quinta-feira, 27 de março de 2014

HISTÓRIA DA TRADIÇÃO SAKYA


 

 

 

LA VENUE DU GRAND SAKYAPA, MAITRE DE LA DOCTRINE ET ISSU DE LA LIGNEE AUX 3 EXCELLENTS NOMS

 

Faire l'éloge de la lignée royale des rois "élus de tous" ainsi que de la divine famille des Khon Sakyapa apporte un mérite illimité, comme l'ont dit les sages.

 

Un jour, dans la région de Ngarité, terre élevée et pure, ou bien près du roi de Shétsha du Nord, trois frères dieux lumineux descendirent pour attirer du mérite aux êtres. Les cinq descen­dants de la lignée de Yuring le deuxième frère, jusqu'à Yapongtchié sont appelés "la lignée divine de claire lumière". Yapongtchié ayant vaincu le démon Tchiareng sans verser son sang, épousa la femme de ce démon nommée Yandrou Silima, et un fils leur naquit, nommé Khonbartchié (celui qui est né au milieu de la bataille entre dieux et démons). Le fils de ce dernier, Khon Palpotché, devint le ministre du roi Thrisong.

 

C'est à cette époque que les sept premiers moines tibétains furent ordonnés. L'un d'eux était le disci­ple de Pémakara (Guru Rinpoché), c'était le fils de Khon Palpotché, appelé Khon Luong Soung. A partir du frère de ce dernier jusquShérap Tsulthrim et Khon Kentcho djialpo (frères), il y eut une lignée de dix membres de cette famille.

 

Tous les prédécesseurs de Khon Ro Shérap Tsulthrim étaient adeptes des anciens Tantras et obtin­rent la réalisation par la pratique du Yidam Yang Phur. Khon Kentcho Djialpo étudia la nouvelle diffusion des Tantras et fonda le monastère de Sakya. Selon une prophétie du Bouddha, dans le Tantra de Djampéyang, il était dit qu'un monastère ''Sakya" dont les deux premiè­res lettres étaient citées, embellirait la doctrine au Tibet. Une autre prophétie de Guru Rinpoché concernait l'endroit où serait construit ce monastère et les dis­ciples qui y viendraient. Aux quatre directions, avant de construire le monastère, on bâtit quatre Stoupas en vue de purifier l'endroit et de le rendre propice. On dit aussi que, lorsque le maître Atisha se rendant de l'Inde au Tibet passa par ce lieu (encore désert), il se prosterna de nombreuses fois et fit des offrandes. C'est alors qu'il vit, sur le flanc de la montagne, un HRI, sept DHI et un HUNG. Il déclara que cet endroit verrait venir une incarnation de Tchenrézi, sept de Djampéyang et une de Tchanadorjé. Atisha, poursui­vant ses prosternations et offrandes, prédit que le lieu serait source de bonheur pour tous.

 

C'est donc là que Kentcho Djialpo, en 1073, à l'âge de 40 ans, l'année du Boeuf d'Eau du premier cycle, fonda le monastère de Sakya. C'est à partir de ce moment que l'on parle des Sakyapas.

 

C'est ainsi que la pure renommée de cette lignée aux trois excellents noms (lignée divine, famille des Khon et Sakyapa) se répandit partout.

 

Son fils, Satchen Kunga Nyingpo se révéla être une incarnation de Tchenrézi, comme l'avait vu Nam Khaoupa et d'autres. Il naquit de cette lignée excel­lente, l'année du Singe d'Eau mâle du deuxième cycle.

 

Dès sa naissance, il montra un grand amour pour tous les êtres. Encore jeune, il apparut à un disciple Khampa sous sa forme à mille bras et mille yeux, avec toutes les marques de Tchenrézi, et sa réputation d'être aussi l'incarnation de Birwapa se répandit par­tout.1

 

Il possédait les dix forces et pouvait porter la responsabilité de la doctrine, il était le Bodhisattva suprême, maître des trois sphères, le guide de ceux qui aspirent à la libération, le maître de ceux qui sont entrés sur la voie, possédant la résolution ferme de la libération des êtres, capable de trancher tous les doutes, possédant la connaissance de tous les objets de savoir sans exception.

 

Il reçut l'immense océan de tous les enseignements de sa propre école et des autres. Grâce à sa pratique et à ses réponses, il éclaircissait toutes les incertitudes; habile à différencier le Dharma de ce qui ne l'était pas, il devint excellent à conduire les disciples sur la voie pure.

 

REVELATION DES INNOMBRABLES ENSEIGNEMENTS DES SUTRAS ET TANTRAS À SATCHEN KUNGA NYINGPO ET SA DESCENDANCE

 

La clé du bonheur et du malheur, dans cette vie et toutes les vies dans les différents mondes dépend de la présence ou non du noble Dharma. Le Dharma pur est celui qui est en accord avec les enseignements du Bouddha.

 

Sakyapandita a dit : "Dans les trois univers, nul n'est plus savant que le Bouddha Parfaitement Accompli. C'est ainsi qu'il faut s'en tenir fidèlement aux Sutras et Tantras, qui sont les paroles du Bouddha. Si l'on

ajoute faussement quelque chose aux Sutras et Tantras, on devient l'objet de la critique des êtres suprêmes.

Ainsi parle le maître Tchampa (Maitreya) dans le rGyud lama".

 

Le maître Bouddha Parfaitement Accompli, a enseigné à Varanasi, au Pic des Vautours, à Nyenyé et en d'autres endroits 84000 enseignements, remèdes à 84000 sortes de mauvaises dispositions en accord avec les tempéraments et inclinations particulières des disciples ordina­ires. Du mdzod : "En antidote aux mauvaises dispositions, le Bouddha a énoncé les divers enseignements."

 

Le Bouddha enseigna :

- 21 000 enseignements de la Corbeille de la Discipline énonçant principalement l'entraînement dans la disci­pline éthique en remède aux dispositions d'avidité chez les êtres.

 

- 21 000 enseignements de la Corbeille des Sutras énon­çant principalement l'entraînement dans le Samadhi en remède aux dispositions de haine-agressivité chez les êtres.

 

- 21 000 enseignements de la Corbeille de l'Abidharma énonçant principalement l'entraînement dans la sagesse en remède aux dispositions d'ignorance chez les êtres.

 

- 21 000 enseignements de la Corbeille Profonde en remède à l'ensemble de ces trois poisons.

 

Tous ces enseignements peuvent se résumer dans le Petit Véhicule pour ceux qui aspirent à une voie étroite, et dans le Grand Véhicule pour ceux qui as­pirent à une voie large. Quelles sont les caractéristiques respectives de ces deux Véhicules ?

Dans le Petit Véhicule, l'esprit aspire à la paix et au bonheur personnel, et, s'appuyant sur la voie des trois entraînements réalise l'éveil.

Dans le Grand Véhicule, l'esprit aspire à l'état de Bouddha pour le bien de tous les êtres et, s'appu­yant sur la voie des six Paramitas, réalise l'éveil parfait.

 

Le Grand Véhicule est éminemment supérieur au Petit Véhicule pour cinq raisons qui sont : la pra­tique, l'action en accord avec l'intention, la sagesse transcendantale, l'effort, l'habileté dans la méthode et par les deux fruits qui sont ceux de la réalisation par­faite et de la grande action divine. Dans le Grand Véhicule lui‑même, il y a pour ceux qui aspirent à la cause le Véhicule des Paramitas qui prend la cause pour voie, et pour les disciples supérieurs qui aspirent à la fois à la cause et au fruit, le Véhicule des Mantras qui prend le fruit pour voie.

 

Ce profond et secret Véhicule du Dorjé, comme il est dit dans le 'Jam dpal sGyu 'phru1 dra ba est énoncé par la pensée commune de tous les Bouddhas des trois temps en vue des disciples non ordinaires. C'est ainsi que les grands Tantras enseignés avec les cinq certitudes, dans cette époque de querelles, le furent par notre maître à tous, dans l'apparence Hérouka du Corps de Félicité en harmonie avec la forme des disciples, bien qu'il demeurât cependant immuablement dans le Corps du Dharma. Il enseigna ces Tantras à Oudjien dharma Kendza, Shri dhanakata, au sommet du Mont Mérou et dans bien d'autres lieux, au milieu d'une assemblée de praticiens tantriques supérieurs qui répétaient après le Bouddha.

 

C'est ainsi que la différence entre les Sutras et les Tantras tient à l'absence ou à la présence de la visualisation de divinités pour notre propre bien et à l'accomplissement des rituels d'initiation et de consécration et autres pour le bien d'autrui. De façon générale, bien que dans les Sutras et Tantras, la vision à réaliser, le fruit à obtenir et l'intention qui est l'esprit d'éveil soient semblables, le véhicule des Tantras se distingue par : son habileté à réaliser la vision profonde, l'abondance des moyens pour la réaliser, la facilité de la réalisation de l'éveil et sa destination qui est les disciples à l'intelligence aiguisée.

 

Il y a de nombreuses diffusions différentes des Tantras en fonction des différents Panditas et sages; quant à la lignée des Sakyapas, elle suit la tradition du Tantra Explication de Kyé Dorjé ''rDo rJe Gur" qui divise les Tantras en quatre groupes : Les Tcha djiu (bya rGyud), tché djiu (spyod rgyud) nal djor djiu (rNal 'byor rGyud) et nal djor lanamépé djiu (rNal'byor bla na med pa'i rGyud)

 

En résumé, tous les enseignements des petit et grand véhicules des Arahats, de Tchampa, Djampéyang, Tchanadorjé et des autres furent consignés par les écrivains, enseignés par les Panditas, pratiqués et réalisés par les grands sages. Le grand Sakyapa (Satchen Kunga Nyingpo) devint le maître de toutes les doctrines des Sutras et Tantras, répandues au Tibet, et précédemment diffusées par de nombreux Panditas et sages authentiques de l'Inde. Il eut particulièrement la révélation de tous les enseignements du Suprême Nagarjuna et du Puissant Birwapa. A l'âge de 12 ans, il suivait l'enseigne­ment de Bari Lotsawa, son Lama, et, au bout de six mois de pratique assidue et concentrée, le jeune élève rencontra Djampéyang et obtint ses prophéties. En vision, il obtint l'enseignement de la libération des quatre désirs, concentré dans un Shloka transmis par Djampéyang :

 

"Si vous aspirez à cette vie ardemment, vous n'êtes pas une personne religieuse ; si vous aspirez ardemment à la roue de l'existence, vous n'avez pas le dégoût qui mène à sa sortie, si vous aspirez ardemment à votre seul intérêt, vous n'avez pas l'esprit d'éveil. Si l'attachement à l'égo s'ensuit, vous n'avez pas la vision profonde."

 

Satchen Kunga Nyingpo comprit alors en un instant tous les enseignements de la voie des Paramitas.

