le seigneur de la doctrine Kunga-rintchen,
- Kadroupa-dron-rinpotché-trapa,
- Denma-katchoupa-trapa-sénam-palden,
- Tchenpo-sandjai-lodreupa,
- Doteu-tsadopa-djonpo-sandjai-djaltsen-pa,
- Sépa-trouptchen-kunlopa,
- Khétroup-dawa-zangpo et son frère,
- Chansem-sénam-rintchenpa du monastère de Tinkyé-drakar à Drintsam,
- Le seigneur de la doctrine khétsunpa à tchoudu etc.
Parmi ceux qui obtinrent la réalisation dans cette vie, Lama Palden déclare :
"Alors que sawa-ronpa-shakya-djaltsen pratiquait dans les montagnes du Penyul en s'appuyant sur l'enseignement essentiel de Khatché, à un certain moment, de la musique résonna dans l'air tandis que des arc-en-ciel remplissaient le ciel. Les gens allèrent voir ce qui se passait, et constatèrent qu'il était parti pour Khatché sans rejeter son corps- (53)...
Cet événement fut visible par son bienfaiteur et bien d'autres personnes.
Tsamo-ronpa-sénam-zangpo, alors qu'il était sur le point de trépasser dans la montagne de Tsaron, s'en alla de même au paradis de Khatché.
Ces faits furent relatés par des amis dignes de foi qui se trouvaient à ses côtés.
Un gardien de bétail, vit véritablement et au complet, quand il reçut l'initiation de Dorjé-daméma (Skt. Vajranairâtma), toutes les déités dans son Mandala en poudre."
Voilà donc ce que rapporte Lama-paldenpa. En outre, le nombre d'êtres à avoir obtenu la "Limite-de-réalisation" en s'appuyant sur le Dakama de "La Voie avec son Fruit" et de Khatchéma est très élevé.
Innombrables furent ceux qui adoptèrent un comportement de Yogi tel que Tseundru-zangpo, aussi connu sous les noms de Thangton-djalpo, Loungton-nyeunpa, Siddha Tcha-sampar-trapa, et qui vécut quelques cent trente-huit ans.
En résumé, que ce soit dans le haut Ngari, dans le bas Do-kham où dans les provinces centrales de U et Tsang, les activités de ce seigneur se firent sentir.
Le nombre de ses disciples fut si énorme que personne ne pourrait le préciser, et il ne s'agit ici que d'un exposé bref et très grossier.
Quant aux disciples qui acquirent les qualités de ce seigneur, ne citons parmi ceux-ci que le seigneur Mutchen et Khentchen-sher-djampa.
Les plus ordinaires ont tous au moins éclairé l'enseignement des Soutras et Tantras; même les plus petits disciples qui étaient capables des trois actions de tenue, protection et développement de cycles doctrinaux tels que ceux de Demtchog (Skt. Samvara), Kyédor (Skt. Hévajra), Tukhor (Skt. Kâlachakra) etc. sont incalculables.
Le continuum-mental de ce précieux seigneur avait obtenu la puissance dans de nombreux domaines comme celui du Samadhi de pouvoir distinguer n'importe lequel des constituants moléculaires d'un vase ou d'un autre objet placé devant ses yeux.
Par la force de celui-ci, le nombre de ses prophéties concernant de grands centres monastiques, chefs ou même simples moines qui se sont révélées justes dépasse l'entendement.
En résumé, de très nombreux aspirants à la vertu de son époque s'appuyèrent sur ce grand être.
Répondant au désir de connaissance de chacun par le délice du nectar de la sainte doctrine, il devint "l'ornement-joyau" de la tiare de tous les nombreux savants.
Parmi les puissants bienfaiteurs utiles à l'enseignement à avoir obtenu les vœux de novice, l'esprit d'éveil suivant la tradition du Madhyamika, Gour-ridu, Demtchog (Skt. Samvara), des initiations telles que Kyédor (Skt. Hévajra), l'explication du Tantra-racine Tanyi, les loungs d'enseignements comme Tukhor-dréltchen-drilbou-rimnga, citons :
- Le roi de la doctrine de Gougué,
- Le roi de Ngari-zongkha,
- Lérin de la lignée mongole remontant à Sétchen,
- Le grand dirigeant de la province centrale Trapa-chon-né,
- Le souverain du Kham Kojo,
- Le grand gouverneur Rinpounpa,
- Le souverain de Shardjal-khartsé,
- Le chef de Tchoudu connu sous le nom de Drolnyeun etc.
Kunga-zangpo se demandait s'il devait être utile aux êtres et à la doctrine en se consacrant aux activités de l'enseignement, ou bien se livrer à la concentration de l'esprit sur un point.
Entré dans un profond état de méditation pour examiner cela, il obtint la prophétie suivante quant à l'importance de ses activités dans l'explication de la doctrine :
"Enpo-atsara, Enpo-namkha-losal, Matisitra, Gougué-Pentchen, innombrables seront les noms de ceux qui te porteront louange; en résumé, quelles que soient tes actions, en plaçant véritablement en avant l'esprit d'éveil, tu réaliseras toutes les doctrines énoncées par le Puissant !"
S'appliquant ainsi exclusivement à l'explication de la doctrine, nombreuses furent les invitations émanant du Djahor, du Dokham, du Mustang etc.
Comme il donnait les fondements de l'enseignement, il ne pensait pas se rendre en d'autres endroits.
Néanmoins, sous la vive insistance de certaines demandes, choisissant entre le bas Dokham et le haut Ngari, il se rendit dans ce dernier après en avoir eu une vision en méditation profonde.
Le grand être de Drakar Sénam-rintchen déclare à ce sujet :
"Considérant l'utilité de la méditation et l'acte d'enseigner, il comprit l'importance de cette dernière et fit largement prospérer l'enseignement sans souillure; puis, songeant au bénéfice des disciples résidant dans les provinces hautes et basses, il opta pour la première de ces deux régions et accepta leur invitation. Il fit ainsi spirituellement mûrir et se libérer les disciples, tout en concourant au développement et au rayonnement de l'enseignement."
Pour être plus précis, Kunga-zangpo visita à trois reprises le Mustang. Le premier de ses voyages débuta à partir de Sakya, et les deux suivants à partir d'Ewam.
Voyons maintenant comment la prophétie lui annonçant son voyage au Dokham lui fut révélée.
Comme nous l'avons vu plus haut, ce seigneur craignait que le cours de l'enseignement et de l'écoute ne s'interrompe; plus particulièrement, bien que le Lotsawa Ngawang soit allé dans le Ngari, Kunga-zangpo avançant comme raison l'inutilité d'un tel voyage, décida de ne pas se rendre dans la province du Haut.
La nuit où il songea à envoyer une réponse au Mustang, il eut en rêve la vision suivante : Après avoir entendu une voix lui dire "Va dans le Ngari", il vit se mouvoir juste devant Sithang, treize parasols blancs aux pointes en or flottant au vent, sans que quiconque n'en tienne les poignées(54)...
Il pensa alors s'y rendre. Kunga zangpo expliqua qu'il s'agissait là d'un signe annonçant l'apparition de treize grands Lamas dont le rang exigerait que leur tête soit protégée par des parasols.
Chapitre 3
L'édification par ses soins des supports du Corps, de la Parole et de l'Esprit des Bouddhas.



Voici maintenant l'histoire des père et fils Guéchon-amépal, grands bienfaiteurs de l'enseignement, seigneurs du Mustang, qui invitèrent Kunga-zangpo.
L'on parle de ce pratiquant de la vertu dans le Tantra-racine de Jampéyang (Skt. Manjousri) ainsi que dans une prophétie de Gourou-rinpotché (Skt. Padmasambhava).
Dronkhor du fort de Ngari, sa lignée remontait à Namrou-chon, et il ne faisait qu'un avec les Siddhas du passé tels que le vénérable Mila.
Comme ce Amépal était savant, le roi de la doctrine de Ngari-zonkar qui se nommait Boumté-gueun et dont la lignée sans souillure était celle des rois religieux du Tibet, le nomma chef de la forteresse de Tsangkhang-chapeu au Mustang.
Son pouvoir s'étendit alors jusque dans des régions comme Guertou-tsong, Deulpo-poulhan, Gougué etc.
Il invita tout d'abord Bodon-pentchen, mais il n'en résulta pas de bienfaits pour l'enseignement. Ayant entendu parler de la renommée de ce seigneur Dorjé-tchang, il invita Kunga-zangpo à maintes reprises avec une grande insistance.
Autrefois, suite à une dispute où il avait été déclaré que "Les trois Lignes" Sakyapas avec leurs instructions n'étaient qu'une vue de l'école Yogachara et que leur Mandala du corps n'était pas expliqué à partir des Tantras, les Guéshés Sakyapas y furent interdits de séjour.
L'on pourra consulter à ce sujet dans la biographie de Djékhen-tchenpa, l'échange de lettres et documents officiels exhortant à la pratique.
Sous donc la vive insistance de ses invitations, Kunga-zangpo se rendit par trois fois au Mustang.
Pour le premier de ces voyages, s'appuyant sur le signe expliqué plus haut, il pensa qu'un bienfait pourrait s'ensuivre pour la doctrine. Après avoir confié la régence du monastère de Shakzang au seigneur Mutchen qui y enseigna la doctrine, il se mit en route dans l'automne de l'année du Mouton (1427).
Ce seigneur, accompagné par ses disciples, fit un périple de six mois.
Il commença tout d'abord par compléter des écritures comme le Kandjour qui ne l'était pas, en faisant venir le Djuboum de Sakya et de nombreux autres textes de base de différents endroits.
Pour en savoir plus, l'on consultera l'index du Kandjour établi par ce seigneur.
Dans un temple consacré aux Mandalas, il plaça un jeu du Kandjour et fit dessiner des Mandalas tels que les douze Mandalas appartenant au Chondju sur les murs de côtés.
A Thétchen-dultra, il fonda un monastère, éleva un temple et donna de quoi assurer la subsistance de cent moines durant une longue période.
Il s'appliqua principalement à l'explication des corbeilles du Vinaya et des Bodhisattvas.
Il fonda le centre monastique de Drakar-thétchen-dardjai-ling et inaugura les fondations du temple.
Au moyen de la Voie ordinaire, il établit dans l'enseignement du Bouddha un grand nombre de disciples, notamment en donnant les vœux de novice et d'ordination complète à une multitude de moines.
Le bienfaiteur de la doctrine Amépal en personne entra en religion et prit le nom de Zangpo-djaltsen. Le fils qu'il eut avant de devenir moine, Tcheudjal-agueun-zangpo, eut lui-même deux fils qui furent Tsangpa-tashi-gueun et Lowo-khentchen.
Le second voyage de Kunga-zangpo se déroula dans l'année du Dragon(1436). Mutchen fut là aussi invité à Ngor où il dispensa l'enseignement de "La Voie avec son Fruit" avec d'autres instructions.
Kunga-zangpo se rendit donc dans le Mustang où il conféra le cycle initiatique du Trengwa avec des enseignements complémentaires, le Loung du Sakya-kaboum, l'explication du Chondju etc. et mit largement en mouvement la roue de la doctrine.
A nombre de grands bienfaiteurs, il leur faisait prendre l'ordination complète, et transmit même des enseignements non-ordinaires tels que celui du Lamdré à certains disciples fortunés.
Il donna ainsi une Sâdhana particulièrement éminente de Kyédor (Skt. Hévajra) à l'un d'entre eux, qui n'a pas été inclue dans le recueil de ses enseignements.
Donnant des directives pour achever le Kandjour cité plus haut, il fit imprimer les en-têtes en or pur.
Il contribua aussi à restaurer le collège de Namdjal et à promouvoir d'une façon générale les cérémonies d'offrandes du mois des miracles en vue d'une abondante pratique de la vertu.
Kunga-zangpo fit aussi venir de Sakar cent boisseaux de terre ainsi que des pierres.
Il conféra les initiations de près de cinquante-sept Mandalas expliqués depuis chacune des classes de Tantra, et donna à chaque communauté monastique, les Sâdhanas correspondantes avec leur index, de pures pratiques telles que les indispensables offrandes dans le feu, et fit une importante synthèse de toutes les pratiques de Mandalas...
Ceci confirme bien la renommée de la pureté originelle de ces pratiques qui, parmi les trois provinces du Ngari, des régions de U et Tsang, ainsi que du Kham, semblent actuellement avoir été les mieux conservées au Mustang uniquement.
Lors de ce second voyage, Jidépa-dronam-tsé, après s'être entretenu avec le roi de Gougué Tri-namkhai-wangpo, envoya le grand abbé de Gougué Tcheunyi-sengué en personne avec ses disciples pour inviter le maître.
Le seigneur de la doctrine Kunga-zangpo accompagné par quelques cent personnes fut invité à Poufran, ville dans laquelle il demeura trois mois durant l'année Djaltéou.
Il donna les initiations de Tu-ki-khorlo (Skt. Kalachakra), Khandro-djamtso, Gour-ridu etc. à Lama Trukou-ba de Gougué, Khenpo-rinsé de Piti, des Guéshé du Maryul, ainsi qu'à de nombreux moines de Poufran.
A Nyatséri, il instaura la pratique et les offrandes de Tu-ki-khorlo (Skt. Kalachakra), et à Jidé, celles du Khandro-djamtso.
Il mit aussi largement en mouvement la roue de la doctrine en enseignant le Tanyi, le Chondju, le grand commentaire de Tu-ki-khorlo (Skt. Kalachakra) ainsi que des instructions sur le grand esprit d'éveil telle que l'entraînement du mental à une multitude d'êtres.
Après que le roi de Gougué soit entré en religion, Kunga-zangpo inaugura un grand centre monastique et établit même à cette époque une chronologie particulière.
A Khatcha, auprès du Jowo, il offrit un nombre incalculable de lampes à beurre, et pria pour le développement de l'enseignement du Bouddha. Il fit ensuite de même à Chiétron.
Son troisième et dernier voyage eut lieu dans l'année du Lièvre (1447). Ce fut le grand bienfaiteur Agueun-zangpo qui l'invita à cette occasion.
Kunga-zangpo donna des directives pour que soient réunies au complet les collections du Kandjour et du Tendjour, et plus spécialement pour achever le Kandjour en or. Après y avoir fait enlevé le surplus et complété ce qui ne l'était pas, il composa un index.
Il consacra de très nombreux supports du corps, de la parole et de l'esprit du Bouddha tels que celui du grand Maitreya en or, ceux des Lamas de la lignée du lamdré, le palais de Kunri etc.
Au monastère de Thoupten-dardjai-ling, il donna des directives pour que mille religieux puissent s'y installer, et nomma Jamyang-shérap-djamtso maître des rites.
Kunga-zangpo donna les vœux de novice et de moines complètement ordonnés, ceux de l'esprit d'éveil et de nombreuses initiations comme Yoga-dorjé-tsémo, Khamsoum-namdjal, Tcheuyin- sonwang, Yeunten-kunchon etc.
Nombreuses furent ses explications sur les Tantras ainsi que sur les phases de création et de résorption...
Après avoir mit largement en mouvement la roue de la doctrine, à la fois des Soutras et Tantras, il établit d'innombrables disciples sur la voie du mûrissement et de la libération.
De grands bienfaiteurs tels que Dara-khatché lui firent d'inappréciables offrandes telles que cinq reliquaires principalement composés de cinq cent onces d'or pur.
Ayant été invité à trois reprises par les grands bienfaiteurs Amépal, père et fils, au Mustang, Kunga-zangpo se rendit donc dans le Ngari en songeant que cela pourrait grandement contribuer au bien des êtres et de l'enseignement.
Là, il y enseigna longuement de nombreuses doctrines profondes et vastes. Tout d'abord au Mustang où il n'y avait même pas quatre volumes du Vinaya au complet, il fonda des centres monastiques particulièrement éminents.
Aujourd'hui, le nombre des tenants du Vinaya s'élève à un millier, et celui des étudiants et méditants des Soutras et Tantras est comparable à celui des provinces de U et Tsang.
Il fit resplendir l'enseignement du Bouddha en général et celui des Sakyapas en particulier.
Kunga-zangpo donna des ordres pour que de magnifiques supports des Sougathas incrustés de pierres précieuses et d'or soient élevées en très grand nombre, et pour qu'une inimaginable quantité de textes sacrés telle que la collection du Kandjour soient imprimés à l'encre dorée. Une fois achevés, il accomplit les rituels de consécration.
C’est ainsi qu'avec de semblables actions dans les trois provinces du Ngari, cette époque fut en tout point comparable à celle où le Bouddha vivait en Inde.
A Thenkhep, il fonda deux centres monastiques, et plus particulièrement à Thenkhep-drakar où le Bodhisattva Atcho en était le supérieur, il établit des classes du Vinaya.
Kunga-zangpo accomplit en grand nombre les pratiques d'offrandes de chaque Mandala, ainsi que des bénédictions de Boumpa au moyen du Mantra de Jeunsha.
Il est à noter que le grand Bodhisattva de Drakar, Sénam-rintchen était sans aucun doute possible une émanation de Jampéyang (Skt. Manjousri) bleu; il fut d'ailleurs publiquement reconnu que, quel que soit l'endroit où il se trouverait, les Nagas et divinités du sol ne lui ferait aucun mal.
Comme celui-ci reçut une pressante demande l'invitant à séjourner longuement à Ngor, il dut se presser quelque peu et demanda pardon pour cette faute dans la louange qu'il composa. L'on comprendra ceci en examinant les mots de la louange...
Deux cent moines environ se regroupèrent au monastère de Drakar; plus tard, ce monastère ayant changé de nom et d'école, devint connu sous l'appellation de Tashi-tcheu-phel.
A Tchoudu, Kunga-zangpo construisit un grand centre monastique capable d'abriter cinq cent moines.
Il donna des directives pour qu'y soient installées les collections du Kandjour et du Tendjour, et pour que l'on y élève une grande statue dorée du Puissant ainsi qu'un temple. Il les consacra plus tard, et inaugura les pratiques ininterrompues du rituel de Drimé-boumther, dans le cadre de la purification des fautes de la défunte Drontchen Drolma.
Grâce à l'autorité des bienfaiteurs de la doctrine, il fit stopper l'utilisation des filets à poisson et des pièges, et arrêta les offrandes de viande et de sang.
Il exclut aussi totalement des monastères la viande et la bière, et ainsi de suite accomplit-il tellement le bien des êtres et de la doctrine que l'on ne saurait tout relater...
Après avoir chevauché dans le Ngari durant l'année du Lièvre (1447), Kunga-zangpo quitta cette région dans l'année du Dragon (1448), et alors âgé de soixante-huit ans(55), se mit en route vers l'Est.
Arrivé à Sakya, il distribua de pures offrandes aux moines.
Puis poursuivant son voyage, il atteignit l'ermitage d'Ewam-tcheuden le troisième jour du mois Choukpa.
Le quatorzième jour de ce même mois, en souvenir du grand seigneur de la doctrine Sakya-pandita, il fit d'innombrables offrandes de lampes à beurre, nourriture, cymbales, parasols, bannières de victoire etc.
A l'immense assemblée de moines, il offrit un grand thé collectif et des dons divers tel que du tissu blanc immaculé.
Il réjouit chacun des Lamas et aspirants à la vertu venus de l'extérieur en leur offrant connection doctrinale et dons d'argent et de biens matériels.
Aux pratiquants qui étaient plongés immobiles dans le Yoga des quatre périodes de l'établissement dans l'état naturel, il donna le Loung de "La Voie avec son Fruit", suivi de son colophon exactement tel qu'il se présentait dans son index; il paracheva cet enseignement en y ajoutant de nombreuses explications pour le rendre parfaitement intelligible.
Le dixième jour du mois Djal, Kunga-zangpo quitta Ewam pour se rendre à Sakya.
Dans le mois des miracles de l'année du Cheval (1450), il fit préparer du beurre chaud acheté grâce à trois cents pièces d'or qu'il avait ramenées du Ngari. Celles-ci furent fondues le huitième jour.
Dans les nouveaux et anciens temples juchés sur la colline, dans les parties inférieures et supérieures du Goroum, le bâtiment des protecteurs, dans les Ladrang de Shar, de Jito, à l'intérieur des mausolées des Lamas passés situés près du mur d'enceinte extérieur, dont les toits relevés à la chinoise ont la couleur de l'or et de la turquoise, dans le temple du Rintchen-gang, dans les Ladrang de Gueunkang, Khansar- tchenmo, Nyitho, Gon, Djatso etc. Kunga-zangpo alluma plus de quatre cents mèches le matin du huitième jour.
Alimentées durant douze jours, elles brûlèrent ainsi de façon continue. Chaque jour, des offrandes de nourritures sans souillure furent offertes par centaines aux divinités. Des offrandes d'eau etc. furent aussi disposées de la même manière propre à plonger autrui dans l'émerveillement.
Kunga-zangpo rencontra à cette époque l'assemblée de la Sangha permanente aussi nombreuse que l'océan, dirigée par le saint Lama Jitopa, les religieux venus pour l'occasion des provinces de Do, U et du Ngari, dont Lama Palden-djalpo et de nombreux autres...
Dans le courant de ce mois, à plus de cinq cent moines qui venaient de prendre auprès de ce saint les vœux de novice ou de moine pleinement ordonné, il offrit un thé un collectif, du tissu blanc et autres dons excellents.
Il fit aussi l'offrande des sept membres aux Trois Joyaux et à la lignée des Lamas, et récita avec une grande insistance de pures prières pour le développement de l'enseignement.
L'on raconte que ce seigneur de la doctrine, en compagnie de son entourage, visita successivement durant douze jours tous les temples du centre monastique, et y offrit ces prières du matin au soir sans discontinuité, en commençant par celle des sept membres, afin d'étendre la doctrine du Bouddha.
Kunga-zangpo répondait pleinement aux insistantes demandes des amis de la vertu qui se trouvaient dans le monastère, pour les encourager à la pratique de la triple activité de l'écoute, de la réflexion et de la méditation; il les comblait en leur accordant donnant tous les enseignements désirées.
Pour parachever cela, il plaça auprès de Mahakala Gour-ji-gueunpo, des Tormas, de la viande séchée cuite dans du beurre, de la mélasse, de la farine cuite dans du beurre, du sucre et toutes sortes de substances médicinales. Les ayant disposées par séries de cinq, il leur accordait en même temps ses vagues de dons, puis versait chacune de ces offrandes dans un grand récipient.
Il renouvela ainsi cent huit fois de suite la même opération.
Il donna ensuite sa bénédiction pour que se développe l'enseignement du bouddha en général, et aussi pour apaiser toutes les querelles et maux divers dans les grands royaumes provinciaux. Il acheva ceci par la demande des activités divines.
Voilà donc tout ce que j'ai moi-même entendu rapporter.
Puis, dans l'année du Cheval (1450), le vingt-quatrième jour du mois Thra, il se mit en route pour Ewam-Tcheuden.
Là, il transmit tous les jours aux amis de la vertu venus de toutes les directions ainsi qu'à ceux demeurant sur place en permanence, les saintes doctrines des trois véhicules telles que celle du Tantra Tapa-nyipa, à l'aide de trois périodes quotidiennes.
En bref, du sein des innombrables qualités de sa compréhension obtenue grâce à la non-interruption des deux profondes phases, le nombre des vœux de noviciat et d'ordination complète conférés par ses soins dans des monastères tels que Sakya et ceux compris entre la province Khatchar de Poufran-tcheu-khor au Ngari et la province Maldro de Drigoung dans le U, dépassait largement celui totalisé dans les provinces de Do, U et Ngari.
Leur ayant procuré l'esprit d'éveil du grand véhicule ainsi que les vœux de "Détenteur-de-connaissance", il les établit dans la pratique.
C'est à cette époque que la multitude des supports du corps, de la parole et de l'esprit des Bouddhas élevés par ceux qui avaient la foi et par ce seigneur en personne, furent entièrement consacrés par ses soins.
Kunga-zangpo ne songeait qu'à la stabilité de l'enseignement, à la progression de l'excellente vertu des donateurs ainsi qu'à l'expansion du bonheur et de la prospérité dans le pays tout entier.
Dans l'année de l'Oiseau (1453), le Gonma Trapa-jon-né invita ce seigneur dans le Yarloung. Il y tourna largement la roue de la doctrine pour le bénéfice d'une quantité incalculable d'amis de la vertu de la région de U.
Kunga-zangpo demeura sept mois à Nédong. Il conféra à d'excellents êtres tels que le Gonma en personne, aux supérieurs des centres monastiques de Thel-ji-tcheu-gowa, Tséthang, Sangpou-trana, à de nombreux amis de la vertu tels que Dapo-tcheujé-tashi-namdjal et d'autres, l'esprit d'éveil, une multitude d'initiations reliées aux quatre classes de Tantras, une énorme série de doctrines comme les explications du Tanyi et du Gour-drapa, le Loung du Sakya-kamboum etc.
Il fit élever les statues de Déshé-phamo-troupa, Tu-ji-khorlo (Skt. Kalachakra), les grandes statues dorées de Tcheuyin-sonwang et celles des principales déités du Dorjé-trengwa etc.
Il consacra par trois fois la totalité des écritures du Trengwa, du Kandjour et du Tendjour.
A cette époque, pour rendre hommage au grand Gonma et pour honorer Dapo-tashi-namdjal, Tcheujé-guéwa-djaltsen et d'autres, il accomplit à Nédong-tsé le rituel des Tormas à Jikché (Skt. Vajrabhairava) connu sous le nom de Jikché-drouchoupa.
Gougué-pandita y étant le maître des rites, répertoria la liste des pratiques et de ce qu'il y vit comme transmissions.
Montant ensuite à Gonkhar-rinpoung, Kunga-zangpo resta encore quatre mois dans cet endroit, y accomplissant immensément le bien des êtres au moyen de la sainte doctrine.
Qui oserait narrer les activités vastes comme l'espace de cet excellent guide choyé par les savants, Dorjé-tchang rassemblant les trois secrets des Victorieux? Ces activités furent accomplies grâce à ses innombrables émanations domptant les êtres.
Ceci est néanmoins l'excellent don d'un récit qui fait naître la joie chez celui qui l'examine, visible aux yeux de tous dans ce continent, suprême vertu des actions d'hier et d'aujourd'hui; récit du nectar de la naissance et des trois pratiques de celui qui a atteint le sommet de l'activité expérimentatrice dans tous les domaines de connaissance; récit du Mandala des excellentes activités de ses trois vœux et de la lumière du soleil de ses explications faisant progresser à son plus haut niveau la joie des êtres de la doctrine...
Ainsi illumina t-il l'enseignement du bouddha au moyen de l'explication, et contrecarra t-il les vues fausses d'autrui par le biais des disputations philosophiques.
Il composa le commentaire du Djusoum-néjom, grand Sastra extirpant les vues fausses d'autrui, en utilisant les citations des écritures et la déduction logique.
Kunga-zangpo répondit ainsi aux accusations de ceux qui affirmaient que, Palden-tcheuchon(56) étant un Pandita de l'école Yogachara, la pensée de l'enseignement essentiel des "Trois Lignes" de Viroupa était expliquée selon cette même école.
Il extirpa au moyen des citations des écritures, du raisonnement logique et des enseignements essentiels, l'effrayante vue erronée rédigée sous la forme d'une confession attaquant le Lamtu, qui prétextait que le Mandala du corps de Kyé-dorjé (Skt. Hévajra) était une réflexion non-expliquée à partir des écritures tantriques; il composa alors les deux grands Sastras réalisant la pensée absolue des Tantras, intitulés le Djujon-ki-gonpa-lana-mèpa-troupar-chépai-tentcheu-tchenpeu-luchil-tsépon-mawa-ngenjom, et le Tawa-ngensel.
En outre, il est aussi l'auteur du Léshé-né-ji-daser et du Trinyi-wangpo-dorjé, grands traités extirpant toutes les vues fausses et la non-compréhension de la signification des trois Demtchog (Skt. Samvara), Kyé-dorjé (Skt. Hévajra) et Sandu (Skt. Gouhyasamâja) appartenant à la tradition des Lamas passés, ainsi que d'autres Sastras réfutant les vues fausses par le jeu des question-réponses.
O combien merveilleuses furent les excellentes actions de Palden-kunga qui développa les trois périodes de l'enseignement du Bouddha, grâce à sa divine puissance dans les écritures et la déduction logique, après que son Vajra ait réduit en poudre les vues fausses des hommes !
Il composa aussi de nombreux écrits portant sur des louanges aux Lamas, Yidams et Protecteurs; il écrivit notamment dans la langue religieuse des vers propres aux Tantras Kriyas, après y avoir stoppé les pratiques erronées consistant à s'identifier à la déité(57) tout en pénétrant clairement la pensée de nombreux commentaires, la nomenclature des Kriya-tantras intitulée Lépar-shépai-djamtso; cette dernière visait à faire progresser l'enseignement de cette même classe de Tantras.
Mettant de même en évidence l'enseignement des Charya-tantras après y avoir stoppé les pratiques erronées telle que la descente de la Sagesse transcendantale(58), il composa la nomenclature des Charya-tantras intitulée Lépar-shépai-dreunmé.
Nombreux furent ses autres traités sur les Yoga-tantras, sur le Tantra-mère de Shinjé (Skt. Yamâ), sur Sanwa-dupa (Skt. Gouhya-samâja), Sampouta, Demtchog (Skt. Samvara) avec le Khandro-djamtso, Kyé-dorjé (Skt. Hévajra) avec le Kyé-dorjé-droupthap-thada-ki-gonpa-salwar-teunpa-kyérim-né-ki-daser-yenla-tan-chépa;.
il fut aussi l'auteur d'un écrit clarifiant les pratiques de la phase de création, voie de la libération, avec tous ses membres, et de tout un recueil de Sâdhanas intitulé le Son-nga-rinpotché-chéthap-sanwai-goché.
Il composa des traités sur la phase de résorption de Demtchog blanc (Skt. Sita-samvara), les cinq étapes de Sandu (Skt. Gouhyasamâja), et Jikché (Skt. Vajrabhairava) selon l'enseignement de Ra; bien que ce dernier soit l'œuvre de Shakya-djaltsen, comme il s'agit aussi d'un enseignement de ce seigneur, il se trouve inclus dans le recueil de ses enseignements.
Citons encore son travail sur la phase de résorption avec le Treumè-zedjen, toutes sortes d'enseignements destinés à clarifier la pratique, des écrits sur les dédicaces, des prières et souhaits de bonne fortune dont le nombre est tellement important qu'ils n'ont pu être cité dans cette biographie.
L'on en trouvera l'index dans les quatre volumes intitulés Loungdjen-yeupa-peujima; il faut cependant savoir que ceux n'ayant pas été répertoriés sont incalculables...
Ouvrages de la guirlande des savants discours sans souillure composés par celui qui est capable d'accomplir les actions de tous les Bouddhas, et générant la joie chez celui qui les lit, tes paroles dignes représentatives de ta personne sont d'excellentes explications !
C'est ainsi qu'en toutes circonstances, Kunga-zangpo œuvra sans discontinuer pour l'enseignement du Bouddha en général, et celui des Sakyapas en particulier.
Ne citons pour mémoire que le signe de l'apparition des cinq vénérables Gonma lors de la construction de la grande salle de réunion, comme cela a déjà été décrit plus haut.
Le courant d'activité de ses explications doctrinales envers ses disciples et bienfaiteurs a déjà été indiqué précédemment.
En toutes circonstances, les divers dons matériels parvenus entre ses mains, quels qu'ils soient, furent utilisés afin de combler l'esprit des Lamas passés et ce, avec l'unique objectif de rendre stable l'enseignement du Bouddha.
Aussi, pour rendre hommage au seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen, Kunga-zangpo fit élever dans la pièce inférieure dénommée Tsokhang de la salle de réunion, une grande et magnifique statue dorée du maître Shakyamouni avec un Gendhola.
Afin d'honorer le grand réalisé Bouddhapa, il y fit placer onze grandes peintures parachevant la lignée des Lamas de La "Voie avec son Fruit".
En outre, dans la pièce supérieure nommée Tsangkhang et actuellement connue sous l'appellation "Temple de la Voie avec son Fruit", il fit dresser une statue dorée particulièrement éminente de Dorjé-tchang (Skt. Vajradhara) avec de très belles statues d'argile des Lamas de la lignée, depuis Daméma (Skt. Nairâtma) jusqu'au grand réalisé Bouddhapa.
De même est-il à l'origine des représentations des Lamas de la lignée depuis Dorjé-tchang (Skt. Vajradhara) jusqu'à Daméma (Skt. Nairâtma) composées de petites statues d'argile placées dans le Lamzang-khang.
Il fit peindre les fresques ornant les murs de côté du Tsangkhang où sont représentées entre autres les lignées des Lamas de Kyé-dorjé (Skt. Hévajra), Khorlo-demtchog (Skt. Chakra- samvara), Sanwa-dupa (Skt. Gouhyasamâja) et de très nombreux Bouddhas et Bodhisattvas.
Afin de rendre hommage au seigneur de la doctrine Phapa-jéneu-lodreu, il fit exécuter sous la direction d'habiles sculpteurs népalais, les Mandalas du Dorjé-trengwa dans leur totalité, et les trois Thankas amenant la vertu expliqués à partir du Triyasamoutsa; ceux-ci avec les onze Thankas déjà cités plus haut destinés à combler le grand réalisé Bouddhapa, ainsi que la suite des Lamas suivants, sont à tour de rôle étalés au moment de l'initiation de la Voie, conjointement avec les Thankas peints sur fond doré qui ont été élevés par Djé-keuntcho-palden.
Le restant des Thankas peints sur fond doré furent exécutés sur l'initiative de Champa-kunga-tashi.
Leur emplacement, qui était autrefois connu sous le nom de "Petite chambre à deux piliers", est actuellement désignée sous celui de "Temple de la voie profonde".
Il est à noter que si l'on transportait ces supports dans un autre endroit, les Protecteurs de la doctrine semblables au Vajra exerceraient leur activité destructrice à l'encontre de ces supports.
Kunga-zangpo fit élever en outre une incroyable quantité de Mandalas d'enseignements annexes ainsi que de merveilleuses peintures sur toile décrivant les paradis.
Il est aussi à l'origine du Tsangkhang, lui-même situé dans le bâtiment comprenant la salle de réunion pour la communauté et le temple, chef d'œuvre d'architecture construit d'après ses directives; ce Tsangkhang renfermait entre autres, de très belles figurines représentant les Bouddhas des dix directions décrits dans la Youm, et sur les murs de côté, des fresques des Bouddhas des dix directions entourés par une multitude de Bouddhas et Bodhisattvas décrits dans le Serweu.
Il fit aussi peindre sur les murs de la salle de réunion, les représentations des vingt-huit paradis avec au milieu deux aspects du maître : Le premier le montrant en train de vaincre les démons, et le second en train d'enseigner la doctrine; ils sont tous deux flanqués à droite et à gauche du Tathâgata décrit dans les "Huit cent vers de Menla", de Menpai-djalpo dans le premier paradis de l'Ouest, du Bhagavan Mitroupa (Skt. Akshobya) dans le premier paradis de l'Est, et des Bouddhas des dix directions décrits dans le Tchotchou-munsel dans les dix derniers paradis.
De très nombreux Bouddhas apparaissent entre ces derniers tels que "Les mille Bouddhas" décrits dans le Kalzang.
A droite et à gauche des douze paradis de l'Est et de l'Ouest, sont représentés la succession des vingt-quatre hiérarches de Boddhgaya, et, parmi les fresques des Bouddhas des dix directions, les vingt Auditeurs décrits dans le Do-gonpa-ngédrel.
Il fit peindre à droite et à gauche des huit paradis se trouvant sur l'intérieur de la porte principale, les huit fils proches de l'état de Bodhisattva, et sur les fresques des murs, les seize Bodhisattvas cités dans le Pankon-tcha-djapa, avec entre eux et au-dessous, les seize Bouddha-pour-soi décrits dans le Jampai-tsadju, les cents auditeurs nommés dans le Dulwai-loung, et une multitude d'autres personnages tels que le maître des Néchin etc...
Il contenta à cette époque les différents artistes tels que les sculpteurs en leur offrant salaire, festivités, vêtements, nourriture royale etc.
La petite pièce nommée Zimtchoun et connue de nos jours sous le nom de "Temple de la Voie profonde", est donc l'endroit où se trouvent les petites figurines de la lignée de "La Voie avec son Fruit".
Kunga-zangpo fit placer en face de celles-ci une incessante guirlande de lampes à beurre, et pour les plus grandes, des parasols, des bannières de victoire, des Paden, des soieries, des brocards incrustés de perles suspendus au plafond, des dais composés de tissus de très haute qualité, de magnifiques vêtements, une énorme quantité d'objets d'offrandes en or et en argent tels que de précieux Mandalas en argent etc...
En résumé, cette multitude d'offrandes d'une incroyable splendeur, tous ces objets de richesse, les cérémonies d'offrandes servant à commémorer les anniversaires des Lamas passés, l'immense guirlande de lampes à beurre disposées à Lhassa, Chagueu-chon, Bodon, Sar-chanpou, Kyétron, Khatchar, et plus particulièrement les lampes à beurre offertes au centre monastique de la glorieuse Sakya au moyen de cinq reliquaires en or et de trois cents onces d'or, lampes qui brûlèrent sans interruption du huitième au vingt-cinquième jour des grands miracles de l'année du Cheval (1450), il les accomplissait en priant longuement pour que l'enseignement du Bouddha dure longtemps et se répande dans toutes les directions comme nous l'avons vu plus haut.
Il est à noter que Kunga-zangpo se servait de ces richesses pour les offrir à la Sangha en témoignage de sa vénération ou en faisait don aux nécessiteux, mais en dehors de ces actions riches de signification, il ne les utilisa jamais à des fins mondaines.
Avec l'aide des Protecteurs, dont la puissance faisait disparaître les empêchements et facilitait l'accomplissement du courant de si nombreuses et admirables actions, il réalisait tout cela d'une manière spontanée.
Ainsi, contrecarra t-il dans le passé à Shakzang-koumboum un obstacle provenant d'une malédiction grâce à un cercle de protection de Gour.
Quand il se rendit à l'ermitage d'Ewam-tcheuden, il songea à élever un jeu complet des Mandalas du Dorjé-trengwa; aussitôt, six artistes népalais dont les frères Wangouli se présentèrent à lui sans qu'il eut jamais entendu parler de leur venue, afin d'exécuter les Mandalas en question, ainsi que ceux d'autres Yidams.
A ce moment, l'un des sculpteurs qui se nommait Akheraza déclara :
"Sans avoir besoin d'en débattre, nous tombâmes tous d'accord pour nous rendre auprès du fils du Lama Phapa."
Il continua :
"Quand nous arrivâmes au Tibet, l'on nous dit qu'en allant travailler à Lateu-shelkar, Tchoudu et Sakya, nous y toucherions un bon salaire; mais nous ne voulûmes pas rester dans ces endroits. Un aubergiste du Minya affirma aussi que si nous désirions aller à En-tsakhar, nous y obtiendrions un salaire en or, et nous proposa de nous y emmener. Mais, là encore, nous refusâmes. Notre venue auprès du Lama a certainement été provoquée par sa méditation qui a touché notre cœur."
Ce furent donc les Protecteurs de la doctrine qui les amenèrent jusqu'à Kunga-zangpo, sans que leur volonté y soit pour quelque chose.
De la même façon, voilà ce qui se passa quand ce seigneur songea à faire élever une grande statue dorée du maître Shakyamouni. Un sculpteur se vit en rêve dans un temple qu'il tint pour être celui de Tradrou; un être ayant l'apparence d'un Saddhou, portant des boucles d'oreille taillées dans de petites conques, apparut devant lui et lui dit :
" J'ai besoin d'un sculpteur! "
" Je ne peux pas partir maintenant et je ne connais pas le chemin; aussi, n'irai-je pas. " répondit le sculpteur.
" Suis-moi et je te montrerai le chemin " commanda l'Atsara.
Le sculpteur rêva qu'il se mettait en route derrière lui...
Pensant que cela était un mauvais rêve, le sculpteur faisait déjà des préparatifs pour faire accomplir un rituel, quand le même jour, un dignitaire du Ngari arriva avec deux compagnons ayant l'apparence de Saddhou pour le mander.
Il comprit alors que ce rêve était le signe de la construction future de la grande statue, raconta t-il.
L'on reconnut là les émanations des Protecteurs de la doctrine Sakyapa. Plus particulièrement, lorsque que Kunga-zangpo consacra la statue du Tout-puissant, le seigneur de la doctrine Shérap-djamtso, Khentchen-tenpai-khenpo et d'autres qui étaient présents, rapportèrent que les trois tiges d'orge lancées par le maître restèrent collées sur la partie supérieure de la statue.
A partir de ce moment, il y eut en ce lieu toutes sortes de signes vertueux tel que la disparition des coups de foudre; il était connu qu'à Ewam, le foudroiement de même que les tremblements de terre y étaient absents. L'on avait coutume de dire que si l'un de ces phénomènes se produisait, il serait le signe du retournement et de l'échec des mauvais sorts jetés par autrui.
En outre, les Légueun, émanations des Protecteurs de la doctrine, montrèrent parfois à Kunga-zangpo une certaine indignation en lui adressant ces paroles de reproche :
"Bien que nous ayons accompli ces actions, tu ne nous en a pas remerciés !"
et aussi :
"Bien que tu ne nous aies pas accordé ta confiance, ces actions ont été accomplies par nos soins !"
Kunga-zangpo avait fait élever les statues de la lignée du Lamdré qui furent ensuite vernies. La nuit où elles furent placées au milieu d'une plaine, un personnage ayant l'apparence d'un ascète indien portant des boucles d'oreille taillées dans des conques surgit devant lui et lui dit :
"Lève-toi rapidement, sculpteur, et mets les statues dans le temple du Kadrouma !"
Peu de temps après, une violente averse se mit à tomber(59).
Plus spécialement, le gardien de l'enseignement chargé de veiller sur le monastère d'Ewam-tcheuden se trouvait être Shaljipa; à cause de cela, si chacun de ceux qui montaient sur le trône de ce seigneur n'obtenait la permission du Protecteur, cet acte pouvait l'offenser et déclencher sa colère sur ceux qui l'avaient placé dessus...
Kunga-zangpo dit un jour à Jamyang-shèrdjampa :
"Ce monastère, nous, maître et disciples avons voulu à tout prix le construire dans une anfractuosité de la montagne, que l'on y trouve ou non de quoi se nourrir; vous devrez aussi un jour y prendre ma place."
Il lui donna ainsi sa permission. Au même moment, Gougué-pandita le questionna sur son propre avenir, mais le maître lui répondit par la négative et ne lui accorda point son autorisation.
Comme il manifestait un certain mécontentement, Kunga-zangpo lui dit que cela ne réjouirait pas l'Atsara et le seigneur-pandita l'entendit même réciter quelques Mantras.
Ce ne sont là que des exemples parmi tant d'autres, car nombreux furent les signes de ce genre.
Alors qu'il était en train de composer les louanges à Gour, Tchamdral et Shal, Poutra lui dit une nuit :
"Tu devrais aussi me louer !"
En composant sa louange, Kunga-zangpo fut alors protégé des obstacles.
Une autre fois, Poutra lui dit encore :
"Ngatchang-kunga-dawa n'est plus là; tu devrais aussi m'offrir des Tormas !"
En résumé, grâce aux différentes émanations des Protecteurs tels que ceux cités plus haut, Kunga-zangpo accomplissait spontanément ses œuvres sans le moindre effort.
"Lui, le meilleur parmi les puissants, exécuta ses activités sans effort grâce à l'affection que lui témoignaient les Protecteurs; admirables furent les œuvres de Palden-zangpo qui les réalisa sans même recourir aux activités propitiatoires !"
Ces lignes ne sont qu'un résumé, une goutte d'eau extraite du grand océan de la vie du seigneur de la doctrine.
C'est sous la vive insistance de nombreux amis de la vertu qui lui vouaient une foi sans borne, que moi-même, Keuntcho-djaltsen, le plus jeune et dernier de ses disciples et sujets, les couchais par écrit alors que ce seigneur était âgé de soixante-quatorze ans.
Puisse cet ouvrage composé le treizième jour de la lune montante du mois Thakar dans l'année femelle du Cochon de bois (1455) au lointain ermitage de Yan-en-sanden-phou, amener les vagues de dons du Lama dans le continuum-mental des êtres vivants.