 

Ses principaux maîtres furent:

   Trongti Tarma Nyinpo

   Tchong Rinchentra

   Lhangtsor

   Bari Lotsawa Rinchentra et le Lama Nam Khaoupa disciple de Nyén Lotsawa

   Mal Lotsawa Lodreu tra

   Pouhring Lotchong

   Dodjé Denpa

   deux Panditas du Népal, Khon Djitchowa et son propre père, Kentcho Djialpo.

 

Les enseignements qu'il reçut de ces Lamas concernaient :

la métaphysique

- la science des caractéristiques ou logique

- Ouma ou philosophie profonde (Madhyamika)

- Les 5 enseignements de Maitreya

- les 3 enseignements de Sèmdrel (la nature de l'esprit)

- la médecine

- le Kandjiur

- le Tendjiur

- les initiations des 4 groupes de Tantras

- les enseignements sur leurs commentaires

- les enseignements profonds concernant la réalisation des pouvoirs inférieurs (liés au Samsara) et supérieurs (Bouddhéité).

 

Il étudia aussi ce qui concernait les Protecteurs du Dharma Ngenpo Kur et Ngenpo Tramzé, à la façon d'un "vase qui n'est pas percé" (caractéristique imagée du bon disciple qui retient l'ensei­gnement). Grâce au pouvoir de Djampéyang en lui, il lui suffisait d'entendre une ou deux fois un enseignement pour en réaliser le sens profond sans erreur. Il reçut également Sangwa ndupa et Khorlo Dentcho dont la lignée initiatique remontait à Nagarjuna.

 

De quelle façon eut‑il la révélation des enseigne­ments du puissant yogui Birwapa ?

 

Ce grand Lama, de même que l'immense océan n'a jamais trop d'eau, sans se contenter des seuls enseignements essentiels du sens des Sutras et des Tantras, reçut de son père et de Khon Djitchowa les enseignements profonds de Ndromi Lotsawa Shakya Yéché, enseignements essentiels. Avec confiance et beaucoup de foi, il reçut aussi les enseignements qui suffisent à mener les êtres à l'état de Bouddha, le Lamdré ou "voie incluant son fruit''.

 

Notre maître à tous avait de nouveau enseigné le sens résumé du Tantra fondamental de Kyé Dorjé 'Bumpa dans le brtag pa gnyis pa, ''les deux examens'' où il est dit qu'il faut :

 

pratiquer l'accumulation des vertus avec le rejet des erreurs, ainsi que le don tout d'abord

 

- puis, la philosophie du milieu (Ouma)

 

puis, tous les degrés des mantras

 

et enfin, Kyé Dorjé.

 

C'est ainsi que celui, qui, de sa propre force a diffusé la tradition de ces Tantras racines et explicatifs qui sont les sommets de tous les Tantras et Sutras, est le puissant yogui Birwapa, Siddha demeurant dans la sixième terre et protégé par Dorjé Daméma.

 

Il est dit dans la louange aux quatre-vingt quatre Siddhas : ''Prosternation devant le Lama Birwapa qui a divisé les eaux du grand fleuve et qui, pour prix de la bière, a arrêté la course du soleil".

 

Birwapa naquit 1020 ans après le Nirvana du Bouddha, dans une caste royale. Il rejeta avec mépris comme on rejette des ordures, la perspective de  gouverner le royaume. Il obtint les vœux de novice de l'abbé Teulwé Lha et du maître Djialwa Trapa dans le temple de Somapuri à l'est de l'Inde. Il fit ériger de nombreux supports de foi dans les monastères et obtint les vœux de moine de l'abbé du monastère de Nalanda, Dharmamitra.

 

Sous sa direction, il paracheva les activités de l'étude et de la réflexion; instruit dans l'immense océan de toutes les doctrines, il devint vite l'ornement de Nalanda et grand abbé de ce monastère. Le jour, il accomplissait la triple activité monastique de l'argumentation, l'enseignement, et la composition; la nuit il pratiquait la méditation des Yidams (Khorlo Dentcho par exemple).

 

Mais, au bout de soixante-dix ans de pratique assidue, comme il ne voyait aucun résultat mais, qu'au contraire, des événements désagréables s'étaient produits, il se dit qu'il n'avait aucune relation karmique avec le bouddhisme tantrique et ses Yidams. Dans cet état d'esprit, le vingt-deuxième jour du dernier mois Saga du printemps, il jeta son chapelet dans une fosse d'aisance et demeura l'esprit en paix. Le soir de ce même jour, il eut l'apparition de Dorjé Daméma en rêve. Elle lui parla ainsi :

 

"Noble fils, n'agis pas ainsi, reprends ton chapelet, nettoie‑le, remets toi à la pratique; je suis la divinité avec laquelle tu as une relation karmique, je t'accorderai mes vagues de dons."

 

Le soir suivant, Dorjé Daméma lui apparut encore, dans son propre mandala, avec quatorze déesses autour d'elle et il obtint alors réellement les consécrations et aussitôt la première terre avec la naissance de la connaissance transcendante.

 

C'est ainsi qu'ayant reçu les 4 consécrations, le fleuve de l'initiation ne fut pas interrompu.

 

Comme, lors de la consécration, il avait obte­nu la connaissance transcendante, la lignée des vagues dons ne s'interrompit pas.

 

Grâce à l'enseignement de Dorjé Daméma, Birwapa comprit que ce qu'il avait pris pour de mauvais présages auparavant (vision de montagnes s'effondrant, etc.), ne se souvenant pas des ensei­gnements de son Lama, étaient en réalité des signes de sa prochaine réalisation. Tous les obsta­cles disparurent d'eux‑mêmes et en son esprit, naquit la compréhension juste des trois, canaux, souffles et esprit d'éveil.

 

Par cette compréhension, l'enseignement essentiel fut vérifié.

 

Comme une foi inébranlable envers Dorjé Daméma, aspect du corps de Dharma de connaissance transcendante des Bouddhas Parfaitement Accomplis, naquit en son esprit, il fut comblé de ferveur et respect et ainsi, il devint en possession des quatre lignées orales.

Dans cet état de vision intérieure, il progressa chaque jour d'une terre.

 

Le soir du vingt-neuf, il atteignit ainsi le degré d'un Bodhisattva de la sixième terre. Les moines qui l'observèrent eurent alors l'impression que des choses étranges se passaient. On le critiqua. Birwapa déclara lui‑même : "je suis mauvais" et, s'engageant dans l'action libérée des règles de conduite ordi­naire, il quitta le monastère de Nalanda en chantant: "Hélas, noble Sangha!"

 

Arrivé près du Gange, sur la route de Bénarès, il s'adressa au fleuve en lui commandant de se sépa­rer en deux, puisqu'étant mauvais, il ne convenait pas qu'il le touchât; le fleuve obéit. Les moines qui le suivaient, ayant compris qu'il avait obtenu la réalisation, lui demandèrent son pardon. Il resta assez longtemps dans une forêt près de Bénarès, très détaché de tous soucis matériels (nourriture, vête­ments, etc.) dans le Samadhi.

 

Alors, le roi de Bénarès, Govinda Tsendra, de­manda à ses sujets de prendre des renseignements sur ce yogui. Il ne put s'en faire une opinion, et, par prudence, ordonna de le jeter à l'eau, puis de le donner au bourreau et enfin de l'enterrer sous un monceau de ferrailles. Mais, avant même le retour des messagers auprès du roi, Birwapa était là, bien vivant. Alors, le roi et sa suite se rendirent à 'évidence et pleins de foi, lui demandèrent son pardon. Le roi avec ses sujets prit la voie du bouddhisme tantrique.

 

Birwapa, poursuivant sa route vers Bhimisara arriva au bord du Gange. Il y rencontra un passeur qui refusa de le faire traverser s'il n'était pas payé; Birwapa lui dit : ''je te donne ce fleuve en paiement", et, avec le signe de conjuration, il sépara pour la deuxième fois l'eau en deux parties; puis claquant des doigts, il lui fit reprendre son cours. Le passeur voulut devenir son disciple. On le connaîtra plus tard sous le nom de Drombi Héruka.

 

Birwapa et son disciple se rendirent à Dakinipata où il but beaucoup de bière dans une taverne dont la tenancière était Kamarupa Saddhida; Lorsqu'elle dema­nda :

''Quand vas‑tu payer?", Birwapa fit un trait au sol entre l'ombre et la lumi­ère, et dit :

''Quand la lumière aura dépassé ce trait, je paierai". On attendit; Birwapa avait bu toute la bière de la taverne, mais la lumière ne bougeait pas. Le soleil avait arrêté sa course. Les gens du pays s'affolèrent, titubant de sommeil. Tous comprirent que c'était une manifestation du pouvoir du puissant yogui, et le roi, payant le prix de la bière, pria Birwapa de bien vouloir relâcher la course du soleil. aussitôt, celui-ci se coucha.

 

C'est ainsi que sa réputation d'avoir par deux fois divisé le Gange en deux et arrêté la course du soleil se répandit dans toutes les directions.

 

Birwapa fendit un lingam de Shiva à Bhéméhasar au sud. Il accomplit de nombreuses actions merveil­leuses grâce auxquelles il établit bien des êtres dans la voie. Parmi ses disciples, il y avait Napopa de l'est à la longue chevelure.

 

 

Birwapa, Drombi Héruka et Napopa, par leurs pouvoirs, accomplirent le bien des êtres. Birwapa donna à Drombi Héruka des vagues de dons qui l'éta­blirent dans le même degré de compréhension que lui. Birwapa l'envoya à l'est, au pays de Rada auprès du roi Déha pour le convertir, et, avec Napopa, il se rendit à Diwikoti, près de la statue de Tchenrézi Khasapani qui lui parla ainsi :

"Noble être, tu as accompli largement le bien d'autrui par tes pouvoirs; tu dois aussi l'accomplir grâce à la compassion, car les êtres sont tous différents."

 

Aussi Birwapa fonda-t-il à Sowanathar au sud, temple et communauté de moines . Il protégea la vie de millions d'animaux en empêchant les sacrifices sanglants. Il transmit à Napopa l'essence du Lamdré (Dorjé Tshig­kong) et celui‑ci obtint le même degré de compréhension que lui. Puis, des messagers vinrent l'inviter au pays d'Oudjien; là, il composa le grand traité de base "Treumé" sur la vision pro­fonde. Ensuite, suivant les paroles de Tchenrézi, il s'absorba dans une statue de pierre à son image à Sowanathar, après avoir annoncé cet acte. La main droite de la statue faisait le Moudra de conjuration et cette main transformait le fer en or.

 

En résumé, personne comme lui n'a accompli le bien de la doctrine par ses pouvoirs miraculeux in­destructibles. Personne autant que le victorieux Tcheu Tra (Chos Grags) ne l'a tenu par son habileté dans l'ar­gumentation. Personne autant que le roi du Dharma Nya ngen ne l'a tenu par sa puissance et sa réussite. Du 'Jam dpal rtsa rgyud :

 

''Par la lettre DHI, la venue d'êtres puissants... est prophétisée".

 

Bien que beaucoup comprennent cette prophétie comme l'annonce de la venue du glorieux Tcheu Tra, ceux qui suivent Ndromi Lotsawa disent qu'il s'agit du puissant yogui Birwapa.

 

Le disciple de Birwapa, Napopa de l'est, qui possédait l'enseignement du pouvoir d'émanation en des milliers de formes, a transmis ce pouvoir au yogui Damarupa du centre de l'Inde. Ce dernier eut le pouvoir d'apparaître dans tous les vingt-quatre pays et les trente-deux lieux au même moment en faisant résonner le Damaru.

 

Damarupa transmit son enseignement au roi de l'Inde centrale, Sengué Nampar Tsenpa qui obtint un rang élevé de compréhension. Comme on le voyait sou­vent entouré d'enfants et que son comportement était souvent incompréhensible comme celui d'un enfant, on l'appelait Awadhuti.

Awadhuti a transmis son enseignement à Gayadhara d'une caste de scribes. Ce dernier obtint la liber­té parfaite sur la phase de création mentale. Il eut de nombreuses visions de corps d'émanation des divi­nités et obtint le pouvoir de ''placer le Dorjé et la cloche dans le ciel'', ainsi. que celui de trans­férer le principe de conscience d'un corps à un autre.

 

Gayadhara vint au Tibet à Mongkhar mugu chez Ndromi Shakya Yéshé. Depuis Birwapa jusqu'à Ndromi Shakya Yéshé, l'enseignement fut transmis avec les quatre lignées orales et avec le Lama prophétisant à quels disciples il faudrait le transmettre.

 

Ndromi Lotsawa Shakya Yéshé

 

A Trompadjiong, le roi tibétain Lhatsé Lhatsun envoya en Inde trois traducteurs jeunes, pleins de sagesse et de courage : Ndromi Lotsawa, Ling Lotsawa et Ta Lotsawa. Il leur fallait étudier la racine de la doctrine constituée par l'enseignement de la libération personnelle (Hinayana) ainsi que l'essence de la doctrine (les Paramitas) et le cœur de cette essence (le Véhicule tantrique).

 

Parmi ces traducteurs, Ndromi Lotsawa reçut les enseignements du Népalais Chiwazanpo ainsi que du grand Pandita Shintapa, gardien de la porte de l'est du collège de Nalanda (haut grade). Il étudia aussi auprès des autres Panditas de Nalanda, gardiens des cinq autres portes et il acquit la maîtrise sur tous les objets de savoir. A Diwikoti au sud, il obtint réellement l'enseignement de Tchenrézi Khasapani. Puis le grand sage Pawo Dorjé (lui‑même disciple du disciple de Drombi Héruka) lui donna les enseigne­ments du Lamdré et l'explication de deux cent quaran­te Tantras ainsi que les initiations, et explications libératrices. Il étudia ainsi pendant douze ans en tout en Inde et devint riche de tous les enseigne­ments profonds et vastes.

 

Ndromi Lotsawa vint lui‑même, en accord avec la prophétie faite par le Siddha Awadhuti au seigneur

Gayadhara, enseigner le Lamdré complet pendant trois ans, au disciple choisi qui n'eut plus à se préoccuper de trouver ailleurs d'autres enseignements. Il fut un grand Pandita savant dans tous les objets de science. Il eut aussi comme disciples Ngeu Lotsawa et Marpa.

 

Grâce à ses vertus de possession. des enseigne­ments et de réelle compréhension intérieure, il ob­tint la maîtrise et la liberté sur le processus de visualisation, le pouvoir d'émanation, le pouvoir de s'asseoir dans le ciel dans la posture des jambes croisées et le pouvoir de transfert du corps à un autre. Par ces pouvoirs, bien qu'il pût obtenir le Mahamudra dans une seule vie, par la faute de certains de ses disci­ples, il n'obtint la réalisation du corps de connaissance transcendante que dans le Bardo.

 

Bien qu'il tienne l'enseignement essentiel en grande vénération (et donc hésitât à le donner), comme cependant son activité divine était très vaste, il eut d'innombrables disciples et ainsi, bien que dix‑huit traditions concernant le Lamdré aient surgi, son disciple principal est Sékhartchoungwa, qui le servit pendant dix-sept ans, lui faisant entièrement don de ses corps, parole, esprit, et qui reçut les enseignements à la manière d'un vase ''non percé''.

 

Comme les vagues de dons de Sékhartchoungwa étaient grandes ainsi que son enseignement profond, il eut deux cent disciples capables de "saisir le bout de la voie'', qui obtinrent la compréhension intérieu­re. Dix‑sept disciples purent obtenir entièrement tous les commentaires des Tantras; parmi les huit qui reçurent les différentes versions plus ou moins ré­sumées du Lamdré, Changten Tcheunbar, qui resta dix-huit ans à servir son Lama, paracheva les qualités de méditation, et de compréhension intérieure, bien qu'il ne le montrât jamais.

 

Après la disparition du Lama Sékhar, le grand Satchen Kunga Nyingpo, ayant entendu dire que Chang­ten Tcheunbar en possédait tous les enseignements essentiels, pria ce dernier avec persévérance de les lui donner. Il reçut alors de lui, pendant quatre étés et quatre hivers, le Lamdré complet, puis, l'an­née du Lièvre d'eau femelle, alors que Satchen avait trente deux ans, Changten Tcheunbar lui fit la recom­mandation. suivante :

 

''Dans le véhicule tantrique, le plus important est la méditation. Je n'ai cependant pas médité aussi longtemps que cela, mais ce que je vais accomplir maintenant est pour te donner confiance."

 

Et il montra de nombreux miracles. Il lui dit ensuite:

 

''Si principalement tu pratiques, tu obtiendras la réalisation du Mahamudra dans ce corps. Si principalement tu enseignes, tu auras tel et tel disci­ple. Mais pendant dix‑huit ans, ne divulgue pas même le nom de cet enseignement. Ensuite, quoique tu fasses, tu en seras le maître."

 

Plus tard, Satchen Kunga Nyingpo étudia chaque jour en entier le Dorjé Tshig Kong et le Lamdré complet à nouveau chaque mois. Pendant cette étude une maladie due à une mauvaise nourriture le reprit. Il en vint à oublier l'enseignement et comme ce pré­cieux enseignement était transmis oralement seulement, il ne pouvait poser de questions à quiconque; pen­sant que même en Inde cet enseignement serait diffi­cile à trouver, il pria son Lama de façon concentrée. Ce dernier lui apparut. Il continua sa prière avec vigueur, et cette fois ce fut le puissant yogui Bir­wapa, au corps marron foncé, resplendissant comme cent mille soleils, entouré de quatre disciples, qui lui appa­rut de façon réelle et non comme en rêve ou présage, alors que Satchen avait quarante-sept ans, l'année du Tigre de terre mâle.

 

Et pendant un mois, Birwapa lui transmit les en­seignements du Lamdré avec explications et les ensei­gnements de soixante-douze Tantras accompagnés des commentaires et initiations, ceci au moyen de six méthodes d'ensei­gnements,, Il reçut ainsi les quatre enseignements profonds.

 

Après que les dix-huit ans ordonnés par son Lama furent écoulés, Satchen Kunga Nyingpo transmit cet enseignement aux disciples pourvus des qualités nécessaires et pour onze disciples détenteurs des explications des trai­tés, il composa onze commentaires différents de Dorjé Tshig Kong.

 

Ses trois meilleurs disciples prophétisés se rendirent dans le paradis de Dorjé Naldjorma sans rejeter leur corps. Il eut aussi sept disciples parmi lesquels le principal est le vénéré Trapa Djialtsen, qui obtin­rent "la patience" sans devoir renaître.

 

Sept autres disciples obtinrent un degré de compréh­ension intérieure très développé et d'innombrables autres disciples dont quatre connus pour leur érudition et leur sagesse, qui sont :

- Jenou Pal de Galo

- Balten de Nétsé

- Dorseng de Shen

- Kentcho Khar de Té.

 

Satchen Kunga Nyingpo, être de vertu incompa­rable, était libre de la moindre souillure de rup­ture des trois vœux qu'il possédait. Son esprit d'éveil était très épanoui; demeurant constamment dans le Samadhi des deux phases, il était au‑delà de la dualité, comblant ses Lamas par sa foi et sa pratique.

 

Comme il avait réalisé en lui tous les bons présages intérieurs, il rencontrait les Yidams et avait les dons de clairvoyance et beaucoup de pouvoirs. Par exemple, il pouvait paraître en plu­sieurs endroits à la fois sous six formes différentes pour y enseigner le Dharma ou donner des consécrations, etc..

 

Il était sans différence avec les grands sages bouddhistes de l'Inde. Finalement, à 67 ans, l'année du Tigre de terre mâle,  quatre corps de lui‑même partirent pour quatre paradis pour y accomplir le bien des êtres. Il est dit y demeurer encore.

 

Son fils la fois de chair et de religion) le grand Pandita savant dans les cinq domaines, Sonam Tsémo naquit l'année du Chien d'eau du deuxième cycle.

 

Sa naissance fut annoncée par des Dakkinis, écri­vant son nom sur la porte du temple de Boddhgaya:

"Ko-uo Shambhi, Pandita Déwamati", comme celle d'un grand Pandita. En Inde, on le tint pour l'incarna­tion de Mithoupdawa.

 

Il obtint de Satchen Kunga Nyingpo, toutes les initiations, explications et enseignements essentiels.

 

Pendant onze ans, il étudia à Songpunéoutho, auprès du Lama Tchapatcheuseng, l'enseignement des Paramitas, du Madhyamika), de la logique, de la discipline et l'enseignement de l'Abhidharma.

 

A l'âge de 18 ans, sa réputation de savant s'éte­ndait au‑delà du Gange. Il accomplissait la triple activité de l'enseignement, de l'argumentation et de la composition pour le bien de la doctrine.

 

S'il avait un doute, il recevait directement une réponse de Tchenrézi et des autres divinités qu'il questionnait et il pouvait en un éclair se rendre dans les paradis de Oudiyana, Potala, etc..

 

Il obtint les plus grandes vertus, comme l'obte­ntion de la deuxième terre...

 

Finalement, à 41 ans, l'année du Tigre d'eau mâle alors qu'il donnait un enseignement à quatre-vingt de ses dis­ciples avancés, une odeur agréable et des sons de cymba­le emplirent l'air et son corps se transforma en arc‑en‑ciel et disparut dans une grande lumière.

 

Son frère cadet, Trapa Djialtsen, naquit l'année du Lièvre de feu du troisième cycle.

 

Il eut un grand nombre de maîtres parmi lesquels principalement : Satchen Kunga Nyingpo et Sonam Tsémo.

 

Constamment accompagné des vagues de dons de Djampéyang, il se révéla plein de science et possédant une vue profonde et étendue dans les enseignements des trois Corbeilles et de tous les Tantras. Son rang fut élevé comme érudit, saint et sage accompli.