LE NIRVANA


Ici se termine la narration biographique écrite par le vénérable Mupa antérieure à l'année du Cochon de bois. Son auteur précise qu'elle n'a pu être menée à bien que grâce au concours de Gougué-pentchen qui a servi Ngortchen durant dix-sept ans, et que de nombreux faits antérieurs ou postérieurs ont été rapportés par Lama Paldenpa qui a passé quinze années à ses côtés, Djaltsap-tcheujé-kunwangpa et beaucoup d'autres.
Comme les deux biographies du seigneur Mupa et de Pentchen semblaient assez précises, leurs sources ont pu être examinées avec soin.
Ainsi, depuis l'âge de neuf ans où il a commencé à enseigner et plus particulièrement entre sa dix-huitième année et sa soixante-quinzième année, Kunga-zangpo s'est-il inlassablement jour et nuit consacré aux activités parfaitement blanches de l'enseignement et de la pratique.
Dès son entrée en religion à l'âge de neuf ans, il mena de son propre chef une vie de sainteté en prenant un unique repas quotidien sans viande; à cause de cela, son corps était très faible.
Tout particulièrement, quand il fut âgé de vingt-cinq ans, le seigneur de la doctrine Yéshé-djaltsen tomba malade, puis s'en alla dans la béatitude.
Ce fut Kunga-zangpo qui lui servit tout d'abord de garde-malade lors de sa maladie. A partir de ce moment jusqu'à son trépas où il entreprit de combler son Lama par sa pratique et d'autres moyens, il rapporte qu'il lui prépara son unique repas quotidien. Mais comme il ne l'apportait pas à heure fixe et que les mets préparés n'étaient pas très savoureux, son Lama avait des difficultés pour avaler.
Bien qu'ensuite Yéshé-djaltsen s'alimentât un peu, en dehors de la Tsampa et de quelques radis, il ne voulait prendre aucune nourriture reconstituante.
Partageant ce même régime alimentaire, Kunga-zangpo était physiquement très faible depuis le début. Ne songeant aucunement à nourrir son corps, il se donnait entièrement à l'enseignement et aux moines recherchant ardemment sa signification.
Quand il donnait un enseignement, une initiation ou les vœux de novice ou de moine, il le faisait de manière complète, sans jamais mélanger les traditions entre elles.
Durant les grands froids de l'hiver, alors que tous ceux présents lors des initiations étaient gelés en dépit des nombreux vêtements qu'ils portaient sur eux, ce seigneur rapporte que lui-même officiait et distribuait les matériaux initiatiques revêtu d'un simple Zen posé sur son seul habit monastique sans manche, ce qui était une grande souffrance pour son corps.
Quand l'initiation était terminée, les disciples rentraient chez eux sans même lui offrir du thé, tandis qu'il retournait dans sa chambre : Cela se déroula ainsi durant une longue période...
Plus tard, quand il atteignit un âge avancé, il dut donner à une assemblée de plusieurs centaines de moines l'initiation du Djoutu, ce qui lui prit un mois plein; bien que cela fut un gros travail pour son enveloppe charnelle, sa façon de faire restait parfaite, sans rechercher la facilité.
Comme il était physiquement incapable d'attacher debout les cordons d'initiation au bras des disciples durant la cérémonie préparatoire, il devait le faire assis, et il procéda ainsi de nombreuses années durant(60).
Bien que son corps n'eût pas la moindre force, il enseignait la doctrine, conférait des initiations jusqu'à l'épuisement.
Alors qu'il était engagé dans de telles insupportables actions et que son corps ne lui répondait plus, il voulut instaurer la session d'hiver à partir du quinzième jour du mois Malpo de l'année femelle du Cochon de bois (1455).
Il déclara à cette occasion qu'il enseignerait un peu, puis accomplirait une retraite le printemps suivant.
Le Dapo-tchenpo et les personnes âgées insistèrent pour qu'il passât l'hiver en retraite et enseignât à partir du printemps si sa santé s'était améliorée.
Finalement, il entra en retraite du quinzième jour du mois Malpo de l'année du Porc de bois jusqu'au vingt-cinquième jour du mois Saga de l'année mâle de la Souris de feu (1456).
Comme il était très faible, hormis les sessions d'enseignements de "la Voie avec son Fruit" qui se tenaient dans le temple, il compléta les enseignements annexes ainsi que les loungs, les vagues de dons, la purification des obstacles etc. chez lui.
Tandis qu'il vérifiait si les objets d'offrandes tels que les dais, les séries de sept bols, les mèches, les Mandalas en argent d'une coudée, en bref si tous les trois supports du temple du Lamdré et des autres temples étaient à leur place, il ne montrait aucun signe de maladie.
Néanmoins, son indisposition passée semblait avoir provoqué un dérangement de son flegme, dérangement qui se manifesta sous la forme d'un œdème. Quelques soient les cérémonies pratiquées ou les médecines administrées, elles restaient sans effet.
Bien que de la bouche même de ce maître, son déplacement dans le Yarloung ait engendré un petit obstacle pour sa longueur de vie, une telle cause de maladie alors que son corps était faible ne pouvait cependant lui être fatale. Il était seulement très las.
Après avoir fait sa retraite, il avait coutume de dire :
"Mis à part cet état de faiblesse générale, je ne ressens aucune douleur."
Comme il était possible que, selon les variations de sa santé, d'autres personnes puissent s'en prendre aux successeurs et disciples se trouvant auprès de lui, ceux-ci envoyèrent un message au Drontchen(61) dans le Mustang qui répondit par ces mots :
"Je fais venir un médecin du Haut-ngari car j'en ai compris la raison."
557>Le médecin arriva dans le courant du mois. Après avoir procédé un examen des pouls, il déclara que Kunga-zangpo n'avait aucune maladie sérieuse, ce à quoi ce seigneur répondit :
"Tu ne me seras d'aucune utilité; Amé-pal-zangpo, craignant qu'une maladie se déclare, a voulu à tout prix faire appel à un médecin savant; c'est pour répondre à son souhait que tu as été mandé."
Comme il n'y avait aucune maladie définie avec un traitement médical correspondant, il n'y eut plus d'autre examen.
Le vingt-quatre du mois Napa, ce seigneur déclara :
"Comme il m’est devenu difficile d'enseigner, il faut, dans un endroit propre, trouver des briques et élever un Stoupa."
Disposant constamment des offrandes de Tormas dans le mois Napa, il les accomplissait trois fois par jour.
Il ajouta à la même période :
"Invitez immédiatement le maître Kondjal(62); pour ce faire, que le messager fasse l'aller-retour dans le mois."
Un messager porteur de l'invitation fut aussitôt envoyée à Mu, où il demeurait.
Dans l'intervalle, il prodigua ses conseils à chacun de ses meilleurs disciples tels que Datchen-Tchoumipa-rinpotché, leur remit des cadeaux et compléta les enseignement commencés.
Il fit des présents aux Ladrang de Jithopa, Sharpa, du Mustang et autres. Il expliqua à ses proches à l'aide d'histoires et d'anecdotes la façon de traiter ses reliques d'os après sa mort, comment pour lui rendre hommage, placer des statues de sa personne dans les Stoupas des Sougathas à l'extérieur et à l'intérieur des temples, fabriquer des Tsatsa avec ses reliques d'os et de cendres sans en disperser ne serait-ce qu'une infime quantité.
Il ajouta encore :
"Même lors de périodes difficiles, si certains font commerce de ces reliques, vous ne devrez en aucun cas suivre cet exemple, ne serait-ce que pour une infime parcelle. Au sujet des moines et donateurs, l'argent et autres biens précédemment obtenus peuvent être utilisés, mais ne demandez pas l'aumône et n'acceptez aucun présent. Offrez des lampes à beurre dans les lieux que vous jugerez nécessaires, en utilisant l'argent déjà contenu dans les cinq troncs et autres disposés à cet effet. Après le trépas d'un moine, le fait de se lamenter étant en totale contradiction avec la doctrine, n'agissez pas ainsi!"
Ainsi leur donnait-il maints conseils très détaillés...
A la même époque, toutes sortes d'arc-en-ciel apparurent en très grand nombre; plus particulièrement les quatorzième et quinzième jours du mois Saga, ces arc-en-ciel prirent des formes et des couleurs incroyablement variées; il tomba même une pluie de fleurs.
Les montagnes elles-mêmes émettaient des cris de lamentation et de grands rayons de lumière éclairaient la partie haute de la vallée; des notes de musique résonnaient dans l'espace, et tout le monastère était rempli d'odeurs agréables...
A ces signes merveilleux, la plupart des gens déclarèrent :
"Vu le nombre de signes qui sont apparus aujourd'hui, le seigneur Ngorpa a du passé dans la béatitude le quatorzième ou le quinzième jour."
Ainsi la rumeur commençait à se répandre.
A ce moment là, Kunga-zangpo répétait souvent :
"Le seigneur de la doctrine Sharpa est parti le dix dans la béatitude; le maître Kondjal quant à lui se fait attendre."
Intérieurement, il semblait avoir de pures visions qui se manifestaient dans ses rêves ou d'autres façons.
Une nuit, il rêva qu'une statue du vénérable et précieux Trapa-djaltsen après être tombée, se trouvait la tête en bas. Songeant qu'il s'agissait du seigneur en personne, de nombreuses personnes déclarèrent :
"C'est le moment de la remettre à l'endroit, aussi fais-le !"
En la remettant debout, il nota que sa couleur dorée était très belle, tout comme celle d'une statue de Jamdor; sa forme à trois visages et à trois bras irradiaient des rayons de lumière; ses attributs n'étaient pas distincts, mais il lui manquait un morceau de la taille d'un pouce environ sur le socle de Lotus de derrière.
"Bien que le fait d'avoir remis la statue debout m'ait quelque peu ravi, je me demandais ce que la partie manquante pouvait bien signifier", remarqua Kunga-zangpo.
Une autre nuit, alors que Tchenpo-kunsépa et Lama Paldenpa étaient à ses côtés, il se mit à parler en sanskrit tout en remuant la tête.
Tchenpo-kunsépa lui demanda :
"Vous venez de danser et de prononcer de nombreux Mantras; quelle en est la raison ?"
"Que voulez-vous dire ?" interrogea Kunga-zangpo à son tour.
"Vous avez prononcé les mots Betzar-dakini etc., mots semblant appartenir à la langue Sanskrite, tout en dodelinant de la tête" répondit-il.
"C'était un rêve" expliqua Kunga-zangpo.
"A l'endroit où Satchen, le Lama du Nord, est parti dans la béatitude, de l'autre côté des montagnes du Nord Kyawo-khadang, j'ai rêvé que le grand vénérable arrivait suivi par quelques femmes à la couleur violette. Je les suivais alors par-delà les montagnes..."
Quant au balancement de la tête de Kunga-zangpo, il est dit dans le traité de Demtchog (Skt. Samvara):
"Grâce à la semence vitale de l'esprit d'éveil relatif qui remplit de la chaleur du feu de Toumo le canal situé sous le centre du nombril, l'on voit les corps de félicité remplir l'espace; l'on peut entendre la doctrine et se rendre dans les innombrables paradis; comme signe intérieur, le corps apparaît comme un Mandala de lumière, et l'on a envie de danser. Les vingt et un mille six cent souffles des composés sont stoppés.
A ce moment précis, la semence du père et le sang de la mère se trouvent libérés; le sang de la mère pénètre dans le Mandala du soleil situé sous les jambes, tandis que la semence du père se dirige dans le Mandala de la lune.
Le corps du mûrissement est alors abandonné sous l'effet de la semence du père et du sang de la mère, et devient corps de Sagesse transcendantale."
Il est expliqué dans les grands traités que la lune descend et le sang monte. Ceci a été établi d'après la tradition du Rimji-lo-tchoung.
Un matin à l'aube, alors qu'il ne faisait pas très clair, Kunga-wangtchouk, le gardien du temple de "La Voie avec son Fruit", arrivé auprès de Kunga-zangpo l'aperçut en train de danser, les pupilles écarquillées regardant vers le ciel.
Après quelques instants, Kunga-zangpo demanda :
"Est-ce Kunga-wangtchouk ?
-Oui" lui répondit-il.
Le maître continua :
"Ces divinités en train de danser, est-ce que ce ne sont pas les seize Rima ?
-Probablement" répondit Kunga-wangtchouk (63)...
Un autre matin, Kunga-zangpo déclara que la veille, il avait eu le rêve suivant :
"J'étais en train de ranger de nombreux ouvrages provenant de Tchoumi à Sakya, qui étaient en désordre. Alors que je remettais en ordre les morceaux d'étoffes sur lesquels sont inscrits les titres des livres, Jetsen-Rinpotché sortit d'un petit Stoupa où étaient enfermées ses reliques; revêtu d'une robe de coton blanc, il était juché sur un petit char tout en ivoire et sans conducteur. Je me redressais vivement puis me prosternais, mais ne me souviens plus si je lui demandais sa bénédiction.
Jetsen-rinpotché me demanda :
-Ne viens-tu pas maintenant ?
Puis, il s'éloigna en direction du paradis de Khatché où avait disparu avant lui le vénérable Bodhisattva de Ta..."
Kunga-zangpo aurait pu s'en aller à cette époque, mais sa volonté d'établir une moralité parfaite au collège Chiétran du monastère de Sakya le retenait encore sur ce plan. Il décida de demeurer parmi nous un peu plus longtemps dans ce seul but.
Suite à ce rêve, il déclara que le grand Jetsen était venu le chercher.
Un autre jour, dans l'après-midi, il se mit à réciter de nombreuses voyelles et consonnes sanskrites :
"Damè-tilaka" répétait-il.
"Tilaka" signifie en Sanskrit la semence de l'esprit d'éveil; celle-ci remplit le corps. Par sa force, se développe la grande félicité immuable qui est en fait l'absence d'égo, car il est dit :
"La félicité se montre ainsi en tant qu'absence d'égo."
Quand la vacuité engendrée par la félicité se manifeste véritablement, l'on aspire en cet instant précis à la Limite-de-réalisation. L'on pourra consulter à ce sujet la biographie de Ngortchen composée par Palden-tsultrim.
Lama Palden lui demanda à cet instant ce qui se passait : Kunga-zangpo lui fit signe de rester silencieux...
En résumé, il était constamment confronté à de pures visions, la vision ordinaire ayant disparu. Intérieurement, il était perpétuellement plongé dans le Samadhi.
Enfin, le vingt-troisième jour du mois Saga, le seigneur de la doctrine Keundjal arriva, et s'entendit
dire :
"Ce soir, vous ne pourrez rencontrer votre Lama(64)."
Kunga-zangpo, ayant appris son arrivée, déclara :
"Je ne crains pas les esprits malfaisants qui pourraient l'avoir accompagné durant son voyage; je l'ai attendu longtemps, aussi qu'on le fasse venir immédiatement."
Mutchen se rendit alors aussitôt auprès de son maître qui lui dit :
"J'ai songé à partir le dix de ce mois, mais tu n'arrivais pas et je t'ai attendu exprès."
Il lui donna un Thanka qui avait appartenu à Satchen, une cloche et un Vajra fabriqués en Chine, un fin vêtement de Lama, puis continua :
"Il est bien que tu sois venu; je suis malade, mais en dehors d'un état de faiblesse général, je ne ressens aucune souffrance. A cause de cela, je respire difficilement, mais suis exempt de signe contraire, ni dans mon sommeil, ni sur la couleur ou dans le mouvement de ma respiration.
Après ma mort, commence l'enseignement du Lamdré dès le début du mois, et enseigne de manière ininterrompue.
Pour atteindre l'état de Bouddha, il est nécessaire de comprendre la vue d'absence d'égo. Bien que l'on puisse rapidement la réaliser en s'appuyant sur les profondes étapes de la phase de résorption, sa mise en pratique est difficile. Plutôt que par sa seule méditation, l'enseignement de la doctrine à autrui rend savant, et est source d'un plus gros profit(65).
Quant à ce qui devra être fait après mon trépas, ne t'en préoccupes pas, car j'ai déjà expliqué tout cela dans le détail aux autres.
Fixe ton lieu de résidence chez moi et accomplis continuellement la pratique et les offrandes de Dorjé-damèma (Skt. Vajranairât-ma)."
Et il lui donna encore de nombreux conseils très précis sur ce qu'il aurait à faire après sa disparition.
"As-tu bien compris?" lui demanda t-il.
Son successeur à la tête du centre monastique lui répondit :
"Je serai bien incapable d'assurer une telle charge, et puis ceci ne sera pas nécessaire car vous n'allez pas mourir ! De toute façon, soyez assuré que je suivrai vos directives à la lettre durant ces deux ou trois prochaines années."
Voilà donc en substance quelle fut sa réponse. Il dit ensuite qu'il allait réfléchir durant la nuit pour être à même de répondre plus longuement le lendemain.
Lorsque Kunga-zangpo songeait à s'en aller le dix de ce mois, il demandait souvent à ses serviteurs d'aller voir si son disciple arrivait.
Pendant ce temps, des arc-en-ciel et des pluies de fleurs remplissaient le ciel. Il semble évident que ce seigneur retarda son passage dans le Nirvana jusqu'au vingt-cinq de ce mois dans le seul but de transmettre la charge de l'enseignement à Mutchen.
Le vingt-quatre, bien qu'il y eut encore des corrections à faire dans le Tendjour, Kunga-zangpo congédia Denma Rinpotché en ces termes :
"A partir de maintenant, ce seront mes serviteurs qui s'occuperont de ce travail :
Vous pouvez rentrer chez vous."
Bien que le même jour, le seigneur Mupa lui eut offert trente onces d'or consistant principalement en une pépite de dix-huit onces d'or pour lui demander de rester en vie, voyant que l'enseignement et le mérite des créatures étaient parachevés sur ce plan, il considéra le nombre immense des disciples à venir dans les autres paradis et demanda ce vingt-cinquième jour du mois Saga :
"Est-ce le vingt-cinq aujourd'hui?
-Oui", lui fut-il répondu.
"Maintenant, je me sens physiquement très bien; préparez un bon thé !" commanda t-il alors.
Une fois le thé chaud, il en but à deux reprises puis congédia les deux médecins qui étaient à ses côtés en ces termes :
"Allez boire du thé à l'étage au-dessus; ne revenez que si l'on vous appelle !"(66)
Après qu'ils eurent quitté la pièce, il sollicita ainsi ses serviteurs :
"Débarrassez-moi de ces lourds vêtements et aidez-moi à prendre la posture de méditation; passez-moi
en même temps mon Namdjar; maintenant, veuillez me laisser seul!"
Une fois qu'ils furent sortis, ayant pour le moment parachevé le bien de ceux qu'il avait disciplinés au moyen de son corps terrestre, et en vue d'exhorter à la vertu les tenants de la permanence(67), Kunga-zangpo entra dans le profond état d'équanimité du Dakama tel qu'il est décrit dans les Tantras.
Quand il expira à une seule reprise de l'air pur, une brillante lumière blanche remplit longuement l'espace.
Ceux qui accoururent intrigués par ce phénomène, constatèrent qu'il était passé dans l'au-delà de la souffrance. Kunga-zangpo avait effectivement accompli le transfert des globes de lumière tel qu'il est expliqué dans l'initiation du vase(68); ceci fut confirmé par le médecin du Mustang qui le vit de ses propres yeux.
Après avoir ainsi montré l'apparence du départ pour la béatitude, beaucoup d'esprit d'éveil se mit à
couler de sa narine gauche : ceci était du à la puissance contenue dans les enseignements profonds.
Il est dit dans le traité de Demtchog (Skt. Samvara) :
"Reconnaissant le corps de Dharma, le principe conscient après avoir obtenu dans la mort le plus excellent Siddhi du Mahamoudra, parvient à l'ouverture de Brahma(69), puis s'en va dans le paradis du corps de félicité."
La marque de cette réalisation fut donc l'écoulement de la semence vitale du père à partir de sa narine gauche...
Les serviteurs chargés de veiller sur sa dépouille remarquèrent qu'après sa mort, le vingt-six du mois, ses organes sexuels étaient devenus invisibles.
Les directives de Kunga-zangpo furent ensuite appliquées à la lettre : Mutchen, le nouveau supérieur du centre monastique enseigna la doctrine, et l'on fit partout savoir que le seigneur défunt avait demandé qu'aucune somme d'argent ne soit collectée pour ses funérailles.
L'on s'employa à réaliser ses dernières volontés en récitant de nombreuses prières qui vinrent s'ajouter à tous les objets d'offrandes détenus par ce seigneur réunis pour la circonstance. De grands thés collectifs furent offerts à Sakya, Sangpou, Nalenda etc.
Une grande statue dorée du Bouddha de treize Tho de haut, et une statue de Kunga-zangpo de la taille de ce seigneur furent élevées en tant que supports intérieurs. Huit Stoupas des Sougathas en cuivre dorée surmontés de parasols et autres furent ensuite dressés en tant que supports extérieurs.
Une année entière s'étant écoulée sans obstacle, innombrables furent les offrandes qui s'entassèrent auprès du corps de ce seigneur, et ce, jusqu'au vingt-quatrième jour du mois Napa.
La pratique et les offrandes de Kyé-dorjé ayant été accompli sans interruption durant tout ce temps, son enveloppe charnelle fut brûlée le matin du vingt-quatrième jour.
L'on observa à ce moment précis la formation de nombreux arc-en-ciel dans l'espace, tandis que tombaient d'incroyables pluies de fleurs qui se succédèrent ensuite sans discontinuer.
Quand, le premier jour du mois Saga, le bûcher fut ouvert, l'on découvrit parmi ses ossements d'innombrables reliques aux couleurs les plus diverses : blanc, jaune etc.
Certaines de ces reliques provenant de l'articulation d'un doigt et de la racine des dents de ce seigneur furent placées avec de beaux vêtements en soie préalablement parfumés à l'intérieur de la statue le représentant et dans la statue dorée du Puissant.
Le restant et la poussière de ses ossements servirent à constituer environ soixante-dix mille Dontsa, selon ses instructions qui stipulaient qu'aucune parcelle ne soit perdue.
Quelques vingt mille petites Dontsa marquées à la base du Visvavajra et habillées de vêtements à la couleur d'or, furent distribuées aux disciples pour devenir des supports de vagues de dons.
Les autres Dontsa furent placées à l'intérieur d'un Stoupa doré élevé à cette fin dans le Tsangkhang.
L'on vit même apparaître des reliques sur des Dontsa gardés par plusieurs moines.
Ainsi, la période allant depuis le début des prières jusqu'à la construction du Stoupa doré se trouva-t-elle exempte du moindre obstacle; tous les participants déclarèrent à l'unisson que cette réussite des funérailles étaient due aux vagues de dons et à la compassion même de ce seigneur.
En résumé, tant que durera l'enseignement du Bouddha, tous pourront voir célébrées à partir du vingt-cinquième jour du mois Saga de chaque année, les offrandes et la pratique des Cinq Mandalas en poudre de couleur de la tradition Ngorpa sept jours de suite, ainsi que le vingt-cinq de chaque mois les offrandes de thé en commémoration de l'anniversaire de son trépas.
Ce récit effectué par le régent Mupa-tchenpo, goutte d'eau extraite de l'océan biographique du seigneur de la doctrine Kunga-zangpo, grand Dorjé-tchang de notre époque de dégénérescence, qui est inclue dans le colophon des biographies de la lignée des Lamas du Lamdré, répond aux demandes faites par des amis de la vertu dont la foi dans ce seigneur était entière.
Il fut donc composé par le plus jeune de ses disciples, Keuntcho-djaltsen, le quinzième jour du mois Trochin de l'année femelle du Bœuf de feu (1457), dans le temple de la glorieuse Ewam-tcheuden, et consigné par le grand Siddha Sépa-kunlo.
Bien que son corps se soit résorbé dans la sphère du Dharma, la roue des différentes apparences corporelles issue des activités de compassion de ce Lama est- elle toujours en mouvement.
Le savant Kunlo a déclaré :
"L'édification des monastères, des supports intérieurs et extérieurs, Kunga-zangpo les accomplit spontanément et sans effort, en étant libre de toute polémique. Je prie le glorieux Sakyapa qui exerça continuellement ces activités. Qui serait capable de connaître au complet tous les ouvrages Sakyapas et le recueil des paroles de ce seigneur? Je vous prie de bien vouloir m'accorder vos vagues de dons pour que toutes les doctrines que j'ai pu écouter et mettre en pratique se mélangent avec mon propre esprit."
En accord avec ces paroles, ses fils et bienfaiteurs lui rendirent partout hommage grâce à d'innombrables actions.
Pour n'en donner qu'un exemple, le Lama Sandjai-djaltsen du Do-kham offrit de grands thés collectifs dans les monastères de Theutcheu-djaipa, Samtroup-palbar et Tcheu-ling.
Dans le troisième mois de l'année du Bœuf, à l'occasion de l'initiation conférée par le bouddha dans le mois Napa, quatre-vingt tenants-de-la-connaissance entamèrent au monastère de Rimgo le rituel de la pratique et des offrandes des cinq Mandalas de la tradition Ngorpa expliqués à partir des Tantras des trois Yidams Demtchog (Skt. Samvara), Kyé-dorjé (Skt. Hévajra) et Sandu (Skt. Gouhyasamâja); commencé le douzième jour, il s'acheva le vingt-sixième jour.