 

Capable d'éclaircir aussitôt tout doute quant au sens profond, il était établi en méditation jour et nuit. Il avait tous les signes de réalisation ex­térieurs, intérieurs et secrets.

 

Alors qu'un savant astrologue, Khatché Pentchen, annonçait une éclipse du soleil, Trapa Djialtsen fit savoir qu'il allait empêcher cette éclipse.

Pour ce faire, il arrêta le passage de l'énergie dans les deux canaux Roma et Tchiongma et fit passer les deux circuits rouge et blanc dans le canal médian. Par cette pratique yoguique, il empêcha l'éclipse.

 

L'astrologue s'écria que c'était une bien grande fatigue simplement pour le faire passer pour un men­teur. Il vint lui rendre visite. A sa venue, Trapa Djialtsen se leva en un éclair et plaça son Dorjé et sa cloche dans le ciel. En voyant ces signes qui dépassaient l'entendement, l'astrologue Khatché Pandita Shakya Shri nomma Trapa Djialtsen : ''Maha Bedzadhara'' (grand maître tantrique), demanda son enseignement et acquit la certitude qu'il était l'ornement unique de tous les ''détenteurs du Dorjé".

A l'âge de 56 ans, alors qu'il se trouvait dans le monastère de Niémo tsangkha, il eut la visite réelle de Satchen Kunga Nyingpo qui éclaircit pour lui le sens du Lamdré. Alors qu'il avait le pouvoir de se rendre dans différents paradis, sans s'intéresser aux différences de supériorité et d'infériorité entre les lieux et pays, il refusa plusieurs fois les invitations de nombreuses Dakkinis (à y rester); pendant longtemps il prodigua les vagues de dons de sa présence et eut huit disciples dont le nom se ter­minait par Trapa, trois disciples grands traducteurs, quatre excellents disciples ayant l'enseignement du Gur ainsi que d'innombrables autres dont Mon Betza Radja.

 

Il énonça la prophétie que, lorsqu'il se serait incarné en tant que souverain Chakravartin dans une région de l'univers nommée "couleur de l'or" (Serndotchen),il réaliserait la plupart des terres et des voies et qu'il lui faudrait encore trois incarnations pour devenir Bouddha Parfaitement Accompli.

 

Le neveu de Trapa Djialtsen, fils de Khen Paltchen Uépo, fut le grand Sakya Pandita, émanation de Djampé­yang. Comme le Bouddha avant de s'incarner, il fit cinq choix et entra dans la matrice sous la forme d'un roi des Nagas, à la tête ornée de précieux bijoux et sa mère connut un Samadhi inconnu auparavant.

 

Lors de sa naissance, une grande lumière emplit le ciel et il se mit à parler en sanskrit. En tant que signe visible de sa précédente accumulation incomparable du mérite, son corps était orné de toutes les marques physiques des Bouddhas, telles que la proéminence crânienne et le che­veu blanc comme la conque, enroulé au centre du front, qui rendaient la vue de son corps une vue dont on ne se rassasiait jamais.

 

Il naquit l'année du Tigre d'eau mâle, du troisième cy­cle. Pendant vingt-cinq naissances humaines successives en tant que Pandita, il avait été constamment accompagné par Djampéyang. En vérité absolue, il avait été prophétisé par Dolma à l'astrologue Khatché Pentchen qu'il était l'incarnation de Djampéyang. De même, le savant Tsongnapa et Chadjé bidzi reconnurent par de très nombreux signes qu'il était réellement cette incarnation. En vérité relative, pour guider les êtres, il écoutait les ensei­gnements. Mais, quel qu'il soit, le sens de tous les objets de savoir était compris de son esprit une ou deux fois après en avoir pris connaissance, et il en acquit la certitude intérieure. Comme il voyait son Lama, comme étant réellement Djampéyang, il obtint la réalisation des bons présages extérieurs et intérieurs. Il reçut les enseignements d'innombrables maîtres de l'Inde, du Népal, du Cachemire, et du Tibet, et il devint comme un trésor de sagesse, d'étude, de réflexion, de Samadhi, et fut le maître de toutes les différentes doctrines.

 

A partir de l'instant où il reçut les vœux de moine du Pandita Khatché Chakya Shri Bhandra, et

jusqu'à la fin de sa vie, jamais il ne fut en contra­diction avec la plus petite des règles, et, comme le Vénéré Nyéwar Khor, il gardait une discipline éthique éminente, qui comblait les Bouddhas.

 

Il était loué par tous les êtres mondains et hors de ce monde et il devint un saint digne d'offrandes. Il possédait toutes les bonnes vertus de savant, moine, généreux, ainsi qu'un grand esprit d'éveil et toutes les qualités de compréhension inté­rieure. Grâce à cela, il fit le bien de beaucoup d'êtres. Sa réputation s'étendit partout.

 

Ayant parachevé l'étude de tous les objets de science extérieurs et intérieurs, comme il accomplis­sait les œuvres du Dharma par l'enseignement, l'argu­mentation, et la composition, sa réputation attira le fameux maître de l'Inde, Trodjé Gawo, et cinq autres maîtres hérétiques qui vinrent le confronter. Mais Sakya Pandita, par sa pratique de la science des caractéristiques, qui comprenait les trois éléments nécessaires, réduisit au silence l'un après l'autre, les six maîtres. Trodjé Gawo, vaincu, coupa sa chevelure en signe de soumission et fit la promesse de suivre la voie bouddhiste.

 

Sakya Pandita fut le premier au Tibet à vaincre des savants de l'Inde par l'argumentation et sa réputation se répandit comme l'air de l'est à l'ouest de l'Inde.

 

De l'âge de 9 ans jusqu'à sa mort à 70 ans, tous les jours il tourna la roue du Dharma. Il obtint :

 

trois disciples qui saisirent la lignée de la réalisation intérieure : Tso, Trup, Pha

 

deux disciples qui saisirent la lignée complète de l'enseignement essentiel : Lho et Mar

 

trois disciples qui saisirent la lignée des explications : Shar, Noup et Koung

 

vingt disciples de tous âges qui saisirent la lignée des vœux

 

quatre disciples qui connaissaient le sanskrit et le tibétain : Lo, Shang, Rong, Tcha

 

quatre disciples yoguis pratiquant secrètement (sans faire savoir) dont Djiatsa Loung

 

et enfin quatre à la fois savants et saints comme Tsang Napa.

 

Il eut pour disciple Djialwa Yong Guenpa et d'autres qui saisirent la lignée de la pratique (réalisation) avec aussi plusieurs milliers de savants qui furent détenteurs des trois Corbeilles.

 

Son activité de composition qui ne devait rien à la bienveillance d'autrui, était grande : de très nombreux traités enrichissant la connaissance sur les dix objets de savoir, dont les deux traités du Domsoum Rabyé (distinction entre les trois vœux) et du Tséma Rigpai Ter (visant à établir la vérité par la science de la logique), ainsi que de nombreuses explications aux traités du Tendjiur et traductions du sanskrit. Particulièrement, il fut le premier à initier la connaissance traditionnelle des trois objets de savoir. Il a lui‑même dit que ces enseignements avant lui, n'existaient pas au Pays des Neiges. La connaissance du nom et du sens des dix sciences ne tient qu'à lui.

 

Comme le grand maître de l'Inde Tcheudjé Trapa Sherdjoung Bépa Loten, sa réputation fut immense. Les qualités de son corps, de sa parole et de son esprit, comme des étendards (visibles par tous) se répandirent partout. Les puissants de ce monde eurent envie de rencontrer la "lune de son visage" et envoyèrent des messagers pour l'inviter. Grâce à ses prières antérieures et en vue du bien des disciples du Tibet, il put accomplir l'action suivante:

 

Le roi mongol qu'on nomme Koden, possédan­t tout ce qu'il désirait et étant immensément riche, voulai­t trouver un Lama pour le guider vers la libération et l'omniscience; il demanda avec insistance qu'on invite le maître du Dharma, Sakya Pandita, que nul ne dépassait en sagesse au Tibet. En accord avec la prophé­tie de son Lama, Sakya Pandita, s'étant rendu en Chine, en devint l'ornement suprême.

 

Par ses actions inégalables du corps, de la parole, et de l'esprit, il répandit la doctrine dans de nombreux pays barbares. Il délivra le roi Koden de sa maladie et ce dernier eut grande foi en lui.

 

Mais, un jour qu'il donnait un enseignement et insistait sur le fait que "la tortue n'a pas de poils'' (comme il est dit dans le Soutra de Serwé Tampa), le roi et ses ministres décidèrent de le tester. A cet effet, un illusionniste chinois, sur la demande du roi, créa auprès d'un lac un temple magique où Sakya Pandita fut invité à se rendre avec le roi. Sakya Pandita jeta les fleurs de la consécration, l'esprit en profond Samadhi, et le magicien ne fut plus capa­ble de détruire le mirage. Ceci emplit de foi le roi et sa suite. Le temple fut appelé ''temple magiquement émané du nord'' et, de nos jours, il est encore visible près de la montagne de Djampéyang en Chine.

 

Alors que ses disciples tibétains le priaient de revenir, Sakya Pandita composa en réponse le traité Thoupai Gongsal (''éclairer la pensée du Puissant) et1e leur envoya.

 

Il fit ainsi prospérer la doctrine du Bouddha dans toutes les directions et tous les temps et, à l'âge de 70 ans, l'année du Porc de fer femelle, à l'emplacement du temple magiquement émané, il se rendit sur la terre de Vajrayana (rang de Dorjé Chang) et réalisa toutes les terres et les voies, et, au paradis de Ngenga, il devint le Bouddha ''Trimamépa'', comme l'avaient pro­phétisé ses déités et ses Lamas.

 

Après sa disparition, alors qu'un savant deman­dait de ses nouvelles à Tcheudjial Phagpa, celui‑ci répondit :

 

''Plusieurs années se sont écoulées depuis que le maître du Dharma est devenu Bouddha''.

 

Le maître des êtres, Tcheudjial Phagpa (1235‑1280) n aquit l'année du Mouton de bois femelle du quatrième cycle comme fils de Sangtsa, frère de Sakya Pandita.

 

C'était un grand Bodhisattva d'un plan très élevé. Il s'incarna selon son désir volontairement.

 

A l'âge de 8 ans, il donna un grand enseignement à environ mille grands Lamas qui pouvaient utiliser le parasol (signe de leur haut rang) et à des dizaines de milliers de moines sur le Tchiérabsoji (vies antérieures du Bouddha) et le Tantra de Guépadorjé, grâce à sa seule compréhension et de façon à ce que ceux qui l'écoutaient eussent l'esprit empli de foi. A partir de là, tous le qualifièrent d'être suprême (phagpa).

 

Il eut de très nombreux maîtres, principalement Sakya Pandita et il devint savant dans tous les enseignements connus au Tibet, des véhicules extérieur et intérieur, Tudjikhorlo, etc.. Il était un puits de science précieuse.