-----------------







Voici maintenant la partie annexe de cette biographie.

Le récit de la vie des êtres saints qui dirigèrent la glorieuse Ewam-tcheuden à travers le courant des
activités du guide suprême, ont été couchées par écrit.
Si l'on examine les significations du mot Ewam, celles-ci sont nombreuses. En voici un résumé composé d'abord d'après les Soutras en général, puis d'après les Tantras en particulier.
1-Dans le sublime pays de l'Inde, le mot Ewam, traduit en tibétain, signifiait "Ces paroles prononcées" ou encore "J'ai entendu prononcer ces mots" par rapport à une conversation; il est donc la porte des quatre-vingt-quatre mille enseignements de la corbeille de la doctrine.
Si l'on veut en connaître la raison, notre maître le Bouddha a demandé ceci aux arhats l'entourant :
"Après mon Parinirvana, lorsque vous résumerez par écrit mes enseignements, faites-les toujours précéder par "J'ai entendu ces paroles", et après avoir placé l'enseignement au milieu, achevez-les de même par le membre de la réjouissance et des louanges."
Cette tradition suit donc ses directives.
Outre ceci, il est à noter que les paroles du Bouddha se résument dans Ewam. En effet, A(70) représente les voyelles et sa nature est la sagesse; WAM représente les consonnes et sa nature est la méthode. Ces voyelles et consonnes ont ensuite donné naissance aux lettres, qui se sont à leur tour transformées en noms; des noms ont jailli des désignations qui ont donné naissance à des mots, des mots a surgi l'analyse, et ainsi de suite.
Il est dit dans le Soutra "Lhawai-pu-shupai-thépa-tchenpeu-do" :
"La somme des quatre-vingt-quatre mille enseignements de la corbeille du Dharma, la base-de-tout, le père et la mère sont contenues dans deux lettres : E pour la mère, et Wam pour le père. La semence vitale est leur union. Merveilleuse est cette dernière !"
2-Cette partie regroupe les quatre points suivants :
A-Le son de sa prononciation.
B-Sa forme écrite.
C-Son symbole en tant qu'image.
D-Son sens en tant qu'état.
A-Le son de sa prononciation.
Le son Ewam reflète ici la vacuité, mais dans tous les Tantras, ne se limite pas exclusivement à celle-ci. Ainsi, E peut désigner : L'espace, le grand secret, le Lotus, la source des Dharmas, Bhaga, l'état de grande félicité, le trône de lion etc.
Le son Wam, à l'instar du E exprime l'essence même de l'omniscience et symbolise la grande félicité; la syllabe Wam possède pareillement de nombreuses attributions parmi lesquelles : La félicité, l'amour, la compassion, la semence vitale, la production simultanée, l'excellence libre de tout changement, le Cela-même etc. Au regard de cette dernière, le son Wam exprime la félicité non-changeante.
Il est dit dans le Tantra-racine de Tukhor :
"E désigne la grand secret, la sphère de l'espace, Bhaga, la source du Dharma, le Lotus, le porteur du Vajra assis sur le trône de lion; Wam signifie "Dorjé-sempa (Skt. Vajrasattva) le tenant du Vajra", Tu-ki-khorlo (Skt. Kalachakra), Hérouka."
Voilà ce que l'on trouve dans tous les Tantras. Nombreuses sont ses désignations d'objets et d'êtres...
B-Sa forme écrite.
Le Bhagavan a enseigné deux lettres pour décrire la félicité-vacuité. En décomposant leurs structures géométriques nous trouvons :
-Au centre, un A dont la forme ressemble à celle d'un couperet.
-A l'Est, un E dont la forme rappelle celle d'un bâton.
-Au Sud, un RI dont la forme s'apparente à un croissant.
-A l'Ouest, un LI dont la forme évoque une grande hache.
-Au Nord, un O dont la forme est semblable à celle d'un Bindou.
En plaçant sur le couperet du A central le LI de l'Ouest dont la forme s'apparente à une hache ou au socle de la charrue, l'on obtient la tête. En y ajoutant le bâton de l'Est, la partie gauche du A est ainsi formée et devient le E. Si l'on y rattache le RI du Sud, le croissant de lune est alors présent. La superposition du O dont la forme rappelle celle du Bindou, permet la formation du cercle.
Voici donc la lettre Ewam composée des cinq lettres de la grande vacuité.
Il est dit dans le Tantra-racine de Tu-khor (Skt. Kalachakra):
"La lettre centrale E et le lion Wam représentent l'état de félicité de tous les Bouddhas, l'union de leur corps, de leur parole et de leur esprit. Voici Dorjé-sempa (Skt. Vajrasattva) demeurant au sein de l'espace; lune, germe, écriture, corps, soleil, atome, point, lettre représentant l'esprit, Ewam réside dans l'immensité du ciel."
C-Son symbole en tant qu'image.
La lettre Ewam symbolise : Le Vajra et la cloche, l'union du père et de la mère, la méthode et la sagesse, le Vajra et le Lotus etc. Elle marque la félicité-vacuité de tous les Dharmas.
"Tout ce qui appartient à l'esprit d'éveil est Vajra, et tout ce qui touche à la sagesse est cloche" a t-il été dit.
Le Kyé-dorjé (Skt. Hévajra) affirme aussi :
"Qui expérimente la félicité du Kakkola de la femme demeure dans Ewam."
D-Son sens en tant qu'état.
Elle illustre la sagesse transcendantale née-simultanément, union de la félicité-vacuité.
Il est dit dans le Drimè-weu :
"Ainsi ces lettres E et Wam concentrent-t’elles toutes les formes les plus sublimes telles que la grande félicité de la vacuité-en-soi, Dorjé-sempa (Skt. Vajrasattva), Kuntou-zangpo (Skt. Samantha-badrâ), Ridjai-gueunpo etc."
Voilà pourquoi, en résumé, cet endroit prit le nom d'Ewam.
Kunga-zangpo, cet être saint dont la venue a été prophétisée par le Bouddha, fut invité dans les parties hautes et basses de la province du Ngari où il accomplit le bien des disciples.
Ensuite, quand le jour suivant son arrivée dans cet endroit suprême, il accomplit une cérémonie développée de confession, il déclara qu'il s'était vu en rêve la veille au soir en train d'expliquer le mot Ewam :
"Des deux lettres E et Wam, apparaîtra la corbeille du Dharma." disait-il entre autres.
"Ewam étant la source de tous les Dharmas, je dois nommer mon monastère Ewam" décida t-il alors.
Si le lecteur souhaite avoir de plus amples détails sur le sens exotérique d'Ewam, il pourra consulter les écrits de Shalou-lotsawa, ainsi que les explications des trois Tukhor, externe, interne et autres...
------------------
Colophon révélant le sens de la vision qui délivra le vénérable Dorjé-tchang Kunga-zangpo du
sceau lui interdisant l'enseignement de "La Voie avec son Fruit".

Ce récit semblable à un précieux joyau tiré de l'océan de la vie du vénérable Dorjé-tchang kunga-zangpo expliquant l'apparition de la singulière et pure vision qui coïncida avec la dissolution du sceau lui interdisant l'enseignement du Lamdré(71), sera divisé en deux parties :
- L'établissement des bases de l'explication.
- Son sens.
A- L'établissement des bases de l'explication.
"Au centre d'un pur Bindou à l'aspect très particulier, se tenait le puissant Yogi Sakyapa avec certains Lamas de la lignée, entourés par les divinités et Mandalas des Yidams, les formes du Mahamoudra, des Stoupas ainsi que les divinités Tchamdral qui me protégeaient comme leur fils; Telle fut l'ineffable vision qui s'offrit à mes yeux!"
Alors que le sceau du précieux enseignement était arrivé à son terme, le vénérable Dorjé-tchang Kunga-zangpo songeait, perplexe :
"Puis-je l'enseigner ou non?"
Cette vision du grand vénérable qui accordait ainsi la permission à Kunga-zangpo d’enseigner " la Voie avec son Fruit "par le biais de l'image symbolique de la pelote de fil à Dreun-lha-youto, Lhatcho-sengué, en vue de planter une foi ferme chez les êtres fortunés, la révéla après avoir prié la lignée des Lamas, accompli les offrandes d'aspersion aux Protecteurs et aux Dâkinîs, et imploré le pardon de ces dernières.
Puisse ce récit devenir objet de vénération pour tous ceux qui ont la foi!
Mangalam-Bhawentou!
Les sept vers commençant par "Au centre d'un pur Bindou à l'aspect très particulier" et se terminant à "Ineffable" sont des paroles prononcées par Dorjé-tchang Kunga-zangpo en personne.
Dans cette version, certains mots ne sont pas semblables : Cela est du au fait que dans un premier temps Kunga-zangpo décrivit telle quelle la vision qui se révéla à ses yeux, et que cette première narration ne subit aucune modification ultérieure.
Le passage suivant débutant par "Le vénérable Dorjé-tchang Kunga-zangpo" et allant jusqu'à "Bhawentou" est du seigneur Lhatcho-sengué.
Le récit de cette vision très particulière décrite au moyen des sept vers précédents, fut tout d'abord transmis oralement jusqu'à Lhatcho-sengué. Puis ce dernier, songeant aux disciples à venir, en fit faire un dessin où il écrivit dans sa partie inférieure les paroles prononcées par le maître ainsi que sa propre explication sous la forme d'une table des matières.
B- Sa signification.
Pour en faciliter la compréhension, l'on pénétrera tout d'abord le sens des vers suivants :
"Le seigneur, guide suprême des êtres fortunés, du nom de Kunga, quand il se rendit à l'endroit nommé Dreunlha-youtho, pensa que le laps de temps durant lequel il lui était interdit de transmettre l'enseignement de "La voie avec son Fruit" s'était écoulé.
Le corps droit, la main droite dans le Moudra du don suprême, la gauche tenant le texte et placée dans celui de l'équanimité, il se demanda :
"Puis-je ou non l'enseigner ?"
Tandis qu'il était quel que peu dubitatif, la réponse symbolique, d'une profonde signification se fit immédiate et lui apprit ceci :
"Il est bon que soit transmis aux récipients fortunés le courant d'ambroisie de l'enseignement; cette tradition admirable se perpétuera longtemps dans le futur."
Dans l'espace céleste libre de toute manifestation, à l'intérieur d'une tente arc-en-ciel aux cinq couleurs, le prodigieux spectacle du Lama entouré par les divinités se révéla à ses yeux :
Le seigneur, le puissant yogi Sakyapa connu sous le nom de Kunga-nyingpo, avec sa main droite dans le Moudra du don suprême accordant tous les désirs et la gauche tenant un Lotus blanc purifiant les fautes, irradiait l'insatiable éclat de la béatitude; le sourire qui se dessinait sur son visage reflétait le calme d'un esprit parfaitement contrôlé, et son regard trahissait l'amour qu'il ressentait pour toutes les créatures.
Cet être glorieux, qui par sa seule vue accomplissait le bien de tous, était entouré à sa droite par le puissant savant Sénam-tsémo dont le corps lumineux brillait des mille feux de la jeunesse, et dont les mains formaient le Moudra de l'enseignement de toutes les doctrines profondes et développées.
A gauche de Kunga-nyingpo se tenait Trapa-djaltsen, le tenant-de-la-blanche-bannière-de-victoire-de-la-renommée; tiare de tous les glorieux réalisés, sa main droite tenait le Dorjé de la sagesse transcendantale, tandis que la gauche enserrant la cloche de la vacuité, s'appuyait sur sa hanche.
En bas à droite, apparaissait Kunga-djaltsen, celui qui fait naître la joie, le principal tenant de l'enseignement du Puissant; extérieurement Pandita dans les cinq sciences, intérieurement Jampeyang en possession des cinq sagesses, il montrait le Moudra de l'enseignement des cinq dharmas; son corps était embelli par des vêtements religieux à la couleur safran, et son visage délicatement orné d'un cheveu blanc enroulé entre ses deux yeux; sa tête était coiffée du chapeau des grands Panditas.
En bas, à gauche, était assis le glorieux Phapa, le tenant de l'ascèse du Puissant, avec la main droite dans le Moudra du don suprême, et la gauche dans celui de l'imperturbable équanimité.
En haut à droite, au milieu des flammes de la sagesse transcendantale, se dressait avec sa parèdre dans l'attitude de la danse Kyé-dorjé (Skt. Hévajra), diffusant largement la pure méthode de la libération, et dont la doctrine concentre la compassion.
En haut à gauche, entouré par un halo de feu, se tenait flamboyant le glorieux Demtchog (Skt. Samvara) dont le corps pur, siège des Liens-supports et autres, accomplit par sa manifestation le sens de grandes activités miraculeuses.
Dans les parties supérieures des côtés droites et gauches étaient regroupés les attributs principaux des cinq familles de divinités tels que roues etc. illustrant les cinq classes de Dharmas décrits dans "La voie avec son Fruit".
Quatre Stoupas, symboles des quatre corps résultant de l'absorption des quatre processus obtenus grâce aux quatre voies excellentes des quatre classes de Mandalas tantriques, s'élevaient dans les arc-en-ciel des parties gauches et droites de la sphère.
En haut sur le côté droit, se tenait Namdjal (Skt. Oushnîsavijayâ), sous lequel se dressait un Stoupa du grand éveil. A gauche vers le centre, apparaissait un Stoupa du grand éveil, immense, et un autre plus petit vers l'extérieur qui s'appuyait sur un arc-en-ciel.
Sur le côté droit en bas, se trouvaient au milieu d'un brasier semblable à celui de la fin d'un Kalpa, Mahakala et Palden-lhamo, qui domptent toutes les forces hostiles aux êtres ainsi qu'à l'enseignement.
L'assemblée des Lamas et les cinq sceaux étaient élégamment assis sur des sièges de lotus et de lune, tandis que les divinités Yidams reposaient sur des sièges représentant la pure vérité. Les Lamas montrant la voie de la libération, les divinités Yidams octroyant les Siddhis suprêmes, les protecteurs avec Palden-lhamo réalisant toutes nos aspirations, telles étaient donc les principales composantes de cette vision qui vient d'être brièvement décrite.
Plus particulièrement, une lumière blanche jaillit de la paume de la main droite de Jetsen-trapa. Elle donna bientôt naissance à une seconde lumière de couleur bleue; ces faisceaux, en se multipliant, se transformèrent en cinq rayons lumineux semblables à un arc-en-ciel aux cinq couleurs.
Tombant alors dans la main droite de Ngortchen, ils s'y enroulèrent à la vitesse de l'éclair pour former un globe lumineux pareil à une pelote de fil, qui se dévida pour recouvrir les dix directions.
A nouveau, cinq faisceaux émergèrent de cette masse de lumière et vinrent s'absorber sans discontinuer dans l'ouvrage que Ngortchen tenait dans sa main gauche.
Telles furent les composantes de la profonde et admirable vision qui s'offrit à lui.
E-MA! Toutes les significations exprimées par ce symbole sont au-delà du mental des êtres puérils me ressemblant; écoutez cependant ces quelques paroles, car ceux qui en percevraient ne serait-ce qu'une parcelle en tireront un grand bénéfice! Bien qu'il n'y ait aucune partialité de sagesse, d'amour ou de pouvoir entre les Lamas entourés ici par les déités, les rayons lumineux issus du corps du suprême vénérable sont la résultante de la profonde connection karmique que voici :
Autrefois, ce maître prit naissance en tant que roi Chilgom-tsultrim, auprès de Trulsé-trapa.
Après avoir reçu cette Voie(72), il en obtint la maîtrise grâce à sa triple pratique de l'écoute, de la réflexion et de la méditation.
Cette vision relate ainsi les étapes de son mûrissement et de sa libération. L'émission du double, puis du quintuple faisceau de rayons lumineux se multipliant à partir de l'unique lumière blanche, représentent d'une part la méthode et la sagesse demeurant dans l'espace libre de manifestation, et d'autre part les cinq sagesses obtenues par la différenciation des qualités.
Le symbole du globe lumineux semblable à une pelote de fil tombant dans les mains de ce guide, montre que celui-ci deviendra un dépositaire de cette voie suprême et excellente en y rassemblant tous les membres annexes.
Le flot de lumière jaillissant du globe pour aller recouvrir les dix directions indique clairement par ce signe qu'il établira toutes les créatures karmiquement fortunées dans le mûrissement et la libération suprême.
Le merveilleux symbole de l'absorption des rayons lumineux dans le texte, révèle enfin que cette excellente tradition ne dégénérera pas mais demeurera intacte pour le bien des êtres jusqu'à la fin de ce Kalpa."
Que les esprits avisés ayant pratiqué de vertueuses actions dans le passé réfléchissent au sens de ce symbolisme : Ils obtiendront la richesse d'une foi que les démons eux-mêmes ne pourront ébranler.
L'immense feu du regret embrasera alors la souche du cœur de ceux qui ont un tempérament de têtard croupissant dans le puits rempli d'eau boueuse des vues fausses et de l’incompréhension.
En conséquence, l'ambroisie et les rayons de soleil de la tradition de ce maître, semblable au joyau-qui-exauce-les-désirs, purifieront l'épaisse torpeur, les maladies et les pulsions négatives de toutes les créatures; chérissez-donc cette source suprême de bienfaits immédiats et d'ultime félicité.
Puissé-je dans toutes mes existences à partir de maintenant, honorer le lotus des pieds de ce guide suprême, et après m'être solidement agrippé au grand vaisseau de sa motivation sans souillure, libérer tous les êtres de l'océan de l'existence.
J'ai ainsi donc grossièrement révélé le sens des sept vers prononcés par ce saint guide.
Certaines versions identifient la vision que Ngortchen auraient eue des "Trois vénérables blancs"(69) et de Sapen à Tchen-loung-gi-riwo-gang avec celle le délivrant du sceau de l'enseignement.
La première se déroula à l'époque de l'enseignement du premier Lamdré, et répond à des causes totalement différentes de la seconde qui est un signe tranchant les doutes de ce maître, l'autorisant ainsi à enseigner cette Voie. L'époque, le lieu et les divinités rencontrées ne correspondant pas du tout entre elles, l'on ne devra pas les confondre.
Ces lignes ont été écrites par le moine Palden-deuntroup, au glorieux centre monastique d'Ewam-tcheuden.
Mangalam !



FIN








































NOTES

(1) Tchenrézi.
(2) Le Soutra expose ici la vision du Hinayana selon lequel toute femme doit, pour atteindre l'état de Bouddha, forcément renaître dans un corps d'homme. La position de la femme est par contre nettement valorisée dans le Vajarayana où elle incarne le principe de Sagesse. Dans ce dernier véhicule, l'acte de "mépriser la femme" constitue même une faute racine qui, si elle n'est pas purifiée et confessée peut provoquer une renaissance dans les états infernaux.
(3) Kunga-zangpo étant une émanation du Bouddha historique Shakyamouni possède donc l'omniscience dans tous les domaines. C'est ce que le texte sous-entend ici.
(4) Bons et mauvais moines se trouveront réunis grâce à la compassion du Bouddha.
(5) Le Bouddha a longuement considéré les êtres dans sa méditation; de la force de cette bénédiction est apparu Kunga-zangpo, incarnation du Victorieux.
(6) Cette motivation caractérise la venue des Bodhisattvas qui ont fait le vœu d'aider les êtres à sortir de la roue de l'existence jusqu'au dernier.
(7) L'Inde.
(8) Voir la partie annexe de cet ouvrage.
(9) Cette citation en fait aussi l'incarnation des trois premiers Lamas Sakyapas.
(10) L'un des chefs de l'école Sakyapa à cette époque.
(11) Le nom du père du Bouddha.
(12) Ces signes se produisent toujours à des degrés divers lors de la naissance des Trulkous ou incarnations de sages passés. Ces êtres qui ont obtenus la réalisation, reviennent dans la roue de l'existence pour aider autrui, fidèles à leur vœu de Bodhisattva.
(13) Le monastère de Ngor dont il sera question plus loin.
(14) Par référence aux différentes prières que l'on récite avant de prendre ses repas, en vue de les offrir à l'assemblée des Lamas, Bouddhas, Bodhisattvas, Yidams, Protecteurs etc.
(15) Titre honorifique donné par les chinois aux chefs de l'école Sakyapa.
(16) Le texte ne précise pas quels sont ces problèmes.
(17) La biographie de Djanpo avance elle l'âge de douze ans pour cet événement.
(18) (Tib. Manja) La tradition voulait qu'en certaines circonstances, des thés collectifs étaient ainsi offerts par des religieux ou des laïcs aux membres d'un monastère.
(19) Ces mots furent prononcés par le Bouddha Shakyamouni.
(20) La grande majorité des religieux Tibétains n'étaient pas végétarien. Seul un très petit nombre s'abstenant de toute nourriture carnée était tenu en très haute estime par le reste de la population.
(21) Les différents signes de la Voie tels qu'ils sont énumérés par exemple dans la consécration secrète des "Trois lignes" du Lamdré.
(22) Kunga-zangpo, comme nous le verrons plus loin, n'avait pas encore obtenu cet enseignement dans sa totalité.
(23) Nom d'un grand méditant.
(24) Au fur et à mesure de son cheminement spirituel, le Yogi doit faire face à différents obstacles qui croissent avec l'intensité de sa pratique. Des enseignements essentiels tels que celui du Lamdré indiquent les différentes façons de les contrecarrer.
(25) Tcheuden-sengué, bien que portant l'habit religieux, avait rompu certains de ses vœux monastiques. C'est donc son impureté spirituelle qui est ici la cause du dérangement des éléments fondamentaux de Kunga-zangpo.
(26) Trapa-djaltsen.
(27) Lama faisant partie de la lignée de transmission du Lamdré.
(28) Le texte ne précise pas si celle-ci est liée à la destruction des habitations.
(29) Ce rite fait partie de certaines grandes initiations comme celle de Hévajra.
(30) Viroupa, l'un des quatre vingt quatre Mahasiddhas de l'Inde ancienne, qui est à l'origine de la lignée du Lamdré.
(31) Originaires du Kham, province située dans l'Est du Tibet.
(32) Cela consistait principalement après une période variant de trois à sept jours suivant immédiatement la mort, de laver le corps, l'habiller et l'envelopper avec des bandes de soie de façon à le maintenir en position assise sur son trône. Les disciples pouvaient ainsi lui rendre un dernier hommage avant la crémation proprement dite. C'est ce que le texte tibétain sous-entend ici.
(33) Nom de la province centrale où est située Lhasa.
(34) Cette coutume se retrouve aussi dans plusieurs pays d'Asie.
(35) Nom de la province centrale située au Sud de U et où se trouve Sakya.
(36) Le monastère de Sakya.
(37) Les retraites de méditation pouvaient prendre au Tibet de nombreuses formes différentes et se tenir, au choix, dans des grottes, des ermitages ou bien encore dans des cellules spécialement aménagées dépendantes d'un monastère, comme c'est ici le cas.
(38) Le lecteur pourra se reporter aux biographies de nombreux sages d'antan comme celles de Milarépa et Marpa.
(39) Tout enseignement doit être reçu dans sa totalité et ce, plus particulièrement quand il fait partie des Tantras. Dans ce dernier cas, le non respect de cette règle amène comme ici des conséquences maléfiques à la fois pour l'Enseignant et le disciple.
(40) Kunga-zangpo respecte l'ordre que lui a donné son Lama racine de ne pas donner cet enseignement durant un certain nombre d'années; voir à ce sujet la partie annexe de cette biographie.
(41) La mise en pratique d'actions vertueuses telles que le don de biens matériels en cas d'obstacle ou de difficulté particulière est dit annihiler ou en atténuer l'effet maléfique.
(42) Cette première tentative se révéla infructueuse, car il ne s'agit pas de l'emplacement véritable de Ngor mais d'un endroit situé à proximité.
(43) Cette terminologie s'applique à l'impression ressentie en regardant le bleu du ciel située au-dessus de soi dans un lieu entouré par des montagnes.
(44) L'arbre symbolise ici par ses branches et ramifications, le développement de l'espèce humaine.
(45) Cet édifice sera désignée sous le nom de Zimkhang-wo.
(46) La taille des bâtiments au Tibet était indiquée par le nombre de piliers soutenant la charpente.
(47) Il ne s'agit pas ici d'une vision découlant d'une pratique méditative soutenue, mais plutôt de phénomènes échappant au commun des mortels que certains êtres doués de facultés psychiques particulières peuvent percevoir.
(48) Nom d'un lieu situé à proximité de Sakya.
(49) Il s'agit encore de Trapa-djaltsen.
(50) Voir la partie annexe.
(51) Chaque classe de Tantra a une terminologie qui lui est propre.
(52) Ces deux noms s'appliquent au même personnage : Ronteun.
(53) L'obtention du corps d'arc-en-ciel est l'un des signes de réalisation propres au cycle d'enseignements de la divinité Dorjé-naldjorma dont la lignée de transmission remonte au Siddha Naropa.
(54) Seuls les Lamas de haut rang avaient droit au Tibet à ce privilège.
(55) D'après le calendrier tibétain basé sur des mois lunaires.
(56) Un autre nom du Siddha Viroupa.
(57) Dans les Kriya-tantras, la déité est uniquement visualisée devant soi.
(58) Cette pratique ne fait pas partie des Charya-tantras.
(59) Le texte suggère ici que les statues élevées en terre, avaient été mises à sécher au soleil. Un Monpa, nom généralement donné aux habitants vivant dans une région située entre l'Inde et le Tibet mais qui évoque ici plutôt l'apparence d'un Saddhou, prévient Kunga-zangpo de l'arrivée de la pluie.
(60) Kunga-zangpo devait utiliser un tabouret que ses assistants déplaçaient à chaque fois.
(61) Le notable Amé-pal-zangpo.
(62) Contraction du nom de son principal disciple et successeur, Mutchen.
(63) Kunga-zangpo suit des yeux les divinités qui se manifestent dans l'espace, mais kunga-wangtchouk n'aperçoit pas cette vision.
(64) Les tibétains pensent que tout voyageur peut entraîner avec lui dans son sillage des esprits malfaisants qui sont alors une menace pour son entourage. C'est la raison pour laquelle Mutchen n'est pas conduit tout de suite auprès de Kunga-zangpo.
(65) Ce point particulier a déjà été évoqué à plusieurs reprises dans cette biographie. Il ne faut cependant pas oublier que la charge de Lama dont la transmission d'initiations et d'enseignements constituait l'activité principale, devait toujours être précédée par de longues et nombreuses retraites au cours desquelles les jeunes Trulkous devaient obtenir la maîtrise des doctrines en question. Cet élément est donc ici sous-entendu puisqu'il est une nécessité absolue pour des tenants de l'enseignement.
(66) Les médecins au Tibet ne quittaient jamais leurs malades, à plus forte raison quand il s'agissait d'un personnage important comme c'est ici le cas. Kunga-zangpo cherche donc par ce stratagème à se débarrasser de leur présence.
(67) L'on considère que les grands Lamas tout comme le Bouddha historique ont la capacité de prolonger leur existence aussi longtemps qu'il le désire. Cependant, dans le but d'enseigner que toute chose est impermanente, ils montrent l'entrée dans le Nirvana.
(68) L'un des nombreux types de transfert de conscience tel qu'il est expliqué dans les "Trois lignes" du Lamdré, grâce auquel l'adepte peut éviter le Bardo, l'état intermédiaire entre une mort et une renaissance, et s'en aller consciemment dans l'un des paradis bouddhiques. (Voir glossaire).
(69) Ouverture située à la jointure des os au sommet du crâne.

(70) Ce E (prononcé "é") est formé en tibétain par la lettre A et son accent superposé.
(71) Certains tenants d'enseignements se voyaient par leurs Lamas interdire d'exposer l'enseignement
en question durant une certaine période où il devait en obtenir la maîtrise parfaite. D'autres raisons pouvaient aussi s'ajouter à celle-ci. La lignée du Lamdré nous en montre plusieurs exemples caractéristiques.
(72) L'enseignement de "La Voie avec son Fruit".
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Liste des enseignements reçus par Kunga-zangpo extraits dans la première partie de sa biographie.
- Le commentaire du Ngeunpa-kunlétu,
- Le Ouma-tsashé,
- Le Drelpa-tsiksal,
- Le Ouma-djoupa avec son commentaire,
- Le Djula,
- Le Tchéjou.
Citons aussi :
- Le Tantra-explicatif de Sanwa-dupa (Skt.Gou-hyasamâja) appelé "Gonpa-loung-teun",
- Le Dorjé-trengwa avec les quatre déesses,
- Les loungs et Sâdhanas des quatre classes de Tantra condensés à partir du Yéshé-dorjé-kun,
- Le Dosé,
- Le Namja-rimpa,
- Les vingt rituels de mandala composés par Loutchang,
- Les vingt rituels de mandala composés par Nagarjouna,
- Le Zonjou-salwa,
- Le rituel du Mandala de Dorjé-sempa (Skt. Vajrasattva) ainsi que son rituel d'offrandes composés tous deux par Napopa,
- La Sâdhana de Dorjé-sempa (Skt. Vajrasattva) composée par Datra,
- Le Tantra postérieur de Sandu (Skt. Gouhya-samâja),
- Son grand commentaire Dreunma-salwa,
- Son commentaire-explicatif Tadrou-salwa,
- Les enseignements relatifs au Shédju-ki-men-nga-sanwai-kotché-nam,
- Le traité des cinq étapes de la phase de résorption composé par Nagarjouna,
- Le Tchépa-dupai-dreun-mé,
- le Da-chin-ji-lapa,
- Le Ngeunpar-chantchouppai-rimpa, composé par Aryadéva,
- Le Rimpa-kondu de Loutchang.
Ayant obtenu à trois reprises l'enseignement du Zorim-samo-shintou-treupa-mépai-kona-nyi-ki-men-gna, il reçut encore :
- Le Treumè-ki-chin-ji-lap et son dorjé-tsikhang composé par Viroupa,
- Son commentaire le Joudé-namsal,
- Son enseignement le Thor-bouwa composé par Lowo-lotsawa.
Puis, viennent ensuite :
- Le Tantra-racine Tapa-nyipa,
- Son Tantra-explicatif le Dorjé-gour,
- Le Sampouta.
S'appuyant sur les explications des Lamas de la lignée, il entendit à cinq reprises les explications du Tantra-racine, par deux fois celles du Dorjé-gour et par trois fois celles du Sampouta.
Il reçut encore :
- Le Demtchog de Lohipa,
- Le Djunsha de Viroupa,
- Le Khatché-rintchen-dorjé-tashi,
- Les six traités de Naro,
- Les trois cycles de Drilbou,
- Le Mouti-trengwa, commentaire du Tantra-racine de Demtchog,
- Le Tantra de Naldjorma-kuntché,
- Ses enseignements explicatifs s'appuyant sur les œuvres du grand Jétsen,
- Son enseignement du Rim-nga,
- Le Drilbou-lha-ngawai-ngeunto composé par Drilboupa,
- Son rituel d'initiation composé par Lawapa,
- Sa Sâdhana de Lohipa intitulée "Pal-ngeun-par-topa",
- La bénédiction de la vénérable Kouroukoulé,
- Sa Sâdhana composée par Lhenché-guépa,
- Ses cinq grands enseignements composés par le maître Shiwatso,
- Sa louange composée par Dombi-hérouka,
- Les enseignements des pratiques secrètes de Kouroukoulé,
- Sa Sâdhana composée par Lhenché-reulpa,
- Sa louange avec ses activités,
- Le Léka-tsarwa-ji.
Il reçut la bénédiction de Kacheul-deupai-djalpo (Skt. Kamaraja), et portant sur ses enseignements :
- Le rituel composé par Rintchen-dorjé et intitulé Nga-ji-djalpeu-damtsik-ji-ngeuntroup,
- Sa Saddhana appelée "Jiten-ji-ngeutroup- tchenpo" enseignée par Bari,
- La pratique de son cercle de protection et de ses activités,
- La pratique du cercle de protection de ses Mantras secrets racines,
- Ses offrandes dans le feu,
- Le rituel de la bénédiction Salché-nyimai-khorlo composé par Dorjé-denpa,
- L'enseignement connu sous le nom de Djalpo-wangtou-chawai-men-nga,
- Ses offrandes dans le feu,
- Le Ngeutroup-tchu-misawar-chépa,
- Le Rapné-nébep-nyidai-khorlo,
- Les enseignements des quatre activités,
- Le Rapné-chépar-tchen,
- Le Yidam-la-tenpai-troup-yi-dampa-soum-ji-teunpa,
- Le Santroup-tampa-troupa-yi enseigné par bari,
- Les histoires non-ordinaires.
Puis il obtint la bénédiction de la grande rouge Tsoda (Skt. Ganapati) avec sa Sâddhana enseignant les quatre points de sa récitation, de sa pratique, de ses activités et de son rituel de fortune,
- Ses offrandes dans le feu,
- Les membres de sa pratique,
- Sa louange composée par Phapa,
- L'ensemble de ses activités aux douze signes,
- Sa Sâdhana issue du 19eme chapitre du Dorjé-khandro,
- Ses enseignements oraux,
- Ses offrandes dans le feu considérées comme point capital,
- D'autres enseignements essentiels ainsi que ses Mantras appelés "Coeur-de-Ganapati".
Il reçut aussi la bénédiction de Dorjé-napo-tchenpo (Skt. Vajra-Mahakala) avec celle de Poutra ainsi que les enseignements suivants :
- La Sâdhana aux huit déités de Gourgueun,
- Celle aux douze déités,
- La pratique de la propitiation du mélange de ces huit déités avec leur entourage.
Citons encore parmi ses enseignements oraux les plus connus :
- La destruction d'ennemis en s'appuyant sur les Tormas,
- La destruction d'ennemis en s'appuyant sur la nourriture sans avoir recours aux Tormas,
- Le retournement des sorts lancés par les Mantras d'autrui,
- Le retournement des mauvais rêves et des mauvais signes,
- L'ingestion des ennemis et des obstacles avec les six profonds rouleaux,
- Les enseignements aux points profonds intitulés "Sapté-né",
- L'instruction des Tormas en tant que supports,
- La triple pratique de sa récitation, de sa propitiation et de ses activités en prenant appui sur les trois canaux,
- Santen-lu-la-Tchanwa,
- Le rituel composé par Tramsé-tcho,
- Le rituel de kando du Lama Tchen-tchenpo,
- L'injonction de Napo-tchenpo et Tchamdral avec leur entourage,
- Le Zonzouk-thap,
- L'enseignement intitulé "Torma-zortou-panwai-men-nga",
- La Sâdhana de Poutra,
- Ses Tormas,
- Son rituel composé par Tampa,
- La Sâdhana de Légueun-sang-dritchen,
- L'enseignement intitulé "Tcheu-chon-no-shin-lé-la-nyenpai-damnga",
- Celui intitulé Keun-na-sesou-sawai-damnga,
- La Sâdhana Gour-ji-gueunpo-kateu-sang-dritchen,
- La Sâdhana des trois Poutras frères et sœurs composée par Tampa,
- Nenpai-thuntroup,
- Nenpa-ngeu,
- Sorji-sépa,
- La Sâdhana intitulée Jamshin-shiwai-lé,
- Phodjan et Modjan composé par Pounyé,
- Khandro-batroup,
- Tencha-thap,
- Nenpai-yigé,
- Sélé-tsawai-néji-sépa,
- Ngarin-ji-sépai-lédjor,
- La pratique et la récitation de Sang-dritchen,
- Un ouvrage élargi sur ses activités,
- Le triple enseignement essentiel de sa récitation, de sa propitiation et de sa destruction,
- La Sâdhana de Légueun-sang-dritchen,
- La pratique de Lhamo seule,
- Ses activités composées par Tampa,
- Le traité développé de la Sâdhana de Napo-Tchenpo-pourbou,
- Les étapes de la Sâdhana Tramsé-tchosé-ji-phourbou,
- Phodjan-katé-tou-troupa,
- La pratique et la récitation de Lédjor,
- Un enseignement de Ser-ji-poutri composé par Tampa,
- Nga-nen-nga-son.
Il obtint aussi la bénédiction de Don-jipa (Skt. Chatourmoukha) avec :
- L'histoire de Shal-jipa,
- Sa Sâdhana réunissant les trois récitation, propitiation et activités,
- L'explication de Jontsen,
- Nga-ji-themyi,
- Nga-ji-né,
- Yappa-dartho-ji-khamsoum-wang-tou-douwa,
- Les enseignements de Nortroup-khorlo,
- Rasor,
- Gonsor,
- Rang-tang-loma-tang-zé-yoshé-nam-tépa,
- Tsouk-lakhang-tépa,
- Némal-tang-norzé-sonwa,
- Shaldam-deun-drouma,
- Ten-tchawai-men-nga,
- Thoukdam-kanwai-tchoga,
- Deun-ji-tchoga,
- Lédri,
- Ses offrandes dans le feu,
- L'ensemble des enseignements Trépa, Rang-sonwa et Ten-ji-khorlo,
- Ses louanges composées par Nyen-lotsawa et Darma-tra,
- Chon-dju-ji-tchenbou,
- Les enseignements explicatifs composés par Jetsen à partir du Satché.
Puis les bénédictions suivantes de Jampéyang (Skt. Manjousri) avec :
- Jamyang-arapatsana,
- Jamyang-maseng,
- Jamyang-karpo,
Et aussi :
- Tsouktor-namdjal (Skt. Ousnîsavijayâ),
- Namjom (Skt. Vidârana) selon la tradition de Bari,
- Drolma-karmo (Skt. Sitatârâ) et sa Sâdhana composée par Ngawang-trapa avec le tchilou,

- Les cinq déités Deunsha avec leurs Mantras,
- Les Mantras des six Paramitas,
- Le cycle d'enseignements de tsouktor-drimé,
- Les initiations du Droup-thap-kunlé-tu aussi connu sous le nom de Djamtso, avec les loungs d'environ deux cent trente Sâdhanas,
- Les bénédictions du Droup-thap-djatsa,
- Les initiations de quatre-vingt-seize Sâdhanas ainsi que les loungs du recueil de paroles des trois père et fils Sakyapas ainsi que de leur oncle, le seigneur de la doctrine Sakya-pandita.

Ensuite, auprès du seigneur de la doctrine Palden-tsultrim, il obtint :
-L'initiation de Kyédor (Skt. Hévajra) nommée Kyé-dorjé-men-nga-lou, qui est dit être la porte d'entrée donnant accès à l'enseignement des Vénérés Sakyapas,
- L'initiation du Mandala du corps de Kyédor (Skt. Hévajra),
- L'initiation de Lingma issue de Kyédor (Skt. Hévajra),
- L'explication de Kyédor (Skt. Hévajra) composée par le maître Bawabhadra,
- La Sâdhana Tso-kyé,
- Tous les traités sur Kyédor (Skt. Hévajra) composés par Mithoup-dawa,
- Le Rintchen-barwa,
- Les huit petits commentaires,
- L'initiation de Demtchog (Skt. Samvara) suivant la tradition de Drilboupa,
- Son Tantra-racine,
- Naldjorma-kuntché,
- Les vagues de dons de Dorjé-Phamo( Skt.Vajravarahi) aux deux visages,
- La Sâdhana de Létchou,
- Le traité Nga-ji-téko-na-nyi-tang-chépa,
- Le commentaire Désoum-ji-deun-drel écrit par Jétsen,
- Les vagues de dons de Naro-khatché (Skt. Sarvabouddhadâkinî),
- Sa Sâdhana composée par Naropa,
- Tous les cycles composés par les Lamas passés,
- L'enseignement du Tsa-ouma,
- L'ensemble des écrits de Phapa-rinpotché sur Naro-khatché (Skt. Sarvabouddhadâkinî),
- Les vagues de dons de Métri-khatché,
- Sa Sâdhana composée par Nyen-tchenpa,
- Son rituel "Vagues de dons" composé par Djalwa-dorjé,
- La bénédiction de Karmo-nyida,
- L'initiation des douze Mandalas des Kriya-tantras,
- L'initiation de Tsouktor-doukkar (Skt. Sitâpatrâ),
- Son rituel de Mandala composé par Paldenpa-tashi-pal,
- Son Gourou-yoga composé par le seigneur de la doctrine Lama-tampa,
- Le Loung de la récitation du Mantra aux cent syllabes,
- Son instruction composée par le seigneur Satchen,
- Le Loung de la récitation du mantra Ouknisha.






BIOGRAPHIE DU VENERABLE LAMA MUTCHEN,
INTITULEE "L'ADMIRABLE OCEAN"
Prosternation aux pieds du glorieux et saint Lama.
Victorieux qui, grâce à l'étendue de sa sagesse, a parfaitement su saisir l'océan des paroles prononcées par les myriades de Bouddhas, vous avez par votre grande diligence pleinement réalisé la multitude des actions propres aux innombrables Bodhisattvas; en leur enseignant l’incommensurable quantité de pratiques et pensées contenues dans le vaste recueil des Soutras et Tantras, vous avez comblé la foi profonde de l'ensemble des créatures karmiquement fortunées.
Trésor renfermant toutes les qualités sans défaut, même si des milliers de langue en action durant un kalpa ne sauraient narrer vos exploits, une voix ordinaire et droite va en relater ne serait-ce que quelques uns parmi les plus connus. Que l'assemblée des chercheurs de vérité possédant une foi irréprochable écoutent avec joie ce discours!
Voici maintenant l'histoire de celui qui, concentrant dans sa seule personne la sagesse et l’amour de tous les Victorieux, a pris forme humaine en cette époque de dégénérescence dans cet ermitage niché au creux des sommets enneigés.
La biographie de ce grand maître qui a accompli le bien des créatures, dont le nom de Keuntcho-djaltsen est universellement connu dans ce monde partagé avec les dieux, a tout d'abord été compilé sous la forme d'un poème en soixante-dix vers, intitulé :
"L’admirable courant d'ondée pure."
C'est uniquement sous la vive insistance de certains êtres possédant une foi sincère dans l’achèvement spirituel, que je me suis permis d’en écrire un commentaire nommé " L’admirable océan. "
Celui-ci sera divisé en trois parties :
Introduction, développement et conclusion. Dans la première nous verrons :
- La signification du titre de cet ouvrage.
- L'hommage rendu à ce grand être.
- La promesse de mener ce récit à terme.
INTRODUCTION
- La signification du titre de cet ouvrage.
La biographie du vénérable et saint Lama Mupa-tchenpo est intitulée "L'admirable courant d'ondée pure", car la vue et l'écoute de ses qualités issues du lac Manasarovar suscitent l'admiration, et font grossir l'océan de la foi des disciples.
- L’hommage rendu à ce grand être.
Ce paragraphe comprend l'hommage rendu au Bouddha montrant la voie, et celui destiné au Lama montrant les Siddhis.
Prosternation devant le Victorieux Dorjé-tchang.
L'hommage destiné au Lama est composé d'un seul vers débutant par les mots :
"Omniscient Triratna...".
Condensant amour, sagesse et pouvoir, le Lama est considéré comme l'égal des trois Victorieux des trois familles.
Le mot "après" introduit le reste du paragraphe.
- La promesse de mener ce récit à son terme.
Cette partie dans le texte racine est formé d’un seul vers commençant par les mots :
"Ce grand être saint...".
Personne ne saurait narrer dans sa totalité le récit de la vie de ce grand être qui, après avoir véritablement réalisé l'état de Bouddha par un éveil à la fois intérieur et extérieur au paradis de Woming-Toukpo-keupa, a émané d'innombrables incarnations da sa personne dans les myriades d’univers en vue d'accomplir le bien des créatures; insondable est donc sa biographie.
La sage poignée de la foi ayant extrait quelques gouttes de cet océan qui apparaît comme ordinaire aux disciples dont la destinée est commune sur ce plan, c'est réjoui à la pensée d'avoir obtenu un tel enseignement d'un si grand maître, que je raconterai tout ce que j'ai moi-même vu ou entendu rapporté de croyants dont le discours s'appuyait sur des preuves irréfutables, ceci en vue de faire naître la foi chez ceux en qui son courant n'est pas encore né, ou si celle-ci est déjà présente, afin de la faire progresser.
Biographie

I- La narration de sa biographie destinée à rendre intelligible ses qualités.
II- Le courant de confession en vue de faire progresser le mérite.
III- Les dédicaces consacrées à la réalisation du fruit.
Le premier point se décompose lui-même en huit chapitres qui sont :
1- Sa naissance et les particularités de sa famille.
2- Sa motivation développée par un esprit dégoûté par la misère du monde.
3- Son entrée dans l'enseignement.
4- L'entraînement de son continuum-mental au moyen de l'écoute et de la réflexion.
5- Sa pratique de la méditation.
6- Sa prise en charge par le Lama-déité.
7- Ses actions pour le bénéfice de l'enseignement au moyen du fruit.
8- Les autres facettes inimaginables de sa biographie seront aussi évoquées.

CHAPITRE 1
Sa naissance et les particularités de sa famille.

Ce chapitre est composé d'un seul vers débutant par les mots :
"Les immenses prières..."
La source des deux accumulations étant ici remuée par le souhait suivant :
"Puisse t-il devenir le protecteur des êtres privés de protection...!", ce fut dans cet ermitage enneigé entouré par les montagnes dorées de l'enseignement des trois corbeilles et des quatre Tantras, qu'il obtint la plénitude des conditions opportunes.
Parmi les quatre divisions composant les provinces de U et Tsang, il vit le jour dans la partie Nord de celle désignée sous le nom de Yérou, plus exactement dans le haut pays de Mu, région bénie par la venue de nombreux personnages importants tels que Phapa-jiten-wangtchouk.
De l'union de son père, Keuntcho-zangpo alors âgé de trente-quatre ans, et de sa mère, Namkha-chion, naquit dans l'année mâle du Dragon de terre (1388) ce seigneur nommé Keuntcho-dar.
Sa lignée remonte à l'une des six premières familles du Tibet, les Don. Son grand-père Shang-weu-den se rendit dans le pays de Mu. Son fils Shang-yung prit le compatissant à onze visages comme Yidam et atteignit l'âge de cent-six ans.
Il eut lui-même un fils du nom de Keuntcho-zangpo qui, après avoir demandé d'entrer en religion à Namkha-lodreu, prit le nom de Keuntcho-pal. Puis, du Jonangpa Namtcheu, celui-ci reçut les enseignements du Deunsha et du Jordrou. Il obtint aussi plusieurs enseignements profonds du Yogi Mutchen-namkha, et prit la Dharani de Deunsha et les six syllabes comme pratique principale.
Telle est donc la famille de saints personnages dans laquelle naquit ce seigneur.
Chapitre 2
Sa motivation développée par un esprit dégoûté par la misère du monde.

Cette partie est composé d'un unique vers débutant par les mots "Depuis son plus jeune âge..."

Keuntcho-dar, tout jeune, développa le sentiment de l'impermanence en s'appuyant sur le perpétuel changement des objets extérieurs.
Se détournant de l'attachement envers tout le Samsara, il perçut son caractère d'infinité après avoir embrassé le nombre incalculable de créatures contenues par celui-ci dans quelque direction que ce soit : êtres humains, bœufs, antilopes etc.
Un violent dégoût pour le monde se fit jour dans son esprit, et vers deux ou trois ans, alors que ses parents étaient endormis, il expérimenta l'excellent Samadhi pénétrant l'absence de réalité des apparences.
Quand il jouait, il s'amusait à incliner devant les grandes divinités en pierre celles plus petites des Tsakhang en prononçant les mots "Avec respect je demande l'initiation", et ne s'adonnait jamais à des divertissements enfantins.
Quand il arrivait dans des grottes, il exprimait naturellement son penchant pour la vertu en prenant la posture de méditation ou en accomplissant d'autres actions similaires.
Jusqu'à l'âge de neuf ans, il reçut quelques enseignements du Lama Gouroupa, d'une femme nommée Lama Khandrowa, ainsi que du Lama Namkha-lodreupa.
Chapitre 3

Son entrée dans l'enseignement.