 

Le roi mongol, Setchen (de Chine) l'invita dans son pays. Il y accomplit de grandes œuvres en faveur de la doctrine et des êtres. Chaque année, il ordonna plusieurs di­zaines de milliers de moines. En Chine, alors qu'il donnait un enseignement à soixante-dix mille moines, il. leur distribua de l'or et d'autres richesses matérielles.

 

Par sa science de l'argumentation, il fut victorieux des vues hérétiques des dix-sept maîtres Sinching (doctrines chinoises) qui critiquaient la doctrine du Bouddha et il les convertit au bouddhisme.

 

Pour répondre à la prière insistante adressée par le roi Kopé, il composa les lettres de l'alphabet mongol. En particulier, un jour, il prit une arme coupante, se coupa la tête et les membres et l'on vit ces cinq morceaux se transformer dans les cinq familles de Bouddhas émettant des rayons de lumière innombrables.

 

Devant la perfection de sa discipline éthique et les œuvres de son corps, de sa parole et de son esprit, le roi et sa suite eurent une foi immense et on l'établit comme premier destinataire des offrandes religieuses royales. Il devint le maître religieux et temporel des trois régions du Tibet ainsi qu'il avait été prophétisé par le Bouddha dans le Tantra "Djampal Tsadjiu".

 

Il fut le premier Lama tibétain à devenir roi et gouverna au Tibet avec impartialité envers les différentes écoles. Il eut trois disciples, Khong, Nieng, Chong, qui gardèrent la lignée de son enseignement, deux autres, Gadèn et Kunté, qui saisirent la lignée de révélation des Tantras. Deux autres, Chang et Kun, furent les détenteurs de la lignée des instructions essentielles. Quatre disciples réalisèrent parfaitement ses ordres et paroles.

 

Il eut aussi deux rois puissants pour disciples, et six grands disciples dont celui de l'est, Tunkhorwa.

 

Tous les Lamas, maîtres, savants et saints du Tibet de cette époque, dont Narthang Djiépa, le respectaient et le priaient de donner le nectar de son enseignement. Il gouverna la doctrine du Bouddha par sa triple activité (enseignement, argumentation et composition.) qui dépassait l'entendement de la plupart.

En particulier, dans la région du Tsang à Tchumérémor, alors qu'il donnait un enseignement à une assemblée de soixante-dix mille religieux et quelques milliers de détenteurs des Corbeilles ainsi que cent mille autres êtres, il distribua de l'or à chacun après l'avoir disposé devant lui. comme un tas de céréales, etc., et il leur donna les vœux de Boddhisattva en faisant en sorte que chacun en comp­renne le sens.

 

Il était prédit, dans une prophétie du Bouddha qu'il viendrait et éclairerait la doctrine comme un soleil.

 

Le frère de Tcheudjial Phagpa, Ndroguen tchana, gouverna le Tibet religieusement et temporellement. Il avait le pouvoir de résurrection. des morts et le prouva à plusieurs reprises. Il pouvait placer ses vêtements religieux sur les rayons du soleil comme sur une table, et, alors qu'il ti­rait une flèche dans le roc, elle s'enfonça et en fit sortir de l'eau. Ses vertus étaient très grandes. il était révéré comme une incarnation de Tchanadorjé.

 

Son fils Dharmapala gouverna le Tibet religieu­sement et temporellement et mourut jeune. Après sa mort, son corps brûlé laissa des restes d'os qui se transformèrent en reliques et furent un support de la foi au Tibet et en Chine.

 

Il n'eut pas de descendance, mais l'un des fils de Sontsa (frère de Sakya Pandita), Yéché djoungné, eut quinze petits fils (de son fils) comme l'avait prophé­tisé Dolma alors qu'il se trouvait en Chine.

 

L'aîné de ces quinze petits fils Tichri Kunleu, ainsi que ses frères se partagèrent en quatre maisons de Lamas "Ladrang" à Sakya (actuellement, il y en a deux). C'est du Ladrang Rintchen gongpa que naquit le saint Lama Sonam Djialtsen. Ce maître paracheva la triple activité de l'étude, la réflexion et la médi­tation, et au Tibet, il ne se trouvait pas un seul sage qui ne fut son disciple. Il y eut dans sa descendance de très nombreux savants et sages dont Djagar Shérab Djialtsen et Datchen Lodreu Djialtsen.

De la maison "Lhakong", il y eut une descendance comprenant de nombreux sages et savants.

 

De nos jours, la descendance actuelle est celle de la maison de "Tuntché". Là, il y eut de nombreux

sages et savants, dont le grand Kunga Rintchen qui restaura les supports extérieurs et intérieurs de Sakya, établit les règles du monastère, initia et fit progresser les différentes façons d'enseigner les Tantras et fit évoluer la pratique essentielle. Il accomplit des œuvres utiles à la doctrine de Sakya.

 

Ensuite, depuis le maître Djamguen Améchab jusqu'à présent, il y eut deux maisons à Sakya, actuellement Dolma Phodrang et Phuntso Phodrang dont les descendants sont respectivement Dathri Rinpoché, l'actuel Sakya Tridzin et ses fils ainsi que Datchen Rinpoché avec ses fils et petit-fils.

 

Ils présentent les qualités d'érudition et les signes de la réalisation et tous ont les protecteurs du Dharma comme serviteurs ainsi que la possibilité de transformer les phénomènes sensibles comme ils le désirent.

 

Il est dit, dans les prophéties de Guru Rinpoché et de Palden Atisha, qu'ils avaient vu Satchen Kunga Nyingpo entouré dans les quatre directions des émanations de Djampéyang, ce qui signifiait que tous les descen­dants authentiques de cette lignée étaient des êtres saints.

 

LA SUCCESSION DES GRANDS ETRES DETENTEURS DE LA DOCTRINE

 

Leur manière de la faire progresser

 

Les cinq vénérés Lamas Sakyapa, ayant établi cette nouvelle tradition d'enseignement, eurent des disciples innombrables qui en poursuivirent la lignée avec le Saint Lama qui possédait la révélation de toutes les explications et pratiques.

 

Les membres héritiers de la lignée divine spécifiquement Sakya, de père en fils, et leurs disciples possédant la connaissance, la discipline éthique, et la sagesse, furent aussi nombreux que les atomes du Gange et répandirent tous la doctrine au Pays des Neiges jusqu'à nos jours, selon la prophétie du Bouddha où il était dit que le Dharma serait fort développé au Pays du Nord (ou Tibet).

 

D'autre part, les nombreux yoguis disciples des cinq Lamas Sakyapa ont enseigné largement dans les régions avoisinantes de l'est et de l'ouest (du Tibet). Au Tibet même, les descendants des anciennes lignées Nyingmapa de So, Seur et Noub, ainsi que de nombreux découvreurs de textes cachés, dont Guru Tcheuwong, et de nombreux grands Lamas de l'école Kadampa, les Lamas Tchayulwa, Tokonwa, Tchimnamkhatra, Tchomdèn Ripé Raldri, etc., ont tous reçu le nectar de l'ensei­gnement des cinq grands Lamas Sakyapa.

 

Les Lamas Tchapa Tcheudjé Sengué et Niondrèn Tcheudjé Sengué ont reçu particulièrement les ensei­gnements de libération, de sens profond, de la part des Lamas Satchen Kunga Nyingpo père et fils.

 

Le maître des êtres à l'origine de tous les Kadgiu‑pa, Phamo Trupa, est resté 12 ans à servir Satchen Kunga Nyingpo comme son disciple et a reçu lui les enseignements profonds. Il a composé le commentaire ''Dzémar'' au traité du Lamdré.

 

Le premier Karmapa, Tussoum Tchienpa, a reçu l'enseignement du Lamdré des deux disciples de Satchen Kunga Nyingpo (Palgalo et Asèng).

 

Les Lamas des Shangpa Kadgiu, Motchopa et Nyentèn Bépé Naldjor, ont tous deux servi longtemps Aseng et Trapa Djialtsen de leur corps, de leur parole et de leur esprit.

 

Le Lama Poutèn Rinpoché (qui fonda la branche Poulou) a reçu tous les enseignements de pratique des mantras et de la science des caractéristiques (Tsénié) de la part des Lamas Sakyapa, Tichri Kunleu et Sonam Djialtsen.

 

Le Lama Tcheukeu Weuser (de l'école Tchonangpa, une branche Kadampa), était disciple détenteur de l'enseignement de Sakya Pandita.

 

Le Lama Shèrab Djialtsèn de Tolpo a mis toute son ardeur à étudier la science des caractéristiques à Sakya.

 

De Chongten Dorjé Djialtsen (disciple de Tcheudjial Phagpa) jusqu'à Ponlo, Chalou Lotchen et Podong Tcholé Namdjial, tous sont aussi des maîtres Sakyapa. Au sujet de l'école de Podong Tcholé Namdjial, il faut se reporter à la biographie où il se présente lui‑même en tant que Sakyapa.

 

Les Lamas Nyingmapas, Djialsé Thomé Zangpo et Kuntchèn Lontchèn Pa ainsi que le Lama Kadgiupa Phamotroupa, ont reçu les enseignements du Lamdré et d'autres, du saint Lama Sonam Djialtsen.

 

Le sixième Karmapa, Thonwa Tèndèn, a reçu tous les enseignements sur les grands traités de base, du Lama Rontèn tchenpo (disciple de Ngortchen Kunga Zangpo).

 

Djé Rinpoché (Tsongkapa) et son disciple Djialtsab étaient disciples du grand Sakyapa Rèndawa. Parmi les disciples de ce dernier, sept avaient le degré de Ramdjampa (titre Sakyapa d'érudit). Djé Rinpoché et Djialtsab étaient deux parmi ces sept. Parmi les dix disciples de Rèndawa possédant le titre de ''Katchu mawa (autre titre moins élevé d'érudit), l'un était Khé Droup Djé (deuxième disciple de Tsongkapa). Djé Rinpoché avait reçu les enseignements profonds de Niawen TamtcTchenpa, du Saint Lama et de Sazon Mati Pentchen (tous Sakyapas).

 

Il est dit que la tradition de la science des caractéristiques de Tsongkapa vient des Sakyapas et que sa science des Mantras provient de la tradition Poulou. Ceci ressort de sa biographie. La plupart de tous les savants et sages du Tibet ont été, de façon directe ou indirecte les disciples de lamas Sakyapas. Ces faits sont bien connus de tous les savants impartiaux.

 

En ce qui concerne les explications données aux cinq catégories des grands traités, les savants Sakyapas et Guélukpas disent que la catégorie des Paramitas est attribuée à Yatèn (Lama Sakyapa), la partie concernant la philosophie du Madhyamika est attribuée à Rèndawa, la science des caractéristiques à Niawen, la discipline à Tcha, et l'Abhidharma à Tronté et Tchim Nam Kha Tra.

 

La plupart de ces grands maîtres détiennent la lignée du Dharma Sakyapa. C'est grâce à leur bienveillance que la triple activité d'enseignement, d'argumentation, et de composition a pu largement prospérer jusqu'à nos jours dans les collèges de toutes écoles.