Ce chapitre est formé d'un seul vers commençant par les mots :
"Quand il entra dans l'enseignement...".
A l'âge de neuf ans, il reçut les vœux de novice de l'abbé Wang-weu Zangpo Pal-weupa, disciple direct du maître Djalsé-thomè.
Il obtint de ce Lama l'initiation de la tradition des instructions de Kyédor, les loungs de l'entraînement du mental du grand véhicule intitulé Lochon-zindrima, et celui de la biographie de Djalsé composée par le maître Palyéwa.

Chapitre 4
Son entraînement dans l'écoute et la réflexion.

Ce chapitre se divise lui-même en deux parties :
- Les enseignements entendus auprès de divers Guides spirituels.
- Ceux obtenus du maître suprême, Ngortchen Kunga-zangpo.

La première partie est composée de sept vers commençant par "L'océan de l'écoute...".
Grâce à la force de l'habitude acquise sur la voie parfaitement pure par les êtres saints dans toutes leurs existences, Keuntcho-dar pénétra depuis son plus jeune âge dans le continent de l'océan de l'écoute.
Voici ce que j'ai moi-même entendu rapporté :
A l'âge de treize ans, il se rendit au monastère de Tcheudé-léou situé dans la région de Mu, et étudia auprès des frères Tchenpo-chang-séwa la Prajnaparamita et le Boddhicharyavatara.
A une période intermédiaire, il obtint du Lama Namtcheu-zangpo l'initiation complète de Tukhor et Jikché.
Les frères Chang-séwa lui transmirent le Loung correspondant au volume étudié durant l'étude de la Prajnaparamita, ainsi que l'enseignement connu sous le nom de Chinmo-tchéwai-lochon.
A l'âge de dix-huit ans, il enseigna dans ce même monastère et organisa à cette occasion de grandes festivités.
Puis, à vingt ans, après s'être rendu auprès du grand et puissant réalisé Nyam-mè-namkhai-naldjor au monastère de Nésar situé dans la région de Mu, Keuntcho-dar reçut l'enseignement de Tcheu, instruction faisant partie de la Prajnaparamita.
Bien qu'en général sa pratique se fasse en six périodes quotidiennes, ce seigneur méditait continuellement jour et nuit sans plus s'occuper de fractionner ses méditations en sessions.
Il eut ainsi de fréquentes visions des Yidams, et développa de même un amour et une compassion sans borne. Plus particulièrement, alors qu'il méditait le Gourou-yoga, il pria avec ferveur pour que la prochaine réincarnation de sa mère lui soit indiquée; il vit alors clairement les signes lui montrant clairement ce qu'elle deviendrait, et ceci à deux reprises.
Il reçut ensuite l'enseignement de Tcheu transmis selon la lignée de Kyémé-dopa, l'histoire de Matchik et autres personnages, l'histoire de Trapaha, la transmission orale du Djana-tcherbou, celle du Mar-serpo, le traité de Katsom, les trente-cinq réponses au traité de Katsom avec les deux traités petits et grands composés par Arya-déva, sa vision explicative, sa pratique, ses avantages et la purification des empêchements, les treize étapes de la voie, en bref l'ensemble du cycle des enseignements de Matchik.
A l'âge de vingt et un ans, Keuntrcho-dar alla étudier au grand centre monastique de Ngamring, auprès du maître Lodreu-djaltsen et du disciple de ce dernier, l'ami de la vertu Sandjai-lodreu.
Ses études portèrent principalement sur les Paramitas et la logique. Il obtint aussi de Sandjai-lodreu les loungs d'une centaine d'enseignements courts d'Atisha.
A vingt-trois ans, il prit part à des débats philosophiques dans ce même collège.
A vingt-quatre ans, il alla saluer le grand et excellent érudit Thoukdjé-pal qui se rendait dans le Sud du Haut pays.
Après une année de travail assidu sur la science des citations, il devint un grand maître dans ce domaine, et acquit une telle assurance qu'il se sentit près à affronter n'importe quel opposant en joute oratoire.
A vingt-cinq ans, il rencontra le puissant érudit du Zambouling, Yatrou-sandjai-pal qui se rendait dans le Sud de la région de Teu.
Il reçut par deux fois et demi le commentaire de la Prajnaparamita, un résumé de ce Soutra, le Loung de la Saddhana de Miyowa-karpo, ainsi que l'esprit d'éveil selon la tradition du Madhyamika.
Dans cette même année, il se rendit au centre monastique de la glorieuse Sakya où tous purent vérifier l’exactitude des enseignements du Bouddha par le biais des disputations philosophiques.
A l'âge de vingt-six ans, ce seigneur rencontra la tiare des savants du pays des neiges en la personne de Sempa-tchenpo-jéneu-djaltchopa au temple de Do-ki-natsa. Venu le saluer, il étudia la science des citations.
A vingt-sept ans, il se rendit à nouveau au monastère de Nésar auprès du maître Namkhai-naldjor.
Auparavant, lorsqu'il avait obtenu l'enseignement de Tcheu, Keuntcho-dar avait fait preuve d'une grande assiduité dans son expérimentation; sous la force d'un esprit réjoui par la surgie d'états expérimentaux exceptionnels, il lui demanda alors conseil sur la suite de son entraînement spirituel, et son Lama l'encouragea à se consacrer à la pratique en retraite.
Après qu'il ait effectué des disputations philosophiques sur plusieurs ouvrages du Vinaya, de l'Abidharma et du Madhyamika tel que le traité racine du Tsajou, il demanda à son Lama la permission d'entrer en retraite.
Celui-ci lui dit :
"Si l'on comprend le sens du Dharma, il n'y a pas de mal à ne pas prendre part à des joutes oratoires; par contre, dans le cas contraire, ces débats philosophiques deviennent inutiles. Aussi est-il préférable de s'exercer à la pratique en retraite."
Keuntcho-dar demanda alors à son maître la permission d'agir dans ce sens.
Le Lama lui transmit de façon complète le cycle relatifs aux enseignements de Nigou tels que les six doctrines de Nigou avec leurs vagues de dons et les instructions suivantes : Sem-tchimè-nam-ji-tri, Tcheu-drou-dorjé-tsikhang, Tsiksal-thèm-yi, l'écrit composé par Mutchen, le commentaire racine du Djouma-lamrim intitulé Djouma-ten-la-bap-pa, leDjoulu-zinpa-ran-dreul, le Lam-drima-mèpa etc.
Puis il obtint de la même manière le cycle doctrinal de Naropa avec les six doctrines de Naro, les instructions de Naro intitulées Triyi-thap-lamtsik-chéma etc.
Keuntcho-dar reçut aussi le cycle doctrinal du Mahamoudra tel que le Tchadja-tchenpo-nyingpo-deun-ji-tri, des enseignements sur la peinture comme le Gueunpai-ri-tcheu-yeunten-kunchon, sur l'entraînement du mental tel que le Lochon-tsémo-nyipa, ainsi que le cycle complet de Shiché dont le Shiché-kam-lou-ji-tri, et les deux histoires courtes et développées de la lignée des Lamas de Shiché.
Comme il médita tous ces enseignements avec beaucoup de zèle sans en oublier une seule syllabe jusqu'à ce qu'apparaisse dans son mental leurs états expérimentatifs respectifs, son Lama lui expliquait ceux-ci en lui disant :
"Tu as expérimenté tel ou tel état..."
Il obtint aussi comme initiations :
Tsépamé, Kunri, Jikché aux huit Rolang, et le Demtchog de Drilboupa.
A vingt-huit ans, Keuntcho-dar alla une nouvelle fois retrouver le seigneur de la doctrine Djaltchopa, et demeura comme une ombre à ses côtés jusqu'à l'âge de trente et un ans.
Il combla son maître par sa pratique : Il étudia parfaitement les traités appartenant à la voie des Paramitas tels que ceux des Paramitas, de la logique, du Madhyamika, du Ngeunpar-kunlétu, les Soutras racines du vinaya, etc.
A cette époque, Keuntcho-dar était le seul à pouvoir réciter les quatorze pages qui lui étaient enseignées à chacune des sessions d'enseignement sur les commentaires de l'Abidharma et du Kuntu, et à mémoriser les principales affirmations et objections du Madhyamika avec leurs nombreuses citations.
Le seigneur Djaltchopa proclama dans toutes les directions ces signes de grande sagesse.
Plus spécialement, à trente ans, au monastère de Ngultchou-tcheu-zong, alors qu'il méditait les instructions de l'entraînement du mental du grand véhicule transmis depuis le Lama Serlingpa, la compréhension des deux esprits d'éveil germèrent dans son esprit comme nous le verrons plus loin.
A l'âge de trente et un ans, dans l'année mâle du Chien (1418), Keuntcho-dar se rendit auprès du second Bouddha de cette époque de dégénérescence, Ronteun-tcheudjé qui résidait alors à Zangden.
Il y obtint les enseignements du Partchin-ji-kap-jipa, l'explication du Namdrèl-ji-jendeun-léou, et le Oumai-tonthun composé par ce seigneur en personne.
En Automne, Ronteun et Djaltchopa qui résidait à Sazang, envoyèrent une demande à Tcheudjé-namkha afin de recevoir un profond enseignement essentiel, et ce saint fut invité au monastère de Nésar.
Ronteun-tcheudjé demeura là environ deux mois, puis après avoir reçu de nombreux enseignements tels que les transmissions orales de Nigou et Demtchog, alla au Sud de la région de Teu.
Le seigneur de la doctrine Djaltchopa passa l'hiver de cette même année, le printemps et l'été de l'année du Porc (1419) dans ce même endroit, puis fut invité à Podon par Keuntcho-dar.
De retour à Nésar, ce dernier y entendit à nouveau des enseignements sur Nigou et autres, et paracheva ainsi l'obtention des doctrines annexes.
Le seizième jour du mois Napa de l'année de la Souris (1420), Tcheudjé-namkha s'en alla dans la béatitude et Keuntcho-dar, afin de lui rendre hommage, accomplit les prières, le repas des funérailles, modelant des Tsatsa avec ses cendres, jusqu'à la construction des supports extérieurs.
Puis, refusant l'invitation du grand abbé Sanglo de Ngarim qui lui demandait d'étudier et d'enseigner au collège, il passa seul l'été et l'automne de cette même année établi en méditation profonde dans des endroits désertiques tels queTchiwa-kung, ceci afin d'éviter toute argumentation.
Comme il passa l'hiver à Zingloung, le grand abbé Sanglo réitéra avec sa force sa demande au printemps de l'année du Bœuf (1421) en précisant que personne ne le connaissait. Keuntcho-dar répondit qu'il s'ensuivrait certainement des polémiques, et repoussa son offre.
Il se rendit à Lhasa vers la fin de la même année. A l'occasion des grands miracles de l'année du Tigre (1422), il mit en pratique les yogas d'accumulation et de purification tels que prosternations, circumbulations etc.

Jonlou-rapjam-marwai-shényen-gangtchen-kunga-pal faisant office d'abbé, Deun-ripa de maître des actes, le seigneur de la doctrine Djaltsap de maître secret, il reçut les vœux d'ordination complète de moine à trente-cinq ans dans l'année femelle du Tigre d'eau, au milieu d'une assemblée composée de vingt-trois moines dont le seigneur de la doctrine Djal-tchopa faisait partie.
Puis, après avoir fait fonction de serviteur auprès du seigneur de la doctrine Djaltchopa jusqu'à Podon, il alla à Mu.
Alors qu'âgé de trente-six ans, il demeurait en cet endroit dans l'année du Lièvre (1423), la nuit où le Lama Namtcheupa partit dans la béatitude à Shopou-tsal, Keuntcho-dar reçut en rêve la prophétie suivante :
"Le Lama Namtcheupa s'en est allé dans la félicité; toi aussi, tu le rejoindras dans quarante-deux ans!"
En automne de la même année, le seigneur de la doctrine Djaltchopa qui séjournait alors à Tchoudu, lui envoya un messager avec des présents pour l'inviter à enseigner et à recevoir des enseignements.
Bien que ne pouvant participer à cette dernière activité, Keuntcho-dar vint le rejoindre aussitôt pour lui demander conseil sur une récitation rituelle qu'on lui avait demandé d'accomplir à Sakya.
Le seigneur de la doctrine, réjoui, lui répondit que l'invitation émanait d'un monastère de bonne catégorie avec des moines riches, et qu'il s'ensuivrait de gros avantages matériels.
Pourtant, cette éventualité ne plaisait guère à Keuntcho-dar, et tout comme dans le passé où il avait décliné l'invitation du maître Sanglo de Ngarim, l'équivalent d'Indra, le puissant des dieux par l'excellence de sa race, et semblable au fils de Vaisravana par l'abondance de ses richesses, il répondit négativement à cette dernière offre en prétextant qu'il ne pouvait donner ces instructions.
Voyons maintenant comment il obtint la sainte doctrine d'autres tuteurs.
Le grand abbé Tenzangpa, frère cadet de Changséwa, lui transmit le Kando de Bari.
Il entendit le Tsémai-thuntsa du Datchen Jitopa-lodreu-djaltsen, et obtint aussi quelques enseignements de Minya-joden-palzang.
Ngaripa-bhadra-sri lui transmit des enseignements sur Tchadroupa, et Troupamo-uma à Jonang la méditation-récitation de Dorjé-sempa.
Il obtint les louanges des quatre-vingt quatre Mahasiddhas de Hor-kajipa-sengué-djaltsen, le Lamsap de Lamdrépa-lobsang, les quatre volumes du Sadé de Lama-kajipa Palden-sengué et les loungs du Mani de Chadralwa-sélowa à Changtchen.
Thétchen-tcheudjé lui conféra l'initiation de Demtchog selon la tradition de Lohipa, ainsi que l'esprit d'éveil selon la tradition du Madhyamika.
Kangapa Paljor-shérap lui transmit le commentaire du Joupa avec les instructions de Tendrel-nyingpo. Il reçut le Dulwa-dotsa et d'autres ouvrages tels que le Djaidrel-weuden de Dolo-khenpo-yeunten-pal-gueunpo.
Tsang-shonpa-lopeun-tsul-zangwa lui transmit lePétcheu-ringpoung, et Lhasa-troukhu-lopeun-sandjai-phèlwa le commentaire et le Loung du Phartchin-yak-tika-tchenmo.
Sharpa-lopeun-kunlépa lui conféra l'initiation des cinq Zontra, et kyenrap-wangtchouk-trapa-pal-zangpo le Loung du Tsenjeu.
Bien qu'il ait étudié avec ces six derniers Lamas après avoir reçu des enseignements du guide sublime Ngortchen, pour des raisons de facilité dans le déroulement de cet ouvrage, nous les avons regroupé dans ce chapitre.

Les enseignements que lui transmit Ngortchen.

Cette partie de divise en deux : les causes qui ont motivé son obtention des enseignements, et sa façon de les recevoir.
Le premier paragraphe est composé d'un seul vers débutant par les mots : "Les classes de Tantra du grand secret..."
Bien que Keuntcho-dar se soit appuyé sur un océan de saints maîtres, tout comme Norzang le fils du marchand, il restait toujours inlassablement désireux de trouver des Lamas pouvant lui donner de purs enseignements.
Voilà ce que j'ai entendu rapporté.
Le seigneur de la doctrine Namkhai-naldjor avait pris pour Yidam principal le Demtchog de Lo, Na et Dril; vivement encouragé par ce grand pratiquant du sentier tantrique et par le grand abbé Sanglo à élargir ses connaissances sur le Vajrayana dans un collège tantrique, Keuntcho-dar souhaita recevoir de nombreuses instructions dans ce domaine.
Bien qu'auparavant, il eut demandé au seigneur de la doctrine Djaltsap la permission de l'accompagner à Nyanteu, ce projet n'eut jamais de suite.
Plus tard, quand il alla à Podon en tant que serviteur du seigneur de la doctrine Djaltchopa, il désira se rendre auprès de Shangpa-kuntchen; il en parla à son Lama qui lui donna son approbation.
Bien qu'il eut la possibilité de faire le voyage en compagnie d'un messager des Rinpoungpa qui allait se mettre en route trois jours plus tard, il différa son départ et resta sur place.
Peu de temps après, un moine du nom de Nyaré-trapa-Kampo vint trouver le seigneur Djaltcho pour recevoir l'ordination complète.
Il lui fut demandé à cette occasion :
"L'histoire des Sakyapas en général, et plus spécialement le Lama Kunga-zangpo en particulier présente de grandes qualités; pourquoi le surnomme-t-on "Excellente épine dorsale"?
Le moine répondit :
"D'une façon générale, il est savant dans l'ensemble des écritures, et en particulier, sur tout ce qui touche aux doctrines Sakyapas telles que Demtchog et Guépa-dorjé. Quant à son surnom d'"excellente épine dorsale", hormis ses divergences avec certains dirigeants, il montre beaucoup d'amour envers ses moines, et c'est un Lama très humble, d'une grande pureté."
Dès qu'il eut entendu ces paroles, Keuntcho-dar, tout comme lorsque Tatou-ngeu entendit l'enseignement du Bouddha Tcheupha, ou à l'instar de Séteun-kunri qui vit le blanc nuage au-dessus de la sainte Nyougou-loung, une inébranlable certitude naquit en lui.
Il décida alors de recevoir auprès de ce grand être tout le cycle doctrinal de Demtchog dans les traditions de Lohipa, Napopa et Drilboupa.
Songeant qu'il lui fallait accumuler la pratique sans jamais tomber dans la dispersion mentale grande ou petite, il ne se départit jamais de cette armure.
Sous la force de celle-ci, vers la fin de l'année du Lièvre (1423), il quitta Tchoudu pour Sakya.
Par l'entremise du grand abbé de Shakzang, il demanda à recevoir le cycle complet du Demtchog des trois traditions de Lohipa, Napopa et Drilboupa avec le commentaire de son Tantra racine, de la bouche même du vénérable Kunga-zangpo, en essence sixième Dorjé-tchang, qui demeurait alors à Shakzang-koumboum.
Il lui fut répondu :
"Comme je suis en ce moment engagé dans une stricte retraite, étudiez en attendant ceci." Et on lui remit plusieurs ouvrages sur Demtchog.
Après que deux mois se soient écoulés, au début de l'année mâle du Dragon de bois (1424), alors que Mutchen était âgé de trente-sept ans, le Savant et réalisé Jéneu-sengué vint le chercher.
Dès sa première rencontre avec Ngortchen, une foi sans borne surgit en lui. Le Lama, pour sa part, l'accepta comme disciple avec beaucoup de joie.

Comment il obtint les enseignements.
Ce paragraphe composé de six vers débute par les mots :
"De l'excellent Lama..."
Les êtres saints, en entendant de leurs suprêmes tuteurs un océan d'enseignements deviennent des trésors de qualités : tel est le Dharma proprement dit.
Voilà ce que j'ai entendu rapporté. Dès sa première rencontre avec le seigneur de la doctrine Kunga-Zangpo, Keuntcho-dar commença à recevoir les premiers enseignements.
A l'automne de l'année du Dragon, il avait déjà reçu les initiations provoquant le mûrissement des trois Demtchog, Guépa-dorjé et Sanwa-dupa, les instructions sur leurs phases de création et de résorption, ainsi que les commentaires de leurs Tantras. Il obtint ensuite d'innombrables enseignements tels que ceux du Dorjé-trengwa ou du Triya-samoudza.
Dans l'année mâle du Cheval de feu (1426), Keuntcho-dar demeura en retraite auprès du seigneur de la doctrine Kunga-Zangpo afin de disperser les signes d'un obstacle.
Une journée avant la fin de la retraite, Keuntcho-dar et Lama Keuntcho-weuser du Ngari furent tous deux appelés auprès de leur maître. Celui-ci leur parla longuement de la vision des Yidams, et de la façon de purifier les obstacles en général.
"Bien que nous soyons sous le coup d'un maléfice, il ne faut pas pour autant se polariser dessus. Je n'ai pas pu revigorer comme je l'aurai souhaité l'enseignement des Kriya et Charya Tantras; que vous puissiez ou non y contribuer, je songe surtout au fait que toi, maître Kondjal, tu n'as pas reçu "La Voie avec son Fruit" dans sa totalité" déclara Kunga-zangpo.
Le désir de l'obtenir naquit alors dans l'esprit de ce seigneur, et se fiant entièrement à ce que pensait son Lama, il décida qu'après avoir reçu le Lamdré, il lui faudrait s'engager à fond dans cette pratique.
Keuntcho-dar lui demanda la permission d’entrer en retraite sur Demtchog après être retourné à Mu, ce à quoi Ngortchen Kunga-zangpo lui répondit :
"Reçois l'enseignement essentiel de "La Voie avec son Fruit" dont je suis en possession."
La tradition voulait que l'on fit don de beaucoup d'offrandes et subisse maintes ascèses pour recevoir cette instruction; hors Kontcho-dar expliqua qu'il ne pouvait rien faire de semblable.
Son maître continua :
"Dans les temps anciens, l'enseignement étant en plein essor, les disciples devaient redoubler d'efforts pour obtenir la doctrine, passer par maintes épreuves et donner des biens matériels en grande quantité; les Lamas d'antan recevaient de nombreuses offrandes en vue d'établir des Liens-supportss particuliers dans leur continuum-mental.
De nos jours, la doctrine étant sur son déclin, certaines instructions telles que celle du Lamdré sont prêts d'être interrompues; aussi, quand surgit un disciple se trouvant être un digne récipient, le temps est venu d'être utile au courant de l'enseignement en délivrant largement enseignements et initiations."
Il est certain que le Lama pénétra les signes auspicieux annonçant l'œuvre de protection de son disciple sur tous les êtres par le biais de la tenue du précieux enseignement de "La Voie et de son Fruit".
Ensuite, après avoir reçu le Lamdré durant l'été de l'année du Cheval (1426), il le mit en pratique.
En automne, Keuntcho-dar se rendit à Mu et y passa l'année du mouton (1427). Lors de son séjour, Lama Namlo, en lui demandant de bien vouloir accomplir le bien de l'enseignement du bouddha en général et protéger la Sangha, les oiseaux, les poissons et quadrupèdes de cette région en particulier, lui offrit le monastère.
Après que maître et disciples aient reçus de nombreuses instructions sur Kyédor et Kunri, il les établit également dans la tradition de leurs pratiques.
Dans l'automne de la même année, suite à l'invitation envoyée au seigneur de la doctrine Kunga-zangpo par le notable Amapal lui priant de bien vouloir se rendre dans la province du Gnari, sept compagnons dont Sang-nga Eunpo Jéneu-zangpo vinrent trouver Keuntcho-dar sur les conseils de Kunga-zangpo pour l’inviter à Sakya.
A l'âge de quarante et un ans, Keuntcho-dar se rendit donc dans l'année du Singe dans ce centre monastique (1428). Après avoir passé l'été à Shakzang-koumboum, il mit en mouvement la roue de la doctrine pour les moines des provinces de U et Tsang en accord avec l'esprit de chacun.
En automne, dès que le seigneur de la doctrine Kunga-zangpo fut rentré du Ngari, il reçut son enseignement sur les bons et mauvais signes dans la pratique durant sept mois. Bien que soixante-dix personnes se trouvèrent présentes au début, seulement quatorze dont Keuntcho-dar reçurent ce cycle de façon complète.
Ayant obtenu les quatre initiations qui font mûrir dans les quatre Mandalas-supports de base, il médita les quatre voies libératrices et les quatre vues de chacune d'entre elles germèrent dans son continuum-mental. La transmission ayant été conférée au moyen des quatre lignées orales conduisant aux quatre fruits des quatre Limites-de-réalisation, le fleuve des initiations de cause et de voie ne fut point interrompu; de même, les caractéristiques de l'expérimentation naissant en lui, la lignée des vagues de dons demeura intacte; Sachant tout libérer par le Samadhi, la justesse de l'enseignement essentiel fut ainsi vérifiée.
Sous sa force, le sentiment que le Lama était un véritable Bouddha se développant en lui, il fut submergé par la foi et la dévotion.
Passons maintenant en revue les cycles doctrinaux que lui transmit Ngortchen. Ceux-ci se divisent en deux catégories selon leur lignée lointaine ou proche.
Ceux appartenant à la lignée lointaine.
Dans la transmission depuis Shan-gueunpa, il reçut ce qui a été compilé dans l'index du volume de Jétsen. Selon la classification en quatre caractéristiques, nous trouvons :
Dans la caractéristique des Sastras,
- Le Drèlpa-nyama,
- Les vingt-deux petits écrits circonstanciels,
- Les vingt-quatre vers du Deun-duma;
Dans la caractéristique de l'expérimentation,
- Les dix-sept doctrines issus des traités,
- Le Tsawa-mépai-lam-drinpo,
- Le ranki-tsawa-chonsé-tan-chépai-lam-dupa,
- Les quatre grands traités d'enseignement,
- Les cinq doctrines faisant naître la compréhension,
- Le Lam-samo-yitcha,
- Le Men-nga- trameu-kandran-jentou-ka-panpa-té-soumtchou;
Dans la caractéristique du Lama,
- Les deux écrits des Lamas Indiens et Tibétains;
Dans la caractéristique des loungs,
- Le Loung-djor-khaphan.
Outre ces soixante enseignements qu'il obtint de manière complète, citons encore :
- Les vers d'instructions subtiles se trouvant dans le Marma.
Puis, il reçut plus tard :
- Le Jonshé-sédeun-ma,
- Le Lamai-namthar-shimo-dorjé composé par Mar,
- Le Jonshé-marma,
- Le Pardeun-ki-sindri et de nombreux autres.
Il obtint aussi dans les trois premières caractéristiques, le Teunpa-peuna-mar-trapa composé par le Lama Sénam-djaltsen-pal-zangpo.
Il trancha tous ses doutes concernant la mise en pratique et la compréhension de chacun de ces enseignements.
Les lignées proches.
L'on distingue les enseignements donnés à Satchen par le puissant yogi, et ceux que transmit Satchen à Jétsen.
Dans la première catégorie, nous trouvons :
- Le Gourou-yoga de la Voie profonde, explication de la Voie cachée,
- Les deux protections du Puissant yogi, etc.
Et dans la seconde catégorie, le Dadeun-salwa. Il obtint tous ces enseignements avec leurs instructions et leurs vagues de dons.
Autrement, en ce qui concerne le cycle de la Voie, il reçut :
- Le Tchadja-tchenpo-yigué-mépa de Ngawang-trapa,
- Le Sam-mitchap de Totsépa,
- Le Tcheuten-dronthop de Nagarjouna,
- Le Yeunpo-sanwa,
- Le Péma-bétzar, tous trois composés par Napopa,
- Le Lhentchik-kyétroup de Dombipa,
- Le Tchadjai-lam d'Indrabouti.
En complément de ces huit ouvrages, il obtint :
- Les instructions du Dapa-soum,
- Les vingt-neuf visualisations de Toummo,
- Le Godrou-tcheudrèl et d'autres innombrables enseignements.
En bref, il reçut les cycles doctrinaux tels que ceux de l'enseignement de "La Voie avec son Fruit" et des enseignements complémentaires à la manière d'un vase non-percé tout comme lorsque le seigneur de la doctrine Kunga-zangpo avait reçu les Sen-yi du seigneur Bouddha-sri.
Ces enseignements terminés, les fondations d'Ewam-tcheuden furent mis en place, et dans l'année femelle de l'Oiseau de terre (1429), Mutchen alors âgé de quarante-deux ans alla à Ngor pour y saluer son maître.
En automne de la même année, le seigneur de la doctrine Kunga-zangpo lui dit :
"Reste ici à recevoir et à transmettre des enseignements."
Mais voulant assister son père âgé dont il ne s'était pas beaucoup occupé dans le passé avant que celui-ci ne meurt, Keuntcho-dar lui demanda la permission de retourner à Mu où il demeura quatre années.
Dans l'année du Bœuf (1433), alors qu'il accomplissait durant quarante-neuf jours le rituel de Kunri après la disparition de son père, il raconta qu'il avait eu le rêve suivant :
"Son vieux père était sur le point de tomber dans un précipice, quand le saisissant par la main, il le déposa en sûreté sur le sol..."
La même année, après avoir rendu visite au seigneur de la doctrine Djaltchopa qui récitait des prières à Trophou, il se rendit à Ewam-tcheuden où son Lama lui prodigua les mêmes conseils qu'auparavant; mais comme il lui fallait modeler des Tsatsa, il lui demanda la permission de retourner à Mu où il séjourna une année.
En résumé, il passa tout d'abord trois ans à Sakya dans sa jeunesse, puis y resta encore sept mois à une autre occasion, et se déplaça au total à huit reprises à Ewam-tcheuden; il est impossible de préciser le nombre de fois où il reçut la sainte doctrine...
Si l'on en donne ne serait-ce qu'un bref résumé suivant les étapes de l'enseignement, il reçut dans la Voie des Paramitas :
- Les deux esprits d'éveil selon les traditions du Madhyamika et Yogachara,
- Le Lochon-deun-dunma que Djaltsé-thomè transmit au seigneur de la doctrine Bouddhapa,
- Le Shenpa-ji-drèl provenant du maître sharpa,
- Les six traités connus sous le nom de Kadam-jondrou dont le Kyétsom-tépai-jon, le Laptché-tawai-jon, et le Sadjen-tchépai-jon font parties,
- Le Do-silpouwa-tchoudun,
- Les vers de Tchim-namkha-tra, et de nombreux autres.
En ce qui concerne le Vajrayana, il obtint initiations, Tantras, instructions, initiations-jénan et Loung.
Voyons tout d'abord les initiations :
- L'initiation générale des maîtres des trois familles,
- Tsépamé aux neuf déités,
- Douk-kar,
- Les cinq Zontra, et de nombreuses autres initiations appartenant aux Kriya-Tantras.
- Arapatsana aux cinq déités,
- Mitroukpa aux neuf déités, et autres initiations faisant partie des Charya-tantras.
- Le rituel du Mandala de Dorjé-yin,
- Jampal-sanden,
- Namkha-tchimè-tchonwa,
- Tsoukgou,
- Les douze Mandalas de Chondju transmis par les Sakyapas,
- Kunri selon la tradition Sakyapa, dans la catégorie des Yoga-tantras.
- Shémar aux cinq déités,
- Shémar aux treize déités,
- Trana,
- Jikché aux qurante-neuf déités,
- Le cycle des huit Rolangs,
- Sanwa-dupa et de nombreux autres initiations appartenant à la catégorie des Anouttara-yoga-tantras, sans oublier :
- Kyé-dorjé avec les deux traditions de Viroupa, celle de Tsokyé et celle de Napopa,
- Les quatre fameuses transmissions,
- La Daméma à partir de son Tantra-racine,
- Ridu,
- Sampouta,
- Dor-yin,
- Kyé-dor aux dix-sept déités,
- Le Mandala du corps de Drolma,
- Drolma aux dix-sept déités,
- Sandjai-theupa,
- Mahamaya,
- Khorlo-demtchog des trois traditions de Lo, Na et Dril,
- Dorjé-khandro,
- Les cinq déités de Drilbou,
- Les treize déités de Lawapa,
- Les treize déités de Métri,
- Domchon, dans la catégorie des Tantras de sagesse du grand yoga.
Dans les Tantras, il reçut :
- Les quatre grands Tantras principaux des Kriyas, avec conjointement l'explication du sens de chacun d'entre eux,
- La nomenclature des Kriya-tantras principaux,
- Le condensé du sens de tous les Charya-tantras avec leur nomenclature,
- L'explication des instructions du Ngenson-chondju transmis depuis le Pandita Dharmapala,
- L'explication des instructions du Todun transmis depuis Naropa,
- L'explication du Tantra-racine de Sandu avec le grand commentaire du Dreunmé-salwa,
- L'explication de Mahamaya transmis depuis Marpa,
- L'explication des trois Tantras de Kyé-dorjé transmis depuis Viroupa,
- Les treize éléments doctrinaux provenant des précédents Lamas,
- Le Tantra-racine de Demtchog et l'explication de Naldjorma-kuntché transmis depuis Naropa.
Étant parvenu à la limite de l'écoute et de la réflexion, il élimina tout risque d'erreur et trancha ses doutes quand à la nature de toutes les transmissions doctrinales du Lamdré, la manière dont cette voie fut expliquée, et comment la forme sous laquelle elle fut enseignée donna naissance à différentes traditions.
Parmi les instructions se divisant en phase de création, en phase de résorption et pratiques ordinaires, il obtint dans la première catégorie :
- Kyé-dorjé,
- Khorlo-demtchog,
- Shinjéché et autres déités.
Il entendit et trancha ses doutes quant à ces traditions non-ordinaires qui ne se confondent avec aucune autre, et où la base ordinaire de ce qui est à purifier et la purification ne s'opposent pas entre elles; comment les Siddhas expliquèrent la pensée des Tantras, les particularités des phases de création extérieure et intérieure, et dans les phases de création intérieure tout ce qui concernait sa profonde étape au moyen de la particularité des Tantras; comment les différentes investigations menées par d'autres chercheurs avaient été réfutées grâce à la science des citations.
Après les avoir médité par lui-même, il établit les dix terres et les cinq voies, et en les enseignant à autrui, il ne trompa point ses disciples.
Dans la catégorie des phases de résorption, il reçut et mit en pratique les enseignements suivants:
- La tenue de l'esprit sur la pointe des cornes de Jikché,
- L'absence extrême de manifestation de Shémar,
- Les cinq étapes de Sanwa-dupa selon la tradition de Pha,
- Les neuf cycles de la voie auxquels il avait auparavant aspiré, s'appuyant sur Kyé-dorjé et autres déités,
- Les cinq étapes de Khorlo-demtchog suivant la tradition de Drilboupa,
- Les quatre étapes selon la tradition de Napo-tchépa avec les membres de la principale voie racine,
- Les instructions de Demtchog-karpo,
- La transmission orale de Demtchog,
- Le Vajra-yoga de la voie profonde de Tu-kyi-khorlo,
- Les six membres de l'adhérence etc.
Dans la catégorie des instructions de pratique ordinaire, il obtint :
- La pratique des activités étendues telles que Rap-rizin-khatché-khorleu-djourwa-troupa,
- Drin-droupa-tchenpo-djai,
- Menpa-ji,
- Les très nombreuses pratiques des activités provenant des instructions énoncées à partir des Tantras et tout spécialement celles s'appuyant sur le cycle des trois rouges, les traditions ordinaires et non-ordinaires des différentes réalisations d'activités s'appuyant sur Dorjé-napo-tchenpo et Gueunpo-donjipa.
Comme initiation-jénan, il reçut :
- Celles de divinités apaisant les obstacles telles que Dorjé-namjom et Drolma,
- Celles de divinités faisant progresser l'esprit d'éveil telles que Deunsha-lha-ngama et Tchoutchik-shal,
- Celles de divinités faisant progresser la vie telles que Drolma-karmo et Tsouktor-namdjal,
- Celles de divinités faisant progresser la sagesse telles que de nombreuses formes de Jampal, Shertchin-karmo, Miyowa-kargeun,
- Celles de divinités de richesse comme Zambala et Nordjun-ma,
- Celles de divinités amenant les êtres en leur pouvoir telles que le cycle des trois rouges,
- Celles de déités réalisant les activités terribles et protégeant la doctrine comme Napo-tchenpo, Tchamdral, Gueunpo-donjipa etc.
Il obtint aussi les très nombreuses catégories d'initiations-jénan dont les deux cent trente initiations du Droupthap-djamtso, les quatre-vingt-seize initiations du Drouthap-djatsa, sans oublier les multiples vagues de dons telles que celles de Dorjé-namjom selon la tradition de Viroupa, des différentes sortes de Khatché comme Naro-khatchéma, de Demtchog-karpo etc.
En ce qui concerne les loungs, il reçut :
- Le Djuboum,
- Le Zondu,
- Le Zonboum,
- Des commentaires sur la pensée des Tantras,
- Plusieurs ouvrages appartenant aux trois dernières catégories de Tantras,
- Plusieurs traités portant sur le cycle de Shinjéché-napo,
- Les six traités de création-résorption de Viroupa sur Shinjéché-marpo,
- Les traités sur Sanwa-dupa composés par Phapa et ses fils, ainsi que ceux écrits par Napopa et les autres,
- Le Droupthap-kuntou-zangpo composé par Sandjai-yéshé-shap,
- Des traités indiens tels que le Zorim-dreulwai-yhilé-tényi et les quatre cent cinquante rituels de Mandala de Marmé-zé-zangpo,
- Les trente-neuf doctrines principales dans les trois traditions de Kyé-dorjé,
- Le Pal-ngeupar-topa-mènga-tan-tchépa composé par Lohipa,
- Les trois cycles de Drilbou,
- Les six ouvrages de Napo, et autres traités de Mahasiddhas,
- Le recueil de paroles des Cinq père et fils Sakyapas,
- Le receuil de paroles du seigneur de la doctrine en personne, et les loungs de très nombreux savants traités tibétains...
Sous la puissance de son écoute et de sa réflexion, comme il médita ces instructions tant désirées dès qu'ils les eut reçu, les états expérimentatifs se firent jour dans son continuum-mental. Dans l'intervalle, il demeura dans la solitude et mit toutes ses forces dans la pratique...

CHAPITRE 5

Ce chapitre se décompose en deux parties :
- Comment il demeura dans la pratique après avoir tranché toute activité mondaine.
- Sa façon de pratiquer.


- Comment il demeura dans la pratique.
Cette partie est composé d'un seul vers débutant par les mots : "Comme il étudia énormément..."
Pour les êtres saints, se concentrer dans un endroit solitaire sur le sens de la pure vision tranchant les doutes de l'écoute et de la réflexion est dit être le Dharma-en-soi.
Voilà ce que j'ai entendu rapporté :
Keuntcho-dar, alors âgé de quarante-sept ans, se rendit dans l'année mâle du Tigre de bois (1434) à Ewam-tcheuden où Ngortchen le conseilla en ces termes :
"Reste ici à étudier et à enseigner; si tu le désires, tu peux conférer un nom à ta résidence et emprunter au Ladrang des vêtements tels que manteaux de fourrure par exemple, des objets d'offrandes, des supports du corps, de la parole et de l'esprit etc. Le neveu du Datchen Dralowa recherche aussi un maître pour se faire moine."
Keuntcho-dar songea alors :
"J'ai en tête de nombreuses raisons pour refuser une telle charge; même si tel était mon désir, je ne pourrai le dire à mon Lama car il n'est pas convenable de s'exprimer ainsi ouvertement."
Il avança donc successivement les raisons justifiant son refus et déclara qu'il voulait s'adonner à la pratique toute sa vie durant.
Dans l'année du Lièvre, alors qu'il allait s'en retourner, il déclara au seigneur Kunga-zangpo :
"Une fois arrivé chez moi, je m'établirai dans une stricte retraite de trois ans, et je passerai
ensuite la plupart de mon temps à méditer coupé du monde."
Ngortchen lui répondit :
" En général, la sagesse munir de toutes les qualités et percevant l’état naturel de l’esprit est indispensable pour réaliser l’état de Bouddha; bien que l’on puisse la faire apparaître en s’appuyant sur la profonde phase de résorption du sentier tantrique, sa réalisation est difficile; c’est pourquoi il est très important de s’appuyer sur l’écoute et la réflexion. Plutôt que d’écouter autrui, expliquer ce que l’on connaît un peu provoque grandement la naissance de cette sagesse.
Aussi, quand tu seras rentré chez toi saisis cette opportunité chaque fois qu’elle se présentera. "
Il s'en retourna ensuite à Mu en gardant ceci présent dans son esprit.
Durant l'été, il resta au monastère de Tchouzang-gueun, et s'adonna principalement aux Yogas d'accumulation et de purification.
Après y avoir aussi passé l'automne, il demeura durant toute l'année du Dragon (1436)à l'ermitage de Lhagon-ritreu où il récita sept cent mille Mantras racines Ikta de Guépa-dorjé avec son offrande dans le feu. Il conclut cette retraite par la récitation de quatre cent mille mantras Shasana de Mahakala sur le même coussin de méditation.
Puis, dans l'année du serpent (1437), alors âgé de cinquante ans, il protégea les poissons, les quadrupèdes et autres animaux de cette région; après avoir observé des signes auspicieux particuliers sur la continuité de l'enseignement sous ses aspects explicatif et pratique, il fonda le monastère de Lingkha-déwatchen.
Dans la même année, il instaura les profondes doctrines de Nigou, du Lamdré et autres. En plus de la parfaite moralité des moines qui y résidaient, il purifia leur continuum à l'aide de l'entraînement mental des Paramitas, puis leur fit méditer le Lamdré. Il les installa dans la pratique, au mieux toute la vie durant, de façon moyenne suivant le Yoga des quatre périodes, et de façon très ordinaire selon le Yoga des deux périodes. Il établit ainsi le courant d'exécution des rituels des Mandalas de Demtchog, Kyédor, Sandu et Kunri célébrés lors des dates anniversaires du Bouddha et des Lamas défunts.
Après cela, il s'adonna essentiellement à la méditation. Comme il vénérait grandement les conseils du seigneur de la doctrine, il combla parfois certains disciples fortunés en leur enseignant le Lamdré et autres profondes doctrines.
Il se rendit ainsi à Ewam-tcheuden à l’âge de cinquante-deux ans, puis une nouvelle fois à cinquante-neuf ans dans l’année mâle du Tigre de feu (1446) où il demanda des enseignements.
Le seigneur de la doctrine Kunga-zangpo, après avoir parachevé ses explications sur les liens sacrés du Vajrayana, fut invité par les frères Rinpoungpa dont la puissance s’étendait sur un immense territoire.
Kunga-zangpo, sollicita Keuntcho-dar en ces termes :
"En donnant l'initiation de Damèma aux pratiquants du Lamdré, explique-leur l'indifférenciation du Nirvana-Samsara; ce gong étant le tambour de la doctrine de Sakya-pandita, fais-le résonner!"
Keuntcho-dar, après le départ de son maître, suivit à la lettre ses directives et demeura deux mois au centre monastique.
Ensuite, il alla saluer le seigneur de la doctrine Ronteun à la glorieuse Nalenda où il obtint de ce maître des instructions sur la Prajnaparamita, une initiation-jénan de Miyowa-karpo et des explications portant sur les étapes finales de la méditation.
Bien qu'il reçut de nombreuses invitations émanant de vertueux guides spirituels de la région tels que Tchéwar-trapa et Langthang-tchen-nga kunga-djaltsen pour donner des enseignements, il quitta cet endroit et retourna à Mu.
A l'âge de soixante et un ans, suite au départ du seigneur de la doctrine Kunga-zangpo pour la province du Ngari, il fut à nouveau sollicité par la communauté d'Ewam-tcheuden avec de nombreux cadeaux pour étayer sa requête. Il combla celle-ci en y donnant de nombreux enseignements profonds tels que celui du Lamdré en autres, et séjourna une année à Ngor.
A deux autres reprises, respectivement à soixante-trois ans et soixante-dix ans, il se rendra à Ewam-tcheuden pour y donner de nombreux enseignements profonds comme celui du dju-boum à sa dernière visite.
En automne, après être retourné à Mu, il fit construire l'ermitage de Samden-phou.
A soixante-huit ans, dans l'année du Cochon (1455), après avoir effectué une retraite stricte, il demeura en méditation l'esprit parfaitement concentré.


- Sa façon de pratiquer.
Ce paragraphe se subdivise lui-même en deux parties :
- Comment il pratiqua les Paramitas,
- Comment il pratiqua les Tantras.
- La partie traitant de l'esprit d'éveil du sens profond, est composé d'un vers commençant par les mots :
"A l'endroit solitaire de Ngultchou..."
Quand il médita l'esprit d'éveil du sens sacré après en avoir reçu "L'entraînement du mental" à Ngultchou, tous les objets perçus se mirent à onduler comme un océan de mercure; la sensation de pouvoir pénétrer sans difficulté les matériaux solides tels que les murs et les montagnes germa alors dans son esprit.
La partie traitant relatant sa pratique de l'esprit d'éveil relatif est composé de quatre vers débutant par les mots :
"Sans interruption..."
Chaque fois qu'il méditait le sens de l'entraînement du mental dans le grand véhicule, il était submergé par une immense compassion; sous la force de sa méditation de l'esprit d'éveil portant sur l'échange entre lui-même et autrui, j'ai entendu dire que quand il demeurait dans la solitude de son ermitage, des quadrupèdes tels que des antilopes venaient se coucher sur ses cuisses, se blottissaient dans son dos, ou tout comme un attroupement de jeunes enfants, le dévisageaient longuement de leurs gros yeux ronds.
Alors qu'il demeurait dans cet ermitage, il éleva ensemble une antilope et un chien qui se prirent d'affection l'un pour l'autre. Un jour, il la conduisit dans le pays du chien : L'antilope, en voyant le chien commença par suivre celui-ci, puis après avoir regardé ce seigneur, accourut auprès de lui...
Sous la force de sa grande compassion, il lui arrivait de pleurer des nuits entières et d'avoir d'autres réactions similaires, et ce, en quantité dépassant l'imagination.
A l’âge de soixante-trois ans, quand il se rendit auprès du seigneur de la doctrine Jéneu-djal-tchopa à Pouléron, celui-ci lui dit après lui avoir transmis l’enseignement de " L'entraînement du mental en sept points, ainsi que de nombreux Loung de traités indiens et tibétains se rapportant à l'entraînement du mental :
"Je me sens heureux maintenant que je t'ai confié ces doctrines; enseigne sans interruption cet entraînement du mental."
Et il le nomma ainsi dépositaire de cet enseignement.
- Comment il pratiqua les Tantras.
Ce paragraphe se subdivise lui-même en deux parties:
- Sa pratique de l'équanimité.
- Sa pratique de la non-équanimité.
Sa pratique de l'équanimité est formé de cinq vers commençant par les mots :
"Généré par l'initiation..."
Le premier traite de la vue, le second de la phase de création extérieure, le troisième de la phase de création intérieure, le quatrième de la phase de résorption et le cinquième des signes de chaleur résultant de la méditation.

Ce grand maître, sous la force de sa pratique scellée par l'indicible union de la vue générée par l'initiation, demeurait à l'ermitage de Sinpo-don, quand un immense rocher se détacha de la montagne et s'écroula sur lui en mille morceaux. Aucun de ces projectiles ne le toucha, et il en ressortit sans la moindre petite égratignure.
Lorsqu'il méditait la phase de création extérieure, il insista tout spécialement sur l'union de la base à purifier et de ce qui purifie dans tous ses rituels de développements tels que Dratsul et Ngeunchang.
Durant la phase de création intérieure, alors qu'il méditait en insistant particulièrement sur les canaux et la semence vitale tels que les cinq chakras et les vingt-quatre lieux, toutes ses perceptions ordinaires se transformèrent en les cinq sagesses, et ses canaux et souffles reçurent ainsi les vagues de dons des Victorieux.
Lors de sa pratique de la phase de résorption, grâce aux activités yogiques de son corps de Dorjé, aux yogas des canaux, souffles, semence vitale, et autres exercices mentionnés dans les Tantras, il réalisa la Sagesse transcendantale de la suprême félicité-vacuité en faisant passer l’esprit d'éveil dans le canal médian.
Quand il pratiqua les activités yogiques auprès du seigneur de la doctrine à Shakzang-koumboum, il demeura longuement plongé dans le Samadhi. Sous sa force, alors qu'il accomplissait l'exercice dénommé Amara, il déclara qu'il avait expérimenté un Samadhi très élevé.
En conséquence, par la puissance de sa concentration dans les deux phases, il manifesta des qualités corporelles et mentales telles que la connaissance de l'esprit d'autrui.
Ainsi, à l'ermitage de Lhagon, comme Guéshé Sengué-trapa générait de nombreuses pensées mondaines, il lui dit :
"Arrête de remuer autant de pensées dans ta tête et exerce-toi plutôt à l'accumulation de la vertu !"
Aussi lorsque des pensées de désir s'emparèrent du Lama Peunpo, il lui toucha le visage du doigt en lui disant : "Vais-je révéler les mauvaises pensées qui sont apparues chez cet enfant?
- N'en faites rien, je vous prie" lui demanda celui-ci.
Voilà ce que j'ai donc entendu rapporté des deux côtés.

- Sa pratique de la non-équanimité.
Cette partie se compose de quatre vers débutant par les mots :
"Khorlo-demtchog..."
Les deux premiers traitent du Yoga de la récitation, le troisième de ses activités entre ses sessions, et le quatrième du triple Yoga de la nourriture, du sommeil et du réveil.
Ce grand maître récita plusieurs dizaines de millions de fois les Mantras de Khorlo-demtchog, Jampéyang, Shinjéché, Mahakala, Tchenrézi etc. Il répéta ainsi soixante-dix millions de fois le Mantra aux six syllabes, et pratiqua aussi de manière continue les Mantras des autres Yidams.
Tout particulièrement, il récita six cent mille fois le Mantra-racine Ikta de kyé-dorjé. Comme il en récita aussi sept cent mille à Lhagon, le Yidam lui révéla véritablement en rêve une prophétie.
Lors d’une récitation de cause, il déclara en personne que les seuls signes ordinaires lui étaient apparus.
Une nuit où il séjournait à Ewam-tcheuden, il rêva qu'une grande rivière blanche d'écume nommée "Vase de Gandhara", jaillissait de derrière la montagne de Lingkya. Aussitôt, ses vêtements religieux devinrent des ailes, et il se mit à voler vers le rocher de Lingkya.
Une autre fois, alors qu'il était engagé dans une retraite sur Demtchog, il rêva que le flanc d'une immense montagne était recouvert par un gigantesque Mandala de Demtchog.
Entre les périodes de récitation, il s'employait à réaliser des actions vertueuses telles que des offrandes de Torma. Lors de la pratique de la Voie, grâce à son habileté dans la méthode de la suprême divinité et pour chacune d'entre elles quelle qu'elle fut, il avait abandonné toutes les perceptions ordinaires, et pratiquait de même avec les autres Yogas.
Plus spécialement, ceux qui l'entouraient remarquèrent qu'il prononçait distinctement le Mantra des trois OM ou le Mantra de Demtchog chaque fois qu'il s'endormait.

CHAPITRE 6

Sa prise en charge par le Lama-déité.


Ce chapitre se composant de trois vers commence par les mots :
"A l'endroit nommé Tintreul..."
J'ai entendu rapporté que quand il était en retraite à l'ermitage de Yama-tintreul, une femme de couleur marron lui apparut une nuit en rêve; après lui avoir donné une statue dorée du Bouddha, elle lui dit :
"L'enseignement de Sakya-pandita ayant décliné, tu dois maintenant employer toutes tes forces à le restaurer!"
Une autre fois, alors qu'il était plongé en méditation, il rencontra réellement l'éminent Tchenrézi. De même, durant sa retraite à Lhopou en compagnie de Lama Zangkyon : ce dernier remarqua un matin que la vallée baignait dans une grande lumière; comme il regardait attentivement, il y vit Keuntcho-dar sous la forme de Tchenrézi à quatre bras, entouré par une multitude de Tchenrézis semblables qui le saluaient, les mains jointes.
L'on raconte aussi que lors de son séjour dans l’ancienne chambre de Déwatchen, une vieille femme dont le karma était pur le vit sous la forme de Tchenrézi.
Quand il séjourna à Raoung-ki-dra, une voix lui dit en rêve :
"Ces jours-ci, au Tibet, les moines de Sakya-pandita sont peu nombreux; tu dois devenir leur maître à tous!"
Lorsqu'il demeurait en retraite à Samden-phou, le seigneur Satchen apparut en rêve devant lui et lui dit :
"Voici le Mandala dont tu as reçu l'initiation dans le passé."
Et il lui montra un Mandala qu'il reconnut pour être celui de Sandu-jamdor.
Dans un autre rêve, il vit de nombreux trônes de la doctrine très élevés, et il demanda à qui ils appartenaient :
" Ce sont ceux des père et fils Sakyapas " lui répondit-on;
"Et le plus grand à qui est-il destiné?" questionna t-il encore,
"C'est le tien" lui fut-il répondu.
Il rêva aussi que dans un endroit ressemblant à Shalou, se trouvaient deux grands trônes de la doctrine. Il demanda à qui ils appartenaient, et on lui dit que c'étaient ceux de Pouteun et de Sempa-tchenpo. Il réitéra sa question pour un autre trône qui était plus grand que les deux autres :
"C'est le tien" lui fut-il aussi répondu.
Dans un autre rêve, le seigneur de la doctrine lui donna un tissu aux multiples couleurs ressemblant à un brocard utilisé pour les offrandes en lui disant:
"Voici un habit de Draboupa en signe de bon présage pour la continuité de ton action envers le bien d'autrui."

CHAPITRE 7

Ses actions pour le bénéfice de l'enseignement

Ce chapitre comprend deux parties :
- Son intronisation comme successeur en tant que cause,
- L'accomplissement de son œuvre en tant que fruit.


La première partie se compose de deux vers débutant par les mots :
"Le guide suprême..."
Servir de protecteur et refuge aux disciples à venir après avoir fait sienne la tradition des vénérés prédécesseurs est dit être pour les saints Lamas le Dharma-en-soi.
Après être sorti de retraite à Samden-phou, alors âgé de soixante-neuf ans, il entreprit d'enseigner à de nombreux disciples fortunés, maintes doctrines diverses. Au moment où il dispensait des instructions portant sur le cycle de Demtchog ainsi que sur "Les trois Visions" du Lamdré, arriva un messager chargé de cadeaux émanant du seigneur de la doctrine Kunga-zangpo qui l'invitait à Ewam-tcheuden.
Keuntcho-dar se mit alors en route le dixième jour du mois Saga-dawa, et atteignit Ewam-tcheuden le vingt-trois.
Le seigneur Kunga-zangpo pensait pendant ce temps :
"Peut-être arrivera t-il vers le dix de ce mois",
et il demandait souvent :
"Allez voir si mon disciple est arrivé".
Le ciel était rempli d'arc-en-ciel, tandis que tombaient à maintes reprises des pluies de fleurs.
Il en fut ainsi toute la journée du dix. Il est dit que ce seigneur demeura en vie jusqu'au vingt-cinq dans le seul but de transmettre la charge de l'enseignement à Keuntcho-dar.
Ce dernier une fois arrivé, offrit le vingt-quatre à son Lama trente onces d'or constitué principalement d'une pépite de dix-huit onces d'or. Kunga-zangpo lui fit cadeau de ses vêtements religieux, de son Dorjé et de sa cloche, ainsi que d’un Thanka ayant appartenu à Satchen.
Puis Kunga-zangpo lui donna des instructions sur ce qu’il devait faire plus tard, et lui demanda d’enseigner sans discontinuer en se déplaçant régulièrement à Mu et à Ewam.. Il l’investit ainsi dans ses fonctions de successeur au sein de la sainte doctrine.
L'accomplissement de son œuvre se subdivise en trois parties :
- Les actions de ce seigneur,
- Sa mise en mouvement de la roue de la doctrine,
- Son maintien de l'enseignement en tant que fruit.
La première se compose de trois vers débutant par les mots :
"Dans les vœux des liens sacrés..."
Libre de souillure quand au maintien des liens sacrés et considérant le Lama comme indifférencié d'avec la suprême déité, il réalisa les aspirations de celui-ci. Selon la volonté même de Ngortchen Kunga-zangpo, il fit disposer non seulement autour de ses objets personnels mais auprès des trois supports, de nombreux objets d'offrandes dont des guirlandes de lampes à beurre.
Dans les grands centres monastiques tels que Sakya, Sangphou, Nalenda etc. Keuntcho-dar organisa tout ce qu'il fallait pour que la communauté des moines puisse lui rendre hommage. Il dispensa aussi au clergé résidant à Ewam-tcheuden les présents de circonstance, et y instaura lors des prières suivant le trépas de ce seigneur et durant les grandes fêtes annuelles marquant les dates anniversaires des Lamas passés, la tenue des grands Mandalas de l'Anouttara-yoga Tantra.
Il établit de même durant la période d'offrande du mois Chon-ngo-tcho, de purs offices de célébration en hommage à Ngortchen. Autrement, il fit élever une statue grandeur nature de ce seigneur et une immense statue en cuivre doré du Bouddha dans le Moudra de l'enseignement, ceci en tant que support de son corps.
Il fit imprimer les recueils d'enseignements des cinq vénérables père et fils Sakyapas et celui de Ngortchen en tant que support de sa parole.
Enfin, il fit dresser dans le Tsangkhang un immense Stoupa recouvert d'or pour y placer ses reliques d'os, entouré par huit Stoupas des Sougathas avec pour chacun d’entre eux, un parasol surmonté d’une pointe en or, ceci en tant que support de son esprit.
Tout ceci fut réalisé dans l'espace d'une année environ. Keuntcho-dar récompensa largement les sculpteurs qui en furent très réjouis. Après que les Mantras eurent été placés à l'intérieur, ils furent scellés puis consacrés en accord avec les Tantras, et la puissance de leur bénédiction rayonna partout.
Quand aux reliques, il les plaça au cœur des deux statues dorées, et fabrique soixante-dix mille Tsatsa avec la poussière d'os restante. Il en enferma la moitié dans les huit Stoupas des Sougathas ainsi que dans le mausolée du Tsangkhang. La moitié restante, mélangée à du doré et autres couleurs, servit à recouvrir les Tsatsa qui devinrent ainsi des supports de la foi dans toutes les directions.
- Sa mise en mouvement de la roue de la doctrine.
Ce paragraphe se scinde en deux :
- Un résumé associant ses actions successives,
- Un commentaire détaillé en accord avec les étapes de l'enseignement.
La première partie se compose d'un unique vers débutant par les mots :
"Du Lama suprême..."
Pour les êtres saints, se dévouer à l'enseignement selon la capacité des disciples grâce à la force de la sublime pensée d'accomplir le bien d'autrui et de la sagesse ayant pénétré la nature réelle de l'esprit, constitue le Dharma-en-soi.
Après que le seigneur Kunga-zangpo soit parti pour le paradis Déwatchen, Keuntcho-dar tourna sans interruption durant deux années la roue de la doctrine à Ngor en y donnant initiations, Tantras, enseignements essentiels, Loungs etc.
Puis, à l'âge de soixante et onze ans, il retourna à Mu et fonda le monastère de Déden-ritreu. Après y avoir là aussi largement dispensé la doctrine, il retourna à Ewam-tcheuden où il combla les disciples en leur donnant des instructions profondes.
Invité par les frères Ringpounpas semblables au roi Khorlo-djourwai-djalpo par la puissance, il leur donna d'importants enseignements, puis regagna Mu en automne.
A l'âge de soixante-treize ans, dans l'année du dragon (1460), Keuntcho-dar s'établit dans une retraite stricte à Samden-phou.
Dès le début de l'année du serpent (1461), il commença à donner de profondes instructions au monastère de Déden-ritreu. Sur le point de les compléter, les père et fils Tawai-sitou Namdjal-trapa-pal-zangpo, incarnations du noble Péma-karpo ainsi que les saints tenants de l'enseignement du centre monastique de Ngamring, l'invitèrent avec une vive insistance.
Ayant accepté cette invitation, il conféra une pure initiation aux seigneurs, et fit tomber une abondante pluie d'enseignements sur les Guéshés du complexe monastique. Il fit éclore la récolte de la libération chez ceux en qui elle n'était pas née, et prospérer celle-ci quand elle était déjà apparue.
Il retourna ensuite durant l'automne à Ewam-tcheuden où il dispensa des enseignements essentiels tels que celui du Lamdré à plus d'un millier d'amis de la vertu réunis à cette occasion.
Il utilisait certains des matériaux qu'on lui donnait pour faire fondre des Guenjiras dorés qui allait embellir le toit des temples et en plaçait d'autres comme offrandes sacrificielles à l'intérieur de ces derniers. Autrement, il les offrait aux dignitaires ou les distribuait respectueusement au clergé.
A l'âge de Soixante-quinze ans, au printemps de l'année du Cheval (1462), il alla à Mu et combla les croyants au monastère de Déden-ritreu en leur donnant de profonds enseignements essentiels. Dans l'hiver de la même année, de nouveau invité par les purs donateurs et chapelains, il se rendit à Ngamring, où il mit en mouvement la roue de la doctrine.
Après avoir une nouvelle fois enseigné dans l'année du Mouton (1463) à Déden-ritreu, il dispensa encore de nombreux enseignements au centre monastique de Léloung.
A soixante-dix sept ans, afin de contrecarrer des signes, il médita intensément durant le cinquième et le sixième mois de l'année du singe (1464). Il répondit ensuite favorablement à la demande du Datchen Jithopa et autres saints personnages en tournant la roue de la doctrine.
- Commentaire détaillé.
Cette seconde partie se subdivise en trois points :
Comment il fit progresser l'enseignement des Bouddhas-pour-soi, celui des Bodhisattvas et des détenteurs de connaissance.