 

Particulièrement, ceux que l'on appelle ''les six ornements du Tibet'' (par analogie avec les six ornemen­ts de l'Inde) furent des Lamas Sakyapas : deux savants dans les Sutras, Yaten et Ronten, deux savants dans les Mantras, les deux Kunga, deux savants dans les Soutras et Mantras, Koram Sonam Sengué et Pandita Shakya Tchoden.

 

Tous ces savants ainsi que d'autres, innombrables comme les étoiles dans le ciel, avec leurs disciples en nombre incalculable, étendirent dans toutes directions, le domaine de la connaissance au Pays des Neiges.

 

En ce qui concerne l'explication et l'étude des différents traités des trois Corbeilles, pour les Sakyapas, elle est divisée en six grandes catégories, qui sont les Paramitas, la logique (science des caractéristiques), la discipline, l'Abhidharma, le Madhyamika, et les trois vœux.

 

En ce qui concerne la discipline, on trouve l'explication et l'étude des deux traités du Soutra de la libération personnelle (Prati Moksha Soutra) et du Vinaya Soutra.

 

En ce qui concerne la logique (traités) : Pramana Samuccaya de Dinnaga, Pramana Vartikar de Dharmakirti, Pramana Viniscaya de Dharmakirti, Pramana Yuktinidhi de Sakya Pandita.

 

En ce qui concerne l'Abhidharma : Trésor de l'Abhidharma (Abhidharma Kosha de Vasubandhu), Complète Compilation de l'Abhidharma (Abhidharma Samuccaya d'Asanga).

 

En ce qui concerne les Paramitas: les cinq enseignements de Maitreya à savoir l'Abhisamaya Lankara Soutra, le Soutra Lankara, le Madhyanta Vibhanga, le Dharmata Vibhanga et l'Anouttara Tantra ainsi que le Tchièndjou ou Bodhicaryavatara ("s'engager dans l'action de Bodhisattva'') de Shantideva.

 

En ce qui concerne le Madhyamika : le Mulamadhyamaka Karika de Nagarjuna (''traité racine sur la voie du milieu''), l'Oumadjoupa ou Madhyamaka Vatara ("s'engager dans la voie du milieu") de Candrakirti, et l'Ouma Jidjiapa ou Catuhsataka d'Aryadéva (''les 400 de la voie du milieu'').

 

En ce qui concerne les trois vœux: le Damssoum Rabyé (Trisam Vara Prabheda) de Sakya Pandita, traitant des vœux de l'Arahat, du Bodhisattva et de l'adepte du Vajrayana.

 

Ces dix-huit traités appelés ''les dix-huit fameux'', sont étu­diés dans les collèges d'enseignement. A l'issue de cette étude, on peut acquérir le grade de Kajipa (4ème parole), de Katchoupa (10ème parole) ou de Ramdjampa (connaissant tous les traités).

 

Jusqu'à nos jours, on pouvait obtenir l'expli­cation et l'étude de ces océans de connaissance (tous les traités) dans tous les grands collèges du Té, du Tsang et du U ainsi que de l'est, sans sortir de la branche Sakyapa.

 

De la même façon, dans les écoles de Ngor, Dzong et Tsar, on mit tous ses efforts à tenir haute la bannière de la pratique et plusieurs centaines de ri­tuels et mandalas différents étaient pratiqués avec leurs enseignements, et initiations des quatre groupes de Tantras.

 

Et ainsi, beaucoup obtinrent les pouvoirs supé­rieurs (rang de Bouddha) et un corps d'arc en ciel avec disparition du corps de chair, parmi eux, Sonam Tsémo, le sage Thangtong Djialpo et d'autres sages innombrables comme des oiseaux migratoires, et qui manifestèrent tous les signes de la réalisation. Ces grands êtres, gardiens de la doctrine, plaçant toutes leurs pensées dans le Dharma du Bouddha, fondèrent un nombre incalculable de monastères semblables à des joyaux ornant 1'océan, où les moines étaient détenteurs des trois Corbeilles.

 

Parmi les sièges monastiques principaux détenteurs des Tantras, celui de Ngor Ewam Tcheuden fut fondé par Ngortchen Dorjé Tchang Kunga Zangpo, l'un des deux Kunga "savants dans les Tantras", dans l'année de l'Oiseau de terre du septième cycle (1429). La venue de ce grand Kunga fut prophétisée par le Bouddha dans les Soutras de Phagpa Guèwe Tsawa Yonsou Dzopa et Péma Karpo.

 

Ngortchen Kunga Zangpo naquit l'année du Chien d'eau du sixième cycle. Par ses qualités incomparables de discipline éthique, de Samadhi et de sagesse (écou­ter, réfléchir et méditer),ainsi que par sa largeur l'esprit, il a développé comme un deuxième Bouddha, les trois activités d'enseignement, d'argumentation et de composition. Il donna l'enseignement du Lamdré quatre-vingt fois, et les initiations du Dordjé Threngwa soixante fois. On ne peut compter les explications, initiations et enseignements essentiels qu'il dispensa; comme sa discipline éthique était parfaite, on lui demanda plus de dix mille fois les vœux de moines. Il est appelé le Dorjé Tchang de notre époque de querelles.

 

Il eut, parmi ses disciples, un nombre incalcu­lable d'êtres réunissant les qualités de savants et de sages ayant obtenu les pouvoirs. Ses monastères, plusieurs milliers, essaimaient dans les régions du Té, du et du U.

 

La première de ses dépendances (filiales de Ngor) fut Mu Tamoling où résidait le Lama Mutchen Kentcho Djialtsen. A partir de Mutchen qui fut abbé de Ngor Ewam 'I'cheuden jusqu'aux abbés des quatre maisons de Lamas de nos jours, une lignée de soixante-neuf Lamas se sont succédés sur le trône de Ngor Ewam Tcheuden (les quatre maisons se partageaient la tenue du trône tous les trois ans). Tous les ans, le Lamdré était donné sans interruption par le Lama détenteur du trône et Ngor comprenait en per­manence environ cinq cents moines, sans compter ceux très nombreux qui venaient au Lamdré, de toutes les régions (surtout du Kham).

 

Un deuxième monastère fut Tsédong, fondé par Djamyang Namkha Tashi, l'année de l'Oiseau de terre femelle du huitième cycle (1489). Ce monastère fut pris en charge par la maison de Tuntché. De grands êtres, comme Thritchen Sonam Lhundrup y vinrent.

 

Plus tard, le grand abbé de Ngor, Dorjé Tchang Ngawang Lodreu Jenphen Nyingpo (Tampa Rinpoché), y vint donner l'enseignement du Lamdré Loché. Tsédong devint alors un collège d'étude et de pratique.

 

Le monastère de Phenyul Nalenda (Tsarpa) fut fondé l'année du Lièvre de bois du septième cycle (1435) par Kuntchen Ronten, l'un des "six ornements du Tibet''.

 

Ce grand Lama naquit l'année du Mouton de feu femelle du sixième cycle, dans la lignée royale de Taguisita au pays de Djialmo Rong, à l'est. Il est reconnu non seulement comme l'incarnation authentique de Maitreya par des prophéties et des enseignements, mais encore comme la réincarnation de nombreux Panditas de l'Inde et du Tibet, dont Kamalashila (Indien) dont il disait se souvenir.

 

Il possédait la connaissance de un million huit cent mille volumes et ses principaux maîtres furent Mipham Tcheudjé lama, d'autres savants tibétains et le Pandita indien Natié Rintchen ainsi que d'autres Panditas de l'Inde. De ces différents maîtres, il reçut les enseignements des traités des paroles du Bouddha et de leurs commen­taires.

 

De 22 à 84 ans, il dispensa son enseignement avec un discernement qui plaisait aux savants et eut parmi ses disciples :

 

quatre ''piliers de la doctrine'', huit disciples dits ''ornements de la doctrine'', trois disciples capables d'égaler leur maître, dix-sept disciples qui vinrent vers la fin de sa vie, quatre disciples de très grande réputation et environ six mille disciples gardiens des trois Corbeilles.

 

Dans sa pratique de l'argumentation, il gardait toujours présent à l'esprit le sens du discours.

 

Dans la science des débats, il puisait dans le trésor des enseignements et de la réflexion profonde. Parmi les nombreux savants, il se montra particulièrement habile dans la science des débats, sans jamais commettre la moindre erreur. Il ne s'en remettait jamais à d'autres que lui‑même et était semblable à un trésor de vues larges.

 

Dans de nombreux collèges d'enseignement comme celui de Sangpeu Néou Tho, il montra son habileté dans la triple activité d'enseignement, d'argumentation et de composition, et toute l'assemblée des savants et des sages du Pays des Neiges l'honorèrent du nom de Ronten Mawé Sengué (la Parole du Lion).

 

Il composa de nombreux traités de méditation sur la pratique de la plupart des grands traités et d'extraordinaires commentaires à quarante grands ouvrages ainsi que différentes louanges, de nombreuses explications d'enseignements divers, des commentaires aux Tantras et un résumé de la signification de soixante traités. Il fut l'auteur de plus de trois cents ouvrages. Par les guirlandes de sa composition, il embellit la doctrine du Bouddha.

 

Comme signe visible de la vérité du Dharma, il avait le pouvoir de ressusciter les morts, le pouvoir d'émanation et celui de voler comme un oiseau.

 

. On peut voir, dans sa biographie, qu'il posséda­it tous les signes des réalisés de la sixième terre.

 

A 84 ans, il partit, comme il l'avait annoncé, au paradis de Gaden. Son corps fut momifié.

 

Son disciple, Kuntchen Tashi Namdjial, donnait chaque jour trente-deux fois des enseignements à des groupes diffé­rents. Il ne lui était pas nécessaire de préparer les explications la nuit. Il se mesurait dans les débats avec de très nombreux savants et en ressortait victo­rieux. Il possédait à la fois les qualités d'un savant et celles d'un sage.

 

A partir du grand Rongten jusqu'au septième abbé de Tsar (pendant 20 années) il y eut environ deux mille à trois mille moines à Nalenda et quarante-cinq maisons de moines. Après cette première période, de nombreux obstacles ayant surgi, le nombre des moines était tombé à mille.

 

Au plus mauvais moment, Lodreu Djialtsen invita Tchienrab Tcheudjé Rinpoché qui était un sage éminent et qui possédait la lignée proche de l'initiation de Tu Tji Khorlo obtenue de Dorjé Naldjorma. Celui-ci prit la succession de Tsar comme huitième abbé. A partir de lui jusqu'à nos jours, le nombre de moines n'a jamais été inférieur à quatre cents et ce fut un lieu de collège d'en­seignement et de pratique des Soutras et des Tantras.

 

Depuis lors, jusqu'à Rintchen Tchientsé Ongpo, il y eut une lignée de dix-huit détenteurs du trône de Nalenda, tous de la famille divine de Tché.