Le premier paragraphe se compose d'un vers commençant par les mots :
"Le Vinaya parfaitement enseigné..."
En accord avec la progression spirituelle de ceux qui venaient chercher les vœux de Bouddha-pour-soi, il les établissait sans la moindre souillure dans les vœux de laïque, de novice ou de moine.
Autrefois, quand ce seigneur se trouvait auprès de Ngortchen, l'on avait coutume de dire :
"Allez chercher l'ordination complète lorsque des maîtres tels que les seigneurs de la doctrines Ngorpa et Mupa sont réunis!"
Venus de toutes les directions tels un rassemblement de nuages, ils furent ensuite innombrables à recevoir les vœux de novice et de moine par l'intermédiaire de Keuntcho-dar.
Le second paragraphe se compose lui aussi d'un seul vers débutant par les mots :
"Atisha..."
S'appuyant sur les recommandations de son maître Djaltchopa lui demandant d'enseigner sans interruption "L'entraînement du mental", il dispensait cette instruction durant chaque été et chaque hiver; comme il l'enseignait sur demande, il devint aussi un dépositaire de cette tradition.
Ainsi développa t-il largement la pratique des Paramitas du grand véhicule.
Le troisième paragraphe est composé de six vers commençant par les mots :
"La voie ordinaire..."
Le premier vers explique comment il fit progresser la doctrine grâce aux initiations; le second, par l'explication des Tantras, les trois suivants, au moyen de l'enseignement des instructions essentielles, et le dernier vers, par référence aux Loungs.
Lorsque ce grand maître conférait les initiations, il plantait la graine des quatre corps au moyen du pur rituel de la lignée non-interrompue, après avoir révélé ce qui est à purifier et ce qui purifie en réunissant les trois sièges dans le Mandala en poudre de couleur, dans le Mandala du Samadhi, et dans le disciple devenu la déité.
Quand il enseignait les Tantras, il montrait le joyau du sens profond au moyen de la pure explication des quatre ou six limites.
Lorsqu'il délivrait des instructions, il le faisait selon la pensée des classes de Tantras après avoir stoppé, grâce à la science des citations, les Limites-de-réalisation examinées par la dialectique dans les profonds enseignements de création et de résorption.
Plus particulièrement, il établissait dans la voie de la libération les chercheurs des ermitages enneigés par le biais des quatre règles de la transmission orale.
Il enseigna ainsi plus de vingt-cinq fois l'enseignement essentiel du Lamdré. Il fit aussi largement progresser l'enseignement sans souillure avec les loungs du Djuboum, du Vinaya, des grands Sastras explicatifs, du recueil d'enseignements de la lignée des Lamas.

- Son maintien de l'enseignement en tant que fruit.
Cette troisième partie se compose de deux vers commençant par les vers :
"Ainsi, libre de toute souillure..."
Comme nous l'avons expliqué plus haut, par la puissance de son accomplissement dans la connaissance et la compassion pour son propre bien et de ses merveilleuses actions pour le bien d'autrui, des personnages aussi célèbres dans cet ermitage enneigé nommé Sakya que les émanations de Jampéyang, Datchen Jithopa-kunga-wangtchouk-lépai-jon-né-djaltsen-pal-zangpo, Datchen Lodreu-wangtchouk-lépai-jon-né-djaltsen-pal-zangpo, Datchen Trapa-djaltsen-pal-zangpo, Datchen Jithopa-lodreu-djaltsen-pal-zangpo, Datchen Sharpa-yéshé-wangtchouk-djaltsen-pal-zangpo, après s'être prosterné de leur tiare aux Lotus de ses pieds, en reçurent de profonds enseignements et l'honorèrent grandement.
Le grand savant devenu une autorité dans la science des citations Chamtchen-khenpo-sénam-tcheu-jikunga-tashi-djaltsen-pal-zangpo, les frères Langthang-tchen-nga-kunga-dorjé, Dropa-khenpo-tcheu-ji-tchenden-shérap-zangpo, Ngamring-khenpo-kunga-troup, le savant Sandjai-sengué, le puissant savant Deunyeu-pal-zangpo, le membre racine de l’enseignement Kunkyen-sandjai-phel, l'éminent omniscient Namkha-sénam et bien d’autres encore qui vénérèrent tes paroles à l’égal de celles du Bouddha, les firent prospérer dans les dix directions.
Chapitre 8
Les autres facettes de sa biographie

Ce chapitre composé de trois vers débute par les mots :
"Ris-bsgyur-phyogs-ni..."
Âgé de soixante-dix sept ans, à partir du vingt-troisième jour du mois Thakar de l'année mâle du Singe de bois (1464), jusqu'au neuvième mois, il demeura en compagnie de pratiquants au lieu solitaire de Samden-phou à confectionner des Dutsi-rilbou, et paracheva sans le moindre obstacle ce travail.
D'agréables odeurs, des pluies de fleurs et d'autres signes excellents marquèrent cette période.
A nouveau, en ce même endroit isolé il entama une retraite et demeura dans le profond Samadhi des deux phases.
Dans l'année femelle de l'Oiseau de bois (1465), lorsque Lama Namkha-palzang vint le voir, Keuntcho-dar lui dit :
"Depuis l'année femelle de l'Oiseau de bois, j'ai souvent rencontré le seigneur Satchen, et cette année, le puissant yogi m'est apparu en rêve."
Lama Namkha lui saisit alors les pieds et lui dit :
"Vénérable seigneur de la doctrine, il est sûr qu'un tel rêve se réalisera!"
Voilà ce que j'ai donc entendu rapporté. Innombrables sont les autres actions de ce maître. J'ai ainsi entendu dire que Khétroup-jéneu-sengué vit en rêve le signe qu'il était une incarnation de Nyenphul-chonwa, disciple direct de Satchen; à Gomdé-traral, Keuntcho-dar rêva lui-même qu'il buvait un crâne plein d'Amrita que lui avait tendu le seigneur de la doctrine Kunga-zangpo, et à une autre reprise, que le puissant yogi lui disait :
"Vous êtes une incarnation de Khara-gomtchoung".
Quand ce seigneur donnait une explication profonde, il projetait sur les Limites-de-réalisation de la réflexion intellectuelle les rayons du soleil de la science des citations; face à un telle analyse de ce jardin de Lotus de la signification profonde, aucun savant contemporain de son époque n’aurait pu rivaliser avec lui.
Lors des joutes oratoires, la foudre de sa puissante intelligence s'abattait sur le roc de la compréhension erronée, et le pulvérisait en mille morceaux : c'est ce qui le rendit aussi fameux que Tcholang-trapa du pays des Eminents.
Ses Lamas eux-mêmes, Ronteun-tchenpo et Sempa-tchenpo, louangèrent tous deux ce puissant yogi de la connaissance.
Je n'ai jamais vu autant d'habileté chez autrui en ce qui concerne les différents procédés dont il usait envers ceux qui, ne possédant point la vision pénétrante, désirait celle-ci dans la sagesse illustrée par des marques, ainsi que pour ce qui n'était pas convenable d'être médité par les moines dans la voie de la troisième consécration.
Quand il composait une excellente explication, son écoute, était un véritable plaisir pour l'oreille; lourde de conséquences, les savants en la voyant, développaient une compréhension inconnue jusqu'alors. L'on pourra s'en rendre compte en découvrant le recueil de ses paroles.
Voyons maintenant la façon dont il écrasa la tête des huit Dharmas mondains. Pour ce qui est de la renommée, comme neuf des grands héritiers de la lignée des Khon à Sakya lui demandèrent des enseignements, on le questionna pour savoir comment il supportait cela :
"Comme je ne m'en réjouis pas, il n'y a donc aucune faute", répondit-il.
Quand à son non-attachement aux objets matériels, il offrait tout ce qu'il recevait aux Lamas, les utilisait pour la commémoration de leurs anniversaires, s'en servait pour élever des supports aux trois joyaux ou pour honorer la Sangha, et n'en gardait même pas la plus petite graine de sésame pour son bien personnel.
En conséquence, sa renommée recouvrant la terre entière, des invitations émanant d'Ewam-tcheuden, de Gnarim et du Gnari lui parvinrent à l'âge de soixante dix-huit ans. Tous déclarèrent à l'unisson que là où il était passé, même en enseignant très peu, il avait immensément accompli le bien des êtres.
A cette époque, le grand tenant des Tantras Kunga-wangtchouk fut nommé à la tête d’Ewam selon les directives du seigneur de la doctrine Kunga-zangpo, et il accomplit sans interruption enseignement et pratique.

Le courant de confession en vue de faire progresser le mérite.

Le premier de ses sept membres est composé par quatre vers débutant par :
"Dans l'existence, un être tel que toi..."
Les deux premiers vers concernent le sens exotérique du mot Keuntcho "Triple joyau" et réunissent sa sextuple signification issue du Dju-lama; le troisième se rapporte à la signification exotérique du mot Djal "Victoire" et réunit les trois père, mère et fils. Le quatrième décrit le sens exotérique du mot Tsen "Marque" et réunit le corps, la parole et l'esprit.
Les six autres membres sont composés de six vers qui débutent par les mots :
"Rare sur ce plan..."
Chacun de ces vers développe la renommée du nom de ce seigneur.


Les dédicaces consacrées à la réalisation du fruit.


Cette partie regroupe quatre vers qui commencent par les mots :
"A partir de maintenant..."
Le premier vers concerne la cause de l'enseignement; le second, la pratique des Paramitas dans celui-ci; le troisième, la pratique du sentier de Vajra; le dernier vers traite du vœu pour en réaliser le fruit avec le nom de l'auteur.


CONCLUSION


Ce chapitre comprend six vers débutant par les mots:
"Vénérable Lama..."
Le premier vers est introduit par les mots "A l'endroit solitaire de Ngultchou...", les deux suivants par "A l'ermitage de Tintreul..., et les trois derniers par "Ris-bsgyur phogs-ni..." .
Biographie parfaitement pure, elle recouvrit l'océan spirituel de la foi des disciples.
Puisse le mérite accumulé par Sénam-sengué provenant du récit d'une infime partie de l'océan des qualités de Mutchen, faire franchir à l'ensemble des êtres toutes les souffrances de l'existence et obtenir rapidement l'état de Bouddha tellement bénéfique à la multitude des créatures, saint continent de la béatitude.
Cette biographie du vénérable Lama Mupa-tchenpo, intitulée "L'admirable océan", a été composée sous la vive insistance de ses disciples à la foi ferme par le moine Sénam-sengué prenant sur sa tête la poussière de ses pieds, au monastère de Lingkha-déwatchen le huitième jour du mois Neun de l'année femelle de l'Oiseau de bois (1465).

COLOPHON

Namo-gourou-bé!
Le récit de la vie du saint Keuntcho-djaltsen Pal-zangpo au-delà de ses soixante-dix-huit ans va maintenant être présentée ici, sous la forme d'une explication du sens de trente-trois vers venant s'ajouter à la biographie grossière décrite plus haut.
Il a déjà été dit précédemment que le signe lui assurant qu'il atteindrait les soixante-dix ans, lui fut révélé quand il se rendit à Lhasa. Plus tard, il déclara que le signe lui montrant qu'il vivrait jusqu'à soixante-dix ans lui était apparu.
La nuit où son Lama Nam-tcheupa partit dans le Nirvana, Keuntcho-dar eut un rêve dans lequel, bien qu'un possible départ pour le Déwatchen après soixante-dix sept ans lui soit annoncé, il vit les volitions de sa durée de vie bénie par les vagues de dons lui permettre d'atteindre l'âge de quatre-vingt deux ou même quatre-vingt trois ans selon la tradition du Vinaya, ceci afin de préserver l'élixir des instructions des Puissants réalisés en cette époque de dégénérescence.
Alors qu'âgé de soixante-treize ans il était établi en retraite dans l'année du Dragon (1460) à l'endroit solitaire de Samden-phou, le seigneur de la doctrine lui apparut en rêve et prononça le Mantra suivant:
"Om mani dhari betzar ni so ah!"
Il obtint alors la prophétie que le nombre d'années lui restant à vivre était égal à celui des syllabes-germes contenus dans ce Mantra.
Puis, à l'âge de soixante-dix huit ans, il transmit au monastère de Ling-kha-déwatchen durant l'été de l'année de l'Oiseau (1465) de nombreux enseignements tels que les phases de création-résorption de Demtchog à plusieurs disciples fortunés tels que le seigneur de la doctrine Koukyéwa.
L'hiver de la même année, il se rendit à Gnamring où il donna à plus de deux mille amis de la vertu, de nombreuses instructions telles que "L'entraînement du mental dans le grand véhicule".
Après avoir fait mûrir grâce au précieux enseignement du Lamdré et de ses membres annexes plus de neuf cent disciples fortunés par la possession de la profonde voie, il retourna à Mu dans le mois Saga de l’année du chien (1466) .
Jusqu'à son trépas, après avoir visité successivement Déwatchen, Déden-ritreu, Léloung, il conféra à d'innombrables savants et honorables Guéshés comme Datchen Lodreu-wangtchouk, Séji-thouwo-gonrou-shérap-zangpo et bien d'autres encore réparties dans les provinces du haut Gnari, du bas Dokham, et des régions centrales de U et Tsang, des initiations, des Tantras, des instructions, des loungs etc.; il les établit ainsi dans le mûrissement et la libération en accord avec la destinée propre à chacun d'entre eux.
Au printemps de l'année du Bœuf, réjoui d'avoir parachevé le bien d'autrui sur cette terre, Keuntcho-dar voulut s'en aller sur d'autres plans. Après avoir terminé l'enseignement du Lamdré, il déclara qu'il l'avait donné pour la dernière fois.
Bien qu'il eut l'intention de s'établir en retraite à partir de l'été de la même année, le seigneur de la doctrine Langthangpa arriva, et il dut donner encore une fois l'enseignement du Lamdré.
Juste avant son achèvement, Jidé-khentchen fit don du Napo-rimji aux principaux notables.
Les doctrines annexes une fois terminées, le seigneur de la doctrine Langthangpa en compagnie de ses disciples se mit en route le vingtième jour du neuvième mois pour Ngor.
Ensuite, souhaitant que Datchen Lodreu-wangtchouk vienne en ce lieu, Keuntcho-dar lui envoya une pressante invitation qui lui disait en substance ceci :
"Je m'en vais mourir à Loungphou cette année; après ma mort auront lieu les nombreux symboles mondains tels que les réunions de mes disciples et moines, les cérémonies d'offrandes et autres, et comme je suis libre de tout attachement envers la rumeur proclamant que le meilleur d'entre eux fait partie de la lignée des Kheun, je te demande instamment de venir pour te placer à leur tête."
Le Datchen, répondant au souhait exaucé par son Lama, se mit en route le vingt-six du même mois. Keuntcho-dar, durant une semaine et ce jusqu'au troisième jour du mois Mindrou, fit tout ce qui lui fut physiquement possible pour accéder favorablement à la demande de tous ceux qui affluèrent du haut pays, du Sud ou du Nord pour entrer en religion ou prendre les vœux de moine pleinement ordonné.
Le troisième jour du mois Mindrou, il se rendit à Samden-phou où il demeura dans la solitude. Durant le temps d'un thé, il donna de nombreux directives à ceux qui se trouvaient près de lui. Songeant depuis le début qu'il lui fallait mourir dans un endroit désert et inhabité, il réalisa ce vœu.
"Si je meurs maintenant, je n'ai plus aucun attachement; étant libre de regret en ce qui concerne mes actions passées, il ne m'en reste de même aucune autre à accomplir; je suis resté longtemps parmi les humains et cette enveloppe physique de quatre-vingt-trois ans ne me sera plus d'aucune utilité sur les autres plans" expliqua t-il, et sur ces mots, il trancha les activités de son mental.
"Que seul Keunzang reste auprès de moi; les autres peuvent s'en aller!" lança t-il encore.
Les serviteurs demandèrent alors :
"La session du milieu étant arrivée, voulez-vous que l'on prépare du thé après avoir accompli celle-ci?
- Faites chauffer de l'eau pendant un moment, puis vous pourrez tous vous en aller; à partir de maintenant, je m'en vais méditer continuellement jour et nuit et ne suivrai plus de session à heures fixes." dit-il ensuite.
Après avoir pris cette décision, il passa ce mois en méditation profonde, l'esprit parfaitement concentré en un point.
Jusqu'au huitième jour, Keuntcho-dar accomplit de nombreuses circonvolutions. Après que ses forces physiques aient quelque peu diminuées, un rituel fut célébré pendant trois jours à Lingkha. Bien qu'un rituel semblable eut déjà été accompli auparavant, la même cérémonie fut renouvelée.
On lui suggéra de se faire examiner par un médecin, ce à quoi il répondit :
"Sachant qu'en accomplissant ce rituel, vous en tireriez un grand bénéfice, j'ai donné mon assentiment; tous les vénérables de U et Tsang après s'être réuni en ont fait un semblable pour ma propre personne; même si tous les médecins conjuguaient leurs forces pour me soigner, je vous quitterai de toutes les façons cette année."
Et sur ces paroles, il repoussa leur demande.
Comme on lui demandai des précisions sur les signes de mort qu’il avait expérimenté, il répondit :
"Depuis les premier jours de l'été, la montagne de Lingkha m'est tout le temps apparu comme dans un brouillard : ceci est le signe de l'absorption de l'élément terre dans l'élément eau."
Vers la fin du mois, il expliqua qu'une soif très vive le força à boire beaucoup de thé durant une semaine pour épancher celle-ci, et que c'était là le signe de l'absorption de l'élément eau dans l'élément feu. Mais il ne souffla mot quand aux deux signes suivants.
Puis, le soir du deuxième jour du mois suivant Mindrou, après avoir déposé avant la fin de la journée ses vêtements religieux et sa jupe, il eut la nuit même un rêve dans lequel il vit dans le ciel le Bouddha avec son entourage, qui faisait montre d'un certain mécontentement. Il expliqua que cela ressemblait à un obstacle provoqué par sa trop grande hâte à avoir abandonné ses vêtement religieux la veille au soir.
Ensuite, le grand abbé Kunlo le pria avec insistance de bien vouloir le laisser venir auprès de lui, ce à quoi il acquiesça.
Lors de cette rencontre qui se déroula le quatrième jour du même mois, Keuntcho-dar se sentant physiquement en pleine forme lui donna les nombreux conseils suivants :
"Parmi mes nombreux Lamas, ce fut le seigneur de la doctrine Kunga-zangpo qui m'a témoigné le plus de bienveillance. En voici la raison :
Bien qu'il exista de nombreuses traditions du Vajrayana au Tibet telles que la Voie transmise par mes propres Lamas passés, la tradition de Ngojon transmise depuis Marpa, celle de Nigou et autres maîtres transmises depuis Shangpa, la tradition du Yoga transmise depuis Pouteun Rinpotché etc., plus tardivement, le seigneur de la doctrine des Riwo-guédenpa, après avoir établi les bases de la pensée de sa propre Limite-de-réalisation dans la tradition tantrique, l'a structuré grâce à l'explication et à l'écoute.
Bien que celle-ci soit en totale contradiction avec toutes ces traditions passées, la plupart des Guéshés de U et Tsang y ont adhéré.
Le précieux seigneur de la doctrine Kunga-zangpo, après avoir perçu les points fondamentaux de ces Limites-de-réalisation anciennes et récentes, a composé de nombreux écrits s’opposant à cette dernière.
Les fondements de la tradition de nos Lamas passés ayant été établi par ses soins, je me suis contenté de suivre celle-ci. Cette voie, si je m'y étais exercé avec zèle, aurait pu me procurer en une seule vie et dans ce même corps l'obtention des Siddhis suprêmes.
Mes disciples doivent s'efforcer de faire prospérer cette tradition en se dévouant par exemple à l'écoute et à l'enseignement.
J'ai acquis pour ma part une compréhension inégalée quand aux recueils de paroles des Lamas passés; songeant que cela pourrait être bénéfique au courant de l'enseignement, j'ai composé une analyse détaillée de la Limite-de-réalisation dans la phase de création.
Ayant scrupuleusement suivi les injonctions du seigneur de la doctrine délivrées vers la fin de sa vie, je me suis appliqué à écouter et à enseigner, ce qui a été bénéfique à la doctrine des Sakyapas.
Si sans plus me préoccuper de cette dernière activité, je m'étais livré à la pratique selon mes propres aspirations, j'aurai pu m'en aller sans devoir rejeter mon corps. Mais, parmi tous ceux que j'ai obtenu depuis un temps sans commencement, aucun autre corps plus que cette présente incarnation ne m'aura permis de donner un tel sens à mon existence..." et ainsi de suite prodigua t-il maints conseils propres à réjouir l'esprit.
Ses proches lui demandèrent ensuite secrètement si la présence de la foule et d'un grand nombre de personnes venus recevoir les vœux de novice ou ceux d'ordination complète dans le Napo-rimji ne lui avait pas été néfaste.
Aussitôt après avoir entendu ces paroles, il répondit :
"Cela ne me causa aucune gêne; sachant que, cette année, je ne resterai pas sur ce plan, j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour faire progresser la continuité de l'enseignement."
Puis, jusqu'au huitième jour, Keuntcho-dar ne donna plus de conseils importants; parfois, il restait les yeux renversés à regarder le ciel, pour les fermer ensuite. En d'autres occasions, il se frottait la jambe avec sa main et prenait la posture de l’activité yogique dite Troupa.
Il lui arrivait aussi de montrer l'attitude de la danse ou autres postures, restant ainsi jour et nuit plongé dans l'expérimentation.
Le soir du huitième jour, peu après le coucher du soleil, il redressa son corps tout en regardant l'espace devant lui. Après avoir tranché les manifestations extérieures, il demeura entièrement immergé dans le Samadhi.
Quatre jours avant de montrer son passage dans la béatitude, son corps pris l'apparence de celui d'un enfant de seize ans. Ses yeux gris étaient grands ouverts; ses pupilles toutes noires, ses oreilles, son nez, ses lèvres étaient devenues nettement proéminentes. Le Mandala de son visage ne présentait plus aucune ride, et son teint avait pris une belle couleur rosée.
Du huitième au vingt-cinquième jour, son teint resta aussi frais. A cause de cela, ceux qui étaient à ses côtés ne remarquèrent pas qu'il était passé dans la béatitude.
De même, les oiseaux, les gazelles et autres animaux sans changer d'endroit restèrent près de lui, tandis qu'une odeur très agréable, inconnue jusqu'alors, remplissait sa chambre de façon continue.
Le vingt-cinquième jour, sa tête s'inclina légèrement à gauche sur son épaule. Le teint frais de son visage disparut alors subitement pour redevenir celui d'un vieillard. Il n'y eut plus d'autre changement jusqu'au trente du même mois.
Quand on bougea ses vêtements, voici quelle était son attitude : ses jambes se trouvait dans la posture de Sattva-paryanka, avec les deux genoux se croisant un peu vers la gauche; ses fesses bien en chair reposaient sur ses deux talons; le poing de Dorjé de sa main droite enlaçait son aisselle gauche, tandis que la gauche dans le Moudra de conjuration, enlaçait son épaule droite; sa colonne vertébrale restait très droite. Cette posture était connue comme étant celle du Mahasiddha indien Awadhouti.

A la lumière de cette biographie, l'on apprend donc que Kontcho-dar aurait pu obtenir les Siddhis suprêmes sans devoir rejeter son corps, s'il avait pratiqué selon ses aspirations.
Comme il l'a déclaré plus haut, parmi toutes ses incarnations successives, aucune autre enveloppe charnelle plus que ce corps-ci n'aura donné de plus grande signification à son existence. Il semble donc évident qu'il obtint les Siddhis suprêmes dans le Bardo comme le précise ces paroles.
Quand aux autres récits parlant de ces signes lors de son passage dans la béatitude, rapprochons cette biographie de celle du seigneur de la doctrine Sakya-pandita qui, sur le point de mourir un matin à Lingtchou, vit au centre le grand Jétsen, à droite Viroupa et à gauche Napo-tchenpo.
Le grand Jétsen lui prophétisa qu'après trois incarnations successives, il deviendrait le Tathâgata Drima-mépa. Viroupa et Napo-tchenpo confirmèrent ses paroles.
Puis Viroupa trempa son doigt dans le crâne rempli de nectar et demanda à Sakya-pandita de tirer la langue. Quand il y déposa une goutte, ce dernier expérimenta la sagesse transcendantale libre d'intellection (lat. intellectio) de la félicité-clarté située au-delà de la conception et la non-conception.
"Même dans le continuum-mental des Victorieux, il n'y en pas de supérieure" songea t-il alors. C'est à ce moment que ses parties sexuelles devinrent invisibles et que son corps fut orné des trente-deux marques majeures et quatre-vingt mineures telles que la protubérance crânienne etc...
Ainsi, ce passage est-il analogue à cette présente biographie.



































Glossaire
Abidharma (Skt.) : l'une des trois Corbeilles traitant surtout de la métaphysique.
Ami de la Vertu : voir Géshé.
Amour : désir de réaliser le bien d'autrui.
Anouttara (Skt.) : voir Tantras.
Anouttara-yoga (Skt.) : voir Tantras.
Arhat (Skt.) : voir Auditeurs.
Arya (Skt.) : noble, qualificatif donné aux Bodhisattvas.
Auditeurs : (Skt. Shravaka) disciples du Hinayana qui étudient et pratiquent le Dharma en vue de leur propre libération de la souffrance. Bien qu'ils atteignent un état libre des souffrances du Samsara, il ne s'agit pourtant pas du grand éveil qui est le but du Mahayana.
Barbare : (Tib. lalo) terme qualifiant souvent des pays habités par êtres ayant une conduite contraire aux vertus bouddhiques, donc ayant peu de chance de progresser spirituellement.
Base-de-tout : (Tib. Kunji) L'esprit-en-soi qui contient à la fois Samsara et Nirvana.
Bindou (Skt.) : (Tib. thilé) symbole de la vacuité en forme de rond.
Bhaga (Skt.) : désigne les organes sexuels féminins.
Boddhgaya (Skt.) : lieu de pèlerinage situé au Nord-est de l'Inde dans l'actuel état du Bihar où le Bouddha Shakyamouni montra l'éveil.
Bodhisattva (Skt.) : ce mot peut à la fois désigner ceux dont l'esprit est éveillé tels que les grands Bodhisattvas comme Tchenrézi (Skt. Avalokitesvara), Jampéyang (Skt. Manjousri) etc. et les candidats à l'état de Bouddha qui ont fait le vœu de l'esprit d'éveil et se sont engagés dans le grand véhicule.
Bouddha (Skt.) : désigne l'état de celui qui a atteint l'éveil parfait en se libérant de tous les conditionnements du monde sensible et notamment celui du Karma.
Boumpa (Tib.) : nom donné aux vases à col utilisé par les Lamas durant les initiations; peut aussi servir à désigner des récipients de manière général.
Boumther (Tib.) : voir Boumpa.
Canal médian : (Tib. Ouma) désigne le canal (Tib. Tsa) central. Le corps entier est parcouru d'un réseau de canaux plus ou moins subtils dans lesquels circulent les souffles (Tib. Loung) et les nectars (Tib. Dutsi). Le canal central est le plus important d'entre eux, et il est lui-même entouré de deux autres canaux nommés en tibétain Roma et Kyanma.
Cercle d'offrande : (Tib. Tso-khor) d'une façon générale, rituel durant lequel boissons et nourritures sont offertes à l'assemblée des Lamas, Bouddhas, Bodhisattvas, Yidams, Protecteurs etc. après avoir été mentalement transformées en nectar, puis réparties entre les participants. Ces rituels peuvent prendre de nombreuses formes en fonction de la déité sur laquelle ils prennent appui.
Charya (Skt.) : voir Tantras.
Cinq dégénérescences : (Tib. Nyingma-nga) de la longévité, des émotions perturbatrices, des êtres, des temps et des croyances.
Cinq familles : (Tib. Djalwa-ri-Nga) représentées par les cinq Bouddhas Vairochana, Ratnasambhava, Amogasiddhi, Amithaba, et Akshobya qui concentrent en eux toutes les divinités du Vajrayana.
Cinq Gonmas (Tib.) : les cinq premiers Lamas Sakyapa qui ont contribué au développement de cette école : Satchen-kunga-nyingpo, Sénam-tsémo, Trapa djaltsen, Sakya-pandita et Phapa-rinpotché.
Cinq Mandalas (Skt.) : Les cinq Mandalas découlant des trois Tantras de Hévajra, Gouhyasamâja et Démtchog.
Cinq sagesses : (Tib. Yéshé-nga) les cinq aspects de la sagesse découlant des Bouddhas des cinq familles : la sagesse semblable au miroir, la sagesse égalisatrice, la sagesse discriminatrice, la sagesse qui accomplit les actes, la sagesse de l'espace du Dharma.
Cinq sciences : (Tib. Ri-nga) l'on distingue généralement cinq sciences mineures : arts, grammaire, médecine, astrologie et arithmétique; et cinq sciences majeures : Abidharma, Vinaya, Prajnaparamita, Madhyamika et Pramana.
Claire-lumière : (Tib. Weusal) luminosité naturelle de l'esprit qui dans sa nature profonde est clarté-vacuité. Celle-ci est voilée depuis un temps sans commencement par les voiles des pulsions négatives ainsi que par les voiles qui font obstacle à cette connaissance.
Cloche : (Skt. Ghantâ) instrument rituel représentant la sagesse, connaissance de la vacuité des dharmas.
Compassion : (Tib. Nindjé) désir de libérer les êtres de la souffrance.
Corps : (Tib. Kou) l'on parle de trois ou quatre corps selon les cas qui sont : le Nirmanakaya ou corps de manifestation dans le monde, le Sambhogaya ou corps de félicité qui se manifeste dans le champ pur de la nature du bonheur, le Dharmakaya ou corps de la Vérité-en-soi semblable à l'espace dont la nature est clarté-vacuité; et enfin un quatrième corps, le Svabavakaya ou corps d'essence véritable qui contient les trois précédents en affirmant leur inséparabilité.
Dakama (Skt.) : passage dans l'état post-mortem; c'est le moment décisif pour la pratique du transfert de conscience (Tib. Phowa) qui permet l'obtention de l'état de Bouddha.
Dakka, Dakkini (Skt.) : êtres célestes masculins et féminins qui sont les émanations des Bouddhas.
Datchen (Tib.) : nom donné aux chefs de l'école Sakyapa.
Déité : voir divinité.
Demtchog (Tib.) : (Skt. Samvara) déité tutélaire ou Yidam dont la pratique s'appuie sur les Tantras supérieurs.
Détenteur-de-connaissance : (Skt. Vidhyâdara) nom donné aux grands pratiquants tantriques qui réussissent dans leur pratique.
Deux objectifs : notre propre bien et celui d'autrui.
Deux phases : la phase de création où le disciple par son identification à la déité pratiquée, acquiert les mêmes vertus que celle-ci; et la phase de résorption où la déité se résorbe dans la vacuité qui est le fondement de toute manifestation.
Dharani (Skt.) : mantra béni par les Bouddhas
Dharma (Skt.) : employé au singulier, représente principalement la doctrine bouddhique ou encore la loi universelle; au pluriel, il désigne tous les phénomènes du monde sensible.
Dortreng (Tib.) : contraction du nom tibétain Dorjé-trengwa qui désigne une collection regroupant un nombre important d'initiations.
Divinité : (Tib. Lha) manifestation de l'activité des Bouddhas personnifiant une ou plusieurs de leurs vertus ou actions spécifiques.
Djoutu (Tib.) : première partie de l'initiation de Kyé-dor jé connue sous le nom d'"Initiation de cause".
doctrine : traduction libre du mot sanskrit Dharma ou Tcheu en tibétain.
Dontsa (Tib.) : voir Tsatsa.
Don-jipa (Tib.) : voir Shal-jipa.
Dorjé (Tib.) : Voir Vajra.
Dorjé-daméma (Tib.) : (Skt. Vajra-nairatma) Consort de Kyé-dorjé (Skt. Hévajra).
Dorjé-gour (Tib.) : Tantra explicatif de Kyé-dor jé (Skt. Hévajra).
Dorjé-jikché (Tib.) : (Vajrabhairava) divinité tutélaire dont la pratique est basé sur les Tantras supérieurs.
Dorjé-namjom (Tib.) : (Skt. Vajra-vidârana) divinité dont la pratique permet d'éliminer les obstacles.
Dorjé-napo-tchenpo (Tib.) : voir Mahakala.
Dorjé-sempa (Tib.) : (Skt. Vajrasattva) divinité dont la pratique purifie les voiles et pêchés accumulés depuis un temps sans commencement.
Dorjé-tchang (Tib.) : (Skt. Vajradhara) Bouddha personnifiant l'éveil de la treizième terre, la plus haute du Vajrayana. Il sert aussi parfois de qualificatifs pour désigner des Lamas qui ont obtenu la réalisation.
Dorjé-trengwa (Tib.) : cycle d'initiations très profondes.
Drolma (Tib.) : (Skt. Târâ) déité dont la pratique permet de contrecarrer les obstacles et de réaliser ses désirs.
Dronkhor (Tib.) : titre donné à des personnages exerçant une fonction officielle.
Drontchen (Tib.) : voir Dronkhor.
Double-Vajra : (Skt. Visvavajra) symbole de la nature indestructible du diamant, de la conscience pure. Voir Vajra.
Esprit d'éveil : (Skt. Boddhichitta) motivation caractérisant les adeptes du Mahayana ou grand véhicule. Elle exprime l'aspiration à atteindre l'état de Bouddha afin de pouvoir guider les êtres vers le même état.
Eveil : obtention de l'état de Bouddha.
Ewam (Skt.) : terme dont la symbolique très vaste regroupe entre autre les 84000 enseignements du Bouddha historique.
Géshé (Tib.) : abréviation du mot tibétain Guéwai-shényen, titre donné aux grands érudits et en particulier aux moines arrivés au terme de leurs études philosophiques.
Goroum (Tib.) : nom donné à la bibliothèque du monastère de Sakya.
Gour (Tib.) : voir Dorjé-gour.
Gourgueun (Tib.) : (Skt. Ekavira) un aspect de Mahakala très pratiqué dans l'école Sakyapa.
Gourou-yoga (Skt.) : (Tib. Lamai-naldjor) " Union avec le maître", l'une des pratiques les plus profondes du Vajarayana au cours de laquelle le disciple reçoit les vagues de dons du corps, de la parole et de l'esprit de son Lama et de celles de sa lignée de transmission. Cette méthode est considérée comme étant le cœur de tout le Bouddhisme tantrique, sans laquelle l'état de Bouddha ne saurait être obtenu.
Guendhola (Skt.) : terme désignant les sanctuaires bouddhiques tels que celui de Boddhgaya.
Hinayana (Skt.) : "Petit véhicule" qui s'est surtout développé en Asie du Sud-est. Voir Mahayana.
Initiation : (Tib. Wang) le rituel d'initiation dans le Vajarayana est la transmission par le Lama du pouvoir de méditer avec succès une voie spirituelle particulière prenant une déité particulière pour support. Le rituel dépose dans le disciple le germe de la réalisation et provoque sa maturation spirituelle.
Jamyang ou Jampéyang (Tib.) : (Skt. Manjousri) Bodhisattva concentrant la sagesse de tous les Bouddhas.
Jikché (Tib.) : voir Dorjé-jikché.
Jowo (Tib.) : nom donné à la statue du Bouddha se trouvant dans le grand temple du Jokhang à Lhasa.
Joyau-qui-exauce-les-désirs : (Tib. Yishin-norbou) pierre détenue par certains êtres tels que les dieux et les Nagas, et qui réalisent tous les souhaits.
Kakkola (Skt.) : organe sexuel féminin.
Kalpa (Tib.) : durée de temps extrêmement longue.
Kandjour (Tib.) : collection de 108 volumes regroupant tous les enseignements du Bouddha.
Karma (Skt.) : mot désignant la loi universelle de rétribution des actes qui conduit les êtres à des renaissances plus ou moins heureuses; d'après cette loi, tout acte positif ou négatif amènera à plus ou moins long terme un fruit positif ou négatif.
Katché (Tib.) : voir Paradis.
Kriya, Kriya-tantra (Skt.) : voir Tantras.
Kyé-dor jé (Tib.) : (Skt. Hévajra) Déité tutélaire, l'un des Yidam les plus importants et très pratiquée dans l'école Sakyapa, sur lequel s'appuie tout le cycle du Lamdré.
Kyérap (Tib.) : recueil sur les vies passées du Bouddha Shakyamouni.
Ladrang (Tib.) : terme général désignant les bâtiments appartenant à un Lama ou à une même lignée de Lamas.
Lama (Tib.) : traduction du mot sanskrit Gourou qui signifie maître ou guide spirituel. Il était au Tibet réservé sauf rare exception, aux dignitaires réincarnés (Tib. Trulkou) chefs de monastères. A ne jamais confondre avec moine (toujours astreint au célibat). Les Lamas quand à eux, pouvaient être des moines ou des Lamas mariés. De nos jours, sous l'effet de l'ignorance des coutumes tibétaines, cette appellation s'applique indistinctement à l'ensemble des moines. Les Tibétains réfugiés eux-mêmes l'emploient de plus en plus fréquemment dans ce sens au risque de confusions.
Lamdré (Tib.) : "La Voie avec son Fruit", cycle d'enseignements basés sur le Tantra de Kyé-dor jé (Skt. Hévajra) que le grand Siddha indien Viroupa contribua à diffuser. Ces enseignements qui expliquent toutes les voies et les étapes menant à l'état de Bouddha parfait peuvent être expliquées de différentes manières; la plus connue les divise en deux parties : la première connue sous le nom de Nanwa-soum, "Les trois Visions", traite exclusivement de la voie des Paramitas, tandis que la seconde, le Djusoum, "Les trois Lignes", s'intéresse à la voie tantrique.
Lamtu (Tib.) : Sadhana développée de Kyé-dor jé (Skt. Hévajra), très pratiquée dans l'école Sakyapa.
Libération : (Tib. Tharpa) terme général qui signifie libération de la souffrance, mais n'est pas la description d'une étape spirituelle précise.
Liens-sacrés : (Tib. Damtsik) voir Vœux.
Liens-supportss : (Tib. Tendrèl) chaîne de causes à effet ou encore causes interdépendantes; ce terme désigne le principe de production de tous les Dharmas qui sont dénoués d'existence propre et indépendante, mais qui au contraire, naissent en s'appuyant sur diverses causes et conditions.
Limite-de-réalisation : (Tib. Trouptha) la façon d'appréhender le point de vue philosophique d'une école en particulier.
Loung (Tib.) : terme général désignant la transmission orale d'un texte religieux que tout disciple doit recevoir de son Lama avant de s'engager dans sa mise en pratique.
Madhyamika (Skt.) : école philosophique du Mahayana ou Grand véhicule adoptant une position moyenne entre deux vues extrêmes, qui fut exposée en détail par le grand Nagarjouna. Il apporte une réponse aux questions essentielles concernant l'existence ou la non-existence des phénomènes, en démontrant l'erreur de ceux qui se prononcent pour l'une ou l'autre thèse, les deux à la fois ou leur contraire.
Mahakala (Skt.) : l'un des nombreux protecteurs de la doctrine du Bouddha.
Mahamaya (Skt.) : déité tutélaire s'appuyant sur les Tantras supérieurs.
Mahamoudra (Skt.) : terme signifiant "Grand sceau" et qui désigne l'ultime étape de la vision profonde dans le Vajrayana, à savoir la nature ultime de l'esprit.
Mahayana (Skt.) : le grand véhicule qui lui-même inclut la voie des Paramitas et le Vajrayana. Le qualificatif de "grand" est justifié par la motivation du pratiquant qui aspire à la bouddhéité pour le bien de tous les êtres.
Maison de Lama : voir Ladrang.
Mandala (Skt.) : diagramme mystique d'énergie dans lequel les déités ou leurs emblèmes sont disposés en cercle. Il représente symboliquement les diverses étapes que le disciple doit franchir afin de parvenir à la réalisation de l'ultime bouddhéité.
Mantra (Skt.) : se décompose en Man pour Manas qui signifie mental et en Tra qui veut dire "Protège". Mantra est donc ce qui garde le mental le protégeant de toute intrusion des pensées ou émotions perturbatrices qui pourraient troubler sa méditation. Il est aussi l'essence de la parole de la déité sur le plan vibratoire.
Méditation : (Tib. Gom) le terme tibétain signifie littéralement "s'habituer de façon répétée à une action donnée" qui est ici la concentration de l'esprit sur un sujet particulier.
Milarépa (Tib.) . grand anachorète du 11eme siècle qui consacra sa vie à la réalisation spirituelle.
Moine : (Tib. Guélong) terme désignant ceux qui ont pris les 253 vœux énoncés par le Bouddha dans le Vinaya.
Moudra (Skt.) : geste, sceau ou parèdre; ce terme désigne généralement un geste symbolique de la main accompagnant la pratique de la visualisation d'une déité, pendant un rituel. Il désigne aussi l'épouse spirituelle qui sert de support aux pratiques de réalisation dans les Tantras.
Naga (Skt.) : divinités-serpents gardiennes des océans et du monde souterrain, ainsi que des trésors et de certains enseignements secrets.
Nalenda (Skt.) : L'un des plus grands centres monastiques bouddhiques de l'Inde ancienne qui était situé au Sud de l'actuelle ville de Patna dans l'état du Bihar.
Namdjal (Tib.) : (Skt. Oushnîsavijayâ) contraction du nom de la déité Tsouktor-namdjal.
Namdjar (Tib.) : toge monastique faisant partie des trois sortes de vêtements portés par les moines.
Naro-katché (Tib.) : (Skt. Vajrayogini) un autre nom de la divinité tutélaire Dorjé-naldjorma dont la lignée de transmission remonte au grand sage indien Naropa.
Néten (Tib.) : pilier de la doctrine, nom donné aux grands érudits et pratiquants qui par leur connaissance et leur réalisation œuvrent pour la continuité de la doctrine Bouddhique.
Ngor (Tib.) : l'une des trois branches qui composent l'école Sakyapa. Avant 1959, cette sous-école était la plus importante de tout le groupe Sakyapa avec son monastère central de Ngor-ewam-tcheuden et ses centaines de monastères filiaux réparties dans tout le Tibet.
Nirvana (Skt.) : voir Libération.
Novice : (Tib. Guétsul) première étape dans la vie monastique, les novices sont astreints au célibat et à la chasteté en respectant un ensemble de dix vœux.
Nyingmapa (Tib.) : la plus ancienne école du Bouddhisme tibétain dont les enseignements remontent à Gourou-Rinpotché, au 8ème siècle.
Nyouné (Tib.) : retraite de méditation durant laquelle l'adepte alterne le jeûne et une alimentation normale un jour sur deux.
Otiyana (Skt.) : pays de Dâkinîs situé entre l'Afghanistan et le Cachemire.
Paden (Tib.) : bandes de tissu multicolores accrochées au plafond des temples et servant d'ornements.
Palden-Ihamo (Tib.) : déité gardienne le plus souvent représentée chevauchant une mule. Voir Protecteurs.
Pandit (Skt.) : érudit dans les cinq domaines principaux et secondaires de la connaissance traditionnelle indienne.
Paradis : (Tib. Shinkham) un grand nombre de paradis aux noms différents et correspondant souvent à la résidence d'un Bouddha sont évoqués dans les textes. Y renaissent les êtres ayant échappé à la transmigration sous l'effet du karma. Recevant les enseignements directement des Bouddhas qui y résident, ils foulent eux aussi les différents degrés de réalisation.
Paramita (Skt.) : les six vertus parfaites du véhicule de cause du Mahayana:
- La vertu du don,
- La vertu de la conduite éthique,
- La patience,
- L'énergie,
- La méditation,
- La sagesse.
Parfait : traduction grossière du mot sanskrit Bhagavan, qualificatif utilisé pour désigner la victoire du Bouddha sur Mara le démon, sa possession des qualités suprêmes et l'obtention de l'état au-delà de la souffrance.
Parinirvana (Skt.) : terme utilisé pour désigner le trépas du Bouddha puis ensuite appliqué aux Lamas et aux êtres saints dans la même occasion,.
Phowa (Tib.) : Transfert de conscience. Cette projection est utilisée au moment de la mort pour éviter à l'adepte d'errer dans l'état intermédiaire entre mort et renaissance (Tib. Bardo), et lui permet de se rendre directement dans un Paradis.
Posadha (Skt.) : rituel de confession des fautes.
Poutra (Skt.) : déité gardienne. Voir Protecteurs.
Prajnaparamita (Skt.) : vertu de la sagesse transcendante.
Protecteurs : (Skt. Dharmpala) catégorie de déités dont les rituels visent à détruire pour le pratiquant, toutes forces adverses internes et externes qui viendraient à menacer soit sa propre pratique spirituelle, soit celle d'autrui ou le Dharma en général. Ces déités sont liées aux Bouddhas par leur serment de défendre en toutes circonstances le Dharma et ses pratiquants. Elles présentent un aspect peu avenant et terrible afin de faire reculer les êtres nuisibles que seule une telle apparence permet de dompter.
Puissant : qualificatif désignant le Bouddha lui-même.
Quatre lignées orales : ce type de transmission combine les quatre éléments suivants :
- Lama authentique,
- Traité authentique,
- Cours du fleuve de l'initiation ininterrompue,
- Fleuve des Vagues de dons ininterrompu.
Quatre périodes : nombre de sessions quotidiennes durant lesquelles l'adepte doit pratiquer sa Sadhana au cours d'une retraite de méditation. Ce nombre peut varier selon le type de pratique et l'intensité de la retraite.
Quatre Tantras (Stk.) : voir Tantras.
réalisation : compréhension de l'état primordial et naturel de l'esprit; elle est le résultat d'un cheminement qui permet la disparition des voiles occasionnées par les pulsions négatives et la connaissance conceptuelle.
Refuge : Engagement initial du disciple commun à toutes les écoles. Le pratiquant qui cherche un refuge infaillible contre toutes les souffrances de l'existence place sa confiance dans les Trois-Joyaux; il prendra également refuge dans le Lama s'il s'engage dans le Vajrayana.
Riwo-guédenpa (Tib.) : voir Guéloupa.
Sâdhana (Skt.) : (Tib. Droupthap) texte résumant l'ensemble d'une pratique conduisant à la réalisation. Les Sadhanas sont de longueur très variable. Elles s'appuient sur la pratique d'une déité en particulier.
Sakya (Tib.) : nom du centre monastique fondé en 1073 par Khon-khontcho-djalpo dans le Tsang, et qui a donné naissance à l'école du même nom.
Samadhi (Skt.) : état de méditation profonde dans lequel l'esprit demeure stable, concentré sur un objet unique, par exemple le Samadhi de l'amour.
Samboghakaya (Skt.) : voir Corps.
Sampouta (Skt.) : nom d'un Tantra.
Sandu (Tib.) : (Skt. Gouhyasamâja) nom d'une déité tutélaire dont la pratique s'appuie sur les Tantras supérieurs.
Sangha (Skt) : assemblée de ceux qui enseignent et pratiquent le Dharma.
Sapen (Tib.) : contraction du nom de Sakya-pandita, l'un des cinq premiers Lamas Sakyapas.
Senyi (Tib.) : sorte de nomenclature.
Sept membres : prière qui rassemble les sept points suivants:
- Le membre du refuge,
- Le membre de la confession des pêchés,
- Le membre du développement de l'esprit d'éveil du souhait,
- Le membre du développement de l'esprit d'éveil en action,
- Le membre de l'esprit d'éveil du sens profond,
- Le membre de la réjouissance aux vertus d'autrui,
- Le membre de la dédicace.
Sétsang (Tib.) : nom du père du Bouddha Shakyamouni.
Shal-jipa (Tib.) forme à quatre visages du protecteur Mahakala.
Shémar (Tib.) : (Skt. Raktayamântaka) l'un des aspects de Yamantaka, une divinité tutélaire très pratiquée chez les Sakyapas.
Shenpa-ji-drèl (Tib.) : "La libération d'avec les quatre attachements", titre d'un célèbre enseignement Sakyapa. Voir introduction.
Shinjé-ché (Tib.) : (Skt. Yamântaka) nom d'une déité tutélaire.
Siddha (Skt.) : terme utilisé pour qualifier les grands sages qui ont obtenu les réalisations.
Siddhi (Skt.) : pouvoirs, fruits de la méditation qui sont de deux sortes:
- Ordinaires tels que les différents pouvoirs mondains.
- Suprêmes tels que l'obtention de l'état de Bouddha.
Six doctrines : (Tib. Naro Tcheu-drou) nom d'un cycle d'enseignements dont la lignée remonte au Siddha Naropa.
Sloka (Skt.) : terme utilisé pour désigner une strophe de quatre vers.
Soukhâvatî (Skt.) : voir Paradis.
Sougatha (Skt.) : "Celui qui s'en va dans la félicité", un Bouddha parfait.
Source-des-dharmas : nom donné à un triangle utilisé dans certaines visualisations tantriques.
Soutra (Skt.) : discours et sermons prononcés par le Bouddha historique.
Stoupa (Skt.) : monument destiné à contenir des reliques de Bouddhas ou de grands saints. Il en existe huit formes différentes qui symbolisent l'éveil des Bouddhas.
Tantra (Skt.) : (Tib. Dju) mot signifiant "réseau". Il s'agit d'un ensemble de textes établissant un réseau de correspondances symboliques entre l'univers extérieur et l'intérieur, ou encore entre les déités et les êtres vivants ordinaires, c'est à dire non-libérés. Les Tantras, qui enseignent une voie rapide vers la libération, sont réparties en quatre classes selon la tradition dite "Sarma" ou nouvelle" :
- Kriya-tantras, s'appuyant sur le rituel et les modes extérieurs de purification,
- Charya-tantras, contenant des instructions rituelles et des pratiques du développement de l’esprit,
- Yoga-tantras, axant surtout sur le sens intérieur dans les pratiques de méditation,
- Anouttara-yoga-tantras, ou tantras supérieurs tournés vers la nature de l'esprit.
Tanyi (Tib.) : abréviation de "Tapa-nyipa", Tantra explicatif de Guépa-dorjé.
Tathâgata (Skt.) : "ceux qui ont atteint leur nature profonde", terme désignant les Bouddhas.
Tchamdral (Tib.) : terme désignant la déité gardienne Palden-Ihamo.
Tchenrézi (Tib.) : (Skt. Avalokitesvara) Bodhisattva représentant l'amour et la compassion de tous les Bouddhas.
tenant: terme utilisé pour désigner les grands Lamas qui détiennent une ou plusieurs lignées de transmission d'enseignements.
Tendjour (Tib.) : collection réunissant l'ensemble des traductions des commentaires des Soutras et Tantras, écrits par les maîtres indiens.
Tankha (Tib.) : peinture tibétaine montée sur brocards.
Tikka (Tib.) : commentaire.
Torma (Tib.) : gâteau sacrificiel.
Triple joyau : (Skt. Triratna) Bouddha, Dharma et sangha. Voir Refuge.
Trois corbeilles : (Tib. Téneu-soum) Vinaya, Soutras et Abidharma.
Trois dédicaces : Celui qui dédie, l'acte de dédicacer et ce qui est dédicacé.
Trois mondes : les mondes du désir, de la forme et du sans-forme.
Trois pères et fils Sakyapa : Satchen Kunga-nyingpo et ses deux fils Sénam-tsémo et Trapa-djaltsen.
Trois pratiques : les pratiques de l'écoute, de la réflexion et de la méditation.
Trois sphères : voir Trois mondes.
Trois véhicules : voir Véhicules.
Trois vœux : voir Vœux.
Trois vœux : voir Vœux.
Tsangkhang (Tib.) : chapelle le plus souvent situé à proximité d'un temple.
Tsépamé (Tib.) : (Skt. Amitayus) déité tantrique concentrant les pouvoirs de longue vie.
Tsoda (Tib.) (Skt. Ganapati) : déité tantrique.
Tsokyé (Tib.) : nom d'une Saddhana de Kyé-dor jé.
Tsouktor-namdjal (Tib.) : (Skt. Oushnîsavijayâ) déité tantrique.
Tu-ki-khorlo (Tib.) : (Skt. Kalachakra) déité tutélaire dont la pratique s'appuie sur les Tantras supérieurs.
Vagues de dons : traduction littérale et évocatrice du mot tibétain "Tchin-lap" qu'on rend aussi par "bénédiction".
Vajra (Skt.) : instrument symbolisant le principe masculin, la grande méthode qui est la compassion, activité de l'Esprit des Bouddhas. Chaque détail du Vajra représente un Bodhisattva. Il est associé à la cloche qui symbolise la Sagesse, principe féminin qui est la connaissance de la vacuité des Dharmas.
Vajrayana (Skt.) : voir Mahayana et Véhicules.
Véhicules : on distingue dans le Bouddhisme:
- Le Hinayana qui est le véhicule des Auditeurs et des Bouddhas-pour-soi; on l'appelle Véhicule inférieur à cause de la motivation de libération personnelle et de pratique spirituelle tournée sur soi-même.
- Le Mahayana qui est le grand véhicule incluant le Paramitayana, la Voie des Paramitas et le Vajrayana, la Voie des Tantras; le qualificatif de grand est justifié par la motivation du pratiquant qui aspire à la bouddhéité pour le bien des êtres.
Victorieux : qualificatif désignant les Bouddhas parfaits victorieux de la souffrance.
Vinaya : une des trois corbeilles, celle qui traite de la discipline monastique et de la morale en général.
Vœux : trois sortes de vœux qui sont en relation avec les véhicules auxquels ils sont associés :
- Les vœux du Hinayana principalement centrés sur le respect des cinq préceptes de ne pas tuer, ne pas voler, ne pas avoir d'inconduite sexuelle, ne pas mentir et ne pas consommer d'intoxicants.
- Les vœux du Bodhisattva caractérisant le Mahayana, qui sont fondés sur la compassion et l'esprit d'éveil.
- Les vœux tantriques du Vajrayana que l'on prend dans les initiations et dont les plus importants sont liés aux 14 fautes-racines que l'on doit s'efforcer d'éviter.
Yoga, Yoga-tantra (Skt.) : voir Tantras.
Yogachara (Skt.) : L'un des quatre grands courants de pensée du Bouddhisme indien.
Yoga-dor-yin (Tib.) : nom d'un cycle tantrique.
Yidam (Tib.) : déité tutélaire qui est une émanation de l'esprit des Bouddhas. Le pouvoir de cette déité ainsi que la possibilité d'obtenir la réalisation en s'appuyant sur sa pratique, est conférée lors de l'initiation par le Lama. Voir Divinité.
Zonpeun (Tib.) : nom donné aux chefs des "Zong" ou bâtiments fortifiés au Tibet.


TABLE DES MATIERES

Préface
Introduction

BIOGRAPHIE DE NGORTCHEN KUNGA-ZANGPO
Hommage et présentation de la biographie
Livre I : les prophéties du Victorieux concernant sa venue
Livre II : ses actions dans l'enseignement durant ses vies passées
Livre III : ses actions en faveur de l'enseignement du Bouddha dans cette vie-ci
1.Division 1 : biographie couvrant la période précédant son entrée en religion
2.Division 2 : ses actions après son entrée en religion
2.1.Première partie : comment les vœux lui furent transmis
2.2. Deuxième partie : ses actions dans l'écoute et la réflexion
2.3.Troisième partie : ses activités divines pour le bien d'autrui
2.3.1.Chapitre 1 Sa prise en charge des êtres
2.3.2.Chapitre 2 La façon dont il contrecarra les mauvais arrogants
2.3.3.Chapitre 3 L'édification par ses soins des supports du Corps, de la Parole et de l'Esprit des Bouddhas
Le Nirvana
Notes
PARTIE ANNEXE
Signification du mot EWAM
Colophon
Biographie de Mutchen
Glossaire