 

La lignée complète d'enseignement comprend vingt-six Lamas. Le frère de Tchienrab Tchampa, neuvième de la lignée des dix-huit détenteurs du trône, fut la quatrième incarnation de la lignée des Zim‑Ouo (autre maison de Lamas de Nalenda) qui se poursuivit jusqu'à Dorjé Chang Tchampa Kunga Tendzin.

 

A Nalenda, il y avait à la fois un collège d'argu­mentation et un collège de Tantras, et nombreux furent ceux qui montrèrent les signes de la réalisation par leur connaissance sur les Tantras. Jusqu'à nos jours, ce fut le lieu d'enseignement de la lignées des Soutras et des Tantras. Il y avait sept cents moines, une grande salle d'as­semblée, deux collèges de moines, cinq maisons et trois maisons de Lamas.

 

Les monastères filiales de Nalenda étaient nom­breux du Tsang à Tsawarong, jusque dans l'Amdo à Djiarong (près de la Chine).

 

En ce qui concerne le monastère de Ndréyul Tchiétsal (Tsang), il fut fondé en 1449, l'année du Serpent de terre du huitième cycle, par le disciple du grand Rongten, Tchamtchen Ramdjampa Sandjié Phel.

 

Ce monastère devint un grand collège de la science des caractéristiques et de l'enseignement des trois fondations.

 

Le disciple de Tchamtchen, Djamyang Kunga Tcheuzong, gouverna ce monastère. L'assemblée des nombreux disciples de Tchamtchen emplit toutes les directions.

 

Parmi eux, se trouvait le très grand savant dans les Sutras et Tantras, Kuntchen Korampa.

 

Il restaura et fit prospérer le monastère de Tana Thoubten Namdjial Ling, ceci en 1478, l'année de la Souris de terre du huitième cycle.

 

Ce grand seigneur du Dharma naquit l'année de l'Oiseau de terre du septième cycle. Il eut comme maître le grand Rongten et son disciple ainsi que Ngortchen Kunga Zangpo. Il atteignit les sommets de la connaissance. Il diffusa les écrits des vénérés fondateurs Sakyapa (les cinq Lamas) et fonda le collège d'ensei­gnement du grand temple de Sakya. Jusqu'au grand abbé ''Bouddha'', un très grand nombre d'autres collè­ges d'enseignement furent fondés.

 

Le disciple de Korampa, Mu Thoudjié Palzong, fonda le monastère de Djé Thoubten Yontchen, dirigé par les abbés et Lamas Palzang et Pentchen Ngatcheu.

 

Le disciple de Tchamtchen Ramdjampa, Pandita Bomtra Sompa, fonda le monastère de Nyenyé Tchagué Chong.

 

Le disciple de Djamyang Kunga Tcheuzong, Jongdjia Ngeudroup Palbar, fonda le monastère de Tcheu Khor Lhunpo.

 

Pentchen Lhaong Lodreu fonda le monastère de Jéri Tchietsal Oma. Ce monastère fut un grand collège de la science des caractéristiques. Il eut tout d'abord six filiales dont chacune essaima à son tour.

 

Tenyé Palwé fonda Sélong. Le disciple de Rongten, Pentchen Shakya Tchoden, dirigea Sélong qui devint un grand collège de la science des caractéristiques, appelé Thoubten Serndotchen. Dans le pays de Penyul, il res­taura le monastère du maître Longré Thongpa, grand maître Kadampa.

 

Le monastère de Zongden Tcheudé au Tsang, fut fondé par Kunpong Tcheutra et il y eut là une nombreu­se lignée d'abbés ''Gardiens des trois Corbeilles'' et, tous les ans, ce monastère et les douze filiales qui en dépen­daient se réunissaient pour la pratique et l'enseigne­ment des Sutras et Tantras en conservant les coutumes antérieures.

 

Quant aux monastères du Lama Mutchen Khorlo Dampa dans le pays de Mu, ils s'appelaient Samling, Tamoling, etc..

 

Le monastère de Chékardjialtsé Tcheudé du pays de Niongté dans le Tsang fut fondé par Rabten Kunzang Pha. Il eut seize collèges de moines différents et jusqu'à nos jours, il connut un grand développement.

 

Dans la même région, il y eut les monastères des Lamas Rendawa, de Sazang Mati Pentchen, de Tatsang Lotsawa Mawa Shérab Rinchen.

 

Le monastère de Konkar Dorjé Den, dans la province du U, fut fondé l'année du Singe de bois du huitième cycle (1464), par le savant en mantras, Dzonpa Kunga Namdjial. Ce maître naquit l'année du Chien d'eau du septième cycle. Il possédait de façon inégalable les vertus de savant et de saint. Il y établit la tradition de la récitation des différents rituels de mandalas en accord avec les différents Tantras et la tradition des danses religieuses.

 

Il était protégé par les Protecteurs du Dharma et avait de grands pouvoirs. Jusqu'à nos jours, la tradition des techniques de libération y fut ininterrompue.

 

Quant au monastère de Paldjé Samyé, il fut d'abord fondé par les trois, abbé, maître et roi respectivement Boddhisatto, Gourou Rinpoché et Thrisong Détsen. Il se développa et, lors de la deuxième diffusion du Dharma, il fut restauré par les Lamas Sakyapas, Sakya Pandita, le Saint Lama, et Ngatchang Tchenpo. L'abbé de Samyé était choisi et envoyé par Sakya.

 

Le monastère de Tchichon Rawa Mé fut dirigé par Ta Kunga Paljor. Les deux filiales de ce monastère, Dopu Tcheukor et Shédrong Guen, furent fondées par le disciple du grand Rongten, Shédrong Pentchen Lodreu Tcheudjié Djialpo.

 

Le Lama Kuntchen Tashi Namdjial fonda Tapo Tradzong, et Nyémo Tchamguen fut fondé par Tchenrab Tcheudjé.

 

Namdjial Serkhang fut fondé par Kazi Katchu Shakya Lodreu.

 

Dans le monastère de Trathang où demeurait Trapa Ngenshé, le maître Khéong Tendzin Phuntso développa le "Fleuve du Dharma" de Sakya, Ngor et Tsar.

 

Katché Pentchen fonda le monastère de Tratsé Tsondeu. D'autres monastères comme Takhoupi, Thrangou Chiwa, Yarndro Ching Mong Rido, etc., furent fondés dans les provinces du U et du Tsang, plus nombreux qu'on ne saurait dire, semblables à des guirlandes de soleils, de lunes et d'étoiles, joyaux de la doctrine du Bouddha.

 

Le monastère de Ndar Trangmo Tché, dans le Tsang, fut la résidence du grand Tsartchen. A partir de lui jusqu'au grand abbé Ngawang Losal Phuntso, ce monastère fut dirigé par de grands êtres, maîtres de l'océan des Soutras et des Tantras.

 

Le monastère de Yarlung Tashi Tcheudé fut fondé par le disciple du grand Tsartchen, Khentchen Yolwa Jennou Lodreu et fut dirigé par d'inégalables incarnations. Il devint un grand collège de pratique et d'enseignement.

 

La tradition de Tsarpa comprend, entre autres, les treize enseignements d'or, les enseignements profonds de la lignée orale, et les différents enseignements des divers Protecteurs du Dharma.

 

Les enseignements furent transmis du Saint Lama à Ngortchen et à ses disciples principaux, ainsi qu'à la lignée divine des Khon (de Sakya) sans interruption jusqu'à Dorjé Tchang Lodreu Djialtsen qui les donna à Doring Kunpongpa Tchenpo qui les reçut comme un "vase non percé".

 

Doring Kunpongpa Tchenpo a tenu la bannière de victoire de la pratique en une seule réclusion à Khaou Tradzong et il a obtenu ainsi un rang élevé de compréhension intérieure.

 

Parmi ses nombreux disciples, le principal "bâton de vie" à tenir la lignée orale fut le grand Tsartchen Tcheudjé Djialpo Lossal Djiamtso. Ce dernier est né l'année du Tigre de bois du huitième cycle et il possédait toutes les vertus d'un savant et d'un saint. Il reçut les vœux de moine de Guendune Djiamtso.

 

Ayant étudié la science de la logique à Tashi Lhunpo, par sa parfaite connaissance semblable à celle de Shantidéva, il enleva toute force d'esprit aux savants de ce monastère. Obtenant les fruits de ses prières, il reçut les prophéties de Dorjé Naldjorma, lui enjoignant de se rendre à Khaou Tradzong y recevoir les enseignements du Lamdré Loshé du Lama Doring Kunpong Tchenpo. Ces enseignements lui furent transmis au moyen des quatre caractéristiques essentielles de transmission authentique. Il reçut aussi d'innombrables enseignements profonds, et par sa pratique, il obtint les signes de la réalisation. Plus particulièrement, comme Dorjé Naldjorma le protégeait, à Thropou, Sinpori et à Nalanda, il obtint un haut rang de réalisation et monta sur le trône de Pouten Rinpoché à Shalou. Il étudia auprès de soixante-trois Lamas, sans distinction d'écoles, et reçut tous les enseignements profonds de pratique qui existaient au Tibet.

 

Le grand Tsartchen devint le deuxième Dorjé Tchang de ''notre époque en déclin''.

 

Parmi ses innombrables disciples de toutes écoles, les deux principaux furent Tchientsé Ontchoup et Kuntchen Ludroup Djiamtso qui détinrent la lignée de Tsarpa.

 

De nombreux disciples obtinrent un haut rang de réalisation d'union du vide et de la félicité. Ses disciples tinrent de manière ininterrompue le cours des enseignements et c'est ainsi que la tradi­tion de Tsar fut établie.

 

Le fils spirituel du disciple Tchabda Ongtchoup Rabten, lui‑même disciple de Tsartchen et de son disciple, s'appelait Guenpo Sonam Tchoden. Les deux principaux disciples de ce dernier furent Tchabda Chalouwa et le grand cinquième Dalaï Lama.

 

Ce fut à ce moment que les événements se dégra­dèrent au Pays des Neiges (à cause des rivalités). Après une période de troubles, le grand cinquième Dalaï Lama fut établi dans ses fonctions et put diriger pendant une époque de paix revenue. Il reçut alors de Guenpo Sonam Tchoden, les enseignements du Lamdré Loshé très détaillés ainsi que les enseignements qui y sont rattachés. Ceci devint sa pratique principale. Il composa lui‑même un commentaire du Lamdré Loshé et compila les biographies des quatre Lamas Tsarpas et les fit imprimer.

 

Afin de répandre les enseignements profonds du Lamdré Loshé, le cinquième Dalaï Lama invita Shalou Khentchen à venir donner ces enseignements et il fournit à la fois les vivres et les offrandes pour tous les moines et Lamas. Il fit diffuser cet enseignement particulièrement dans le sud.

 

Parmi les principaux disciples ayant reçu l'ensei­gnement du Lamdré, à cette occasion, se trouvaient Tchodjié Tchenrab Tchampa (Abbé de Nalanda) et Satchen Kunlo (deux des quatre principaux Lamas), etc..

 

C'est grâce à l'activité religieuse de ces quatre Lamas que la lignée orale du Lamdré Loshé demeure jusqu'à nos jours et c'est grâce au grand cinquième Dalaï Lama que les enseignements Sakya et Ngorpa sont répan­dus dans toutes les écoles du Tibet.

 

Quant au monastère de Dergé, Lhundroup Teng, dans la région du Ndoté (Kham), ''Demeure de tous les Rois du Dharma'', il fut fondé par le grand sage Thangtong Djialpo et par le roi religieux Tashi Tchéyèn. Ce grand monastère comprenait un collè­ge de pratique et un collège d'enseignement très réputés ainsi qu'une importante bibliothèque et imprimerie où furent publiés le Kandjour, le Tendjour, les écrits des Lamas, etc..

 

A Dergé, vivaient en permanence une moyenne de mille sept cents moines. Ce monastère fut le berceau spirituel de nombreux savants dont le grand Pandita Chutchen Tsulthrim Rintchèn. A Dergé, se faisait aussi la pra­tique des trois traditions de Sakya, Ngor, et Tsar en ce qui concerne la façon de réciter les textes (mélodies etc..)

 

Le "deuxième Bouddha de notre temps de déclin'', Djamyang Tchientsé Ongpo, réunit les différentes Saddha­nas en une seule collection et fit progresser les doc­trines de toutes les écoles, mais particulièrement celles de Sakya, Ngor et Tsar.

 

Le disciple de ce maître, Sangda Loter Ongpo (un maître de récitation de Ngor) reçut des deux Lamas, Mipham Sengué Rabdjié de Tana et Ngawang Lédroup (maître de cérémonie de Ngor Ewam Tcheuden), tous les enseignements de la logique, du Madhyamika, des Paramitas, de la discipline, de l'Abhidharma et des trois vœux, ainsi que la tradition des cinq premiers Lamas fondateurs de Sakya.

 

Sangda Loter Ongpo composa, compila et réunit des commentaires aux cinq groupes de traités et fit beaucoup pour les diffuser. Entre autre, il réunit les enseignements secrets, tous les textes de pra­tique des grandes initiations, explications, ensei­gnements essentiels et commentaires des Tantras, tout en maintenant la tradition dans une collection de trente-deux volumes, intitulée Djiu Dé Kuntou. Ce fut lui aussi qui réunit le Lamdré Loshé en dix-sept volumes et contribua à leur diffusion dans le Té et le (ouest et est du Tibet).

 

Particulièrement, le disciple de Loter Ongpo (et de son disciple) le grand Dorjé Tchang Ngawang Lodreu Jenphen Nyingpo, être saint, ''Maître de la Roue du Dharma'', transmit largement le Lamdré dans le Tsang et eut jusqu'à nos jours une grande assem­blée de disciples.

 

Dans le monastère de Dzongsar Tashi Lha Tsèr (région de Dergé), l'incarnation de Tchientsé, Tcheudji Lodreu, a fondé un collège d'enseignement où l'on pouvait étudier les enseignements de toutes les écoles et principalement des dix-huit grands Traités Sakya­pas. Il y fonda aussi un collège de pratique de tra­dition principalement Tsarpa.

 

C'est ainsi que, dans cette région de Dergé, il y eut vingt-cinq monastères Ngorpa.

 

Le monastère de Thromdoguen, dans la région de Throm (Kham) fut fondé par Djialwa Tchangtchoup. Il contenait plus de mille moines.

 

Dans la région de Ga, le monastère de Tchiégou Tendroup ling (à Djié Koundo) le "deuxième Ewam'', fut fondé par Salo Djampal Dorjé. Ses collèges de pratique et d'enseignement furent réputés pour leurs règles sévères. Il comprenait environ mille cinq cents moines.

 

Celui qui fut le disciple de Djamguen Tchientsé, de Kontreul et de Djamyang Rintchen Dorjé, grand abbé de Thartsé parvint à "l'autre rive de l'océan des traités" et, dans sa pratique, l'esprit parfaitement concentré, il rencontra véritablement le seigneur du Dharma, Sakya Pandita, qui le conseillait chaque fois qu'il avait un doute au sujet du sens d'un enseignement.

 

Cet heureux disciple qui paracheva l'étude et la pratique du Lamdré, fut Djamguen Ngawang Lépa. Il pos­sédait, dans cette incarnation, le rang de l'union de la vacuité et de la félicité.

 

Djamguen Ngawang Lépa avec son propre disciple, Mahapandita Adjam Rinpoché, ainsi que le disciple de ce dernier, tournèrent la Roue du Dharma dans leur monastère de Gatharlam Guenpa, "deuxième paradis des Bouddhas''.

 

Dans la région de Gava, il y avait vingt-et-un monastères Ngorpas dont également Thoupten Guen, et Thrindir Kalzang Guen.

 

D'autre part, dans le Kham et l'Amdo, se trouvaient aussi de nombreux autres monastères, Dzatchoukha, Tréhor, Nontchèn, Markham, Trayab, Lithang, Tarndo, Yenrou, Minya, Niarong, Tsarong et Djiarong, etc..

 

Dans la région de l'Amdo Ngapa, se trouvait le monastère de Dhipheu Tcheudjé, fondé par Tcheudra Zangpo et où fonctionnait un grand collège de Sutras et deTantras, comprenant plus de mille moines. Autour de ce centre, existaient cent huit monastères filiales.

 

Pour résumer, dans tout l'ouest du Tibet, du Laddhak à l'Inde et au Népal, de Ngari jusqu'à l'est et jusqu'à la Chine, fonctionnaient plusieurs milliers de monastères Sakyapas.

 

EMINENTES CARACTERISTIQUES DE CETTE TRADITION

 

En quoi la tradition Sakyapa se distingue-t-elle par ses qualités ?

 

Le Bouddha a dit :

"Nobles moines et savants, ce n'est pas par respect pour moi que vous devez pratiquer ma doctrine semblable à l'or pur, mais parce que vous l'avez par­faitement examinée."

 

De la même façon, les vénérés fondateurs n'ont pas traité le Dharma des Sutras et Tantras en simple marchandise à vendre à la multitude.

 

Tout d'abord, leur lignée remonte au Bouddha et à Dorjé Tchang. Cette tradition de tous les Sutras et Tantras fut diffusée par les grands Panditas, de leur propre force, et par les grands maîtres de réa­lisation, et elle fut méditée et mise en pratique. Grâce au travail de traduction, d'explication, et d'ensei­gnement, cette tradition est bien semblable à l'or purifié. Ses Lamas et Panditas ne se contentèrent pas de connaître un seul groupe de Soutras et Tantras, mais ils mirent tous leurs efforts à réaliser l'ensemble de toutes les traditions. Les nombreux disciples et tous ceux qui examinèrent ces enseignements avec habileté, connurent que l'on ne peut en mesurer les limites.

 

Cette tradition devint un grand trésor de Dharma de la doctrine parfaitement accomplie.

 

Son origine est authentique. La pratique de la triple activité (vision, méditation, et action) y est particulièrement éminente.

 

Les grands êtres et les innombrables savants et sages, gardiens de cette lignée des précieux fondateurs, furent comme l'arbre de vie de la parfaite doctrine du Bouddha, qu'ils embellirent de leur triple activité (enseignement, argumentation, et composition). Leur pra­tique était intense. Ils respectaient dans tous les détails, les enseignements des trois Corbeilles et la pratique dans les trois entraînements. Avec la composition de traités et leurs compléments comme le Damssoum Rabyé de Sakya Pandita, ils firent la distinction parfaite entre les trois sortes de vœux, entre les dharmas justes et les faux dharmas.

 

Dans le traité Thoupé Gongsal, (Pensée du Puissant), on explique en détail la pensée de base de tous les Sutras et Tantras, ainsi que la nécessité des diffé­rentes règles. En expliquant d'abord les distinctions entre les différents groupes d'enseignements, on peut les réunir tous ainsi dans une seule pratique et saisir qu'aucune des doctrines n'est contradictoire.

 

Capables de concentrer le sens de tous les grands traités dans une seule pratique (celle du Lamdré) et détenant les enseignements essentiels des Sutras et des Tan­tras de façon authentique par la transmission d'une lignée ininterrompue, les Sakyapas furent dignes de la foi, et de la confiance des centaines de milliers de savants im­partiaux qui voulurent bien examiner leur doctrine.

 

C'est donc ainsi que se distingue cette tradition.

 

La précieuse lignée orale du Lamdré, munie des quatre caractéristiques se distingue particulièrement par le traité du Tantra et de l'enseignement essentiel, et parce qu'il n'est nul besoin de chercher ailleurs dans d'autres Tantras, un sens qui n'existerait pas dans le Lamdré.

 

Si l'on se familiarise avec l'enseignement du Lamdré, on s'aperçoit de la profondeur du Tantra et de la lignée. Si on le pratique, on s'aperçoit que, même parmi les autres enseignements profonds, il est difficile d'en trouver dont la voie vers l'éveil soit aussi complète.

 

C'est ainsi que, si l'on sait pratiquer dans l'indifférenciation de la base, de la voie et du fruit, tous les sens profonds des Sutras et Tantras deviennent en un instant compréhensibles. On devient capable de transformer les fautes en vertus et les obstacles en pouvoirs.

 

Par la vertu de l'obtention des bons présages intérieurs, on obtient la certitude d'une connais­sance dans tous les enseignements du Lamdré.

 

L'essentiel semblable à sa vie même, de la pratique du possesseur des trois vœux, dépend du respect des vœux essentiels et des engagements pris. En examinant le fait de prendre les quatre consécrations aux quatre périodes de méditation de la voie munie des quatre lignées orales dont la continuité du fleuve de l'initiation, etc., on s'aperçoit de son éminence.

 

Les savants et les sages de toutes écoles ont coutume de dire, au sujet de la tradition Sakya, que, grâce à la récitation journalière et continue de l'abrégé de la voie (Saddhana résumée de Guépadorjé) les Sakyapas se protègent contre les quatorze fautes racines et, s'en trouvant libérés, peuvent alors réaliser la bouddhéité en seize existences au plus.

 

Donc, cette tradition se distingue par ses grands bienfaits, et son risque moindre (absence du risque d'être souillé par les quatorze fautes racines).

 

C'est ainsi que les grands sages du passé, quels que soient les signes de réalisation qui survenaient en eux, les tenaient secrets.

 

Tout ce qui a été dit ci‑dessus, peut être tenu pour véridique. Quant au sens du mot Sakya, le vénéré Trapa Djialtsen a dit :

 

''Terre Blanche, semblable à la face d'un lion, vénérée Sakya semblable au corps d'un lion, là sont réalisés tous les désirs des six sortes d'êtres et là réside le vénéré seigneur Dorjé Tchang".

 

C'est ainsi que le nom du lieu servit aussi à désigner les adeptes.